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Prieur de la cote-d'or

Prieur-Duvernois, plus connu sous le nom de Prieur de la Côte-d'Or, est une des plus grandes figures de la Révolution française. 11 a été laissé dans l'ombre, car ce fut un liéros modeste, mais il a rendu d'incontestables services, et il fut un de ceux qui contribuèrent à sauver la France menacée par l'Europe coalisée. Jamais encore on n'a essayé d'écrire sa biographie, car on ne peut considérer comme biographies tels ou tels articles, plus ou moins remplis d'erreurs, et qu'on rencontre, comme par hasard, dans certains dictionnaires. Aussi bien il n'est pas facile de rassembler les éléments d'une histoire sérieuse et documentée de Prieur. Il a été mêlé à beaucoup d'événements, mais sans y jouer le rôle principal, et il importe de montrer la part prise par lui à ces événements, qui ont été présentés souvent d'une manière confuse. En outre, il paraît avoir eu horreur de ce cju'on appelle le bruit, la fausse renommée, et il mettait à cacher ses actes autant de soin ([uc d'autres à les étaler.

Déplus, par je ne sais quel sentiment de fausse lionte, les personnes qui ont été mêlées à sa vie semblent rougir de l'avoir connu. Quelques-uns de ses descendants conservent, paraît-il, des documents précieux, des correspondances inédites, mais ils ne veulent pas les communiquer. Il en résulte unesorte de flottement, d'hésitation, et, sur bien des points, des lacunes. Nous nous sommes efforcé, dans la mesure du possible, de combler ces lacunes, mais sans nous dissimuler qu'il est fort difficile, pour le moment du moins, de donner la biographie définitive de Prieur. Notre travail ne sera donc qu'un travail provisoire, préparatoire si l'on préfère ; espérons néanmoins qu'il ne sera pas dépourvu d'intérêt.

Paul Gaffarel

ciïAPiTUK i>iu:mii:ii

l'UE.MlKRES ANNKES DE PRIEUR

Prieur naiiuit à Auxonne, le 22 décembre 17(33 (1). Sa mère se noniiiiait Anne Millot. Son père, Noël-Anloine Prieur du Vernois, éciiyer, exerçait à Auxonne un emploi de finances. Il ne paraît pas que la fortune l'ait favorisé, car il fut obligé de renoncer à son office et de se retirer dans une terre appartenant à la famille de Montrond ; mais il tenait à donner à son fils Claude-Antoine une bonne éducation, et il l'ii lit faire ses études au collège d'Auxonne. Nous avons inutilement cherché dans les archives de cet établissement les traces de la présence de Prieur. On sait seulement qu'un de ses maîtres, l'abbé Coput, était satisfait de son travail, et il lui prouva son contentement en lui délivrant un certificat élogieux. Pour un jeune homme de bonne famille, mais sans fortune, la seule carrière ouverte était alors celle des armes. Le jeune Prieur se décida sans peine à suivre cette voie, et prépara son examen d'admission à l'école de Mézières.

Le roi Louis XV, en 1748, avait décrété la création

(i) LVxtrait de baptèino de Claudc-Anloinc Prieur fut envoyé au ministère de la guerre, sans doute lors de l'entrée de Prieur à l'école de Mézières. Il a été conservé dans les archives du ministère (dossier Prieur, pièce n" "i). Il n'oll're rien de particulièrement intéressant. Le parrain était messire Claude Prieur, conseiller-maître en la chambre des comptes de Dôle, aïeul paternel, représenté par Doniini(|ue Gomyon, maître perruquier à Auxonne, et la marraine dame Marie Millot, épouse de messire François Bolet, Irésoi-ier de France à Dijon, sa tante maternelle, représentée i)ar demoiselle Anne Fornoux. demeurani a Auxonne.

d'une école spéciale pour les officiers du génie. C'est à l'extrême frontière, dans la citadelle jadis défendue avec tant d'héroïsme par Bavard, à Mézières, que l'école fut placée. On y entrait par concours, mais ce n'était pas un concours bien sérieux, et le ministre de la guerre était fort accessible aux recommandations. Le dossier de Prieur, tel qu'il a été conservé aux archives du ministère de laguerre, contient justement une lettre de recommandation en faveur du jeune Prieur, adressée par une amie ou plutôt par une protectrice de sa famille, la comtesse de Montrond, au ministre de laguerre. Nous citerons ce document, non point pour l'intérêt qu'il présente par lui-même, car rien n'est plus banal qu'une pareille lettre, ni pour son orthographe légèrement fantaisiste, mais à cause du ton et du langage de bonne compagnie employé par les grandes dames du temps (1), même pour des objets de minime importance :

« Voici véritablement. Monsieur, la première fois que je réclame votre amitié pour moy depuis que vous estes ministre ; jusqu'icy je vous ai parlé des autres, parce que les autres intéressoient mon bon cœur, et ne pouvant les soulager que par ma complaisance, je vous importunois pour ne pas les désespérer ; aujourd'huy j'ay extrêmement à cœur d'obtenir ce que je vais vous exposer. M. du Vernois, jeune homme dont les parents ont éprouvé beaucoup de malheurs, qui ont renversé leur fortune, est aspirant au génie; il est du concours qui commence aujourd'huy, et la grâce que je vous demande est de l'admettre s'il est de pair avec les plus

( 1 1 MiiiisliTc (le la },''iu'n'(" (tlossicr l'riiMir, jik-cc ir i). Ce (locuincnt, e-l tous rciw (jni roriiicnt aux arcliivfs du ministère de la ffuerre le dossier Prieur, nous ont élécomuiuuiqués par M. A. Louvot, commandant d'artillerie. Ce sera ])our ntuis l'occasion de le remercier et de son inépuisable oblig'eancc, et de !( rndilion toute spéciale ((uil a mise à notre service pour élucider bien des |K)itil> restés obscurs de la biofcrai>liie de l'i-ieur.

habiles. Je ne solicite point une injustice, je ne suis pas plus capable de la demander que vous ne le seriez de l'accorder, je vous suplie simplement, mais je vous suplie de tout l'empire de votre intérêt pour moy de ne pas préférer à lui un autre prétendant qui ne lui seroit pas supérieur. Il n'a d'espoir que le genre de service auquel son père l'a destiné. Son père, retiré dans une terre de mon beau-frère, en Bourgogne, vit avec une économie incroyable et il a fait tous les sacrifices possibles pour l'éducation de son (ils ; il a répondu aux soins de son père, mais, s'il est éloigné, son père ne saura comment faire. Veuilles, Monsieur, prendre quelques informations sur la conduite de cet enfant, sur son caractère, indépendamment du compte que l'abbé Coput vous rendra de son savoir. Joignes au désir que vous voudrez bien avoir de m'obliger, tout ce qui rendroit à cet enfant mon intérêt superllut. Les témoignages que vous en recevrez vous mettront bien à l'abry d'avoir du scrupule de favoriser l'amitié plus que la justice, et cependant vous aurés la satisfaction d'avoir fait le bonheur d'un excelcnt père et d'un jeune homme qui s'annonce parfaitement. Je ne vous dis rien de ma reconnaissance, mais je vous parle avec plaisir de la satisfaction inexprimabledontvousserésl'auteur. Adieu, Monsieur, M. votre lils vous a dit, sans doute, qu'il s'étoit trompé en vous présentant mon fils (1) pour l'admettre parmi les enfants du Roy. J'ai rendu grâces à son zèle ; j'ay loiié votre refus, et je vous demande ce que j'ay eu toujours intention de vous demander : une place parmi les pensionnaires pour la première (juinzaine du mois d'avril prochain. Vous connaisses mon attachement pour vous, vous n'avez guerre le temps d'y penser, mais

d» Il s";ig-issait do pensionnaires do l'Ecole niilil:iii-c. Le niinislro répondit le ai novembre en annonçant à la comtesse l'admission de son lils.

