DERNIERES ANNEES DE PRIEUR
A vrai dire, c'est à partir de 1801 que Prieur, bien qu'il ail tenu à toujours figurer sur les cadres de l'armée régulière, prend sa retraite et cesse de jouer un rôle actif. S'il se résigna à disparaître ainsi de l'histoire, ce ne fut pas sans d'amers regrets. Avec son activité prodigieuse, avec ses facultés d'assimilation, avec son patriotisme, et cela à une époque où se renouvelait l'édifice social, et où des ruines de l'ancien régime sortait une société nouvelle, pleine d'ardeurs et d'espérances, il aurait voulu prouver par ses actes qu'il croyait à l'avenir de la patrie. Ce qui sans doute acheva de le contrister, c'est qu'il vit le premier consul appeler à lui une foule de ses anciens collègues, qui certes ne le valaient ni comme capacité, ni comme puissance de travail, et leur confier les plus hauts postes de l'Etat. Jamais Prieur ne voulut admettre que précisément on se défiait en haut lieu de son intelligence, et que le nouveau maître de la France, s'il consentait à avoir auprès de lui des auxiliaires, ne voulait pas de collaborateurs. Qu'importent les regrets 1 Qu'importent les retours en arrière et les comparaisons avec l'heure présente ! C'est une inflexible volonté qui retient Prieur dans l'obscurité. Il a beau se débattre. Il est réduit à l'impuissance et ne pourra pas en sortir.
Dans un placet qu'il adressait au (1) ministre de la guerre en 1811, on aura remarqué que Prieur rappelait, non sans aigreur, qu'il s'était mis en diverses circonstances à la disposition de Sa Majesté impériale et royale, et avait sollicité l'honneur de devenir l'un des fonctionnaires de l'Empire. Nous avons vainement interrogé les archives municipales et départementales de la Côte-d'Or, nous avons vainement frappé à la porte de divers ministères, nous avons même fait appel aux souvenirs conservés par la tradition ; sauf une seule exception, nous n'avons retrouvé aucune de ces demandes de Prieur. D'autres chercheurs seront sans doute plus heureux.
Lorsque l'Iùnpereur fonda ou plutôt reconstitua l'Université, un certain nombre de postes furent créés dont les titulaires ne furent pas tout de suite désignés. En raison de ses travaux scientifiques et de sa notoriété, Prieur sollicita la place d'inspecteur ou celle de conseiller de l'Université. Ce n'était pas de sa part une bien grande prétention et le moyen s'ofTrait ainsi à l'Empereur de récompenser d'anciens services et d'utiliser une bonne volonté qui ne demandait qu'à être employée. Voici la lettre de demande rédigée à cette occasion par Prieur et adressée par lui au Grand-Maître de l'Université. On remarquera sans doute que le ton est singulièrement abaissé. Certes, ce n'est pas ainsi qu'en l'an 11 et 111 de la Republique se serait exprimé le membre du Comité de Salut Public ; mais les temps étaient changés, et il fallait, bien humblement, demander ce qu'on n'était pas, malgré cette humilité, assuré d'obtenir.
(( Paris, 20 mars 1808. Monsieur le Grand-Maître et Président. Je crois devoir m'adresser directement à \ otre Excellence dans la circonstance actuelle, pour lui expri-
(I) Archives du minislcrc de la g-ucrrc. Dossier Prieur, pièce ii» 41.
mer mon désir d'être employé sous ses ordres dans la nouvelle composition du corps de l'Université. Déjà il y a quelque temps, j'ai eu l'honneur d'en faire la demande à Sa Majesté l'Empereur, qui en l'an IX daigna m'élever au grade de colonel en récompense de mes services tant militaires que civils et dont j'ai reçu depuis de nombreuses marques de bonté, lorsque par des circonstances particulières, et surtout à cause de l'infirmité d'une jambe dont je demeure estropié, je fus déterminé à renoncer à la carrière militaire.
« L'emploique je mecrois plus particulièrementenétat de remplir maintenant serait celui d'inspecteur de l'Université, ou. si on le jugeait plus à propos, de conseiller.
«Je pense avoir quelques titres à solliciter l'une de ces places. En effet, outre mes vingt ans de services dans le corps du génie, j'ai passé sept années consécutives dans les législatures, pendant lesquelles il est connu que j'ai eu lavantage de contribuer utilement, et par des travaux longtemps prolongés, au succès de divers établissements d'administration, d'instruction publique, ou d'arts, tels que tous ceux relatifs à la fabrication des armes et poudres, l'Ecole Polytechnique et les autres qui lui étaient aliiliées, l'institution des nouveaux poids et mesures et les monnaies. Ayant, indépendamment de ce, rempli de nombreuses missions près des armées dans les circonstances les plus critiques, revêtu de grands pouvoirs dont j'ai usé, j'ose le dire, de manière à ne mériter aucun reproche, toujours dans la vue du bien, et avec le plus entier désintéressement.
