‹ PrimChapitre 13 sur 41 · I-^ONARDON · texte numérisé non relu

I-^ONARDON

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présente convention et notamment à assurer la sécurité des résidents étrangers. )) Après cette clause, singulièrement élastique, l'article 2 cherche à limiter l'action que pourront exercer les trois puissances : « Les Hautes Parties contractantes s'engagent à ne rechercher pour ellesmêmes, dans l'emploi des mesures coercitives prévues dans la présente canvention, aucune acquisition de territoire, ni aucun avantage particulier, et <7 n'exercer y dans les affaires intérieures du Mexique, aucune influence de nature à porte atteinte au droit de la nation mexicaine de chai' sir et de constituer librement la forme de son goui^ernement. »

Insérée dans la convention à la demande expresse du cabinet de Londres, cette dernièref clause aurait du être rejetée par les gouvernements français et espagnol, s'ils eussent été de bonne foi. En réalité, l'Angleterre seule organisa son expédition avec le ferme propos d'exiger du Mexique la simple exécution de ses engagements financiers. L'Empereur se lança dans cette aventure avec l'intention bien arrêtée de provoquer au Mexique un changement de gouvernement dans le sens monarchique et d'y installer l'archiduc Maximilien d'Autriche. Quant au gouvernement d'Isabelle, sa pensée a paru moins nette et moins facile à saisir.

On sait combien avait été sensible à l'Espagne la ruine de son empire colonial en Amérique. En ce qui regarde le Mexique, elle avait conserv(

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m vague espoir de le rattacher un jour à la uère-patrie, non plus directement, mais par [uelque lien dynastique. Elle y était encouragée • ar le souvenir du plan d'Igualay projet inspiré par Iturbide en 182 1, et qui posait le principe Tune monarchie constitutionnelle mexicaine, à la ète de laquelle aurait été appelé un des frères le Ferdinand Vil ou l'archiduc Charles d'Autrihe. Aussi, h l'époque où Narvaez était premier ninistre et O'Donnell capitaine général de Cuba, vers i845-46, le gouvernement espagnol, sur les ivances de certains émigrés mexicains, avait-il ru possible l'établissement d'un prince au Mexique. Quelques millions avaient été alTectés à cette ■nlreprise et le général Paredes se serait laissé ^^agner. Paredes fit en effet une révolution, nais garda le pouvoir pour lui, la négociation ivec l'Kspagne s'étant rompue, soit par suite de iiéfiances inspirées au cabinet de Madrid par O'Donnell lui-même, soit parce qu'au dernier moment Narvaez se heurta à un refus du candidat iuquel il avait songé, l'infant don Rnrique, et n'en estima présentable aucun autre.

Iturbide et Paredes n'avaient pas été les seuls a chercher dans l'établissement du régime monarchicpie le moyen de donner au Mexique la stabilité gouvernementale. Le dictateur Santa- Anna était dans les mêmes idées, et, au moment où se décida l'intervention armée des trois puissances, un de ses amis, Cutiorrez de Estrada, qui depuis 18.39 «'vait multiplié les démarches

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pour donner un roi iiu Mexique, venait tout récemment de se remettre en campagne et avait arrêté son choix sur Tarohiduc Maximilien.

Le cabinet de Madrid, à l'époque où il entama les négociations qui aboutirent à la convention de Londres, ignorait que la candidature de Maximilien était déjà adoptée par Napoléon III; il semblait ignorer également que, pour ménager la susceptibilité du Mexique, ombrageux h l'excès envers tout ce qui pouvait lui rappeler une domination exécrée, M. Gutierrez de Flstrada avait évité de s'adresser à un prince espagnol, et ce qui prouve les illusions qu'O'Donnell conservait à cet égard, c'est que, vers le mois d'août 1861, il aurait fait sonder le gouvernement anglais pai- M. Murphy, dans le but de savoir s'il aurait son concours pour mettre un Bourbon sur le trône du Mexique.

En dépit des assertions postérieures de Calderon Collantes, il est prouvé que les ministres d'Isabelle n'avaient pas renoncé à cet espoir lorsqu'en septembre ils entrèrent en conversation avec les cabinets de Paris et de Londres, et ce ne fut assurément pas sans une désagréable surprise que M. Collantes reçut, h la mi-octobre, le compte rendu d'un entretien que M. Mon venait d'avoir, le 12, avec M. Thouvenel. Après une allusion à l'établissement éventuel d'une monarchie au Mexique, le ministre de l'Empereur insinua que si les Mexicains se décidaient à faire choix d'un prince, il importait que ce choix

tonibiU sur un bon candidat : « Le gouvernement. derKinpereiir,ajouta-t-il, envisageant cette éventualité avec un parfait désintéressement, écartait d'avance toute candidature d'un prince de la famille impériale et ne doutait pas que les autres puissances ne fussent dans de pareilles dispositions. » M. Thouvenel aurait même laissé entendre que, le cas échéant, un archiduc d'Autriche aurait l'assentiment de Napoléon III.

M. Collantes crut, ou affecta de croire, que ces

insinuations avaient été faites trop légèrement

[)our qu'il fallût leur donner l'importance d'une

(•ommunication officielle. 11 ne les releva pas,

mais il entra avec ardeur dans les vues du gou-

' crnement impérial pour faire triompher, contre

I volonté opposée de l'Angleterre, l'idée d'ap-

lyer de l'ascendant moral des puissances les

immes d'ordre qui voudraient tenter de régé-

' rer le Mexique. II joignit ses efforts à ceux du

ibinet des Tuileries pour faire éliminer de la

«nvention de Londres les clauses trop précises

li auraient pu contrarier l'action intérieure des

liés au Mexique, action dont, par hypocrisie

iplomatique, ils feignaient de repousser la pen-

e, alors cju'ils étaient fermement résolus à pro-

)quer le mouvement spontané qui leur permet-

î ait d'intervenir et de porter au trône leur

indidat. Où ils n'étaient plus d'accord, c'était

w la personne de ce candidat. Sur cet article,

l. Collantes avait fait la sourde oreille, tant que

I convention ae Londres n'avait pas été signée.