quand d'hazard le souvenir revient, accueillés-le je vous prie avec quelque plaisir. Adieu, Monsieur. Comtesse de Montron, à Besançon. Le 15 novembre 1781. »

Le ministre de la guerre s'empressa de déférer aux désirs exprimés par la protectrice de Prieur. Dès le 21 novembre, il prenait soin de faire répondre à la comtesse de Montrond que (1) « l'intérêt qu'elle prend à M. du Vernois fait désirer à Monseigneur que les comptes qui luy en seront rendus luy soient favorables. » En effet, le jeune Prieur était nommé, le 1^^ janvier 1782, en qualité d'élève sous-lieutenant à l'école de Mézières (2). Il allait apprendre à cette école célèbre les premiers éléments des mathématiques appliquées et les règles de l'art des officiers du génie. Il y resta jusqu'au 1^' avril 1784, époque à laquelle il en sortit avec le grade de lieutenant en second. Il aurait été intéressant de le suivre dans le cours de ses études militaires; mais les renseignements font défaut, et, plutôt que de nous perdre dans de vaines conjectures, mieux vaut avouer notre ignorance.

Prieur a plus tard rédigé une note sommaire de ses services militaires. Elle a été conservée au ministère de

(i) Ci'ttc note se trouve sur la lettre même de la comtesse de Montrond (dossier Prieur, pièce w i).

(2) (]"est i)robublement à l'occasion de son entrée à l'école de Mézières que le père de Prieur fournit deux pièces qui sont encore aujourd'hui conservées dans son dossier au ministère de la g-uerre, son extrait de baptême à Téji'lise Notre-Dame d'Auxonne (pièce n» 3) et un certificat de noblesse, sur parclu'min, encore pourvu de quatre cachets de cire, et à la date du g mai i>8o (pièce n» 4)- Voici en quels termes est conçu ce certificat : Nous soussignés attestons à toufs ceux qu'il appartiendra que monsieur Claude-Antoine Prieur du Vernois, Agé de seize ans, fils de M. Noël-Antoine Prieur, écuj'er, est né noble et jouit de touts les privilèj^es de la noblesse. En foy de quoi nous lui avons délivré le présent certificat auquel nous avons apposé le sceau de nos armes pour lui servir et valoir à ce que de raison. Fait à Dijon, le») mai i;8.i. Poulletier de Siyenes, chevalier de Saint-Louis, commissaire principal des g-uerres du duché de Bourgo{fne, marquis de .Moyria, Le Belin, chevalier de Saint- Louis, Neuilly, commandant de la ville. Vu par nous, intendant en Bourgogne. Keydeau.

la guerre. Voici comment il parle de ses premières années de service : « Employé comme officier du génie, et pendant huit années, dans plusieurs places des ci-devant provinces d'Alsace et de Franche-Comté; parvenu au grade de lieutenant en premier le 19 octobre 1788, et au grade de capitaine le l'^'' avril 1791. » Il parcourait donc obscurément les échelons de la carrière, et, de même que ses camarades et contemporains, Bonaparte et Garnot, il n'aurait rendu que des services sans éclat, si la Révolution ne l'avait subitement jeté en pleine lumière, en lui fournissant l'occasion de consacrer au pays ses grandes qualités de cœur et d'intelligence.

Avant de se lancer dans la politique et de marquer sa place au milieu des jeunes hommes, épris de réformes et désireux de propager les nouvelles doctrines, Prieur se lit connaître par un important travail sur la réforme des poids et mesures. Il s'était, en effet, de bonne heure adonné à l'étude des sciences. Encouragé par son compatriote Guyton de Morveau (1), qui avait installé à Dijon un magnifique laboratoire de physique et de chimie, et l'ouvrait libéralement à tous ceux qui manifestaient le désir de travailler, Prieur s'occupa d'abord des améliorations que la physi(iue pouvait apporter à l'agriculture, aux arts, au commerce et à l'industrie. On a de lui un premier (2) travail sur la dilatabilité de l'air et des gaz par la chaleur, qui sans doute a été singulièrement dépassé depuis, mais qui du moins démontre que, malgi'é sa jeunesse, Prieur ne reculait pas devant les difii-

(i) VfX(;. Voyaii'i' ivi France, tr;ifluctioii [/-sagr, t. 1 p. 2114 ft suiv.

(2> Extrait d'un raj)])Oi't sur la candidature de Prieur à IWeadéinic de Dijon présenté i)ar MM. .lacolol et Guyton-Morveau. Séance du i5 juillet 1790. Nous saisissons avec empressement cette occasion jiour remercici" M. Dumay, secrétaire de TAcadémie de Dijon, (jui a liien voulu faire pour nous de minutieuses reclierclies dans les rcg^islres de TAcadcniii', cl a oMcnu I aiiloi-isatioii de publiei- les résultats de ces recherches.

cultes scientifiques. Aussi bien il allait bientôt s'atteler à une besogne autrement ardue, qui ne tarda pas à l'absorber. Ils'agissait de créerunsystèmeuniforinedespoids et des mesures. L'ancienne monarchie avait essayé d'établir cette uniformité. Charlemagne (1), afin de lutter contre le morcellement féodal, avait tenté de faire triompher l'unité des poids et mesures, en enjoignant aux juges de conserver un étalon des poids et mesures conforme à celui du palais ; mais ses ordonnances ne purent empêcher la diversité de s'établir, et il en résulta une effroyable confusion et des fraudes criminelles. Ce fut en vain que Philippe le Long enjoignit de substituer un seul poids à tous ceux qui étaient en usage. Il ne réussit pas dans cette tentative. Ses successeurs ne furent pas plus heureux. Aux Etats-Généraux de 1560, à ceux de Lo76, les cahiers du Tiers émirent le vœu « que par toute la France il n'y ait qu'une aune, un poids, une mesure, un pied, et pour ce faire il faut établir certain échantillon d'une mesure et d'un poids, lequel sera distribué par chaque province. » Le gouvernement accepta et fit savoir qu'il chargeait de cette réforme « des personnages d'expérience et de probité, de travail et de labeur, desquels on espéroit que les François se ressentiroient au bref. » Ce furent encore de vaines promesses. A la veille de la Révolution, non seulement la diversité existait pour les mêmes marchandises, — ainsi on vendaitle sel au muid, au setier, à la mine, au minot, au boisseau, au litron ; l'avoine au picotin ; le plâtre au muid, au sac, au boisseau, etc., — mais encore elle existait, môme quand les noms étaient semblables. Ainsi, à Paris, il y avait cinq arpents différents ; la livre de Paris était de seize onces, celle de Lyon de quatorze, celle de Marseille de treize ; le

(I) Capilulairos, I. 2'3.S : II. ife.

sac de charbon, suivant qu'il venait de Saint-Etienne, de Givors ou de Lyon, se vendait dans le rapport de 20 à 15 et à 12. Pour le mesuragedes étolïes, l'aune n'avait ni la longueur, ni surtout la largeur prescrite. Il en résultait de graves abus, dont les marchands cherchaient à s'excuser en disant qu'une légère difïérence n'était pas appréciable pour l'acheteur, et qu'ils n'étaient pas forcés d'élever leurs prix. En résumé il n'y avait aucun ordre, aucune sécurité pour le commerce et l'industrie, ni même pour les relations sociales.

