‹ Prieur de la cote-d'orChapitre 21 sur 32 · PRIEUR OFFICIER · texte numérisé non relu

PRIEUR OFFICIER

Pendant les sept années que Prieur passa soit à la Législative, soit à la Convention, soit au Conseil des Cinq- Cents, il avait toujours été censé faire partie de l'armée. On trouvera peut-être étrange, après les services qu'il avait rendus et le rôle actif qu'il avait joué, et à une époque où les règles de lavancenient hiérarchique étaient mal observées (1), que Prieur, capitaine depuis le 1"' avril 179J, n'ait pas profité dés circonstances pour obtenir de hauts grades militaires. Certes, personne ne l'aurait trouvé mauvais ; mais les hommes d'Elat ou du moins certains d'entre eux, éprouvaient alors des scrupules que, de nos jours, bien des personnes trouveraient peut-être inopportuns. Ils ne croyaient pas avoir le droit de profiter de leur influence pour améliorer leur situation personnelle. Aucun des officiers qui firent partie de la Législative ou de la Convention ne voulut, tant que

(i) Mi'iuuiiTs (le fJarrrc, T. I, ]>. m'i. — « Ciiniot et l'i-iciir ont exerct' le i)liis grand poiivoir g-ouvernant et (liscrétionnairc (jui ail jamais appartoim à des rois ou à des ministres : ils ont nommé et avancé prescjne tous les militaires qu'on a vus se distinguer sur le théâtre de la guerre depuis quarante années. 11 n"y a pas un de ces soldats devenus généraux, maréchaux, ducs et même passés rois, dont les premiers brevets de nomination ne soient signés : Carnot. C.-A. Pi-ieui'. Eh bien, ces gouvernants si jiuissants, qui ont créé tant de fortunes militaires, sont restés chacun dans leur modeste grade. Tant que le pouvoir a été dans leurs mains, ils n'ont même i)as usé du tlroit que leur donnait leui- rang d'ancienneté. C-es deux hommes sont vrainirnt anticpies.

dura son mandat législatif, acquérir des grades. Ils nommaient et destituaient les généraux, mais ils se refusaient à le devenir eux-mêmes. Ils commandaient des armées, mais à titre de représentants du peuple et nullement comme investis d'un commandement militaire. Tout ce qu'ils demandaient, c'était de rester dans le rang et de ne pas perdre leur droit à l'avancement.

Prieur tenait même à ne pas perdre ses droits à la solde : non pas qu'il ait jamais été accessible à l'argent, mais, comme il respectait la légalité chez les autres, il entendait qu'elle fût respectée pour lui. C'est ainsi qu'il réclama avec une àpreté et une obstination qu'on pourrait trouverdo mauvais goût, si ce n'avait pas été chez lui une question de principes que de poursuivre la stricte application de la loi, un arriéré d'appointements d'environ deux cents francs Voici comment (1), une première fois, il exposa lui-même l'alïaire au ministre de la guerre, qui était alors Pache, le 24 janvier 1793. « Veuillez bien, citoyen, vous ressouvenir de la conversation (\[ie nous eûmes il y a peu de jours au sujet d'une dilïiculté relative à un arriéré d'appointements (|ui me sont dus en ma qualité de capitaine au corps du génie. Je rappelle ici les faits : Quoique mon brevet annonce ma promotion au grade de capitaine au 1^'' avril 1791, et néanmoins n'ait été signé que le 20 décembre de la même année, la lettre d'avis du ministre n'est que du 23 février suivant, et m'est parvenue plus tard encore, tant le service se faisait irrégulièrement du temps de Narbonne. J'étais alors député à la législature, n'ayant pas par conséquent le droit de toucher des appointements, mais ayant celui de réclamer jusqu'à cette épo(iue l'excédent du traitement de

(i> Miiiibli'i'c di; la guciTC, tlossicr l'ricur, piucc ;.

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capitaine sur celui de lieutenant de la première classe ; ceciui forme une somme de deux cents francs pour les six mois écoulés du 1^^' avril 1791 au l*''' octobre suivant, moment de mon entrée à l'Assemblée nationale ; les appointements de capitaine étant, comme Ton sait, de mille six cents francs par an, tandis que ceux de lieutenant ne sont que de mille deux cents francs. Pour parvenir à toucher ce débet il me fallait représenter le certificat de cessation de payement de mes appointements. Inutilement et à plusieurs reprises, j'écrivis pour l'obtenir à Besançon, lieu de ma dernière résidence. Enfin passant dans cette ville, au mois d'août dernier, comme commissaire de l'Assemblée nationale, j'appris que l'ancien payeur n'était plus en place. Son successeur ignorant ce qui s'était passé ne put me satisfaire ; à la vérité il me dit que je pouvais faire rechercher à la trésorerie nationale mes anciens décomptes, et que l'époque au delà de laquelle on cesserait d'en trouver, indiquerait suffisamment la cessation de mon payement : mais cette recherche n'était pas sans dilTiculté, du moins pour moi. Les courses presque non interrompues que j'ai faites depuis ce moment ne m'ont pas permis de suivre cette affaire ; celle que je vais faire encore y met un nouvel obstacle, et je crains que ma créance ne perde sa valeur par le laps de temps. Je vous prie donc, citoyen ministre, de vouloir bien employer les moyens qui sont en votre pouvoir pour m'éviter un dommage qui, au fond, n'est que le résultat de la désorganisation perfidement combinée de l'ancien ministère, et à laquelle je ne doute pas que vous puissiez remédier. Vous m'obligerez beaucoup d'adresser la réponse, ainsi que le renvoi de mon brevet (1) et de la lettre d'avis ci-jointe, au citoyen Guy-

(i) Ce brevet de capitaine n'a jamais été l'envoyé à Prieur. Il est encore aujourd'hui déposé aux arcliivcs du ministère de la guerre (dossier Prieur, pièce n' 6).

loij, mon collègue (rue Caumarlin, n° 5) qui veut bien en mon absence se charger du soin de cette alïaire. »

Il est probable que Guyton n'attacha qu'une importance médiocre à cette afïaire, ou bien qu'au ministère de la guerre la demande de Prieur fut ou égarée, ou classée. La pièce originale porte pourtant celte apostille : ({ Expédiez promptement celte alïaire s'il y a lieu » ; mais les bureaux fonctionnaient déjà avec cette majestueuse lenteur, dont ils ne se sont jamais depuis départis. Au mois de septembre 1793 rien encore n'avait été décidé, et Prieur était obligé de renouveler sa demande (1) : (( G. -A. Prieur, député à la Convention nationale, est capitaine dans le corps du génie depuis le l*"'' avril 1791. Son brevet n'a été expédié (ju'au mois de décembre suivant, et il ne lui a été adressé qu'en février 1792, avec une lettre d'avis par laquelle le ministre d'alors (Narbonne) lui annonçait qu'il devait être rappelé pour ses appointements de capitaine depuis le l*^"" avril précédent. Il était donc dû à C.-A. Prieur la différence du traitement de capitaine à celui de lieutenant depuis le 1'"' avril jusqu'au 1" octobre suivant, époque à laquelle il fut député à la législature. Le temps qui s'était écoulé, la mutation extraordinaire du payeur de la guerre à Besançon, et d'autres circonstances ayant empêché qu'il ne touchât cette somme, il s'est adressé au ministre de la guerre pour cet objet ; et pour cela, il lui versait au mois de janvier dernier son brevet, la lettre d'avis du ministre Narbonne, et d'au très pièces. Mais comme C.-A. Prieur a été presque continuellement en course pour la Convention, et (|ue le ministi'rea été renouvelé plus d'une fois, cettealïaire a été perdue de vue. Maintenante. -A. Prieur demande que le ministre Bouchotte veuille bien :

(i) Ministère de la {juciTO, dossier Prieur, u' 8.