(( Au reste, Monsieur le Grand-Maître et Président, le rapport de mes services a déjà été fait au gouvernement. Les titres en subsistent toujours ; ils peuvent être notifiés par les ministres soit de la guerre, soit de l'intérieur, et je pourrais au besoin m'appuyer du témoignage
de nombre de personnes pourvues aujourd'hui d'emplois éminenis, avec lesquels j'ai eu des relations de service et d'amilie.
(( Je me borne en ce moment à donner à Votre Excellence celte indication générale. Jo la prie de me permettrede me présenter à ellesoit à lune de sesaudiences ordinaires, soit à l'heure qu'il lui plaira de m'indi(|uer. Je puis l'assurer ([u'Elle trouvera toujours en moi zèle et dévouement absolus, dont mon caractère personnel et la fidélité que j'ai toujours mis à remplir mes devoirs sont des garants non équivoques. J'ai l'honneur d'être avec respect. iMonsieur le Grand-Mallre et Président-, de Votre Excellence, le très obéissant sei'viteur. G. A. Prieur (de la Cote-d'Or)^ ancien colonel du génie et ex-législateur, rue Saint-Domini(iue, au Gros-Caillou, n''o3(l).
Cette lettre demeura inutile. Prieur ne fut jamais compris parmi les dignitaires de la nouvelle Université' : non pas qu'il fût jugé indigue de remplir ces fonctions, mais parce qu'on continuait à le tenir en suspicion, et qu'on ne voulait pas lui fournir l'occasion de montrer une fois encore ce dont était capable l'ancien organisateur de la défense nationale. A ce nouveau déni de justice, on ne sait quelles rancœurs envahirent l'esprit de Prieur, mais il eut le bon sens de ne pas exhaler son dépit. H s'enveloppa dans sa dignité et garda un froid silence.
Ce silence fut si profond (jue les contemporains ont à peu près perdu le souvenir de ce qu'il a fait ou pensé jusqu'au moment de sa mort. Même dans son pays, même à Dijon où il habitait en 1832. à l'époque de sa mort, on a pour ainsi dire perdu sa trace. On jurerait (ju'il a pris j)laisir à se faire oublier. Les uns ont pré-
(I) Colle IcUre se trouve en original entre les maiiis de M. Erne.sl l'etil (de Voausse), conseiller grénéral de l'Yonne, nn^uhre du eonsoil aradéniique de Dij.ui.
tendu, et c'est sans sourciller que les auteurs de la Biographie des Parlementaires enregistrent cette sottise, qu'il s'était improvisé avocat et avait, jusqu'en 1814, gagné au barreau ses moj^ens d'existence : comme si un officier du génie, un mathématicien, pouvait du jour au lendemain se reconnaître dans le dédale des codes et remplacer par des discussions juridiques les calculs et les expériences auxquels il était habitué. Sans doute Prieur, par curiosité d'esprit ou simplement pour suivre ses affaires, aura étudié tel ou tel article de législation ; il aura même paru au Palais, mais, s'il eût été avocat de profession, son nom figurerait à côté des noms de ses confrères, et au moins quelques-uns de ses plaidoyers auraient frappé l'attention. Or il n'en est rien. C'est donc que Prieur n'a jamais été avocat.
Prieur n'a pas été davantage comte de l'Empire. Un de ses biographes cependant a poussé la prétendue exactitude jusqu'à donner la date de cette nomination : 27 novembre 1808 : mais nous l'avons inutilement cherchée dans les listes, si complètes, de la noblesse impériale, dressées par M. Campardon. D'ailleurs est-il vraisemblable que Napoléon, qui n'a pas voulu maintenir Prieur dans le service actif, qui a systématiquement repoussé ses offres de service, qui ne l'a même pas honoré d'un des rubans de sa Légion d'honneur, se soit infligé un démenti à lui-même en conférant à un citoyen qu'il n'aimait pas une distinction fort recherchée, et que l'on considérait comme une marque de haute faveur? Quanta Prieur se serait-il accommodé de ce hochet, l'aurait-il seulement sollicité, lui, l'austère républicain dont la vie entière et tous les actes politiques protestaient contre le gouvernement impérial. Non, Prieur ne fut jamais comte de l'Empire. Il ne désira pas le devenir, et Napoléon ne songea jamais à lui en conférer le titre.
Comment donc Prieur ntilisa-l-il les loisirs dont il jouissait un peu malgré lui? De deux façons : d'abord en se livrant à des recherches scienliliques, pour lesquelles il eut toujours beaucoup de goût, et en second lieu en créant une manufacture de papiers peints qui du moins réussit et assura son bien-être.
Les recherches scientifiques de Prieur ont été consignées dans de nombreux mémoires (1) ou rapports qui furent insérés dans le Joariial de l'Ecole Polytechnique et dans les Annales de Cliiniie. Les Annales de Chimie avaient cessé de paraître en 1793, avec le XVIfl" volume. Le XIX^ ne fut publié que trois ans après, en 1793 par « les citoyens Guyton,Monge, Berthollet, Fourcroy, Adet, Séguin, Vau(|uelin, Pelletier, G. -A. Prieur, Chaptal et Van Mons. « Les auteurs, dans l'avant-propos, disent « que la nécessité de s'occuper exclusivement de la défense de la République, les événements de la Révolution, enfin les occupations et les fonctions publiques des auteurs sont les causes naturelles de celte suspension. » Le volume en efïet commence par la réimpression d'un mémoire de Vandermonde, Monge et Berthollet sur la falsification du fer « publié par ordre du Comité de Salut Public », et quelques pages plus loin il continue par un procédé pour l'extraction de la soude du sol, également publié par ordre du Comité. C'est dire que Prieur fut un de ses principaux inspiraleuis, et que, toujours fidèle à sa méthode de rechercher on tout problème scientifique les applications pratiques, il s ingénia surtout à faire connaître les améliorations ou les découvertes qui pouvaient servir à la défense nationale.