Prieur proposa un remède radical : la suppression de tout ce qui existait, et la création d'un nouveau système, mais sur des bases scientifiques. Le mémoire qu'il composa à celle occasion fut imprimé à Dijon, chez Causse, en 1700. Il forme un volume in-octavo. Il est intitulé : (( Mémoire sur la nécessité et les moyens de rendre uniformes dans le royaume toutes les mesures d'étendue et de pesanteur; de les établir sur des bases fixes et invariables ; d'en régler tous les multiples et les subdicisions suivant l'ordre décuple ; d'approprier enfin à ce nouvel ordre le cours des petites monnaies, et, par une suite de cette réforme, de simplifier les comptes et les calculs, tant dans les sciences que dans la finance et le commerce. » Le titre de ce mémoire est éminemment suggestif. Ce n'est pas seulement la réforme des poids et des mesures que rêve son auteur, mais l'extension de cette mesure au sytème monétaire et à l'arithmétique courante, c'est-à-dire que, dès 1700, Prieur proposait ce qui ne sera accepté et mis en pratique que beaucoup plus tard. Sur ce point il est donc absolument et résolument novateur : aussi importe-t-il de donner au moins l'analyse de son travail.

Tout d'abord une préface historique, où l'auteur rap-

pelle à grands traits les antécédents de la question, parle des rois Philippe V, Louis XI et Henri II, qui auraient voulu la trancher, de la Condaniine, qui l'étudia comme savant, de Turgot et de Necker, qui essayèrent de la résoudre en qualité de ministres; et il ajoute : a appelés près d'un roi qui ne connaît de grandeur que la félicité de ses peuples, les Représentants de la nation ont brisé les l'ers qu'avoit forgés le despotisme : la féodalité est détruite ; le grand œuvre de notre régénération est commencé et s'avance de jour en jour ; les provinces vont s'oublier et se confondre dans la division plus régulière des départements et des districts ; la variétédescoutumes, source immense d'abus, sera désormais remplacée dans toute la France par l'uniformité la plus exacte dans les lois d'administration de la justice : avec un ordre si beau, laissera-t-on subsister l'ancien cahos de nos mesures ? » Il passe ensuite en revue les diverses objections. La diversité des mesures, dira-t-on, est favorable aux négociants en ce qu'elle leur procure des bénéfices fondés sur des calculs qui ne sont qu'entre leurs mains : Soit ! mais est-il possible d'admettre que le vol soit légalement organisé? Autre objection : comment arrivera-t-on à changer les habitudes de tout un peuple jusque dans les choses les plus familières ? Mais le temps n'est-il pas le meilleur et le plus accommodant de tous les maîtres, et ne s'est-on pas habitué, sans s'en douter, à la réforme du calendrier, ordonnée par Grégoire XVI? Dernière objection : l'adoption du nouveau système n'entraînera- t-elle pas de grosses dépenses? C'est possible, mais on donnera tous les délais indispensables. Prieur n'hésite donc pas à montrer le pour et le contre. S'il expose avec une franchise absolue les arguments des adversaires de son projet, il les résout également avec une aisance extrême. Celte partie de son travail est vrai-

ment fort originale. Elle excita l'attention des contemporains, et, bien que la matière soit épuisée, on la relit encore aujourd'hui avec plaisir.

Prieur passe à la partie scientifique de son mémoire. On ne connaissait pas encore le mètre, c'est-à-dire la dix-millionième partie du quart du méridien terrestre; aussi propose-t-il comme unité de lonj^ueur « le tiers de la longueur du pendule à secondes de l'observatoire de Paris, qui formera le pied national, et sera le prototype de toutes les autres mesures. » La longueur de ce pendule sera coulée en platine pur, à une température connue, et servira d'étalon. Le pied sera divisé en dix pouces, le pouce en dix lignes, et la ligne en dix points. Les autres mesures de longueur seront : la perche de dix pieds, le millaire de mille perches, l'aune de trois pieds et demi. Pour les volumes on adoptera la mesure nationale ou pied cube, divisée en dix décades, en dix hécatades, en dix chiliades, etc. Pour les poids l'unité sera la livre nationale, poids de l'eau distillée sous un volume de dix pouces cubes, et la livre sera subdivisée en dix onces, dix gros, dix deniers, dix grains, etc. Les noms ne sont pas les mêmes, mais le principe est posé : application d'une mesure unique au système décimal, principe fécond dont on a tiré toutes les conséquences que l'on sait.

Prieur termine son travail par un tableau de comparaison des mesures anciennes d'étendue et de pesanteur, en usage dans la ville de Paris, avec les mesures nationales qui devraient les remplacer, et il adresse le tout aux membres del'AssembléeConstituante, 9 février 1790. Le mémoire fut déposé au Comité d'agriculture et de commerce, et soigneusement étudié. On ne !e considéra nullement comme l'œuvre d'un utopiste, mais comme le travail d'un esprit sagace et ingénieux. Le marquis de

Bonnay le cita même avec honneur à la tribune. Dès la même année (décrets du 8 mai et du 22 août) la Constituante ordonna des recherches pour arriver à établir l'unité des poids et mesures d'après un modèle emprunté à la nature : conception évidemment supérieure à celle de Prieur, qui avait proposé comme unité un système tant soit peu arbitraire. L'Académie des Sciences fut chargée de ce travail. On sait comment elle s'acquitta de cette tâche avec une aisance parfaite. Il n'en est pas moins vrai que Prieur contribua singulièrement à tenir en éveil sur ce point l'attention publique, et que, par conséquent, il fut en cela un véritable précurseur. Jusqu'à la fin de sa vie, il s'occupera de cette question, et nous le verrons bientôt, avec l'autorité de ses nouvelles fonctions, s'efforcer de faire passer ses théories dans là pratique.