1° faire rechercher dans ses bureaux les papiers dont il vient d'être parlé ; 2° lui donner un nouveau brevet de capitaine, soit que le premier ait été perdu, ou simplement parce qu'il était dans une forme royaliste justement odieuse ; 3° qu'il lui fournisse, s'il est possible, le moyen de toucher l'arriéré d'appointements qui lui est légitimement dû. Paris, le G septembre 1793, l'an II de la République. »

Prieur faisait alors partie du Comité de Salut Public. C'était un des maîtres de la France. Il pouvait ordonner et il se contentait de demander. Aussi sa pétition fut-elle cette fois bien accueillie. On la transmit tout d'abord à l'ancien ministre Pache qui l'annota (1) ainsi qu'il suit : « Les pièces m'ont été remises durant mon ministère et ont été renvoyées dans les bureaux pour faire le rapport. Je prie le citoyen Bouchotte, ministre de la guerre, de vouloir bien les faire rechercher et faire droit. » En effet, Bouchotte s'occupa directement de l'affaire. De sa propre main il écrivit (2) sur la lettre de Prieur : «Expédiez promptement Prieur. Recherchez les pièces; faites le décompte de la différence d'appointements de lieutenant à capitaine. Envoyez-lui un duplicata de brevet à la date indiquée. » ']etle fois, il n'y avait plus qu'à obéir. Les bureaux s'exécutèrent, mais sans renoncer pour autant à leurs manies paperassières. Il fallut, pour régler une question aussi simple, mettre en branle toute la machine administrative. Voici les pièces, encore existantes au ministère de la guerre, relatives à ce paiement (3), et encore est-il probable qu'elles n'ont pas été toutes conservées : 1° Deux ordres, sans date ni signature, enjoignant aux commissaires de la trésorerie nationale et

(i) Minislèrc do la guerre, dossier Prieur, n" 8. (a) Ministère de lu g-uerre, dossier Prieur, ii' 8. 0) Ministère de la guerre, dossier Prieur, pièces n- <), lo. ii. i-j. l'J. ij, lo.

an citoyen Lefebvre, commissaire ordoiinaleur de la IT*" division à Paris (I), de faire payera Prieur son arriéré d'appointements; 2° avis au citoyen Prieur de l'ordre qui précède; 3° note de renseignements oîi il est dit que la production d'un (2) certificat de cessation de paiement de la part du payeur du département dans lequel il était en activité est nécessaire ; 4'' lettre au payeur général des dépenses du département de la guerre; 5° lettre à Prieur contenant l'ordre d'envoyer à l'intéressé un certificat de cessation de paiement; 6° lettre par laquelle le payeur générai du Doubs envoie à Prieur un certificat de cessation de paiement (30 frimaire an II); 7° lettre du payeur du Doubs au citoyen Dupin, adjoint au ministre de la guerre, pour lui envoyer le certificat qui précède (11 frimaire an II); 8° lettre du citoyen Dupin précité à Prieur pour le prévenir qu'il donne l'ordre du paiement (9 septembre 1793). Il ne s'agissait que d'une somme de 200 francs, et l'atïaire traînait depuis plusieurs mois. La bureaucratie ne perd jamais ses droits en France, même aux épo((ues les plus agitées, même quand l'ennemi est à nos portes, et la patrie en danger !

Le 15 germinal an IV, c'est-à-dire le 15 avril 1796, Prieur fut nommé chef de bataillon. Rien de plus normal que cet avancement. 11 arrivait à son rang d'ancienneté, et pas un de ses collègues n'avait le droit de protester. Lorsqu'il parvint au terme de son mandat comme député des Cinq-Cents, n'ayant plus d'autre ressource que la carrière militaire, il essaya de faire valoir ses droits et d'obtenir un avancement, qu'il croyait avoir

1) Ministère de a guerre, dossier Prieur, pièce ir lo. On renvoie en m^me temps à Prieur lu lettre qui lui avait été adressée par le ministre Xarbonne pour annoncer sa nomination de capitaine. On ajoute qu'it est inutile de lui retourner son brevet, devenu u>il dans la (.ireonstance. i>ar suite des changements qvu- Ton se propose d"introduin- dans les forniulo .iiicicmn-s.

Cil Ministère de la guerre, dossier l'rieur, i)iGce n ii.

mérité. On n'a pas conservé la demande qu'il adressa à ce sujet au ministre de la guerre, mais voici (1) le rapport envoyé au Directoire exécutif par le ministère de la guerre à propos de cette demande : « Le ... prairial an VI de la République une et indivisible, le citoyen G. -A. Prieur, ctief de bataillon du génie, fut nommé en 1791, par le département delà Côte-d'Or, député à l'Assemblée Nationale, réélu pour la Convention et depuis pour le Conseil des Cinq-Cents. Il a exercé pendant près de sept années consécutives les fonctions de législateur. Sa mission venant de fmir il se propose de reprendre du service dans le corps du génie, mais il demande en même temps le grade de chef de brigade. Ses titres sont dix-sept ans de services militaires, son ancienneté dans le corps du génie, les travaux utiles de sa carrière législative, pendant laquelle il a rempli avec succès plusieurs missions importantes, a mis en état de défense nos frontières et une grande partie des places et côtes maritimes ; enfin il a dirigé les travaux de la fabrication des armes et de la poudre à une époque où les besoins de ce genre étaient extrêmes... Comme le Directoire exécutif connaît particulièrement les services que le citoyen Prieur a rendus à la chose publique, il saura les apprécier ; ainsi le ministre n'a qu'un devoir à remplir, celui de mettre sous ses yeux la demande qui fait l'objet du présent rapport. )) Le ministre semblait donc bien disposé, et de fait pas un officier de l'armée, personne en France n'eût trouvé mauvais qu'on récompensât par le modeste grade qu'il sollicitait les services éminents de l'homme qui avait organisé la défense nationale : mais Prieur avait fait partie du gouvernement: il avait par conséquent et sans le vouloir, excité contre lui des haines et, ce qui était

(I) Ministère de la guerre, dossier Prieur, i)ièce ii* ao

plus i^ravc. froissé dos siisceplibililés. H se renconlrait d'ailleurs paruii les meuibres du Directoire des hommes qui ne lui pardonnaient pas d'avoir jadis été sous ses ordres. Nous ne voulons accuser personne, ni Barttiélemy. ni Barras, pourtant bien suspects de royalisme. Nous nous bornerons à trouver singulier que Carnot, alors un des cinq directeurs, Carnot qui, plus que personne, avait pu apprécier les services de son ancien collègue au Comité, ne se soit point prononcé en sa faveur, et ait permis à l'un des directeurs d'écrire en marge du rapport du ministre de la guerre « ajourné jusqu'à ce que... (jnelques mots illisibles,., mis dans le cas de demander de l'avancement.» C'était un refus sec et formel, pas même adouci dans la forme.