(i) Le plus important de ces mémoires lut publié dans le VI* cailler. 11 est intitulé : Lettre sur le serein et la rosée^ adressée au eitoren Ilassen/'i-atz. insiiluleitr (t^'iv) de physique ci l'iieole l'ulyteehniqur. — Paris. la frini.iirc .iii \\\.
Amené à s'occuper des couleurs par la fabrication des papiers à laquelle il s'était consacré, Prieur composa sur celteintéressantequestiondivers mémoires. L'un d'eux fut lu le 13 ventôse an XIII, à la classe des sciences mathémathiques et physiques de l'Institut national. Il était intitulé (1) : Coni>idératiotis sur les couleurs et pltisie/irs de leurs apparences singulières. Prieur la compléta par quelques observations supplémentaires, et se décida à la publier sous le titre suivant (2) : De la décomposition de la lumière en ses i léments les plus simples. Fragment d'un ouvrage sur la coloration par C.-A. Prieur, faisant suite auœ parties qu'il a lues à l'Institut national en 1805 et 1806. Voici la préface qui fut rédigée par son ami l'illustre chimiste Guyton-Morveau : « Ce mémoire vient de m'être adressé par l'auteur, que ses affaires retiennent actuellement dans le département de la Côte-d'Or; ne pouvant continuer ses lectures à l'Institut, il s'est déterminé à les livrer à l'impression d'après l'invitation de ses amis, et la réflexion qu'ils lui ont faite que les objets intéressants qui y sont traités ne pouvaient guère être compris que le livre à la main, et à l'aide de figures. » Dans cet ouvrage Prieur s'efforçait de déterminer la nature des rayons lumineux. Il en signalait de trois sortes, les rouges, les verts et les violets qui, combinés deux à deux, produisaient les rouges et verts le jaune, les verts et les violets le bleu, les violets et les rouges le pourpre, les trois ensemble le blanc, et toutes les nuances intermédiaires selon la quantité proportionnelle des éléments. « Les corps, ajoutait-il, exercent sur tous les rayons lumineux uneaction généraleet une particulière, relative à leur nature propre. Si le faisceau blanc arrive
(I) Moniteur, ï8o5, p. 34i, 36".
(2I Une brochure in-8 de 55 pages, a'vec figures.
sur Mil corps diaphane, obliqiiemenl à sa surface, les rayons en pénétrant, dévient de leur première direction, les uns plus, les autres moins, suivant leur nature. Il y a là une véritable analyse de la lumière blanche, où l'on peut retrouver un à un ses trois éléments simples, et aussi les combinaisons mixtes de ses éléments en diverses proportions. Si l'affinité du corps pour les rayons lumineux est portée au point d'en éteindre quelquesuns, spécialement dans sa propre substance, le corps sera coloré; il exercera une action de préférence, ou plus forte, sur certaines espèces de rayons. Une petite masse du corps engloutira d'abord l'espèce préférée, et si l'action du corps sur deux espèces simples ne donne pas une prépondérance marquée à l'une d'elles, ce sera une combinaison mixte qui disparaîtra la première. La masse du corps venant ensuite à augmenter de plus en plus, la destruction des rayons se continuera par des mixtes nouveaux, toujours progressivement, l'espèce la moins attaquée restera finalement la dernière, et ce sera nécessairement l'une des trois, ou celle des rayons rouges, ou celle des verts, ou celle des violets : après quoi aucune lumière ne passera plus. »
Prieur n'avait à sa disposition ni les instruments, ni les méthodes aujourd'hui d'un usage courant. Il nous a pourtant semblé que, dans cette théorie des couleurs, il avait été comme le précurseur de la science contemporaine. Quelques-unes de ses théories étaient fondées. Il n'avait qu'à se laisser porter dans cette direction, et il aurait peut-être devancé les Daguerre, les Niepce, et môme les Chevreul. Il peut sembler étonnant que l'Institut ne l'ait pas récompensé de ses recherches désintéressées en l'appelant dans son sein, ou tout au moins en lui conférant le titre de correspondant qu'il avait si bien mérité. C'était du reste une de ses secrètes ambitions.