Le 9 décembre seulement, il se décida à répondre aux insinuations de M. Thonvenel, que M. Mon lui avait transmises deux mois auparavant. 11 écrivit alors à M. Mon que si l'une des puissances présentait un candidat, TEspagne considérerait comme le plus conforme au droit, à la tradition et à l'histoire l'élection d'un prince de la maison de Bourbon ou intimement uni à elle. Ji

L'Espagne avait donc, à ce moment, l'ambition de donner un roi au Mexique. Lequel ? on ne saurait le dire avec précision. Les uns ont parb' de l'infant don Juan, chef de la branche carliste. Selon d'autres, le candidat eût été un cousin de la reine, don Sébastien. Certains croient que c'était au duc de Parme, ou plutôt au duc de Modène que songeait Isabelle. Enfin, d'après des indices qui paraissent plus sûrs, le trône du Mexique aurait été destiné à la sœur d'Isabelle, doîïa Maria-Luisa, mariée au duc de Montpensier, ou h l'infante dona Isabelle, fille aînée de la reine, âgée de dix ans, et que l'on aurait mariée au prince Charles de Hohenzollern-Sigmaringen.

Dans le discours où, en i858, il avait critiqué la politique adoptée à l'égard du Mexique, Prim avait cependant déclaré que, si le conflit ne pouvait être évité, il se mettait a la disposition du gouvernement. En i86T,il s'empressa, nonplus

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lie se met Ire h la disposition d'O'Donnell, mais de solliciter le commandement de l'expédition. De sa part, la démarche était assez étrange. Son humeur aventureuse, le désir de conduire une campagne lointaine, dont toute la gloire serait pour lui, le firent passer par-dessus les considérations qui, en honne logique, auraient du lui conseiller l'attitude la plus réservée.

Appuyée par l'Empereur, sa demande ne pouvait être repoussée. Du reste, le héros de Los Castillejos n'était-il pas l'homme qu'il fallait pour rééditer au Mexique l'aventure de Fernand t Portez, pour y ressaisir en faveur d'un infant d'Espagne la couronne tombée de la tête de FerlinandVIl? Les relations que son mariage lui ait créées dans le monde mexicain pouvaient re par lui mises à profit pour explorer le terlin avant d'engager la partie. Prim enfin était ;i progressiste, c'est-à-dire un allié un peu inrtaln de l'Union libérale. S'il réussissait, rie ' sterait-il pas auprès du souverain auquel il irait conquis un trône ? S'il échouait, le sacrifice I sa personne d'un rival possible ne pouvait "lUer beaucoup à O'Donnell. Prim fut donc, le ' novembre 1861, nommé commandant des rces espagnoles envoyées au Mexi(|U(;, avec '«uvoirs de plénipotentiaire pour régler les 'piestions en litige. Le 23 il partit, avec sa femme ' son fils, pour la Havane, où était fixé le ren- 1' z-vous des alliés.

Prim emportait des instructions qui se confor-

maient dans leur teneur à la lettre de la convention de Londres : « Dans la grande mission quo vous allez entreprendre, y était-il dit, l'influence doit être purement morale en tout ce qui con- €erne le gouvernement intérieur du peuple mexicain. » Ces instructions, « élastiques, discrétionnelles », de l'aveu d'O'Donnell lui-même, laissaient au chef de l'expédition l'initiative la plus ample ; il devait avant tout étudier le pays ■et aviser ensuite son gouvernement du résultat <le ses observations.

Mais, en plus de ces instructions, Prim en reçut certainement d'autres d'un caractère confidentiel, qui lui dévoilèrent la pensée intime d'Isabelle, son désir, s'il s'établissait une monarchie au Mexique, de voir appeler au trône un prince ou une princesse de la maison d'E^spagne.

Lorsque Prim arriva à la Havane, le 2,3 décembre, le gros de l'expédition espagnole était déjà parti et avait même occupé Vera-Cruz le 17. Cette précipitation a agir, sans attendre la venue des contingents anglais et français, avait causé quelque étonnement aux alliés. Pour calmer la susceptibilité mise en éveil du cabinet des Tuileries, le gouvernement espagnol lui expliqua que Serrano, capitaine général de Cuba, n'avait pu être prévenu à temps des arrangements pris, en vertu de la convention de Londres, pour combiner l'action des puissances, et qu'il avait obéi h des instructions antérieures.

Prim fut obligé de son côté d'excuser ce soi-

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disant malentendu aux commandants des forces ;dliées qui le rejoignirent à la Havane et, pouicombattre la mauvaise impression causée par cette opération prématurée, il fit partir de conserve avec l'escadre française les trois navires <|ui restaient à sa disposition. Le 8 janvier 1862, Prim, les représentants de la France, l'amiral -lurien de la Gravière et M. Dubois de Saligny, ceux de l'xVngleterre, le commodore Dunlop et sir Charles Wyke, débarquaient à Vera-Cruz.

Prim se trouvait avoir, vis-à-vis de ses collègues étrangers, une sorte de prépondérance. Il la devait à la réunion en sa personne des pouvoirs de plénipotentiaire et de chef militaire, ^•t aussi à la supériorité numérique du continssent espagnol. De plus, la confiance que lui iivait témoignée Napoléon III devait au premier abord lui assurer la déférence des représentants du gouvernement impérial.

Dès le début cependant, le marquis de Los Castillejos adopta une ligne de conduite en divergence complète avec les vues de T^mpcreur, non qu'il les ignorât, car il savait parfaitcflient avant de quitter l'Espagne quelle importance Napoléon attachait à rétablissement d'une monarchie au Mexique et même quel était son candidat ; mais, chargé de son côté de s'enquérir des chances éventuelles d'une candidature espa-

gnole, Prim ne pouvait faire le jeu de la politique française.

Ce fut Terreur du gouvernement impérial de croire aveuglément quelques monarchistes qui prétendirent disposer au Mexique d'un parti assez nombreux pour assurer le succès de la candidature autrichienne, pour peu qu'elle fût appuyée par la présence des forces alliées. Prim avait, par sa femme, des relations dans le parti adverse, le parti démocratique, et, mieux informé que Napoléon, il se tint sur ses gardes visà-vis des conservateurs. Lorsqu'à la Havane, le P. Miranda, iNIiramon et autres essayèrent de lui arracher en leur faveur quelque déclaration formelle, il évita de s'engager et leur répondit qu'il ne pouvait entrer en conversation qu'avec un gouvernement constitué. « Puisque, leur écrivit-il, vous êtes très nombreux, profitez de ce que les forces du gouvernement, pour faire face aux alliés, sont concentrées sur le Chiquihuito et le Ccrro-Gordo, et faisant un effort marchez sur la capitale et emparez-vous-en. Si vous v êtes quand arriveront nos chargés de pouvoirs, ce sera avec vous que traiteront les alliés. »

Evidemment il soupçonnait déjà le parti conservateur d'impuissance ; il le savait plus ou moins acquis à une candidature que la reine Isabelle n'avait aucun intérêt à soutenir ; restait à voir ce que l'Espagne pouvait attendre de Juarez et pour cela mieux valait ne pas le brusquer. Aussi, deux jours après son débarquement ■

;i Veia-Cruz, le lo janvier 1862, Prim faisait-il iiflTicher une proclamation, signée par les représentants des Puissances, et annonçant aux Mexirains, en termes très mesurés, le but de l'expédition.