Le ministre de la guerre n'avait plus qu'à exécuter la sentence. Il le fit, mais en s'efïorçant d'atténuer le coup qu'il était forcé de porter à un ofïicier qui lui était sympathique. Voici en effet la lettre (1) qu'il lui adressa le 8 messidor an Vi (26 juin 1798): « J'ai mis. citoyen, sous les yeux du Directoire exécutif votre demande ; mais il a trouvé convenable de l'ajourner jusqu'à ce que vos services actifs vous aient mis dans le cas d'obtenir l'avancement que vous sollicitez. Vous pouvez être assuré que je ne négligerai aucune occasion de les faire valoir auprès du Directoire. En attendant, je me suis occupé des moyens de vous mettre plus à portée de les utiliser, celui qui m'a paru le plus propre à remplir ce but a été de vous attacher au comité central des fortifications. Je vous préviens en conséquence que je vous ai désigné pour y être employé en votre qualité; ainsi, vous pouvez vous présenter, dès que vous le jugerez à propos, à ce comité, en vertu delà présente autorisation. Salut et

(I) Miiii>tfrr (lo la };iu'i-ro. dossici' l*rii-iir, |»icrc n hj.

fraternité. » Prieur, en même temps qu'il avait demandé le grade de chef de brigade, avait sollicité un congé avant de rentrer dans le service actif. Voici la lettre (1) qu'il avait adressée à ce sujet au ministre de la guerre : (( Paris, 1" prairial an VI. Citoyen ministre, ayant cessé les fonctions de législateur que je viens d'exercer, sans interruption, pendant près de sept ans, je me trouve dans le cas de reprendre mon service dans le corps du génie. Mais, avant de me livrer à un nouveau travail, j'ai besoin de quelque repos, soit par rapport à ma santé qui est très afïaiblie, soit par rapport à mes affaires personnelles, totalement abandonnées pendant le cours de ma carrière politique. Je vous prie donc, citoyen ministre, de me donner un congé, comme il est d'usage en pareil cas d'en accorder à mes camarades. Ce congé me paraît devoir être au moins de six mois, et avec conservation d'appointements; cette dernière condition est pour moi indispensable, car c'est le seul moyen d'existence qui me reste dans le moment actuel. Mon domicile étant à Paris, et mon intention étant d'y continuer mon séjour, sauf un voyage très court que je projette de faire dans le département de la Côte-d'Or, veuillez, citoyen ministre, m'adresser vos ordres rue Dominique, au Gros-Caillou, n° 1067. Salut et respect. »

L'autorisation de congé dépendait uniquement du ministre de la guerre. Sur ce point il n'avait pas besoin de consulter les directeurs. Aussi s'empressa-t-il d'accorder le congé. On a conservé aux archives du ministère de la guerre la minute de la réponse (2) du ministre accordant le congé (5 prairial an VI, 25 mai 1798) et une seconde lettre (3) du même ministre au citoyen commissaire or-

(i) Archives du ministère de la fruerre, dossier Pi-ieur, j)it'ce ii' iG. (a) Id., i)ièce n" 17.

Ci) Id., pièce ii' 18.

donnateur delà dix-septième division militaire, avisant du congé accordé (5 prairial an VI). Tout était donc en règle, Prieur pouvait à son choix ou rester à Paris ou aller en Bourgogne, et, comme ses appointements lui étaient conservés, il n'avait pas à se préoccuper de la vie matérielle. Quand il reçut la nouvelle de sa nomination au comité central des fortilications, il se crut forcé de ne pas profiter de son congé, et, puisqu'on lui avait fait riionneur de l'appeler à un poste de confiance, de justifier cette confiance par de nouveaux services. Cette fois encore il se montrait l'homme du devoir et le travailleur (|ue rien ne rebutait. \'oici la lettre (1) qu'il adressa au ministre de la guerre, le 13 messidor an VI (1^'' juillet 1798), pour l'informer de sa détermination et lui exprimer ses remerciements.

(( Citoyen ministre, j'ai reçu votre lettre du 8 de ce mois par laquelle vous me mettez en service en m'attachant au comité central des fortifications. Je me suis rendu à la plus prochaine séance de ce comité, où j'ai été installé le 12 du courant. J'espère que les soins qu'exigent ma santé, véritablement chancelante, et mes afïaires personnelles négligées si longtemps, s'accorderont très bien avec mes nouveaux devoirs ; en conséquence, je ne ferai pas usage du congé que vous avez bien voulu m'accorder précédemment, à moins que mes forces physiques ne me manquent complètement. Je suis très reconnaissant de la bienveillance que vous me témoignez relativement à mon avancement. Je saisis cette occasion pour vous réitérer l'assurance de mon zèle ardent à m'ac(]uitter de la besogne qui pourra m'être confiée, ainsi que de mon entier dévouement à la République et au gouvernement. Salut et respect. »

(i) Arcliives du ministère de la g-iierre, dossier Piieui', pièce n* 21.

Prieur, en effet, paraît dès lors s'être renfermé dans ses attributions militaires. Il a renoncé à la politique militante. Ofïicier du génie il était avant que les circonstances l'aient appelé au premier rang : ofticier du génie il veut rester, maintenant qu'il a été éloigné des grandes affaires. Au moins tient-il à honneur de prouver qu'il peut encore se rendre utile, et, bien que le Directoire persiste, très injustement d'ailleurs, à le maintenir dans son grade de chef de bataillon, il continue paisiblement et modestement sa besogne au comité central des fortifications. Les membres de ce comité étaient souvent renouvelés, mais Prieur avait su se rendre indispensable. Le ministre le maintint dans ses fonctions. On a conservé une lettre de Prieur, en date du 14 brumaire an VIL par laquelle il adresse ses remerciements au ministre pour cette nomination (I) :(( J'ai reçu votre lettre du il de ce mois par laquelle vous m'annoncez le choix que vous avez fait de moi pour être, cet hiver, membre du comité central des fortifications. J'accepte avec reconnaissance cette marque de votre confiance et je vais m'appliquer à la justifier ».

Sur ces entrefaites tomba le Directoire. Bonaparte, nommé consul après le 18 brumaire, semble avoir hérité des préventions du gouvernement directorial contre l'ancien membre du Comité de Salut Public. Aussi bien, il a toujours hésité à investir de fonctions importantes ceux dont il ne pouvait pourtant méconnaître les talents administratifs. Etait-ce de sa part jalousie rétrospective? Etait-ce appréhension du rôle qu'ils pourraient être quelque jour appelés à jouer de nouveau ? On l'ignore, mais il les laissa systématiquement décote. Si Carnot fut appelé dans les conseils du gou-

(I) Ministère de la guerre, dossiei- Prieur, ir 22.

vernement, c'est peut-être que le premier consul lui avait des obligations spéciales. D'ailleurs, il s'empressa de l'éloigner à la première occasion ; mais ni Barère, ni Tallien, ni Barras, ni Lindet, ni Prieur, ne furent appelés par lui à partager le pouvoir. Il alîecta même à l'égard de certains d'entre eux un dédain trop absolu pour ne pas être simulé. Prieur fut une de ces victimes. Bonaparte le considéra comme incapable de devenir un des instruments de sa fortune. Il ne le persécuta pas, mais il le laissa végéter, et c'est à grand'peine s'il lui permit de poursuivre en paix sa carrière militaire.