Plusieurs des membres de l'Institut étaient ses anciens collègues ou ses amis. Sa place était donc toute désignée au milieu d'eux. Gommentne fut-il jamais admis dans la docte compagnie? C'est peut-être que, là encore, il avait excité de jalouses susceptibilités, ou même des inimitiés. La politique ne se séparait pas de la science. On appréciait le savant, mais on redoutait l'ancien membre du Comité de Salut Public. Prieur fut donc obligé de se tenir en dehors de la science en quelque sorte officielle. Ses recherches théoriques continuèrent, mais elles ne dépassèrent jamais un cercle restreint. Le grand public les ignora. Au moins ne lui furent-elles pas inutiles dans la vie privée. Non seulement elles lui donnèrent le repos de l'esprit, mais encore elles assurèrent son bien-être matériel, car il put s'occuper sérieusement de l'industrie qu'il avait entreprise, et donner une grande extension à sa fabrication de papiers peints.
Où fut établie la manufacture de papiers peints de Prieur? Il est difficile de le dire avec précision. Cette ignorance pourra paraître singulière, mais ne vaut-il pas mieux l'avouer que de bâtir des hypothèses plus ou moins hasardées? Nous avons inutilement fait des recherches dans tout le département delà Côte-d'Or et spécialement aux environs de Dijon, dans certains villages qui nous avaient été signalés comme ayant jadis été le siège d'industries similaires. Nulle part, ni à Dijon, ni dans la banlieue, on n'avait gardé le souvenir d'une fabrique de papiers peints, et encore moins de Prieur comme maître de cette fabrique. D'un autre côté les annuaires locaux pour toute la période impériale se taisent sur la personne de Prieur, et ne le mentionnent ni comme officier en retraite, ni comme industriel. Que si maintenant nous nous rappelons les nombreux documents, cités déjà par nous, où Prieur est indiqué
coiiime liabitaiit a l'aris, au Gros-Caillou, au 53 de la rue Saint-Dominifiue, et cela pendant toute la période républicaine et impériale, nous arriverons à cette conclusion que la fabrique de Prieur fut très probablement installée à Paris.
Ce qui nous porterait à le croire, c'est que, lors de l'Exposition universelle de 180G, sur le rapport du jury chargé d'examiner les produits de l'industrie française, au chapitre XIV (arts et produits chimi([ues), et à la section VI (couleurs) une médaille d'agent fut décernée à Prieur. Voici (1) comment s'exprimait à ce propos le rapporteur : « M. Prieur a présenté des couleurs liquides à l'usage des manufactures de papiers peints ; parmi ces couleurs il en est beaucoup qui n'avaient point été faites en France avant lui. Sa fabrique, dirigée par des connaissances chimiques étendues, contribue à la perfection de nos papiers peints. M. Prieur a aussi exposé des papiers unis très beaux, peints avec nos couleurs. Le jury lui décerne une médaille d'argent de première classe (récompense unique). » Or, dans l'énumération des lauréats, Prieur est indiqué comme demeurant à Paris, 53, rue Saint-Dominique. Tous ceux de ses concurrents, qui ont en province le siège de leur établissement, sont désignés à leur rang et à leur domicile habituel. Si donc Prieur avait eu sa fabri([ue en province, le rapporteur du jury l'aurait signalé comme habitant la province, tandis qu'il le considère comme Parisien et établi à Paris. 11 nous est donc permis d'en tirer cette conséquence que Prieur a bien réellement installé sa fabrique à Paris et qu'il y a passé les quatorze ou quinze premières années du dix-neuvième siècle.
De temps à autre pourtant Prieur se rendait en Bour-
ii) .Uoniliiir iinii-crsil dn nirrcrcdi i- ili-ciiuln-c i.smi.
gogne, et spécialement à Lantenay, aux environs de Dijon, où il avait acheté une belle propriété, qui jadis avait appartenu à la famille parlementaire des Bouhier. Le chef de cette famille ayant émigré, le domaine de Lantenay avaitété déclaré propriété nationaleetvendu (1) une première fois à un négociant dijonnais, François Bichet, puis cédé à un autre marchand de Dijon, Joseph Vêtu.
Comment Prieur est-il devenu propriétaire à son tour du domaine de Lantenay ? La question n'est pas encore résolue, mais ce ne fut pas immédiatement après les Bouhier. Voici, d'un autre côté, ce que nous lisons, à la date du 19 mai 1811, dans les mémoires inédits de Jean- Bénigne Toussaint, qui nous ont été gracieusement communiqués par son petit-fils, M. Dumay.
(( J'ai parcouru hier le parc de Lantenay dans toute son étendue, j'ai vu l'ancienne demeure des Bouhier, tombée pendant la Révolution entre les mains de M. Prieur Duvernoy (sic), mathématicien et chimiste distingué, très peu riche, qui a marqué dans les fastes conventionnels sous le nom de Prieur de la Côte-d'Or. » Bien que signalé comme peu riche, Prieur était donc propriétaire du château et du parc de Lantenay, et c'est sous ses frais ombrages, du haut de la terrasse d'où l'on suit le cours sinueux de l'Ouche, qu'il goûta Uotiam cuni dignitate, qu'il avait si bien gagné.
(i) Du i8 Iructidor an iV. — Vente ])ar le département de la Côte-d'Or, au citoyen François Richei, négociant à Dijon, moyennant 33,i2'5 fr., du ci-devant château de Lantenay, de Tenclos renfermant le bâtiment, cours, jardins et le parc environné de mui's contenant en totalité environ 42 journaux et un tiers en superficie, appartenant à la République comme provenant de l'émigré Dcnigne Bouhier.