Ce n'était pas le tout de parler à la nation ; il fallait bien s'adresser au gouvernement mexicain. Or, il n'en existait qu'un : celui de Juarez. I.e i3 janvier, les représentants des Puissances se réunirent pour rédiger h son adresse une note collective à laquelle devaient être joints les ultimatums respectifs de la France, de l'Espagne et de la Grande-Bretagne. Cette note était rédigée, les ultimatums clos, lorsque l'idée fut émise ({u'il convenait de se communiquer réciproquement le contenu des ultimatums, pour que chacun sut à quoi il s'engageait en soutenant les revendications de ses alliés. L'Espagne réclamait des excuses pour l'expulsion de son ambassadeur, la reconnaissance du traité Mon-Almonte, enfin des indemnités pour les attentats commis sur ses nationaux et pour la destruction du navire la Conccpcion. Ces demandes, non plus que celles de TAngleterre, ne soulevèrent d'objections. Quand on en vint aux réclamations de la France et qu'on apprit que M. de Saligny exigeait l'exécution pleine et entière du contrat passé en 1 869 entre Miramon et le banquier suisse

IJecker, le délégué anglais, sir Charles Wyke, protesta avec une extrême énergie. Personne ne soupçonnait alors par quel pacte secret M. de

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Morny s'était engagé à prendre la défense de la banque .lecker. La prétention, exorbitante en «Ile-même, n'en parut que plus inexplicable. Les plénipotentiaires anglais refusèrent très nettement de la soutenir et Prim se rangea de leur coté. Ce fut en vain que le jour suivant on chercha un expédient pour aplanir cette difficulté et les déléo[ués décidèrent d'en référer à leurs gouvernements.

Du fait de cette première divergence, les plénipotentiaires se trouvaient réduits pour deux mois à l'expectative. Quelle attitude prendre, durant cette attente, à l'égard du gouvernement mexicain? Avec loooo hommes à Vera-Cruz, pouvaient-ils rester silencieux pendant des semaines sans dire l\ ce gouvernement ce qu'ils attendaient de lui ? Ils rédigèrent donc une note t)ù les réclamations demeurèrent imprécises, et où ils se rabattirent sur des considérations ^générales relatives a l'état intérieur du Mexique, dans le sens de la proclamation du lo janvier. « Trois grandes nations, disait ce document, n'ont pas formé alliance uniquement pour venger les outrages dont a pu se rendre coupable vis-à-vis d'elles un peuple soumis lui-même à de cruelles épreuves. Il était plus digne d'elles, en unissant leurs armes, de tendre à ce malheureux peuple une main amie et de chercher à le sauver sans l'humilier... Nous venons ici pour être témoins et, au besoin, les protecteurs de la régé- ; nération du Mexique. Nous venons assister à son -

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organisation définitive, sans vouloir intervenir en aucune façon dans la forme de son gouvernement ni de son administration intérieure. C'est au Mexique seul qu'il appartient de juger quelles sont les institutions qui lui conviennent, quelles sont celles qui s'accordent le mieux avec ses besoins et avec la civilisation du xix® siècle. Xous pouvons montrer au peuple mexicain quelle est la route qui le conduira sûrement à la prospérité. Seul il doit, sans intervention étrangère, s'engager dans cette route... »

On était loin des termes tranchnnts d'un ultimatum. Le gouvernement de Mexico dut être le premier surpris de la modération et des contradictions de ce langage. Avec une bonhomie ironique il agréa le bon vouloir que manifestaient les puissances de l'aider à parachever la grande œuvre de régénération et de pacification poursuivie depuis trois ans par Juarez. Il avait, ajoutait-il, la volonté et les moyens de satisfaire aux justes exigences des alliés ; mieux encore" : il était prêt à tous les sacrifices pour rétablir son crédit ébranlé. Le minisire des affaires étrangères de Juarez, Dobladc», s'enhardit même il déclarer que la présence des troupes alliées était inutile pour consolider le g(»uvernement : une escorte d'honneur de 2000 hommes sulïirait pour accompagner les délégués à Orizaba, oij Ton discuterait les clauses d'un arrangement, felle fut la réponse à la note collective et aussi .1 une première demande de laisser le corps

expéditionnaire occuper un campement plus salubre, dans la région tempérée.

Il était, en effet, impossible aux contingents européens de rester plus longtemps autour de \ era-Cruz où le ço/tiito Tiegio menaçait de les exterminer. Déjà huit cents malades du corps espagnol avaient été évacués sur la Havane. L'amiral Jurien de la Gravière eut été d'avis do conquérir de haute lutte les campements qu'il fallait à tout prix se procurer loin de cette côte au climat meurtrier. C'eût été pour lui la meilleure réplique à la réponse dérisoire de Doblado ainsi qu'à une lettre d'insolente menace que le général Zaragoza adressa aux plénipotentiaires le 10 février. Prim et sir Charles Wyke préférèrent négocier. Les instructions du délégué anglais lui interdisaient de s'engager à l'intérieur. Quant au général espagnol, il hésitait ii risquer une opération de vive force : ses soldats ne pouvaient porter dans leurs sacs que pour cinq jours de vivres ; au delà, les moyens de transport insuffisants dont il disposait n'assuraient le ravitaillement que pour quatre jours ; encore était-ce à condition de n'emmener ni ambulances, ni munitions de réserve. En fait, le corps expéditionnaire n'était aucunement organisé pour prendre Toffensive. Le général Serrano, chargé de constituer le contingent espagnol, estimait que pour aller à Mexico il eût fallu 25 ooo hommes, et l'ancien dictateur Santa- Anna écrivait à la fin de janvier 1862, en faisant

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allusion aux alliés : a Ce qui appelle Tattention, c'est la petite force avec laquelle ils prétendent marcher sur la capitale. Us pensent sûrement que les Mexicains sont armés de flèches et de casse-tête. » Où le corps expéditionnaire eût pu exercer une action décisive, c'eut été dans le cas où le parti conservateur se fût soulevé en masse contre Juarez, mais c'était à peine si quelques guérillas tenaient encore la campagne ; le gros du parti restait coi, impuissant ou paralysé par les lois de terreur édictées par Juarez.