Il est vrai que Prieur avait tant d'ardeur au travail, et qu'il apportait dans ses études un tel esprit de méthode et une telle conscience qu'il devenait bientôt, quel que fût le travail qu'on lui confiât, l'homme de la situation. Le 15 pluviôse an VIII (4 février 1800), l'inspecteur (1) général du génie, général Marescot (2), demandait au ministère de la guerre Prieur comme adjoint au directeur du dépôt des fortifications. C'était en quelque sorte une réparation qui s'imposait. D'ailleurs, quand il était au pouvoir, et par un singulier pressentiment de l'avenir, Prieur s'était déjà occupé tout spécialement des cartes et des plans du dépôt de la guerre. Par arrêté du 12 novembre 1793 (3), libellé et écrit de sa propre main, (( tous les dessins originaux de la carte levée sous la perpendiculaire, y compris les tables imprimées de ces

(i) Ministère de la guerre, dossier Prieur.n"' 23. Lettre du général de division .Marescot, i)reniier inspecteur général du génie, au m in istro de la guerre (i3 ])luviùs(^ an VIII). Demande de remi)lacer le chef de bataillon du génie Decaux, partant pour l'armée du Rhin, par le citoyen Prieur, cheT do bataillon du génie et membre actuel du comitédes fortihcations. (^ct officier, j)ar ses talents et la nature de ses connaissances, est le plus proj)re à remplir cet emploi. f.Vtat de sa santé, quile rend peu susceptible de service actif, est un motif de plus pour l'attacher à ces fonctions sédentaires.

(2) Ministère de la guerre, dossier Prieur, pièce n" a3.

(3) AiLAUi), t. VIII, p. 356.

mêmes distances, les cases et tables à l'usage des feuilles de cette carte, la presse avec tous ses ustensiles et accessoires, le cofïre propre à contenir les planches de cuivre, etc., seront transférés au dépôt général de la guerre, sous la surveillance du citoyen Galon... Le directeur du dépôt sera ctiargé de faire finir par des graveurs plusieurs des planches qui ne sont que commencées, de faire retoucher au besoin celles qui sont presque éteintes, de se pourvoir d'une quantité de papier suffisante pour qu'il n'y ait aucun retard dans le tirage des exemplaires, et en avoir un certain nombre au besoin, enfin d'employer les différents ouvriers, dessinateurs ou commis à l'établissement, au tirage et au travail de cette carte ». Prieur rentrait donc en quelque sorte dans son domaine quand l'inspecteur général du génie le demandait ainsi comme adjoint au dépôt. Trois jours plus tard, le 18 pluviôse (7 février), la réponse arrivait (1), et elle était favorable. Il semble en effet que Carnot, alors ministre de la guerre, aurait été désireux de réparer les injustices que supportait avec tant de dignité son ancien collègue au comité, et qu'il ne cherchait que les occasions de mettre ses services en lumière. Il ne se contenta (2) pas d'aviser de sa décision l'inspecteur général du génie, il informa (24 pluviôse) directement de cette nomination le directeur du dépôt Morlet, en l'invitant à installer au plus vite Prieur dans ses fonctions.

Il est un point cependant qu'il avait oublié de régler, celui des appointements. Prieur avait droit à un supplément de solde, et on ne l'avait pas déterminé. Très raide dans ce qu'il croyaitètre son droit, le nouveau sous-directeur adressa une ré-clamation à son supérieur hiérarchi-

(i) Ministère de la guerre, dossier Prieur, pièce n» 24. (2) Id., pièce II» 25.

que. ((Citoyen ministre, depuis que vous avez jugé à propos de m'attacher comme sous-directeur des forlifications à la surveillance et direction des plans en relief, il s'est élevé la question de savoir comment jedois être porléà l'avenir sur les états de paiement, relativement au supplément d'appointements. Il est utile de vous rappeler, citoyen ministre, que précédemment le directeur du dépôt des fortitications et ses adjoints étaient par une loi assimilés aux trois commandants de l'école du génie, (juant à l'indemnité supplémentaire, c'est-à-dire que le directeur ou officier en chef avait un supplément de 1,200 francs, le premier adjoint de 900et le deuxième adjoint de600. Cette dernière somme est celle dont j'ai joui et dû jouir jusqu'à présent. Mais, puisque, au lieu de trois officiers, il n'y en aura plus que deux pour le môme service, et que chacun sera un chef dans sa partie, quel supplément leur sera-t-il alloué? N'est-il pas juste et convenable que l'ofticier chargé delà direction des plans en relief ait, comme le directeur du dépôt des archives, le supplément de 1.200 francs ? Cet arrangement laisserait encore une économie annuelle de 300 francs, et établirait d'ailleurs la parité avec l'oflicier ayant le dépôt des colonies, à qui le supplément de 1,200 francs est aussi accordé. Veuillez, citoyen ministre, faire connaître vos instructions sur ce point (I) ». (17 fructidor an VIII. — 4 sept. 1800).

Carnot, nous l'avons déjà rappelé plus haut, venait d'accorder à Prieur un nouveau témoignage de confiance en le désignant comme membre du comité de perfectionnement de l'Kcole polytechnique. Il ne crut pas être lié pour autant, et se fit adresser un rapport (2) sur la

(i) Miiiislèro de la jfiiprrc, dossier Prieur, |)ièce n" 3.5.

(2) Id. id. pièce n" 3(j. Ce rapport lueiitionno des in-écédcnts et cas de même nature, et conclut à la convenance d'accorder 1,200 fr. comme il est accordé à chacun des directeurs du d(-pnt des plans et archives, et à celui des colonies.

demande de son subordonné temporaire. Le rapport fut favorable (22 fructidor an VIII. 8 septembre 1800) et le ministre s'empressa de faire parvenir à Prieur la réponse affirmative (1) qu'il sollicitait(25fructidoran VIII, il septembre 1800). Ce n'était après tout que l'application de la loi.

Carnot allait bientôt trouver l'occasion de rendre à son ancien collègue un service plus signalé en lui faisant enfin obtenir le grade de chef de brigade du génie, c'està-dire de colonel. Carnot n'avait jamais oublié que Prieur avait été le plus utile et le plus dévoué de ses collaborateurs dans le grand œuvre de la défense nationale. Appelé par un heureux concours de circonstances et par la reconnaissance tardive du premier consul au ministère de la guerre, il aurait bien voulu associer à sa nouvelle fortune ceux dont il avait déjà apprécié l'intelligence et l'activité. Prieur devait être au premier rang de ces futurs lieutenants, mais Carnot s'était heurté contre les inexplicables préventions du premier consul. Tout ce qu'il put lui arracher, et il est à présumer que ce ne fut pas sans peine, ce fut une promesse d'accorder à Prieur, mais dans un délai indéterminé, le grade sollicité en sa faveur. Bonaparte poussa même le dédain jusqu'à affecter de ne pas être suffisamment renseigné sur le compte de Prieur (2), et il demanda une note sur les campagnes qu'il avait faites, comme s'il ignorait que les services rendus par Prieur l'avaient été dans les bureaux plutôt que sur les champs de bataille.