Le 23 fructidor an IV, s"est présenté le citoyen François Richet, lequel a déclaré ([u"il n'avait fait l'acquisition dans l'acte ci-dessus que pour le citoyen Joseph Velu, marchand à Dijon, qu'il subroge dans tous ses droits, ce qui a été accepté par ledit citoyen \'étu.
Arch. dép. de la Côte-d'Or, q. i. carton .So, i)ièce tj.ï. Lantenay.
Toujours suspect à l'Empereur el aux autorités impériales, on sait que Prieur fut systémali(jueniont laissé à l'écart. Peut-être même dut-il s'estimer fort heureux de ne pas provoquer, par son attitude un peu frondeuse, les colères d'un gouvernement peu suspect déménager la liberté individuelle. Lors((ue tomba l'Empereur, Prieur, ainsi que beaucoup d'autres Français, crut aux promesses de la Restauration. Il se sentait encore capable de rendre des services. Il proposa au ministre de la guerre de rentrer dans les rangs de cette armée dont il avait été prématurément écarté : mais Prieur avait joué dans la Révolution un rôle trop important. Il n'avait pas fait amende honorable, comme beaucoup de ses collègues de la Convention ou des Cinq-Cents, et, si Napoléon avait hésité à l'appeler auprès de lui, à plus forte raison Louis XVIll el son entourage craignirent-ils de remettre en pleine lumière l'ancien membre du Comité de Salut Public. On répondit donc à ses avances par un refus poli, et une fois encore, Prieur dut rentrer dans l'obscurité.
Dégoûté par cette méconnaissance voulue de ses services et de sa capacité, et d'ailleurs afïaibli par l'Age qui s'avançait el par les inlirmités qui grandissaient. Prieur, à partir de ce moment, paraît avoir renoncé à tout espoirde jouer un rôle dans la vie active.
Lorsque les fautes de la première Restauration amenèrent la chute de Louis XVIIl el le retour triomphal de Napoléon. Prieur, s'il l'avait voulu, serait rentré en grAce, et l'Empereur, qui acceptait alors volontiers le concours de toutes les bonnes volontés, n'aurait sans doute pas mieux demandé que d'associer à sa fortune un des anciens organisateurs de la défense nationale. Prieur aurait pu lui èlre au moins aussi utile que Carnot : mais Prieur ne voulut pas s'exposer à l'afïront d'un
nouveau refus. Il ne fit aucune démarche, il ne prit part à aucune manifestation, il ne prêta même pas serment à l'acte additionnel aux constitutions de l'Empire; en un mot, il resta volontairement dans la retraite, et n'en sortit pas, même au bruit du canon de Waterloo. Il avait disparu de l'histoire, et, à aucun prix, ne voulait y rentrer.
Aussi bien cette abstention fut heureuse pour lui. Lorsque, pour la seconde fois, Louis XVIII remonta sur le trône, une fièvre de réaction s'empara de la nation tout entière. Tout ceux qui, pendant les Cent-Jours, directement ou indirectement, avaient fait acte d'adhésion au régime impérial, furent considérés comme suspects et traités comme tels. Ainsi que tant d'autres, et vu sa double qualité de régicide et d'ancien conventionnel, Prieur aurait pu devenir une des victimes de la Terreur blanche. Il aurait pu, comme beaucoup de ses anciens collègues, être chassé de France, et traîner misérablement à l'étranger les dernières années de sa vie, mais il avait eu l'habileté et l'heureuse chance de ne pas sortir de sa retraite pendant les Cent-Jours et de ne pas se compromettre par un acte quelconque en faveur de Napoléon : Aussi ne fut-il pas compris ni atteint par l'ordonnance du 12 janvier 1816, la fameuse loi dite des catégories, dont l'article VI condamnait à l'exil tous ceux des régicides qui s'étaient pendant les Cent-Jours rapprochés de l'Empereur. Cet article était ainsi conçu : « Ceux des régicides qui, au mépris d'une clémence sans bornes, ont voté pour l'acte additionnel ou accepté des fonctions ou emplois de l'usurpateur, et qui par là se sont déclarés ennemis irréconciliables de la France et du gouvernement légitime, sont exclus à perpétuité du royaume et requis d'en sortir dans le délai d'un mois, sous la peine portée par l'article 33 du code pénal (la déportation). Ils
ne pourront y jouird'aucun droit civil, y possédûraiinins titres ou pensions à eux concédés à titre gratuit. »
On conserve aux archives nationales (I) ce qu'on appelle le dossier des régicides. Voici la note concernant « Prieur Duvcrnoy de la Côte-d'Or. non atteint par la loi. » : I^rieur Duvernois (C.-A.), de la (]ôte-d'Or, député à la Législature r>7V') et à la Convention nationale, membre du Conseil des Cinq-Cents, etc. Oflicier du génie à l'époque de la Révolution, il en adopta les principes, fut élu en 1791 député de la Côte-d'Or à la Législature, et envoyé en août 1792 à l'armée du Rhin pour y annoncer la déchéance du Roi. Réélu à la Convention, il y vota la mort de Louis XVI, et ayant été chargé de missions, en juin 1793, près l'armée des côtes de Cherbourg, il fut arrêté par les fédéralistes, et emprisonné à Caen avec Romme. Rendu enfin à la liberté, il ne parut presque jamais à la tribune, travailla beaucoup dans les comités, notamment dans celui de Salut Public, sous Robespierre, et fut spécialement chargé de la fabrication des poudres et salpêtres. Après le 9 thermidor, il fit décréter l'usage du calcul décimal et de l'unité des poids et mesures, et delîendit (^ic) ensuite ses anciens collègues. Lors des troubles de prairial, son arrestation fut demandée comme étant attaché au parti montagnard, mais cette proposition fut repoussée par la Convention, et il passa au Conseil des Cinq-Cents en novembre 179u. Il s'y occupa encore du sistème f.'^ic) des nouveaux poids et mesures, et en sortit en 1798. Il n'a phis occupé, depuis lors, de fonctions publiques. )) Les prescripteurs de I8IC) étaient donc très renseignés sur le compte de Prieur. Ils n'auraient sans doute pas mieux demandé que de l'envoyer en exil ou de le comprendre, sous un
(i) Arcliivcs nation.Tics, F. 7. rri5.