Prim avait donc des raisons d'ordre militaire pour ne pas engager les hostilités. 11 en avait d'autres, d'ordre politique, pour se maintenir à l'égard du gouvernement mexicain dans l'attitude de modération qu'il avait adoptée dès le début. Puisque, pour formuler un ultimatum précis, il fallait attendre les instructions d'Europe, tant que ces instructions n'étaient pas arrivées, on n'avait aucun motif, ni de changer de manière d'être vis-à-vis de Juarez, ni d'intervenir dans les affaires intérieures du pays. Sur ce point, le comte de Heus s'en tenait ii ce qu'il avait dit, à la Havane, aux exilés mexicains : il traitait avec le gouvernement installé à Mexico, quel qu'il fût, et entendait rester neutre entre les partis. Aussi ne tint-il pas à lui que Miramon ne débarquât à Vera-Cruz, à la fin de janvier, et ne fût laissé libre d*agir au Mexique, à ses risques et périls. Ce furent les Anglais (pji, pour des griefs particuliers, remontîint à la

présidence de Miramon, s'opposèrent formellement à ce qu'il pénétrât au Mexique.

Quelques jours après cet incident, les alliés se décidèrent à adresser au gouvernement de Mexico la demande formelle d'accorder au corps expéditionnaire le libre accès de la zone tempérée. Prim était bien décidé, si les juaristes prétendaient lui disputer le passage, h faire usage de la force ; le 7 février, il faisait part ii son gouvernement de sa résolution à cet égard. Mais il préférait obtenir cette concession à l'amiable. Aussi, dans ses communiqués officiels aux ministres de Juarez, garda-t-il des ménagements qu'on a eu tort de lui reprocher plus tard comme une marque de faiblesse, car, tout en évitant de froisser publiquement le sentiment national, il sut faire entendre au président, par un intermédiaire officieux, un langage qui coupât court a toute équivoque. En efîet, le 6 février, Doblado ayant répondu d'une façon évasive à la demande des alliés, Prim adressa à Echeverria, oncle de sa femme et ministre des finances de Juarez, une lettre privée, destinée à ne laisser subsister aucun doute à Mexico sur l'intention bien arrêtée des alliés d'aller s'établir dans la région saine d'Orizaba, et rédigée entermessi énergiques que Juarez et ses ministres renoncèrent aussitôt à traîner la négociation en longueur. Se rendant à l'invitation des alliés, le 19 février 1862, Doblado vint conférer avec Prim, chargé de représenter les trois Puissances. Après une entrevue de quel-

<|ues heures, ils signaient les préliminaires de la Soledad.

Admettant que le gouvernement mexieain n avait pas besoin du secours « offert avec tant de bienveillance n par les Puissances, la Convention déclarait dans son article premier que les lUiés se plaçaient dès ce moment « sur le ter-

ciin des traités » pour formuler toutes les réclamations qu'ils pouvaient avoir à présenter. Les articles 2 et 3 stipulaient (Jue des conférences

ouvriraient à Orizaba pour régler les divers iiiges et que, cependant, les forces alliées occuj»eraient Cordova, Orizaba et Tehuacan. Dans un -enliment peut-être un peu trop chevaleresque, Prim avait admis qu'en cas de rupture, les troupes rétrograderaient vers la cote en deçà des premiers obstacles placés sur leur route, jusqu'à Paso Ancho et Paso de Ovejas. Enfin,

n vertu du dernier article, le pavillon mexicain Tait arboré de nouveau à Vera Cruz, à côté des Irapeaux des Puissances, le jour même où les troupes alliées se mettraient en marche vers J intérieur.

Telle était cette fameuse convention de la soledad, qui fut si vivement critiquée en France <t (|ue PEmpereur désavoua le 2 avril. Sans doute, elle était en contradiction absolue avec l'arrière-pensée de Napoléon III, mais ce n'est pas à cette pensée qu'avait à se conformer le ^'énéral Prim : c'était aux stipulations de la '^onvf-ntion de Londres, et il faut voir les choses Lkomardo.^. 5

avec un esprit singulièrement prévenu pour ne pas reconnaître qu'il n'y avait aucune autre manière d'agir, si l'on voulait réellement n exercer, dans les affaires du Mexique, aucune influence de nature à porter atteinte au droit de la nation mexicaine de choisir et de constituer librement la forme de son gou{>ernement. Dans les circons tances d'alors, il n'y avait qu'un gouvernement existant , celui de Juarez ; ce gouvernement n'avait pas acquis toute la force et la stabilité désirables ; il avait encore des adversaires, mais ceux-ci se montraient incapables de se substituer à lui ; Doblado lui-même avoua au général Prim que dans certaines provinces l'autorité de ce gouvernement était encore mal assise et ne pou vait s'exercer sans ménagements. Ce fut justement pour ne pas susciter de nouvelles difficultés intérieures à ce gouvernement , peu robuste encore, mais viable, que Prim montra dans la discussion des préliminaires de la Soledad u condescendance qui n'eût pas été de mise aved une nation plus solidement constituée. En reconnaissant l'état de choses existant, en arborant dflt nouveau le pavillon mexicain à Yera-Cruz, il contribuait h consolider le gouvernement de Juarez dans le pays, et plus ce gouvernement serait fort et stable, mieux on serait en droit d'exiger de lui des garanties réelles, l'exécution de ses engagements et le respect des étrangers.

On a beaucoup épilogue en France et en

Espagne sur la prétendue faute eommise par les délégués, au début de l'expédition du Mexique, en reconnaissant le gouvernement de Juarez. Mais, quand même on fût tombé d'accord, le lendemain du débarquement, sur les termes d'un ultimatum, il fallait bien adresser cet ultimatum ;i quelqu'un, et à qui, sinon à Juarez ? et Tadresser à Juarez n'était-ce pas, en fait, reconnaître celui-ci ? Le défaut d'entente des plénipotentiaires au sujet de la créance Jecker ayant fait I etarder la présentation de cet ultimatum, quel prétexte auraient eu les alliés de prendre une attitude résolument hostile envers un gouvernement qui se déclarait de bonne volonté, prêt à négocier, et auquel on semblait ne plus savoir quoi demander ? Tant qu'on n'articulait aucun L^^rief précis, on n'avait pas le droit de le traiter • n ennemi. Plus tard il serait temps d'en venir aux moyens de coercition, si les Mexicains ne se rendaient pas aux exigences des alliés, quand elles seraient enfin formulées aux conférences d'Orizaba, Cette éventualité était prévue par les préliminaires de la Soledad, et Prim entendait si bien conserver les moyens d'agir par la force, le cas échéant, ({ue, le 27 février encore, dans une de ses dépèches à Calderon Collantes, il I entretenait de la nécessité d'augmenter l'effectif de la division espagnole.