Prieur ne s'était pas contenté de l'approbation des membres de la Constituante. Il avait aussi recherché celle de ses concitoyens. Le 5 juin 1790(1) le secrétaire de l'Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Dijon, Caillet, déposait sur le bureau de la savante compagnie, au nom de Prieur, un mémoire manuscrit qui avait pour titre : Moyens par lesquels on pourrait approprier nos monnayes à un nouoeau système métrique, proposé pour les mesures d'étendue et de pesanteur, et établi de telle manière que toutes ces mesures, leurs multiples et leurs sous- multiples, forment toujours une échelle de divisions décimales. » C'était en quelque sorte un chapitre à ajouter au précédent mémoire. Prieur l'avait écrit dans l'intention de poser sa candidature à l'Académie. En effet le président Picardet proposa de nommer Ouylon de Morveau et.Iaco-

(i) Extrait des Archives de rAcudémie. Coinimiiiication de M. Diiinay.

tôt commissaires pour étudier l'ouvrage communiqué et discuter la candidature posée. A la séance du 5 juillet 1790, Jacolot donna lecture du rapport suivant: a Cet ouvrage fait partie d'un mémoire très étendu que l'auteur a présenté à l'Assemblée Nationale sur la nécessité et les moyens de rendre toutes les mesures uniformes dans le royaume, et qui a obtenu un accueil très distingué. Dans celui-ci iM. Duvernois indique une méthode pour substituer à nos difïérentes pièces des décimales de livres, qui rendraient beaucoup plus expédilifs les calculs du commerce et de la vie civile. Nous avons en monnoies efïectives des sous, des pièces de deux sous, de six sous, de douze sous et de vingt-quatre sous ; les pièces de deux sous ne sont autre chose que des dixièmes de livres, auxquels on pourroit donner le nom de décimes ; alors les pièces de six sous rendroient trois décimes ou dixièmes, celles de douze sous nous fourniroient des pièces de six dixièmes, et l'on trouveroit dans les pièces de vingtqualre sous les douze dixièmes. Enfin le sou seroit un demi-dixième, ou les cinq centièmes d'une livre. L'auteur applique le même calcul aux autres monnoies inférieures ; il pense qu'il ne faudroit que très peu de temps pour s'habituer à des changements si légers et qu'on pou'Toil substituer avec avantage le calcul décimal aux opérations complexes que nos méthodes exigent... Tels sont les principes du mémoire de M. Duvernois qui est écrit avec beaucoup de précision et de clarté ; les détails intéressants qu'il renferme et la manière dont ils sont présentés, nous font regretter que cet estimable auteur n'ait pas olïert à l'Académie son ouvrage entier, qui a reçu du Comité du commerce et de l'agriculture des éloges si bien mérités. »

Jacotot concluait en proposant à ses collègues d'associer Prieur à leurs travaux. Le vole eut lieu et Prieur fut

nommé en même temps que Sylvestre, Amoreux fils, et xMollet de Genève. Il ne fut reçu que le 18 novembre 1790, et voici le discours de bienvenue qu'il prononça. Nous le reproduisons en entier, non seulement parce qu'il sort de la banalité ordinaire, mais aussi parce que Prieur s'y révèle déjà avec ses qualités de précision et de netteté, en même temps qu'il étale au grand jour son amour de la liberté. « Il y a déjà plusieurs mois que vous m'avez agréé pour être admis dans votre illustre compagnie ; les circonstances ne m'ont pas encore permis de vous témoigner toute ma reconnaissance. Je viens aujourd'hui m'acquitter de ce devoir. Quoique la faveur qui m'a été accordée ne semble due qu'au talent consommé, je ne me fais cependant pas illusion. Pour un homme de mon âge elle ne peut guère être considérée que comme un encouragement propre à exciter l'émulation, et je m'efforcerai de la mériter. Sans doute il est flatteur d'être d'une Académie justement célèbre, qui a rendu des services importants aux sciences et aux lettres, qui compte parmi ses membres des hommes de génie et d'un mérite supérieur^ en un mot qui a été très utile au pays où elle est établie, en y propageant les lumières dont l'influence sur le bonheur de la société entière est si manifeste: mais tant de titres de gloire ne sont qu'une obligation plus forte de s'en rendre digne. Destiné par état à servir ma patrie dans la carrière des armes, dans un corps surtout où le service militaire est lié, à bien des égards, à la culture des sciences, je me propose de consacrer mes loisirs à ce dernier objet, et, dans cette vue, la fréquentation des habiles maîtres et la jouissance plus spéciale des autres secours d'instruction, que fournit l'Académie, concourent à réchauffer le prix que j'attache à y être reçu. Il est enfin une dernière considération qui me rend chère ma réception , la nation française, en ce mo-

ment se régénère par une constitution fondée sur les bases immuables de la raison et de la justice; l'égalité, la liberté, si favorables à l'amitié et aux progrès de l'esprit humain, doivent resserrer les liens de fraternité entre tous les citoyens ; je désire donc plus ardemment que jamais tout ce qui tend à me rapprocher de mes compatriotes, trop heureux si je puis leur être de quelque utilité.

« Tels sont, Messieurs, mes sentiments; j'ose espérer que vous daignerez les accueillir : ils vous assurent de mon respect, de ma reconnaissance et de mon entier dévouement. ))

Le président Picardet prit aussitôt la parole et répondit en ces termes au récipiendaire : « Monsieur, l'Académie, toujours attentive à distinguer ceux que touche l'amour des lettres, et du sçavoir, n'a pas attendu que vous eussiez témoigné le désir de lui être associé pour avoir elle-même celui de vous acquérir. Elle savait depuis longtemps l'application que vous donniez aux sciences et jusqu'où môme vous en portiez l'étendue ; vous ne la bornez pas en eiïet au terme où peut s'arrêter la noble profession que vous exercez, c'est ce que prouve le savant mémoire que vous nous avez présenté et au- (|uel nous avons tous applaudi. Soyez donc assuré, Monsieur, de toute la satisfaction que nous ressentons de vous voir assis parmi nous. Celte compagnie, en vous associant à ses travaux, espère que les vôtres l'aideront a soutenir de plus en plus le nom qu'elle s'est fait, et à se maintenir dans l'estime qu'elle s'est acquise parmi les savants même étrangers. Ce sentiment si honorable se ralentiroit sans doute à mesure (ju'on verroit aussi se ralentir les travaux qu'elle a annoncés vouloir poursuivre, qu'elle a promis de rendre utiles et profitables.

« Mais ce qui ajoute. Monsieur, infiniment aux motifs

— Ifi -

qui ont déterminé l'accueil que vous recevez aujourd'hui, c'est la connaissance que nous avons de votre caractère ; c'est votre douceur et votre aménité ; c'est ce bon esprit, ce sens droit qui ne se remarquent pas moins dans votre conduite que dans vos entretiens. Ces qualités, qu'on ne peut trop désirer dans une société de gens de lettres, me paroissent si bien un attribut à joindre à vos talents, que dans les fonctions que dans ce moment j'ai l'honneur de remplir, si j'avais besoin de rappeler ici l'amour de la concorde et de la paix, la réciprocité d'égards et d'attentions, en même temps que j'inviterai à l'attachement du travail, il me sutïiroit, Monsieur, de cette réponse à votre discours, puisqu'en parlant de toutes les qualités qui vous distinguent, j'ai nommé celles qui font le véritable Académicien. »

Ce n'étaient point là d'hyperboliques éloges. I^icardet n'était que l'interprète de ses collègues quand il présentait comme qualités maîtresses du nouveau membre de la savante compagnie et son esprit d'aménité et son attachement au travail. Ces ([ualités Prieur les conservera toute sa vie. Même ses adversaires politiques rendront justice à son désir de plaire et à sa prodigieuse activité. N'était-il pas curieux de signaler chez ce jeune homme de vingt-sept ans ces traits de caractère qui constitueront en quelque sorte son identité dans toute sa carrière?