prétexte quelconque, dans un procès politique, dont l'issue était déterminée à l'avance : mais le texte delà loi était formel : sans doute Prieur était régicide, mais il n'avait rempli aucune fonction pendant les Cent-Jours : pas même une fonction de pur dévouement. Il n'était donc pas sous le coup de la loi. Il n'était pas atteint par la circulaire ministérielle du 31 janvier 1816 qui déterminait en ces termes les fonctions ou emplois acceptés sous l'usurpateur : « Les fonctions d'électeurs, membres des conseils généraux ou d'arrondissement, maires et officiers municipaux, et tous les emplois dans les administrations diverses conférés directement par l'usurpateur ou par des autorités qu'il aurait lui-même établies, ou qui ont été le résultat de la convocation faite par ses ordres d'assemblées primaires ou de collèges électoraux. » Cent soixante-treize conventionnels furent alors obligés de s'expatrier. Prieur, qui s'était tenu à l'écart pendant les Cent-Jours, dut à cette sage modération de ne pas être obligé de chercher hors de France un asile pour ses vieux jours. Le gouvernement fut donc obligé de le laisser dans son obscurité, sauf à le surveiller avec soin, et à le frapper à la première occasion.
Prieur avait senti le vent de la tempête siffler à ses oreilles. Il voyait ses amis prendre les uns après les autres le chemin de l'exil, et s'éteindre dans la douleur et les larmes. Aussi s'estima-t-il heureux de pouvoir achever en France, au milieu de ses compatriotes, et sans que ses intérêts fussent lésés, les dernières années de sa vie. Sans doute il avait éprouvé bien des traverses et subi bien des amertumes, mais il avait aussi bien souvent passé à côté du danger, en l'esquivant. Lorsque les fédéralistes de Caen le renfermaient au vieux château, n'avait-il pas, pour ainsi dire, fait le sacrifice de sa vie? A la fin de la Convention, quand les thermidoriens de-
mandaient l'arrestation de tous les montagnards, ne s'était-il pas considéré comme condamné à la déportation? Les fédéralistes et les thermidoriens l'avaient pourtant épargné Les royalistes de la Terreur blanche l'épargnèrent également, et, bien que suspect à tous les partis, il eut la satisfaction de pouvoir goûter le repos qu'il avait si peu connu le reste de sa vie. ( 1 )
Il est vrai (jue Prieur avait peut-être, pour le protéger contre quelque retour ollensif, une arme puissante. Il était dépositaire d'un secret d'Etat. Nous n'abordons qu'avec toute réserve cette mystérieuse question qui sans doute ne sera jamais résolue d'une manière définitive, mais qui toujouis aura le privilège de piquer la curiosité. Il s'agit du da»iphin. connu dans l'histoire sous le nom de Louis XVII, et (jui, d'après les uns, mourut prisonnier au Temple, d'après les autres fut sauvé par quelques amis, et, après de romanesques aventures, essaya, sous le nom de Xaundortï, de revendii|uerle trône de France. Naundorfïaétépar beaucoupconsidérécomme un imposteur, mais il a des partisans résolus, et ces amis de la dernière heure ne mau(iuent pas d'allt'guer en sa faveur le témoignage de l'rieur. En elïet, Prieur, non seulement aurait favorisé l'évasion du jeune Louis XVIIdela prison du Temple, mais encore il aurait connu les royalistes et les membres du gouvernement républicain qui s'étaient prêtés à cette tragi-comédie, et il gardait par devers lui
(i) Le Proffrcs tir lu (yUr-d'Or. on ^(•ih-i-,\\ bii-n inforiiK-, iiisrrait ])ourtaiit t'ii aoùl i8(».") cell<' jrrosse iTHMir :« Apres avoir <-i)i)|>civ a «Mirifliir son pays des plus utiles «IrcoMViTlt's et des plus s;i{fcs imiDvalious, il sortit eu i;(>,S do la carrière polilir|ue pour vivre dans la plus entière obscurité. <■,'(■ c/iji n<*/'c»iprt-/ia pas d'i-tre r.vilr en iSid. Ce s{n<ant ne ret-int en France qu'en jS'io. « Autant d'erreurs que de mots, (^f sur les répieides après la Hèvolulion. Boriu.oTON, Comment finirent les Itégieiiles ((.'orrespunilant, 20 janvier. 10 février 189a). — G\n.i (Siipplrnienl littéraire du Fijfuro, a} septeuilire iSirJ). — Kisc.iisKi, Les Conventionnels français après le jS brumaire (Jtèeolutiun française. 189Î). — PiNCACD, Les derniers Coneentiounels ^^{e^•ue de Paris, 'i' année, p. 7^3).