Il n'est pas douteux cependant qu'il ne préférât les moyens pacifiques et ne crût a leur efficacité, ('/est avec une satisfaction visible que

dans une de ses premières dépêches, peu de temps après son arrivée à Vera-Cruz, il constate la tournure amicale que, « par la force des circonstances », ont prise les relations avec les Mexicains. Les esprits se calment, les mauvaises passions s'éteignent, les communications sont rétablies avec la capitale ; les Espagnols peuvent voyager sans danger dans le pays. « A mon avis, écrivait-il, ce changement dans les sentiments des naturels et des autorités est extrêmement favorable au développement des plans que s'est proposés le gouvernement de Sa Majesté en envoyant dans ce pays l'expédition que j'ai sous mes ordres. En temps opportun, on mettra en œuvre toute l'influence morale que nous sommes en train d'acquérir pour arriver à établir au Mexique un ordre de choses qui résulte de la volonté de la majorité, tout en offrant des garanties de stabilité et de solidité quant au régime intérieur et en assurant le respect des étrangers et l'exécution des pactes internationaux. »

A mesure qu'il prenait plus ample connais-* sance des hommes et de l'état du pays, le comte de Reus se fortifiait dans la conviction qu'une politique de modération et de générosité était la plus conforme aux intérêts de l'Espagne au. Mexique. Ce n'est pas qu'il eût gardé l'illusion de pouvoir mettre sur le trône de Mexico un f prince espagnol. Il reconnut vite l'inanité de ce projet. Mais, en même temps, il prit confiance dans l'avenir du gouvernement fondé par Juarez. ,

Peut-être accorda-t-il trop de crédit aux confidences adroites, à la franchise apparente de iJoblado. Pour justifier son opinion, il avait cependant des raisons plus sures, notamment la présence au ministère des finances de l'oncle le sa femme, M. Echeverria, qu'il n'était pas -oui à apprécier. Au dire, peu suspect de partialité, de sir Charles Wyke, M. Echeverria était un homme d'un mérite considérable, socialement et politiquement parlant ». Le ministre inglais avait été « frappé de son grand bon sens ' t de l'idée exacte qu'il s'était formée de la situation de son pays ».

Si ce gouvernement de Juarez présentait des garanties de durée, s'il montrait de la bonne volonté, ce pouvait être une politique habile, de l.'i part de l'Espagne, de s'acquérir des titres .1 la reconnaissance de ce gouvernement et, par -a modération, de contraindre le Mexique à ibdiquer cette haine que le souvenir des luttes le l'indépendance entretenait vivace en lui f'ontre ses anciens maîtres. Dans un discours jrniioncé au Sénat à la fin de cette même année t^^f-jy nous relevons ces paroles de Prim, relatives aux États sud-américains : « Ces peuples, lui furent et qui sont en train de redevenir nos Irères, se sont émancipés de la mère-patrie eut-être en un âge trop tendre , convaincus u'ils étaient d*être en état de se gouverner euxêmes. L'Espagne se montra sévère pour ces Is auxquels elle avait donné l'être, qu'elle avait

élevés avec l'intérêt d'une mère alTectueuse. Elle voulut les faire rentrer dans l'obéissance par la force des armes, mais eux se défendirent avec la vaillance qu'ils avaient héritée de leurs pères, et la lutte fut sanglante, jusqu'à ce que la mère, émue des maux qu'elle causait à ses enfants, reconnût leur émancipation et leur indépendance. » Ces temps de violence étaient passés. Ce qu'il fallait maintenant, c'était dissiper la froideur qui, depuis un demi-siècle, régnait entre la mère-patrie et ses anciennes colonies. En rétablissant la cordialité des rapports entre la métropole et ces peuples auxquels elle avait donné, avec le plus pur de leur sang, leur langue, leur religion et leurs mœurs, le comte de Reus espérait rouvrir l'Amérique latine à l'influence morale en même temps qu'à l'activité commerciale, trop limitée, de l'Espagne. Cette pensée, reprise aujourd'hui après la perte des dernières colonies espagnoles, fut un des principes directeurs delà politique de Prim lorsqu'il arriva au pouvoir en 1868, et ce fut certainement elle qui, dès 1862, inspira sa conduite à l'égard de la République mexicaine. Certes, c'eut été rattacher d'un lien plus étroit le Mexique à l'Espagne que d'y installer un Infant, la soeur ou la fille d'Isabelle. Mais, du moment que ce rêve paraissait irréalisable, c'était la République mexicaine ellemême que, par des procédés amicaux, il fallait gagner à de meilleurs sentiments, et mieux valait se l'acquérir ainsi que de porter au pouvoir, par

I force, un parti monarchique, à peine existant, «•t qui, de plus, travaillait pour un prince étranger à la maison de Bourbon.

Prim savait fort bien, en effet, que c'étaient les exilés du parti réactionnaire mexicain qui avaient proposé à l'Empereur la candidature de Maximilien. Le point unique sur lequel il avait pu, comme le cabinet espagnol, garder quelque incertitude, c'était sur l'appui que Napoléon III donnerait à ce projet. Se contenterait-il de l'accueillir avec bienveillance, mais laisserait-il les Mexicains vraiment libres de choisir leur régime gouvernemental ? Prendrait-il, au contraire, fait et cause pour les monarchistes et coopérerait-il par les armes au triomphe de leur parti ? Au mois de novembre 1861, le doute était encore permis. Ce ne fut qu'en janvier 1862 qu'O'Donnell et Collantes, quoique non officiellement 'nformés des intentions de l'Empereur, virent ce certitude que le but réel de l'expédition 'ail de mettre Maximilien sur le trône du lexique. Le 18 janvier, M. Thouvenel annonça l'ambassadeur, M. Mon, que l'Empereur, conlincu par les dernières nouvelles de la nécessité aller dicter la paix à Mexico même, avait • solu d'augmenter de ^looo hommes refTectif '1 corps expéditionnaire français. A cette date, fi ne pouvait connaître ii Paris ni la proclamation du 10 janvier au peuple mexicain, ni la note adressée le ïf\ a Juarez, au lieu de Tultialum prévu. On est donc autorisé à croire que

la décision de Napoléon III fut inspirée, comme l'écrivait M. Mon, par l'idée, ancrée dans son esprit, qu'en hâtant le départ de l'expédition espagnole, le gouvernement d'Isabelle poursuivait quelque but particulier. Peut-être aussi, dans ces dernières nouvelles dont parla M. Thouvenel, faut-il voir une allusion h quelque lettre du P. Miranda et de ses coreligionnaires politiques, dénonçant l'accueil assez froid que Prim leur avait fait à la Havane.