Prieur allait justifier tout de suite la bonne opinion qu'avaient de lui ses collègues. Dans cette même séance du 18 novembre 1790, il leur annonçait son intention de faire imprimer son ouvrage sur la nécessité et les moyens de rendre uniformes, dans le royaume, les mesures de tout genre, et leur demandait l'autorisation d'inscrire au frontispice de cet écrit son titre d'académicien. Il était dans les traditions de l'Académie de n'accorder cette autorisation qu'après un examen attentif, et c'était justice,

puisqu'en permettant à un auteur de se mettre en quelque sorte sous sa sauvegarde, l'Académie engageait sa responsabilité. Cazolte et Jacotol furent nommes commissaires pour en rendre compte d'après les statuts. Ils présentèrent leur rapport à la séance du 2 décembre 1790. Leurs conclusions étaient favorables. « Cet ouvrage, disaient-ils, est rempli de savantes recherches et d'observations intéressantes. L'auteur fait sentir les inconvénients de la diversité des mesures et les avantages de leur uniformité. Il répond d'une manière victorieuse aux difficultés ({ue l'on a coutume d'opposer à un projet si généralement utile ; il fait l'énumération des mesures dont nous avons adopté l'usage et qu'il réduit à cin(i classes principales qui comprennent les mesures numériques ou les nombres abstraits, et ceux qui n'expriment que des unités relatives, comme les degrés de la circonférence du cercle, ou ceux du thermomètre, les mesures du temps, celles de l'étendue, les poids et les monnaies. Il ne traite point des deux premières espèces qui sont les mêmes en France et dans presque toute l'Europe ; il ne s'occupe que des trois dernières qu'il s'efforce de ramener à l'uniformité et indique les quantités invariables qui doivent leur servir de base. »

Quelques jours plus tard, à la séance du 9 décembre 1790, Chaussier présentait en effet à l'Académie l'ouvrage de Prieur et était chargé par le Président de transmettre à l'auteur les remerciements de la Compagnie (1).

(I) l,f () decfinhrf df la nièinc aiuiro i'riciir avait oUert un oxcniplairc tle son lia\ail avi Conseil dafhninislration de la (y)tc-d"Or. Voir aux Arclùvcs de la (;ôli'-d"Or (K. 2, rcg-istrc n' 'i. |)i'OC('s-vci'ljal dos si-anct-s. le (> dcci'inbrc i;()o, au soir): « M. le Procureur {général syndic a i)rcscnlé a Tadministralion. de la part de M. Prieur, ci-devant Duvernois. ol'licier au corps royal du ffénie, membre de TAcadémie de Dijon, l'exeniplaii'e d'un mémoire de sa composition sur la nécessité et le moyen de rendre uniloi-nies tout<'s les mesures d'élen" due et de pesanteur. I/assemblée arrête ([ue M. Prieur sera l'cmei-cié cl l'elicilé : auquel eftet il lui sera écrit par M. le Président. »

Il est certain que le système de Prieur n"a pas été adopté tel qu'il le proposait, mais n'est-ce pas un grand mérite que d'avoir posé les principes, et les concitoyens de Prieur n'ont-ils pas le droit d'être fiers de ce qu'un des leurs ait ainsi donné le signal d'une réforme, adoptée successivement par tous les peuples civilisés? On sait que l'Assemblée Constituante, saisie de la question, donna les ordres nécessaires pour qu'elle fût sérieusement étudiée, mais à Prieur revient le mérite d'avoir été comme le précurseur des savants illustres, dont les travaux reçurent plus tard une consécration officielle, et c'est l'Académie de Dijon qui, cette fois, eut la primeur des idées vraiment fécondes en résultats, que son nouvel affilié eut le mérite d'exposer.

A la séance du 31 mars 1791, le secrétaire déposait en effet sur le bureau un manuscrit de Prieur, qui avait pour titre : Dissertation sur le choiœ du module primitif d'une mesure propre à devenir universelle Il ajoutait que Prieur avait, dès le mois de février, donné communication de son travail à MM. Guyton et Renaud et qu'il l'avait engagé à le présenter lui-même à l'Académie. Prieur assistait à la séance. Le président lui donna la parole.

On nous pardonnera d'insister. Les origines d'une grande réforme, et surtout d'une réforme pratique, gagnent toujours à être dégagées de toute obscurité. Que l'on veuille bien ne pas oublier que l'adoption du mètre n'avait pas encore été proposée, et que, par conséquent, ce n'était pas un mérite banal et un médiocre honneur que d'avoir imaginé une mesure unique, d'une application facile, et qui pouvait, sans inconvénient, être adoptée par tous, Français et étrangers. Voici, du reste, le procès-verbal de la séance : malgré sa longueur, nous le reproduisons intégralement. C'est un titre de gloire

pour Prieur : c'en est un aussi pour la savante compagnie, dont les membres assistèrent à cette séance (1).

(( M. Prieur commence par poser ce principe : la réformation des mesures doit convenir à deux classes d'hommes qu'il importe de distinguer un moment : 1° les savants de tous les pays qui sont disposés à y souscrire dès à présent; 2° les hommes qui ne se servent des mesures que dans les usages habituels de la vie civile et du commerce. Ceux-ci n'agissent que d'après les lois des diltérents gouvernements ; il faut donc choisir hi mesure que l'on se propose de rendre commune de manière que les divers peuples soient successivement amenés à l'adopter aussitôt que le progrès des lumières leur aura fait désirer de partager cet ouvrage. De là il suit qu'on ne réussira dans l'opération dont il s'agit : 1° qu'en formant tin système de mesures, le plus rég.ilier et le plus simple possible, condition qui ne peut être remplie que par la méthode décimale ; 2" qu'en faisant dériver ce système d'un module primitif, fixe, inaltérable, facile à retrouver dans tous les temps et dans tous les lieux, enfin qui soit également commode pour toutes les nations. Ces dispositions sont les seules qui puissent concilier tous les suffrages, puis((u'il n'est pas moins important au succès d'écarter tout ce qui blesserait l'amour-propre de quelques-unes des parties intéressées, que de donnera la réforme un caractère de beauté et de perfection qui ne laisse aucun regret.

« M. Prieur examine ensuite la proposition qui a été faite et même agréée de confiance par l'Assemblée Nationale de prendre pour première mesure la longueur d'un pendule simple, tel que celui à secondes à latitude de 45 degrés : ce moyen n'a aucune des convenances que

n) l'.xirait des Airliivos de rAc.i(U-iiiic. ('.oniimiiiioalioii de .M. I)imi:iv.

l'on peut exiger. Il manque de l'exactitude scrupuleuse dont on a besoin ; il entraîne d'ailleurs une foule d'inconvénients et d'embarras. Mais sur quelle autre base pourrait-on s'appuyer? Ici l'auteur part d'un nouveau principe, c'est qu'il est avantageux que l'unité de la nouvelle mesure soit peu différente de l'une de celles usitées actuellement en chaque pays, afin que l'innovation soit partout la moins considérable possible.

« L'application de cette vérité nécessite le choix d'un pied conventionnel intermédiaire entre les longueurs des pieds d'aujourd'hui. Il ne reste plus maintenant qu'à montrer comment il est possible d'effectuer cette convention, d'introduire le nouvel étalon dans les états policés, de l'y fixer de telle sorte qu'il ne puisse plus s'y perdre, et ensuite discuter la question de savoir s'il faut se borner à prendre le pied conventionnel arbitrairement a priori, ou s'il vaut mieux le faire dériver lui-même de quelque phénomène immuable par sa nature.