certains renseignements précis qui semblaient prouver l'identité de Naundorfî et de Louis XVII. Voici à ce propos (1) un texte curieux emprunté à une lettre du sculpteur Foyatier, à la date du 12 avril 1850 : « Le conventionael Prieur de la Gôte-d'Or a plusieurs fois avoué à M. X..., ancien pair de France, qui l'a lui-même répété à M. B..., ex-préfet, à propos de M. de Richement, qu'il était très certain de l'enlèvement du dauphin du Temple et de la substitution d'un autre enfant à sa place ; que l'enfant mort au Temple à la date officielle du 20 prairial (8 juin 1794) était le substitué. » Nous avons nous-même entendu raconter par un membre de la famille Prieur qu'il devait sa sécurité à la connaissance d'un gros secret dEtat relatif à la famille royale. Le roi Louis XVIII en efïet avait tout intérêt à croire et à faire croire à la mort réelle de son neveu le dauphin. Iln'auraitétéautrement qu'un usurpateur. Si donc Prieur avait en sa possession des preuves certaines et authentiques de la légitimité des prétentions de Naundorfî, et qu'il ne voulut pas s'en servir, il fallait lui en savoir gré et assurer son repos. Il est vrai que les princes ont divers moyens d'imposer silence aux détenteurs de secrets d'Etat, mais Prieur avait très probablement pris loutes ses précautions et mis à l'abri les documents qui le couvraient. Son assassinat aurait été une maladresse. Louis XVIII aima bien mieux le laisser en paix, et c'est ainsi que s'expliquerait la sécurité à peu près absolue dont put jouir Prieur jusqu'à la fin de sa carrière.
Nous n'avançons ici, bien entendu, qu'une hypothèse, mais elle nous paraît justifiée par les faits. Quoiqu'il ne s'agisse que de vagues traditions, et que jusqu'à nouvel
(I) Ce document est emprunté à un ouvrage écrit pour lu défense du prétendu dauphin Kicheraont : La Restauration convaincue d'usurpation, p. -28.
ordre, il n'y ait en fait de preuves que des conversations, nous nous garderons bien de trancher la question ; nous n'avons le droit que de l'exposer.
Quoiqu'il en soit, certains royalistes furent moins scrupuleux ou plus maladroits que le roi Louis XVIIf. Ils ne ménagèrent pas à Prieur l'expression de leur mépris ou plutôt de leur haine. Il sufïit de parcourir les journaux ou les actes administratifs de 181") à 1830, pendant toute la Restauration, non seulement le nom de Prieur n'est plus cité nulle part, ni dans une fête, ni dans un cortège, mais encore, malgré sa compétence pourtant reconnue, il n'est appelé dans aucune commission, convoqué dans aucune assemblée. Il semble qu'on ait voulu faire le vide autour de lui. On ne lui épargne même pas de petites et mesquines humiliations. Ainsi lorsque l'Académie de Dijon, à l'imitation de l'Institut, fera son épuration (1), et. sous prétexte d'indignité, exclura de son sein certains de ses membres, Prieur sera au nombre des brebis galeuses signalées à la vindicte publique. Il est vrai qu'il sera expulsé en bonne compagnie, en même temps que Garnot. que Monge et que Guyton-Morveau. Ces rancunes rétrospectives, et cette méconnaissance des services rendus soulèventdes haut-le-cœur, mais elle ne laissaient pas que d'irriter ceux (]ui en étaient les victimes, et j'imagine que Prieur fut très sensible à ce coup d'épingle.
Gomment Prieur passa-t-il les dernières années de sa vie? Dans le calme le plus absolu. De parti pris il ne voulut s'associer à aucun de ces mouvements d'opinion, à aucune de ces prises d'armes électorales qui marquèrent l'histoire intérieure de la Restauration. Il était venu
(I) Dans la liste oflicicllc iuséréo an ri-gistro de rAcadéiuio (séance du i8 décembre i8i6), Prieur ne ligure ni eciniiue titulaire, ni comme correspondant, ni comme associé non résidant. (Communication de M. Dumay, secrétaire de l'Académie).