Par ménagement envers l'Empereur, le cabinet espagnol se garda de présenter aucune observation, mais O'Donnell et Calderon Collantes ne cachèrent pas leur façon de penser à l'ambassadeur d'Angleterre à Madrid. N'étant pas encore oITiciellement informés des projets de Napoléon III en faveur de Maximilien, ils affectèrent de ne pas croire à leur réalité : c'était indirectement les désapprouver. En tout cas, ils n'étaient aucunement disposés à concourir h leur réalisation. (( Si une semblable entreprise, dit O'Donnell à sir John Crampton, à la fin de janvier 1862, n'est pas garantie par l'Europe, elle ne durera pas un an. Si elle est garantie par quelque puissance européenne , elle sera la source de démêlés graves avec les Etats américains, qui repoussent toute ingérence de l'Europe dans les affaires d'Amérique. »

En même temps, le 22 janvier, Calderon Collantes écrivait à Prim : « Il semble que le projet d'établissement d'une monarchie au Mexique

prenne chaque jour plus de corps. Quelques naturels de ce pays, résidant ou établis en Europe, travaillent en ce sens ; mais ni le gouvernement de l'Empereur n'a fait de proposition formelle à celui de Sa Majesté sur ce point, ni il ne convient de nous écarter du principe fondamental de la politique espagnole en Amérique, de laisser les habitants en pleine liberté d'établir le gouvernement le plus conforme à leurs besoins et à leurs cro^'ances. La conduite loyale, modérée et généreuse, autant qu'elle pourra l'être, des troupes à qui la reine a confié la défense des intérêts et l'honneur du pays dans une si importante expédition, devra contribuer à établir la confiance que les Mexicains doivent avoir dans les sentiments élevés ([ui animent la reine et son gouvernement. »

Quinze jours plus tard, le 6 février, O'Donnell adressait à son tour à Prim les instructions suivantes : « Notre conduite doit être de la plus grande loyauté quant aux engagements contractés avec la France et l'Angleterre, mais elle doit être aussi de nous opposer à ce que l'on veuille imposer à la nation mexicaine la forme de gouvernement monarchique et le prince Maximilien comme candidat. Si les Mexicains, par leur libre volonté et sans y être poussés par personne, en décidaient ainsi, nous devrions respecter leur volonté souveraine, mais nous ne devons pas contribuer ii la formation d'un simulacre de; congrès souverain qui usurperait sur la véritable volonté du peuple. »

Ces dépêches durent parvenir au comte de Reus à la fin de février et dans les premiers jours de mars. En même temps arrivait à Vera-Cruz le protagoniste de la candidature autrichienne, Almonte, puis le général Lorencez. C'était le moment aussi où les troupes alliées, en vertu des préliminaires de la Soledad, montaient prendre leurs campements h Côrdova, Orizaba et Tehuacan.

Avant de quitter Vera-Cruz, le comte de Reus eut avec Almonte une conversation qui eût suiVi pour le mettre au courant des projets de Napoléon m. Avec la plus grande assurance, Almonte lui déclara qu'il venait pour en finir avec la République de Juarez : ce serait l'affaire d'une couple de mois ; après quoi une assemblée de jiotables, le reste ne méritant pas d'être consulté, proclamerait la royauté de Maximilien. Almonte avoua qu'il n'avait reçu du cabinet espagnol qu'une réponse évasive, lorsqu'il avait sollicité son appui, mais il était assuré du concours de la France ; il prétendait même le cabinet de Londres d'accord sur ce point avec celui des Tuileries. C'était inexact et Prim le savait.

Désormais il n'y avait plus d'équivoque possible sur les intentions de l'Empereur. Les Anglais manifestèrent leur désapprobation en rembarquant leur infanterie de marine, et leurs plénipotentiaires seuls demeurèrent. Quant à Prim, il n'était nullement disposé h s'inféoder à la politique impériale. Le courrier venait de lui apporter une lettre de Napoléon III, très belli-

queuse : « Voici les troupes espagnoles et françaises qui vont combattre côte à côte pour la même cause... J'espère que les vues de votre gouvernement étant d'accord avec les miennes, il n'y aura pas de divergence d'opinion entre les commandants en chef». L'Empereur se trompait. Dès qu'il s'agissait de faire triompher par les armes la candidature de l'archiduc, l'Espagne ne marchait plus avec lui.

Le 12 mars, Prim répondit à Napoléon III, sur un ton très respectueux, mais très ferme, que la monarchie n'avait aucune chance de s'implanter au Mexique ; sans doute il serait facile h l'Empereur de faire couronner Maximilien ù Mexico, mais à l'instant où les troupes françaises se retireraient, le monarque imposé par elles tomberait. Le jour même où Prim écrivait cette lettre prophétique, d'un sens politique remarquable, l'amiral Jurien de La Gravière lui en adressait une, de Tehuacan, dans laquelle se trahit une < ertaine anxiété évidemment causée par les nou- ^elIes instructions venues de France : « Aideziioi, disait-il, à faire de bonnes choses par des moyens amiables : vous compléterez ainsi votre cuvre, et ce sera un grand honneur pour vous. On l'usera pas de violence sans mon consentement ' t je suis sur que l'Empereur me continuera sa confiance. Quel bonheur si nous pouvions retrouver l'unanimité dans nos conférences* ! »

I Ce Icxlc cl ceux que nous citons plu» loin (à l'exception

C'était surtout M. Dubois de Saligny, toujours partisan des mesures les plus violentes contre Juarez, qui suscitait les dissidences entre les délégués. M. Jurien de La Gravière, attiré vers le général Prim par une sympathie très vive, s'était laissé conquérir à la politique de douceur. Sur certains points cependant il s'écartait. de la manière de voir du plénipotentiaire espagnol. Au lendemain de la convention de laSoledad, il aurait voulu exiger de Juarez une amnistie politique sans réserves. Il estimait que le Mexique ne pouvait poursuivre sa régénération qu'en se soumettant au régime monarchique. Avec les illusions d'une ame généreuse, il croyait pouvoir réaliser ce que lui-même appelait sa chimère, non pas en accordant l'appui de la force au parti conservateur qui, de son propre aveu, ne constituait qu'une minorité et avait contre lui l'opinion du pays, mais en réconciliant les partis, en les amenant à chercher eux-mêmes dans l'avènement d'un régime nouveau le remède aux dissensions du passé.