(( Pour satisfaire au premier objet, M. Prieur propose : 1° que l'Académie des sciences de Paris entre, sans différer, en conférences avec les Académies des principales villes de l'Europe pour se concerter sur la détermination du pied conventionnel ; 2° que la nation française fasse les frais des opérations préliminaires, s'il doit y en avoir, et qu'aussitôt qu'elles seront achevées, il soit envoyé à toutes les Académies des étalons primitifs parfaitement identiques et faits d'un métal précieux, tel que l'argent ou le platine; 3'' (|u'alors chaque Académie détermine dans son propre observatoire la durée des vibrations d'un pendule simple d'une longueur égale au pied conventionnel, et (jue cette durée soit imprimée dans les livres les plus usuels de chaque pays, afin que chacun ait, pour ainsi dire sans sortir de chez soi, tout ce qui est nécessaire pour rétablir sûrement les étalons brisés ou altérés

« II résultera de ces moyens que les Français et les Américains unis, voulant dès à présent s'accorder pour une mesure uniforme, l'établiront complètement dans toute l'étendue de leurs territoires, qu'ensuite, lorsqu'une autre nation sera parvenue au môme point de maturité, elle trouvera le prototype de cette même mesure, préexistant cliez elle, désormais à l'abri de toute variation, déjà employé dans les cabinets par les hommes qui cultivent les sciences avec soin. N'ayant pas besoin de recourir à des étrangers, cette nation ne redoutera pas de prééminence de leur part. En outre, le système décimal est si préférable à itout autre qu'il n'y a pas lieu de craindre qu'un peuple, prenant à tâche de s'écarter de la route commune, veuille souffrir l'énorme dérangement d'une réforme de ce genre, sans vouloir aussi recueillir les immenses avantages auxquels il peut aspirer.

« Enfin, dans la dernière partie de sa dissertation, l'auteur avoue qu'à toute rigueur on peut se contenter d'un pied conventionnel arbitraire, pourvu qu'il soit fixe et garanti comme il a été dit ci-dessus ; cela est incontestable, car la seule description des procédés de sa détermination écrite sur le feuillet d'un livre suffirait pour se remettre à l'instant en possession de tous les instruments qui pourraient avoir été perdus. Il ne faudrait donc pas moins, pour en anéantir les vestiges, que la destruction totale des monuments et de tout ce qui est imprimé !...

(( Ces considérations importantes exigent que le type de notre mesure soit propre à éterniser notre renommée, et qu'il puisse même être deviné sans autre indice qu'une vraisemblance idéale. Pour atteindre un but aussi élevé, il n'y a pas d'autre méthode que celle des anciens, c'est-àdire qu'il faut procéder avec tout le soin dont nous som-

mes capablesà la mesure d'un arc déterminé du méridien terrestre.

(( Mais, même avant de répéter cette opération, on peut en annoncer le produit, car les résultats des anciens et ceux déjà trouvés par les modernes s'accordent à un point d'exactitude suffisant pour que l'on n'ait pas à craindre une erreur matérielle dans cette évaluation. Le rapprochement de ces mesures apprend que les 4/7 de la coudée du Nilomètre, et la 350,000*' partie d'un arc du méridien moyen proportionnel entre le 45' et le 46® degré de ce cercle, donnent également une longueur de 11 pouces 739, ou à peu près 11 pouces 9 lignes. C'est cette longueur que M. Prieur propose définitivement pour unité ou pied conventionnel. Elle lui paraît réunir toutes les qualités désirées, intermédiaire entre les pieds actuels, fraction très simple de la coudée du Caire, sousmultiple exact et en nombre rond d'un arc du méridien sur lequel la pensée se porte volontiers.

(( .... Après avoir ainsi fixé le module de la mesure commune, M. Prieur renvoie au mémoire qu'il a publié en 1790, pour ce qui concerne la dérivation successive des mesures usuelles, et les moyens généraux qu'il convient d'employer pour effectuer cette grande et si utile réformation. »

Le principe est donc posé, et avec tant de sûreté que les savants chargés de l'opération n'eurent plus qu'à se conformer à la méthode indiquée. Sans doute le nom de mètre n'est pas prononcé, et la mesure indiquée par Prieur ne sera pas la mesure adoptée, mais il n'en aura pas moins l'honneur d'avoir frayé la voie. Il est l'initiateur et, sur bien des points, l'inventeur du système métrique. Il a même été le premier à proclamer la nécessité de fabrifjuer des étalons d'argent ou de platine. Il existe aujourd'hui une commission internationale des poids et

mesures. Il est probable f[ue les membres de cette commission ont, de temps à autre, des réunions officielles. Ce ne serait vraiment que justice si le buste de Prieur présidait ces réunions. Il a été à la peine, il devrait être à l'honneur.

Ainsi qu'il arrive pour beaucoup de travailleurs, Prieur ne fut pas récompensé de sa peine. On daigna pourtant le nommer capitaine du génie, le 1*^' avril 1791, mais ses chefs directs ne paraissent pas lui avoir su gré de son initiative. Peut-être même, comme il arrive souvent dans les corps spéciaux, quelques-uns d'entre eux lui en voulaient-ils d'avoir ainsi afiirmé sa supériorité intellectuelle. Prieur se consola de cette indifierence en redoublant d'ardeur à l'étude. C'est alors qu'il rassembla les éléments d'un ouvrage technique, qui devait paraître à son heure: L'Art du militaire ou traitr complet de l'exercice de l'infanterie, de la cavalerie, du canon, de la bombe et des piques. Il publia aussi diverses notes, dont deux au moins méritent d'être signalées. Dans la première, et nous ne sommes ici qu'en 1790, il proposait de fondre les cloches pour en fabriquer de la monnaie. « Rien n'empêche de considérer la totalité des cloches comme une mine tout acquise à la nation. Elle vaut certainement la peine d'être exploitée, puisqu'on pourrait en retirer 660/0 par un procédé simple et d'autant plus économique que l'on est maître de placer les fourneaux dans des lieux propres à réduire à fort peu de chose les frais de combustible et de transport de matière. » Celle idée de Prieur lit chemin dans les esprits. Elle fut adoptée, et, bientôt, par le hasard des circonstances, ce sera lui qui justement sera chargé de la mettre en pratique. Quanta la seconde note, elle est relative à la vente du blé. On mesurait alors le blé dans des vases rasés avec une radoire qu'un mesureur juré passait

au-dessus des bords de ces vases, en renversant tout ce qui excédait la hauteur ; mais cette radoire, étant une règle plate, le mesureur l'inclinait à son gré, soit dans un sens, soit dans l'autre. Quelques-uns d'entre eux étaient arrivés à manier cet instrument avec une adresse, qui était pour eux et pour ceux qu'ils représentaient une source de gains illicite. Prieur proposait simplement de mesurer le blé en le pesant, ce qui évitait toute erreur d'appréciation. C'était encore une idée pratique, mais elle ne fut adoptée que plus tard.