-■ 348 se fixer à Dijon où l'appelaient des intérêts de famille. Il s'était établi au second étage d'une petite maison, aujourd'hui démolie, dont les fenêtres donnaient sur la vieille église des Jacobins. C'est là que dans une modeste chambre, dont le principal ornement était un exemplaire encadré de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, étendu sur un fauteuil de paille qu'il faisait traîner au soleil, il recevait ses amis et repassait les souvenirs d'une vie bien remplie. La tradition veut qu'il ait occupé ses loisirs à composer des mémoires; mais ou bien ils sont égarés, ou bien conservés par des dépositaires trop scrupuleux. On prétend aussi qu'il écrivait beaucoup, mais sa correspondance, qui eut été si précieuse à consulter, est aujourd'hui dispersée ou détruite. Nos recherches pour en retrouver au moins quelques fragments n'ont pas abouti. Des scrupules, peut-être légitimes, ont retenu les uns; nous nous sommes heurté à l'indifférence ou à l'hostilité mal déguisée des autres. Espérons que lorsque le temps aura fait son œuvre et que se seront apaisés les derniers bouillonnements de la tempête, on pourra quelque jour mieux connaître Prieur.
La Révolution de 1830 ne surprit point Prieur. Il l'avait en quelque sorte prédite à ses amis. Certes son intelligence était encore en activité, et il aurait pu, malgré ses soixante-sept ans, rentrer en scène et jouer de nouveau un rôle politique important. Ses amis étaient au pouvoir, ses idées et ses principes triomphaient. Le vent soufflait en poupe : il n'avait qu'à se laisser porter : mais Prieur était de ceux qui trouvent qu'en politique la meilleure des sagesses consiste à se retirer à temps, et à ne pas s'obstiner. Le moment était venu pour lui de la retraite définitive. II déclara donc qu'il n'aspirait plus qu'au repos et pria qu'on le laissât tranquille. De pareilles
prières sont trop rares pour qu'elles ne soient pas toujours exaucées. On laissa donc Prieur dans sa chère maison des Jacobins, à sa fenêtre ensoleillée, et c'est là qu'il mourut, non sans soufTrances, le H août 1832. \oici sou acte de décès, tel que nous l'avons copié aux archives municipales (1) de Dijon : « L'an 1832, le 42 août, à six heures du matin, par-devant nous Bernard Charles Belot, adjoint au maire de la ville de Dijon, Côte-d"Or, faisant par délégation spéciale les fonctions d'ofïicier public de l'état civil, ont comparu: Emiland Frilley. âgé de 43 ans, pharmacien, et François Monnot, âgé de 3(1 ans, notaire, tous deux domiciliés à Dijon, lesquels nous ont déclaré que le M août présent mois, heure de huit heures et demie du soir, M. Claude- Antoine Prieur, âgé d'environ soixante-neuf ans, colonel du génie retraité, ancien député à la Convention, demeurant à Dijon, lue Févret, n° 1. né à Auxonne (Cote-d'Or) le 22 décembre 17G3, célibataire, fils de feu M. Noël-Antoine Prieur, écuyer, receveur des finances au bailliage de Dôle, et de feue Dame Anna Millot, son épouse, est décédé en son domicile, où nous nous sommes transporté et assuré de ce décès, et les déclarants ont signé avec nous le présent acte après lecture faite: Monnot, Frilley, Belot. »
Prieur était un dos derniers survivants de la grande Révolution. Retiré depuis de longues années déjà de la vie politique, il était pour ainsi dire passé de son vivant à l'état d'ancêtre. Les jeunes générations lavaieni a peu près oublié. Ainsi s'explique le peu de retentissement de cette mort, non seulement en France, mais même en Bourgogne. Le Patriote de la. Côte-d'Oi', dans son numéro du 14 août 1832, se contente de mentionner sa mort.
(i)Registros de Tétat civil de Dijon. iH'^a. loi. t)<(, n* .")2.î.
Prieur souffrait d'une maladie chronique dans la région de l'estomac joignant les intestins. Les docteurs Naigeon. Lorey et Pingeon tirent l'autopsie du cadavre et découvrirent dans la partie attaquée une lésion considérable. L'enterrement se fit. mais simplement, avec les honneurs dus à un colonel du génie; aucun discours ne fut prononcé sur la tombe, car on craignait une manifestation républicaine. « En gardant le silence, ajoute le journal, les regrets que sa mort a fait éprouver n'en sont pas moins vifs et l'on a ôté tout prétexte à la malveillance d'un parti pour qui rien n'est aujourd'hui sacré. »
La mauvaise chance sacharnait après Prieur: elle ne l'a pas abandonné même au delà de la vie , puisqu'il n'a pas encore rencontré la paix du tombeau. L'humble pierre sous laquelle dort Prieur est en effet menacée de destruction. Le cimetière qui la renferme est désaffecté, et si les Dijonnais ne prennent pas une délibération pour transporter au nouveau cimetière les restes du conventionnel, ils seront dispersés au vent. Prieur pendant sa vie méritait mieux qu'il n'a obtenu. Après sa mort, sa mémoire aurait dû être mieux respectée qu'elle ne l'a été: il est vrai que l'heure de la réparation sonne pour tout le monde. Trop heureux nous estimerons-nous si nous avons contribué à l'avancer pour ce grand citoyen trop méconnu, qui fut Prieur de la Côte-d'Or.