Ce n'était là qu'une demi-promesse, mais Carnot, qui

(i) .Ministère de la },nK-n'i', dossier Prieur, pièce iv 3;.

('2) Ministère de la guerre, dossier Prieur, pièce n- 34 Observations sur les services de g^uerre du citoyen Prieur, ex-représentant du peuple, et actuellement chef de bataillon du génie — Note, k Sur la demande faite du grade de chef de service du génie pour le citoyen Prieur, le premier consul a (lcMi;mdé de faire connaître les campagnes qu'il a faites.»

connaissait les véritables sentiments du premier consul à l'égard de son protégé, estima que c'était beaucoup que de ne pas avoir rencontré un refus définitif et systématique. Il se mit aussitôt en mesure de profiter de la bonne volonté relative de Bonaparte. Prieur, invité par lui, composa la note sommaire (1) des travaux et services de C.-A. Prieur, chef de bataillon du génie, connu aussi sous le nom de Prieur de la Côte-d'Or, que nous avons reproduite à peu près complètement dans le cours de ce travail. Carnot joignit à cette pièce une proposition de promotion (2) (i2 fructidor an VIII, 29 août 1800) et expédia le tout aux Tuileries. Le hasard des temps a conservé ce rapport de Carnot. 11 est à l'honneur et de celui qui l'a composé, et de celui pour qui il fut composé. « D'après la promesse du premier consul d'élever le citoyen Prieur au grade de chef de brigade, je présente à son approbation le projet d'arrêté ci-joint. Cette proposition est motivée par les services distingués du citoyen Prieur, tant en sa qualité d'officier du génie que comme représentant du peuple, revêtu à diverses époques des fonctions les plus importantes. Entré à l'école de Mézières en 1782, il conjpte dix-huit ans de services effectifs comme militaire. Elu membre du corps législatif en 1791, il n'a pas cessé, pendant plus de sept ans, de remplir les devoirs de législateur. Tantôt membre des comités, tantôt chargé de missions particulières, il a constamment déployé les talentslesplus distingués et le zèle le plus soutenu. Il a dans les temps difficiles surveille la défense de nos places frontières et dirigé les travaux de la fabrication des armes et des poudres, à une époque où les besoins, en ce genre, étaient

(I) Ministère de la frucrn-, pit-rc n* 3i. (a) Miiiisli-ro de la jruerre, pièce ir 'io.

extrêmes. Enfin, depuis sa rentrée dans lecorps du génie, il a fait partie du comité des fortifications jusqu'à l'organisation récente qui vient d'avoir lieu. » Carnot avait comme le pressentiment que ce rapport serait mal accueilli, car il prit soin d'ajouter en marge, comme pour mieux attirer sur ce point l'attention du premier consul : « Il est à remarquer que cet ofïicier ayant été longtemps membre du Comité de Salut Public (où il est d'ailleurs demeuré exempt de reproches), il aurait pu se conférer à lui-même, ainsi que tantd'autres l'ont fait, le grade qu'il aurait voulu. Il n'en a rien fait et il est encore dans celui que son ancienneté lui assigne, o

Ce n'est pas la seule annotation que porte en marge ce document. On y lit aussi ces mots, presque ironiques à force de dédain, etqui prouvent de celui qui les a jetés au hasard de la plume ou bien une ignorance fabuleuse de la Révolution, ou bien une méconnaissance absolue des droits les mieux établis : « Faire connaître les campagnes qu'il a faites ». Certes, Carnot n'aurait laissé à personne d'autre qu'à lui le soin de justifier sa proposition de promotion, s'il eût encore été au ministère, mais il venait de donner sa démission, non sans éclat, et n'avait plus ni les pouvoirs ni l'influence nécessaires pour soutenir ses protégés. Rendons au moins cette justice au successeur de Carnot, à Berlhier, qu'il ne répudia pas celte portion de l'héritage de son prédécesseur et qu'il reprit à son compte la demande de promotion. En réponse à la demande de renseignements sur les services militaires de Prieur, expédiée par le cabinet consulaire, il envoya un long rapport (1), fortement motivé, et chargé de notes marginales : « Observations sur les services de guerre du citoyen Prieur, ex-représentant du

(i) Ministèro <lo la g-iierrc. dossier Pi-ioiir, n" 34.

peuple, et actuellement chef de bataillon du génie. « Le citoyen Prieur ayant été membre des assemblées nationales pendant près de sept années consécutives, il se trouve une lacune correspondante à ce temps dans ses services comme officier du génie : mais il n'a pas été pour cela toujours étranger aux opérations des armées dans les guerres de la liberté. Ses travaux ont même été tels par leur but et leur importance, par l'extrême activité qu'ils exigeaient et les dangers auxquels ils l'ont souvent exposé, qu'il ne doit y avoir aucune difficulté de les assimiler aux services des autres militaires, qui se sont distingués en défendant leur patrie ». Comme pour mieux insister sur la réalité de ces services, le ministre ajoutait en marge : a Pendant près de sept ans représentant du peuple, cet officier a été chargé de missions relatives aux armées où il a déployé des connaissances et une activité soutenues, lia souvent couru des dangers qu'on peut assimiler à ceux auxquels étaient exposés les militaires défenseurs de la patrie ». Suit l'énumération des services, missions aux armées, armement de la nation, fabrication des munitions de guerre, elc Le rapport conclut en ces termes : « Ainsi le citoyen Prieur a des titres militaires à joindre à ceux de ses services distingués comme législateur ou comme membre du gouvernement. Il s'est rendu autant recommandable par sa moralité et son désintéressement que par son zèle et ses talents. Ceux des officiers de son corps qui ont couru avec lui la carrière législative ont reçu de l'avancement; lui seul est resté au grade acquis par son ancienneté. Il parait donc juste à tous égards que le premier consul confère au citoyen Prieur le grade de chef de brigade que le ministre de la guerre Carnot lui a demandé pour cet officier, et dont le premier consul a bien voulu lui donner la promesse ». Le ministre insis-

tait encore par cette annotation en marge du rapport : (( Outre les titres ci-indiqués, la moralité, le zèle, les talents et le désintéressement du citoyen Prieur, comme législateur et comme membre du gouvernement, parlent en sa faveur. Les officiers de son corps qui ont couru comme lui la carrière législative, ont reçu de l'avancement; il pense avoir droit à la même faveur qui a été demandée pour lui par le ministre Carnot, auquel le premier consul en avait fait la promesse ».

Bonaparte ne crut pas devoir marquer plus longtemps sa rancune ou ses défiances à l'ancien membre du Comité de Salut Public : par arrêté en date du 12 nivôse an XI (2 janvier 1801), il se décida à donner satisfaction à ses ministres de la guerre, mais il le fit dans une forme (1) singulière, et qui semble marquer de sa part quelque arrière-pensée. « Bonaparte, premier consul de la République, arrête : Article I^"". Le citoyen Prieur, chef de bataillon, est nommé chef de brigade dans l'arme du génie. Article II. Le ministre de la guerre (2j est chargé de l'exécution du présent arrêté, qui ne sera pas imprimé. Signé : Bonaparte, et pour le premier consul, le secrétaire d'Etat Hugues Maret. Pour ampliation, le secrétaire général Bréniond. » Pas le moindre rappel des services antérieurs! Pas un mot de félicitation : et que

(1) .Ministère de la guenv, dossier Prieur, i)icce ii'38. Liij)iéce orijjiiiale i)orte en tète, ii° XXVI. Seerétariat g-énéral. Bureau des Lois, 11° .... — I,e brevet original, sur parclierain, du chef de Ijrigade, est conservé aux archives du ministère de la guerre. Dossier Prieur, pièce n» 39.