Prieur ne négligeait pas pour autant les séances de l'Académie. Les registres constatent (1) sa présence aux séances des 21 et 2o novembre, 2, 23, 26 et 30 décembre 1790, 24 février, 3 mars, 7 et 14 avril, 12 et 31 mai, 21 juillet et 4 août 1791. Il avait été délégué en même temps que son collègue Renaud par devant les commissaires des départements formant l'ancienne Bourgogne, atin de conserver à l'Académie la jouissance des instruments d'astronomie confiés aux directeurs et professeurs de l'observatoire de Dijon. A la séance du 7 avril 1791, Prieur rendit compte de son mandat. Il avait été fort bien reçu par les commissaires, mais n'avait pu obtenir la cession en toute propriété des instruments d'astronomie déposés dans la tour du logis du Roi à l'hôtel de ville : Il est vrai que les commissaires, « désirant contribuer autant qu'il est en eux au progrès des sciences et accéder aux vœux de l'Académie^ se sont empressés d'assurer Messieurs les députés que l'Académie peut continuer des observations comme par le passé et disposer des instruments d'astronomie conformément aux délibérations des cy-devant Elus. 0 Prieur n'avait donc réussi qu'à moitié dans sa négociation. Néanmoins ses collègues lui en surent gré, et le

(i) (loinniiiiiicatioii di- .M. Diimay, secrétaire de rAcaclémie.

chargèrent non seulement de transmettre aux membres du commissariat le témoignage de la reconnaissance de l'Académie, mais encore le prièrent de dresser l'inventaire des livres et instruments de l'Observatoire. Quelques jours plus tard, le31 mai 1791, il lui confièrent, en même temps qu'à son collègue Chaussier, une mission plus désagréable, celle de faire connaître au sieur Courtois, garçon de laboratoire, qui avait pour gage 350 francs, que les intentions de'l'Académie étaient de restreindre ses appointements à la somme de 200 francs, qui seraient comptés pour le logement ((u'il occupait dans la maison de l'Académie, attendu (jue les revenus de la compagnie avaient sensiblement diminué.

A la séance du 4 août, Prieur fut désigné, en môme temps que Chaussier, pour faire un rapport sur l'ornithologie du Maçonnais, mémoire déposé par M. de Lamartine, le père du grand poète, qui sollicitait de l'Académie le titre d'associé. Prieur fit remarquer que « non seulement cet ouvrage annonçait de grandes connaissances en histoire naturelle, mais encore qu'il était intéressant par l'ordre, le style, les observations qui y étaient répandues )) , aussi proposait-il la nomination de Lamartine. Ce dernier fut en effet élu.

Pendant ce temps l'horizon politique se chargeait de tempêtes et la révolution, depuis longtemps menaçante, s'avançait à grands pas. Tout en s'occupant de questions économiques, dont l'importance n'échappait à personne, Prieur, qui était l'homme de son temps, entendait bien ne pas se renfermer dans un rôle purement spéculatif.

C'est ainsi qu'il fut appelé à donner son avis sur une question fort importante pour l'Académie de Dijon, celle des fortifications de la place. Voulait-on faire de Dijon une ville forte, mais il fallait alors l'accommoder aux exigences modernes, et jeter bas la vieille ceinture des rem-

parts, bâtis au temps de Charles V et de Charles VI, et qui avait résisté aux Suisses sous le règne de Louis XII, mais qui s'écrouleraient au premier boulet. Or, c'était s'engager dans des dépenses considérables. Voulait-on au contraire déclasser la vieille capitale de la Bourgogne ; mais les Dijonnais tenaient à leurs antiques remparts, et ils étaient fiers de leur réputation militaire. Le Conseil d'administration de la Côte-d'Or avait été consulté, et il n'osait pas se prononcer. Un de ses membres proposa de s'adresser à un ingénieur, et il désigna Prieur qui, du reste, n'attendait que cette invitation, car il assistait à la séanceet avalisa solution toute prête, a M. Prieur étant entré a fait lecture d'une lettre du ministre de la guerre, par laquelle tous les officiers du génie étaient chargés de diriger leurs travaux sur un moyen de rendre utiles les fortifications actuellement existantes, si la nécessité de leur conservation était bien constatée, et de se concerter pour leurs opérations avec les corps administratifs. Il a exposé ensuite ses vues sur les villes du département, dont il n'a considéré que celles de Dijon et de Beaune comme devant devenir non pas des places de guerre, mais comme pouvant être susceptibles de servir de dépôts de subsistances. Il a donc pensé que l'administration devait jeter son attention sur ces deux villes seulement (1) » Les idées de Prieur étaient justes. Elles furent adoptées. La ville de Dijon ne fut donc pas convertie en camp retranché, mais au moins garda-t-elle cette ceinture verdoyante de remparts et de bastions, qui n'ont disparu que lors(iue le trop-plein de la population a forcé les administrateurs de la ville à s'entendre avec l'autorité militaire, pour détruire les nmrailles qui peut-être pré-

(1) AiioiiivEs DE i.aCote-d'Ou. Ka, registre n» 3. Proci's-verl);uix des séances du Conseil d'adminislnition de la Côte-dOr.

senlaienl un intérêt archéologique, mais avaient cessé d'être utiles à la défense nalionale.

Malgré ses fonctions, malgré ses travaux particuliers^ Prieur trouvait encore le temps de suivre les réunions, alors si nombreuses, où se discutaient les grandes questions (jui passionnaient l'opinion. Il était auditeur assidu et parfois orateur de ces clubs qui fui'ent alors organisés dans la France entière. A Dijon, le plus célèbre des clubs avait été fondé dès 1789 sous le nom de Club Patriotique. Les nouvelles ne circulaient alors que dilTicilement. Les journaux étaient rares et peu lus. L'Anglais Yung. qui visitait à ce moment la France, raconte que, se trouvant à Dijon, il ne trouva qu'un seul café pourvu de journaux. (( C'était sur la place, dans une maison dechétive apparence, où j'ai du attendre pendant une heure. (1)» Aussi les bruits les plus absurdes étaient-ils mis en circulation et adoptés. Tantôt c'était le roi et son frère, le comte de Provence, qui étaient empoisonnés par Marie-Antoinette, tantôt le comte d'Artois qui était proclamé Uégent ; ou bien le Palais-Hoyal venait de sauter en l'air et Paris était incendié. Aussi Yung (2) écrivait-il en citoyen déjà habitué à la liberté de la presse : « Pourquoi les différents partis des Etats n'ont-ils pas des journaux, expression de leurs sentiments et de leur opinion, afin que chacun connût ainsi les faits à l'appui de son opinion, et les conséquences que de grands esprits en ont tirées ? Quand de nombreuses feuilles paraissent, opposées les unes aux autres, le peuple cherche à y démêler la vérité, et celle recherche seule l'éclairé ; il s'instruit et ne se laisse plus tromper si aisément. » C'est pour" parer à celte disette de nouvelles authentiques que les fondateurs du Club Patriotique, Guyton-Morveau, le chimiste, l'avocat Durande,

(i) Yl"n<;. Voyage en Franee, trad. I^esag-e, l. I, p. q63. (2) Yung. Voyage en Franee, p. 265,

Basire, le futur conventionnel, alors commis des Etats de Bourgogne, Maret, ingénieur et agent voyer de la ville, etc., avaient fait appel aux patriotes bourguignons, et essayé d'organiser un système de correspondances, pouvant, jusqu'à un certain point, suppléer les journaux. « La chose publique est encore en danger, écrivaient-ils, les ennemis de la patrie peuvent encore machiner des projets que les bons citoyens ont le plus grand intérêt de faire échouer; comment le pourront-ils s'ils les ignorent ? Une correspondance réciproque et suivie sur ces objets les tiendra toujours en mesure. Cette correspondance entretenue avec toutes les villes de la Bourgogne, avec celles principales des autres provinces, avec toutes celles de commerce, peut devenir infiniment intéressante sous tous les rapports, et quand elle ne procurerait que les moyens de détruire les nouvelles incendiaires, que des gens mal intentionnés se plaisent à répandre, ce serait certainement un grand avantage pour les bons Français. » Cet appel fut entendu, et bon nombre de Dijonnais tinrent à honneur de se faire inscrire au nombre des premiers adhérents.