Prim ne partageait pas cette opinion. Il ne croyait pas à la possibilité de fonder une monarchie stable. Aussi se bornait-il à attendre les conférences d'Orizaba : il y ferait accepter les réclamations des Puissances et exigerait comme

de la lettre de Prim du 20 mars) sont des traductions de traductions, le Diario de Sesiones de las Cartes n'ayant publié qu'en traduction espagnole la correspondance entre Prim et Jurien de La Gravière, du 17 au 28 mars 1862.

garantie la faculté pour les alliés d'aller à Mexico ; ce point acquis, ce serait le moment de demander l'amnistie générale. Au début il avait été jusqu'à espérer que peut-être le gouvernement de Juarez se résignerait à se soumettre à l'épreuve d'un appel à la nation. C'était assez problématique. En tout cas, ce qu'il demanderait, il comptait l'obtenir peu à peu, par la conviction imposée aux Mexicains, que les alliés, au delà de leurs justes revendications, ne voulaient que le bien du pays.

Ce système de modération, Prim n'entendait pas le laisser dégénérer en complaisance coupable. S'il tenait à démontrer à Juarez qu'il n'avait pas à son égard de parti pris hostile, il restait bien décidé à faire respecter les intérêts de l'Espagne. Il en donna la preuve par la vivacité avec laquelle il prit tout à coup une attitude belli- (jueuse, en réponse à des mesures vexatoires prises par le gouvernement de Mexico. Le 20 mars, il •écrivait d'Orizaba à M. de La Gravière :

« Voire idée comme la mienne est de ne pas brûler nos vaisseaux sous un prétexte futile, carccla aurait l'aird'une querelle allemande et, par conséquent, serait indigne des Hautes Puissances que nous représentons et indigne de nous-mêmes; mais en même temps, vous comme moi, nous sommes décidés à brûler nos vaisseaux et à brûler lo N^exiquc même, depuis Vera-C^ruz à la Sonora, sans épargner le fameux Cliiquihuite, dans le cas où le gouvernement ne ferait pas droit à nos justes réclamations. N'élcs-vous pas de mon avis? Par exemple, nous avons sur le lapis la question relative aux vexations que le

gouvernement commet contre nos nationaux pour leur faire payer la contribution de 2 1/3 pour 100 sur les capitaux ; nous avons encore à leur reprocher un autre attentat, celui d'exiger de six maisons de la capitale, dont trois sont espagnoles, un emprunt forcé de 5oo 000 piastres. Nous avons aussi à les empêcher d'exécuter la menace de M. Doblado, de fermer la communication commerciale de la Vera-Cruz avec l'intérieur du pays, dans le cas où la douane ne leur serait pas rendue. En voilà trop pour des puissances comme nous le sommes ici ! En voilà assez pour brûler nos papiers et marcher en soldats ! Réunissons-nous ici au plus tôt et agissons. J'ai prié déjà M. de Saligny de venir, venez vous-même, le commodore arrivera aussi. Sir Charles Wyke est d'accord avec moi. Réunissons-nous donc et que cela finisse ! »

M. Jurien de La Gravière se méprit totalement sur les intentions de Prim, exprimées en effet avec quelque ambiguïté par le plénipotentiaire espagnol, dans une langue qui n'était pas la sienne. L'amiral s'imagina que le comte de Reus cherchait maintenant un prétexte spécieux pour rompre la convention qu'il avait signée à la Soledad.

Le jour même il répondit à Prim par deux lettres, où il lui fit part des dernières instructions qu'il venait de recevoir de France. Il avait l'ordre formel de ne pas attendre l'ouverture des conférences d'Orizaba, non plus que le règlement des affaires financières, pour exiger du Mexique des garanties assurant qu'il aurait la force et la volonté de tenir ses engagements. « Je ne me suis certainement pas trompé, pour-

siiivait-il, quand j'ai cru que dans votre opinion comme dans celle de M. Doblado, la convention de la Soledad n'était autre chose que l'acceptation en principe de l'occupation militaire de Mexico par les forces alliées. S'il a pu subsister ({uelque doute sur ce point dans l'esprit du gouvernement mexicain, je crois juste et loyal de dissiper dès maintenant ses illusions et de lui faire connaître les premières exigences avec lesquelles il doit compter. Si de cette communication doivent naître des hostilités immédiates, je suis prêt, comme je vous l'ai dit, à me replier sur Paso Anclio et à ouvrir dès ce moment une nouvelle campagne. Je suis également d'avis (ju'on exige une complète amnistie, sans conditions et sans réserves, laquelle nous permettra de consulter les vrais désirs du pays. » Si l'on devait en venir à une rupture, ces motifs lui partissaient préférables à ceux que Prim lui semblait vouloir invoquer.

Ce n'était pas tout. Le gouvernement impérial estimait que, décidément, par le chiffre de son contingent, par la réputation du général chargé du c(»mmandement, le cabinet de Madrid avait donné un caractère trop espagnol à l'expédition. '(Je ne doute pas, ajoutait l'amiral, que l'Empereur, en se décidant à envoyer ici une nouvelle armée et un général pour commander les troupes, ait pu avoir autre chose en vue que de dégager l'action de la France et de lui réserver la liberté la plus complète dans ses décisions.

8o PRTM

« Certainement je n'interpréterai pas cette détermination comme une preuve d'affaiblissement de notre alliance ; mais je crois que je dois en même temps considérer Timportance que l'on donne à mon commandement comme un avis de ne subordonner mes vues politiques h celles d'aucun autre plénipotentiaire.

« Je serais étonné, mon cher général, de ne pouvoir continuer à marcher d'accord avec vous, car, je le répète, je ne rétracte rien de ce que nous avons fait d'un commun accord. Vous me permettrez seulement de me tenir mieux en garde dorénavant contre mon habitude d'une certaine déférence, qui s'adressait bien plus à votre caractère personnel qu'à votre position supérieure. En conséquence, sans renier nos alliés, sans séparer en rien notre cause de la leur, j'insiste pour qu'il soit bien établi aux yeux de tous que notre expédition est une expédition française, et qu'elle n'est aux ordres de personne... »

La lettre privée qui accompagnait cette communication demi-officielle, n'en était que la paraphrase et comme un palliatif, en termes plus affectueux et plus confiants.