(2) Voici la lettre du ig nivôse an IX, adressée à Prieur par le ministre de la guerre : « C'est avec une véritable salislaction que je vous annonce, citoyen, (jue le premier consul voulant récompenser les sei'vices importants <[ue vous avez rendus à la République dans les dillerenl<-s fonctions qui vous ont été conliees, soit comme chargé de missions directes, soit comme militaire, vous a, par arrêté du 12 de ce mois, nommé au grade de chef de brigade dans l'arme du génie. Kn attendant que je vous fasse expédier votre brevet, vous porterez les marques distinc'tives de votre nouveau grade, et jouirez des appointements (}ui y sont attribués à compter de la date dudit arrêté. »

signilie cette interdiction de livrer le document à la publicité par la voie ordinaire? Serait-ce donc qu'on avait voulu cacher celte nomination, et que Bonaparte avait comme honte de cet acte de condescendance envers un des personnages les plus connus du régime déchu? 11 nous est évidemment bien difficile de connaître les secrètes pensées du maîtreque s'était alors donné la France, mais n'eùt-il pas été plus digne de proclamer au grand jour une nomination qui n'était pas un acte de faveur, mais plutôt une réparation ?

Le nouveau chef de brigade ne jouit pas longtemps et des honneurs et des avantages de son grade. Depuis qu'il était entré dans la politique, il avait tout à fait négligé ses atïaires personnelles, et sa fortune était gravement compromise. Il avait besoin de plusieurs mois de repos (1) et d'un séjour prolongé en Bourgogne, ce qui était incompatible avec ses fonctions. 11 avait en outre, dans la vie de fatigues à outrance qu'il avait si longtemps menée, contracté à la jambe une douloureuse infirmité, qui, sans le paralyser, l'arrêtait souvent dans les manifestations de son activité. Enfin et surtout il restait fidèle à ses convictions d'autrefois, et ne parvenait pas, comme le faisaient si prestement tant de ses contemporains, à se courber devant l'idole naissante. Certes il ne faisait pas d'opposition systémati(jue, car il croyait par principe à la nécessité de défendre le gouvernement établi, mais par son altitude, par sa froideur, par son silence même, il laissait clairement entrevoir qu'il n'approuvait pas tous les actes consulaires. D'ailleurs, il ne se dissimulait pas (juc le premier consul l'aurait lou-

(0 Sur 1(" tublt-aii des iiu'iiilti'cs du i-nnsi-il de |icrri'clii>iiiii'inonl dr UKrolc Polytecliniqiic en l'an l\. il est l'ail iiuMilioii d'un iioininé Uizot, ollicior supcrifiir du génie niililaire, desiffiié « |H)ur reuiplaei-r le citoyen l'rieui' pendant ■a maladie. »

jours en suspicion, et ne lui fournirait jamais l'occasion de redevenir le héros de la défense nationale. Peut-être se décourageait-il à tort, et jugeait-il avec trop de précaution le premier consul : Toujours est-il que, bien jeune encore (il n'avait que 38 ans, et n'avait par conséquent pas atteint l'âge de la retraite), il sollicita un congé de réforme. On s'empressa de le lui donner (22 décembre 1801), en lui accordant un traitement spécial de 1.200 fr. Telle était la maigre récompense accordée à l'un des grands citoyens qui sauvèrent la France menacée par la coalition européenne en 1793.

Prieur se rendit aussitôt en Bourgogne, où il chercha à réparer les brèches faites à sa fortune, et réussit à s'improviser manufacturier. Nous verrons plus loin quels furent à ce propos les résultats de ses efïorts : Est-ce à dire qu'il n'ait jamais regrettésa détermination? Au bruit du canon qui annonçait l'entrée de nos régiments dans toutes les capitales européennes, n'a-t-il jamais senti battre son cœur? N'a-t-il jamais éprouvé de jalousie à l'égard de ses camarades qui, mieux favorisés, étaient restés dans la carrière militaire et en parcouraient brillamment tous les degrés ? Si jamais on retrouve, ou du moins si jamais on se décide à publier la correspondance intime de Prieur, il est probable que plus d'une fois il a manifesté ses regrets. Il était trop bon patriote pour ne pas applaudir aux succès de ses anciens frères d'armes ; mais, l'eùt-il voulu, qu'une implacable volonté l'aurait maintenu dans l'obscurité, qu'il avait lui-même cherchée. L'empereur Napoléon n'aimait décidément pas les revenants de 1793. Ou bien il les reléguait dans d'infimes emplois, ou bien il évitait soigneusement les occasions de faire appel à leurs talents administratifs. De même que Barère, queTallien, que Cavaignac, que Carnot luimême, Prieur était, pour toute la période impériale,

condamné à une retraite anticipée, et réduit à l'impuissance.

Aussi bien l'ancien conventionnel n'était pas l'homme des illusions. A peine eut-il compris que la décision de l'Empereur à son égard était irrévocable, qu'il prit la résolution de renoncer d'une façondéflnitiveà la vie active. Il demanda non plus la continuation de son traitement de réforme, mais, puisqu'il avait atteint l'Age de la retraite, sa mise à la retraite. Voici la lettre (1) qu'il adressait à ce sujet, le 15 janvier 1811, au ministre de la guerre, qui était alors Clarke, duc de Feltre. Nous la donnons en entier, parce qu'elle éclaire d'un jour singulier certains actes de la vie de Prieur, et nous permet de pénétrer en quelque sorte dans ses pensées intimes :

« Monseigneur, je crois devoir en ce moment recourir à la bienveillance et à la justice de votre Excellence, en la priant de donner quelque attention à ma situation particulière, relativement à mes services militaires. Cijoint est l'élat détaillé de ces services en qualité d'officier du génie, lesquels comprennent 23 années d'activité et 9 années de réforme, jusqu'au ["'■' janvier dernier, en tout 32 années.

« Je suis parvenu de grade en grade jusqu'à celui de lieutenant-colonel, en suivant la marche ordinaire, par mon seul droit d'ancienneté, mais le grade de colonel m'a été confère en janvier 1801, par arrêté spécial de Sa Majesté l'Empereur, à titre de récompense de mes services militaires et civils. A cette époque, un rapport exposant ce double genre de mes services, avait été fait à Sa Majesté, sous le ministère du maréchal, actuellement prince de Neuchàtel, qui me transmit la décision si honorable pour moi du chef du gouvernement.

(,i) .Miiiistt"'rc (le la giici-rt'. (l<issirr l'riour, ii* (r.