Nous n'avons pas à raconter ici l'histoire du Club Patriotique, qui devint bientôt le Club des Amis de la Constitution. Prieur fut un des premiers membres de la nouvelle société. Son titre d'académicien, ses travaux, sa notoriété, tout le désignait pour jouer un rôle prépondérant dans cette assemblée. Il est vrai de reconnaître que Prieur, comme beaucoup de ses contemporains, était alors dans l'exaltation et comme dans la fièvre des idées nouvelles. Il croyait sincèrement à la nécessité des réformes, aussi bien au point de vue social qu'au point de vue poliliciue, et, avec une absolue bonne foi, non seulement il applaudissait aux progrès de la Révolution, mais encore il réclamait la marche en avant. On conserve.

écrit de sa main, dans les Archives (1) du ministère de la guerre, le serment qu'il prononça quand il fut nommé capitaine : « Je jure d'employer les armes remises entre mes mains à la défense de la patrie, et à maintenir contre tous ses ennemis du dedans et du dehors la Constitution décrétée par l'Assemblée Nationale, de mourir plutôt ([ue de soutïrir l'invasion du territoire français par des troupes étrangères, et de n'obéir qu'aux ordres qui seront donnés en conséquence des décrets de l'Assemblée Nationale. » Le protégé de la comtesse de Montrond, le jeune lieutenant de l'école de Mézières, avait singulièrement modifié ses idées et ses sentiments ! Certes, on ne peut dire qu'il s'insurge déjà contre l'autorité royale, mais il la méconnaît, ou du moins la place bien au-dessous de la souveraineté nationale représentée par l'Assemblée Constituante. Ce n'est pas encore un républicain, et il respecte le gouvernement établi, mais combien est frêle le lien qui le rattache à l'antique dynastie, et avec quelle facilité renoncera-t-il à se considérer comme le serviteur du prince, auquel il a prêté son premier serment de fidélité! Cette attitude résolue, cette fréquentation des clubs, ces amitiés avec ceux des Dijonnais qui tenaient alors la première place dans la vieille cité bourguignonne, toutes ces circonstances firent connaître Prieur. Peu à peu, et sans s'en douter, il se créa comme une sorte de clientèle qui allait singulièrement lui servir aux prochaines élections. La Constituante avait, en efïet, terminé son œuvre. Avant de se séparer, les députés de la nation avaient décidé que pas un d'entre eux ne ferait partie de la prochaine Assemblée, la future Assemblée législative. Il fallait donc procéder à des élections générales, et appeler aux affaires des hommes nouveaux. Prieur était, en

(i) Dossier Prieur. |)ii'cc' n 5.

quelque sorte, désigné par l'opinion publique, d'autant plus désigné qu'il venait d'être nommé président du Club des Amis de la Constitution. Aussi, lorsqu il posa sa candidature, fut-elle accueillie avec empressement.

Etaient alors pourvus du droit de vote, en vertu de la Constitution de 1791, les Français âgés de vingt-cinq ans, payant une contribution directe au moins égale à la valeur de trois journées de travail, domiciliés dans la ville ou le canton déterminé par la loi. et n'étant pas en état de domesticité. Ils choisissaient, parmi les citoyens qui payaient une contribution de cent cinquante à deux cents journées de travail, des électeurs qui nommaient directement le député à l'Assemblée nationale. Sur 406 votants Prieur obtint 343 suffrages, et passa le deuxième sur une liste de dix représentants, en même temps que Navier, juge au tribunal de cassation, Oudot. commissaire du roi au tribunal de Beaune, Gelot, membre du Directoire, Lambert, juge de paix d'Autricourt, Béguin, juge au tribunal de Semur, Demartinécourt, membre du Directoire d'Is-sur-Tille, Batault, président du tribunal d'Arnay, Guylon-Morveau, procureur général du syndic à Dijon, Basire, membre du Directoire de Dijon.

La nomination de Prieur fut bien accueillie à Dijon. On l'estimait pour la sincérité de sa parole, pour l'ardeur juvénile de ses convictions, et surtout pour cet amour du travail dunt il avait déjà donné tant de preuves. Aussi les compliments que lui adressa (1), au nom de ses collègues, le secrétaire de la société des Amis de la Constitution, sortent-ils de la banalité ordinaire : « Le choix des électeurs du département justifie trop bien celui qu'avait fait de vous la société, pour qu'elle ne se félicite pas de la justesse de ses vues. Qu'il lui soit permis de se

(i) Hilili<itli('(|ii(' (le l)ij(iii. Idiids Dcliiiiissc. n ilCi^.

consoler, s'il est possible, de la peine de vous quitter, au moins par l'expression publi(|ue des sentiments qu'elle a pour vous. La carrière brillante où vous allez entrer est d'une vaste étendue ; mais (|ue votre sollicitude pour le bien public n'en soit pas alarmée. Il n'est point d'obstacle au-dessus du patriotisme pur, éclairé par le génie et soutenu par la prudence. Prenez de vos frères qui vous connaissent l'assurance que chacune de vos actions doit être et sera réellement un bienfait pour la patrie : et ne refusez pas de ses enfants les plus zélés les remerciements qu'ils vous font d'avance du bien qu'ils attendent de vous pour elle. »

L'Acadéuîie (1) se montra également fière du choix de Prieur. Deux de ses membres, Durande père et Gossard, furent députés pour lui adresser les félicitations de la Compagnie. Ils devaient en même temps adresser leurs compliments à Guyton-Morveau ; ils s'acquittèrent de leur mandat, et, à la séance du 17 novembre 1791, annoncèrent à leurs collègues que les deux nouveaux députés avaient été fort sensibles au témoignage d'intérêt (|ue l'Académie leur exprimait. Ils donnèrent en môme temps lecture d'une lettre de Prieur exprimant son attachement pour la Compagnie et le plaisir qu'il aurait à trouver l'occasion de lui en donner des preuves.

Prieur devait en effet réaliser les espérances que fondaient sur lui ses compatriotes. Ce fut un des meilleurs ouvriers de la Révolution, et sur bien des points, quoique on l'ignore trop, son œuvre subsiste encore. Elle fut, il est vrai, trop dédaignée, ou plutôt pas assez mise en lumière, mais il n'est jamais trop tard pour corriger une injustice, et l'heure de la réparation sonne toujours pour ceux qui ont bien mérité de la patrie.

Il) ('ouiiiiuiiioalioii du socrétiiiro de l'Acadcinic. .M. Duiiiav.

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