((Les circonstances de la Révolution m'avaient en effet placé dans une situation tout à fait extraordinaire. Ma carrière militaire proprement dite avait été interrompue par sept années consécutives de fonctions dans les assemblées législatives. Mais, pendant ce temps, j'avais rempli avec succès des missions multipliées près des différentes armées, pour des objets de grande importance, essentiellement militaires, et au milieu de circonstances périlleuses, dans lune desquelles je fus fait prisonnier. Outre ce, pendant quinze mois que je fus membre du gouvernement, je concourus utilement aux opérations générales de la guerre, et dirigeai d'ailleurs particulièrement la confection et la fourniture immense des armes et des poudres ; enfin il est de notoriété que je m'appliquai constamment à toutes les branches de la législation qui ont rapport aux arts, et que j'eus une part marquée à la formation des écoles des services publics, et surtout de l'Ecole Polytechnique.

(( Ainsi, si je n'ai pas eu l'avantage de faire des campagnes en qualité d'ingénieur, le gouvernement a bien voulu du moins considérer comme une sorte d'équivalent mes travaux et mon dévouement pour la défense de mon pays.

(( Cependant ayant repris mes fonctions d'ofîicier du génie après ma sortie du corps législatif, je me trouvai tellement incommodé d'une infirmité à la jambe, aggravée par mes fatigues antérieures, qu'il m'était impossible de continuer un service militaire actif. Tout entier livré aux objets de mon travail, j'avais négligé ma propre fortune dans un temps où il m'était sans doute bien facile de me procurer des avantages personnels; j'avais depuis demandé en vain quelque emploi civil plus compatible avec ma situation. Je me vis dans la nécessité de prier le premier inspecteur du génie de solliciter ma retraite. Il

l'obtint et voulut bien me l'annoncer avec des témoignages flatteurs de ses regrets. Mais, comme je n'étais pas assez ancien d'âge ni de services pour avoir droit à une pension de retraite, il me fut accordé un traitement de réforme correspondant à mon grade de colonel.

(( Je cessai donc d'être en activité dans le corps du génie par une espèce de transaction opérée par la médiation ducbef dece corps, restant néanmoins à la disposition du gouvernement, comme tous les officiers en réforme, et attendant l'époque ultérieure où je pourrais réclamer une pension de retraite définitive.

« Je présume, Monseigneur, que les circonstances actuelles et ma position particulière sont favorables pour demander cette pension, et je prie Votre Excellence de vouloir bien en peser les motifs.

«Les faits qui me concernent ne sont pas incertains ; ils sont consignés soit dans les archives du gouvernement, soit dans les pièces que j'ai entre les mains ; une partie d'ailleurs a eu une grande publicité, elle serait confirmée au besoin par le témoignage d'une foule de personnages distingués avec lesquels j'ai eu des relations, et il m'est bien heureux sans doute de pouvoir espérer à ce sujet quelque souvenir personnel de Votre Excellence.

((La pension à laquelle j'aspire devrait, ce me semble avec justice, n'être point réglée sur le seul calcul de mes années de service militaire, mais être portée à un taux plus élevé en vertu de mes services politiques ou civils; d'autant qu'une nécessité ?iialheureuse m'a fait perdre presque tout l'eflet de la récompense qu'il était dans lintention de Sa Majesté de m'accorder, lorsqu'elle m'a confié le grade de colonel.

(( Quoique j'aie quitté les fonctions publiques, je n'ai point pour cela et*' entièrement inutile à mon pays. Je

m'applique toujours à la culture des sciences mathématiques et physiques, ce qui est connu par les différents mémoires que j'ai publiés ou présentés à l'Institut, et j'ai créé dans une manufacture des arts nouveaux pour lesquels j'ai reçu une médaille à la dernière exposition publique; j'ai été constamment affectionné au gouvernement de Sa iMajesté impériale; je lui ai offert de nouveau mes services lorsqu'elle a institué l'Université; je lui consacrerai encore volontiers les forces que me laisse ma santé altérée. Si je désire enfin une pension, c'est que la modicité de ma fortune m'en fait un besoin; qu'elle me fournira les moyens de donner plus d'utilité à mes travaux particuliers, et surtout que cette pension, considérée comme marque delà confiance du gouvernement, serait pour moi d'un prix inlini. Telles sont, Monseigneur, les raisons que j'ai cru devoir vous exposer. Daignez y avoir égard, et faire en conséquence à Sa Majesté impériale et royale la proposition que vous jugerez la plus convenable. »

Pendant que l^rieur sollicitait ainsi comme une faveur ce qui n'était que l'application d'un droit, et s'abaissait à mendier la bienveillance du très médiocre personnage que le hasard des circonstances avait poussé au ministère de la guerre, l'inspecteur général aux revues, chargé de donner chaque année son avis sur la situation des officiers admis à la réforme, adressait au ministère son rapport sur Prieur. Il est dit dans ce rapport(l), concernant Prieur (Claude-Antoine), commissaire des guerres (sic), réformé, jouissant d'un traitement de réforme de 1,200 francs à Paris, qu'il est de bonne conduite, qu'il est manufacturier, très aisé, qu il a toujours mal à la jambe^

(i) Archives du niiiiistcrc de la j'ucrro, dossier l'ricur, pièce n" .{a-

et « que l'infirmité de ce commissaire des guerres m'a paru assez grave pour l'empêcher de servir », 31 janvier 1811. Le signataire de cet étrange document est le général commandant la première division militaire, un des vainqueurs de la Bastille, le comte Hulin. Un des hommes qui, sans la Kévohition. aurait végété dans les grades inférieurs de l'armée, en était donc arrivé, en 181 1. à ne plus connaître Prieur, et à (lualilier de commissaire des guerres un membre du gouvernement français de 1793 à 1794. Si jamais ce rapport lui fut communiqué, quel crève-cœur pour le hardi représentant du peuple aux armées d'i Rliin.de Vendée ou du Nord, pour le créateur de l'Ecole Polytechnique, pour l'introducteur du système des poids et mesures, pour l'organisateur de la défense nationale 1 Voir ainsi ses services méconnus et presque tournés en ridicule ! Etre recommandé à la bienveillance impériale par un comte Hulin !

Aussi bien le prétendu commissaire des guerres n'eut pas à remercier son étrange protecteur de ses sentiments de bienveillance. En eifet le ministre de la guerre avait été saisi de la demande de mise à la retraite que lui avait adressée Prieur. Cette demande était fondée. L'occasion se présentait en outre d'en Unir avec un de ces dangegereux jacobins, dont l'Empereur se méfiait tant. Il ne s'agissait ((ue de faire droit à une réclamation légitime, et l'ancien conventionnel serait pour toujours condamné à l'impuissance. Prieur n'avait encore que (|uarantesept ans. Actif et intelligent comme il l'était, il aurait pu rendre encore d'inappréciables services ; mais puisque de lui-même il consentait à une retraite anticipée, ne fallait-il pas le prendre au mot, et lui accorder tout de suite ce qu'il demandait. L'alTaire ne traîna pas en longueur. Dès le 25 avril 1811, au palais de Saint-Cloud,

Napoléon signait un décret (1) en vertu duquel « le sieur Claude-Antoine Prieur, colonel du génie, en réforme, est admis à jouir d'une solde de retraite de quinze cents francs. Nos ministres de la guerre et du Trésor impérial sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution du présent décret ». Par faveur spéciale, cette solde de retraite devait être payable à partir du l^r avril 1811.

Avoir été un des maîtres de la France, et n'emporter, après tant et de si éclatants services, qu'une pension de retraite de 1,500 francs! Avoir contribué à sauver son pays et ne pas même avoir le droit de porter sur sa poitrine ce signe de l'honneur, ailleurs si prodigué ; avoir rempli de son nom, de son épouvante, Paris et l'Europe, et être obligé de végéter, jusqu'à la fin de sa vie, dans un village de Bourgogne, certes, Prieur dut plus d'une fois sentir le regret et l'amertume monter à ses lèvres. Il eut le bon goût de ne pas le laisser voir, et, puisqu'il était vaincu dans ce terrible combat pour la vie que tout homme un jour ou l'autre doit soutenir, il se résigna à ne plus être qu'un vaincu.

Un jour arriva pourtant où il se reprit à espérer. Napoléon venait de tomber, victime de son ambition et de ses chimères. Les Bourbons étaient remontés sur le trône. Un vent de réaction soufflait dans le pays entier. Naïvement Prieur s'imagina qu'il lui suffirait, pour rentrer en grâce et jouer de nouveau un rôle actif, de présenter une requête. 11 oubliait qu'en politique on admet parfois de singulières compromissions. Tel ou tel

(I) Ministère delà g^uerrc, dossier Prieur, pièce ii° 4J. La notification officielle ne fut pourtant adressée à Prieur que le i8 juin 1811. Dossier Prieur, pièce n» 44 ■ « Monsieur, je vous annonce avec plaisir que Sa Majesté, sur r<'Xi)Osé des services que vous avez rendus à l'Etat, vous a accordé, par décret du 20 avril dernier, une solde de retraite de quinze cents francs par an. Signé Ministre de la guerre ».

de ses anciens collègues, après avoir été une des créatures de Napoléon, était encore parfaitement accueilli aux Tuilleries, mais lui, qui n'avait jamais consenti à se courber devant l'Empereur, était considéré par les royalistes non pas comme un des adversaires du régime tombé, mais comme un des plus dangereux partisans de la République. En un mot on ne connaissait pas son rôle d'opposition pendant tout l'Empire, maison ne lui avait pas pardonné d'avoir été pendant quelques mois, et sous la République, à la tête des affaires.

Assurément, si Prieur eut davantage rétléchi à la situation, il n'aurait pas commis l'imprudence d'adresser dès le 18 avril 1814 au premier inspecteur du génie, et quelques jours plus tard, le 15. mai 1814, au ministre de la guerre du temps, au triste héros de Baylen, au général Dupont, une demande de réintégration (1) au corps du génie. Voici la seconde de ces lettres : « Dès le 18 avril dernier, j'ai adressé au premier inspecteur du génie ma demande de rentrer dans cette arme, si mes services étaient jugés utiles. Le départ de cet officier général pour une mission e.\traordinaire, me fait craindre que ma lettre reste sans effet, et au moment de la réorganisation de l'armée je crois devoir réitérer ma demande à Son Excellence. Permettez-moi, Monsieur le comte, de rappeler ici en peu de mots les titres sur lesquels je m'appuie. Indépendamment de mon service d'ingénieur commencé en 1782, c'est une chose notoire que la part que j'ai eue, sept années consécutives, aux opérations principales du gouvernement, à la confection extraordinaire de toutes les armes et des poudres, à l'elabli.ssement de toutes les écoles des services publics, et surtout de l'Ecole Polytechnique, et enfin à des missions nom-

(i) NFinistèrc de la guerre, dossier Prieur, pièce n" ^-i-

breuses auprès des armées dans les circonstances les plus critiques. Parvenu par ancienneté au grade de lieutenant-colonel, et ayant toujours négligé mes intérêts particuliers, le ministre de la guerre, Carnot, demanda pour moi en 1800 le grade de colonel qui me fut accordé. Mais en décembre 1801, ayant éprouvé une défaveur marquée de la part de Buonaparte, à qui mes principes personnels ne pouvaient convenir, et ayant tenté en vain d'obtenir plusieurs emplois auxquels mon habitude de l'administration me rendait propre, je quittai le corps du génie, n'emportant pour tout fruit de mes services qu'une pension de 1.500 francs.

(( Ainsi, par la fatalité des circonstances, et sans l'avoir mérité, j'ai été jeté dans l'oubli et je me vois privé non seulement de la décoration de la Légion d'honneur, mais encore du droit que je pourrais avoir aujourd'hui à la croix de Saint Louis, objet auquel je bornerais volontiers mon ambition. Pesez, je vous prie, dans votre sagesse, Monsieur le comte, s'il est juste de laisser dans cette situation un homme qui a servi son pays avec zèle et dévouement. A l'égard de mes sentiments pour le roi, j'espère que ma moralité garantit la fidélité que je lui dois et lui voue avec sincérité. Je vous réitère donc, Monsieur le comte, l'offre de mes services, s'ils sont utiles, ou la demande d'une décoration, si l'on me juge arrivé au terme du repos, et j'ai l'honneur d'être avec respect, de Votre Excellence, le très humble et obéissant serviteur. »

Un rappela l'activité et cela au moment où tous les voltigeurs de 1814 rentraient dans les rangs avec des grades supérieursà ceux dont ils étaient pourvusen 1789, ou une simple décoration, et cela au moment oîi les croix étaient comme jetées à la volée, certes, Prieur était modéré dans ses prétentions ! Pourtant celte fois encore il

ne devait rencontrer que des déceptions. Voilà la réponse, (1) sèchement officielle, que l'on (it à sa lettre du 15 mai, et encore ne la reçut-il (ju'en juin 1814 : « J'ai l'honneur de vous informer, Monsieur, en réponse à votre lettre du 15 mai, que la demande (jue vous formez de rentrer dans le corps du génie ne peut être accueillie, le nombre des colonels du génie étant au delà de son complet, et voire retraite ayant d'ailleurs été liquidée d'après la demande (jue vous en avez formée dans le temps. Je mettrai sous les yeux du Roi les titres que vous avez à l'obtention d'une décoration en lui faisant connaître l'offre (jue vous avez faite de vos services dans cette circonstance. Agréez. Monsieur, l'assurance de ma parfaite considération ». Refus non déguisé et vague promesse, tel était l'unique résultat de la démarclie de Pieur. Mieux eut valu pour son repos comme pour sa dignité, qu'il gardât le silence. On se ligure mal Prieur avec un ruban à la boutonnière. L'austère simplicité des représentants en mission aux armées lui sied mieux. Pour son honneur et pour le respect qui s'attache aux grandes mémoires, nous aurions préféré ne pas trouver dans son dossier cette malencontreuse demande.

Ce fut le dernier acte de la vie militaire de Prieur. Dorénavant on ne retrouve plus son nom dans les volumineux cartons du ministère. Il semble avoir tout à fait renoncé à la carrière militaire, et veut consacrer à ses intérêts particuliers les dernières annéesdesa laborieuse existence.

(i) Ministère delà {fiit-rrc, (lossit-r l'i-iour, i)ii'i'(' ii- .(<>. 11 rcsiiltr de la siisci'iption de celte letti-e (|ue Prieur résidait alors rue Saiiit-I)oniiiii(jue, au Gros-Caillou, w 53.

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