Prim dut être étrangement surpris à la lecture de ces deux lettres, diffuses et embarrassées. Cependant il en ressortait nettement deux choses. D'abord l'amiral s'était trompé en supposant à Prim des arrière-pensées qu'il n'avait pas ; celui-ci ne cherchait pas un prétexte, réel ou non, pour se dégager de la convention de la

LE MEXIQUE 8ï

^oledad. Sa lettre du 20 voulait dire seulement que, si désireux qu'il fût de ne point recourir à la violence, il n'entendait pas laisser Juarez se moquer impunément des alliés par l'insolence '-' ses exactions et par la proclamation du blocus < nmmercial de Vera-Cruz. « Vous trouverez cil<)inte la lettre de M. Doblado, répondait Prim à

iirien de La Gravière le 21 mars, et dans votre noble fierté vous jugerez si pareille sécheresse peut nous convenir. Vous trouverez donc dans la lettre de M. Doblado et dans mes explications

I véritable cause de notre humeur belliqueuse, ft n'en cherchez pas d'autre, parce que vous n'en trouveriez pas. »

Le second point c'était que le représentant de IKmpereur entendait réserver son entière indépendance. « Dès le début, écrivait Prim, vous avez eu cette préoccupation : éviter qu'on puisse

•us jeter ii la tète de vous être laissé dominer par le général espagnol. Maintenant vous voulez qu'il soit bien établi que vous agissez avec

lie entière liberté d'action et en même temps que dorénavant — dans le sens où juscju'à présj-nt on a pu dire que l'expédition alliée était

ne expédition espagnole, — dans le môme sens

ilc se transforme en expédition française. » l>ims ces conditions l'expédition resterait-elle • rjcore sous la haute direction de la conférence ?

1 se plaisait à le supposer, mais le doute per-

• it dans ses paroles.

Lu même temps Prim annonçait à l'amiral (jue

I lORAFlDO?». '">

s'il n'était pas allé demander immédiatement \o redressement de leurs récents griefs, c'était que sir Charles Wyke était malade et que Doblado n'était pas encore à Puebla. D'ailleurs il avait prié Echeverria et Teran, ministres des finances et de la justice, de se rendre h Orizaba et il espérait régler ces questions avec eux. « Je préfère, ajoutait-il, brûler nos vaisseaux pour défendre nos nationaux, plutôt que dans le but d'exiger une amnistie complète et sans exception, parce que nous n'avons pas le droit de demander en ce moment au gouvernement de la République qu'il permette l'entrée du pays aux exilés pour cause politique, alors qu'on sait qu'ils arrivent avec l'intention de conspirer et d'attaquer le gouvernement et les institutions établis. Réfléchissez, mon ami, sur ce point, avec votre justice reconnue, et je ne doute pas un seul moment, étant donnée votre loyauté, que vous ne pensiez comme nous... »

En effet Jurien de La Gravière pensait comme Prim. Tout en réclamant l'amnistie, il avait écrit à M. de Saligny, le i3 mars, pour le prier de retenir h Vera-Cruz Almonte et les autres proscrits. M. de Saligny, ou n'avait pas reçu cette lettre h temps, ou n'en avait pas tenu compte. Almonte, de son côté, avait refusé de se rendre aux avertissements de Prim et le 19 mars il s'était mis en marche, sous la protection d'un bataillon français. Cette nouvelle parvint à Jurien de La Gravière le 22 mars. Très surpris

t blâmant au fond cette manière d'agir ramiral

^e hâta d'avertir le plénipotentiaire espagnol :

« Ce n'est pas de mon aveu, lui disait-il, que les

émigrés mexicains sont partis de Vera-Cruz sous

l'escorte du bataillon de chasseurs à pied. »

Une fois de plus il protestait de ses intentions

pacifiques, de son désir d'une réconciliation

sincère des partis mexicains. Or la démarche

d'Almonte, couverte de l'approbation de M. de

Salignv, allait directement h l'encontre d'une

pacification. Faire revenir Almonte sur ses pas?

Il le tenterait, mais doutant lui-même de l'effi-

< acité de ses conseils, il ajoutait : « Advienne que

()Ourra ! Je ne puis le renier ni l'abandonner,

[ car il a toute la confiance du gouvernement que

1 je représente. » Sans doute cet incident grave

( allait rompre entre les alliés l'entente si fragile.

II le déplorait, mais dans l'impossibilité où il se

rouvait d'agir autrement, du moins sa respon-

d)ilité était-elle à couvert : « Le gouvernement

: ançais, écrivait-il à Prim dans cette même lettre ,

prévu le cas où je ne devrais pas respecter les

l«'cisions de la conférence. » Cet aveu lâché, que

• slait-il de la convention de Londres?

Prim et sir Charles Wyke venaient justement l'obtenir d'Kchevcrria et de Toran le retrait ■ios mesures fiscales lésant les maisons de com-

Ierce étrangères. Le comte de Reus devait être autant plus satisfait de cette solution amiable je des six maisons frappées d'un emprunt forcé :""" "■•"

gnôles comme il l'avait cru tout d'abord : il n'y en avait qu'une qui eiit des capitaux espagnols ; elle était à demi mexicaine et elle lui appartenait à lui-même, du chef de sa femme. Quelle clameur contre lui si l'on avait pu dire un jour que seul Tintérèt de sa propriété menacée l'avait décidé à partir en guerre! Au moment où il venait d'éviter ce danger, où il croyait pouvoir rentrer dans les voies pacifiques ouvertes par la convention de la Soledad, voici que lui parvenait la nouvelle de l'initiative funeste prise par Almonte. Très ému, il répondit h M, de La Gravière :

Orizaba, 28 mars 1862.

... Votre lettre d'hier me fait de la peine, car je vois par elle que c'est une détermination fixe, soit que vous obéissiez aux ordres de votre gouvernement, soit à vos propres inspirations ou à celles de M. de Saligny, c'est, dis-je, une détermination fixe de rompre la convention de Londres, de ne pas observer les considérations dues aux puissances signataires ni le moindre égard à vos collègues d'ici...

L'acte d'introduire à l'intérieur du pays les émigrés politiques pour cju'ils y organisent une conspiration, afin de détruire un jour le gouvernement existant et le système politique actuel, tandis que vous avance/ en ami et que vous attendez le jour fixé pour les conférences, un tel acte est sans exemple et je ne puis le comprendre.

Si vous avez reçu à ce sujet des ordres de votre gouvernement, je confesse que je n'y reconnais pas la sagesse, la justice et la grandeur de la politique impériale, non plus que le haut esprit de conciliation de l'Empereur envers l'Angleterre et l'Espagne ; car je

^^elte d'avoir h vous le dire, mon ami, la politique (|ue vous vous proposez de suivre au Mexique au mépris de la conférence, étant donné que vous n'avez pas cru devoir la consulter sur une affaire aussi grave, aura, à mon juirement, le désagréable résultat de refroidir les relations amicales de l'Angleterre et de l'Espagne avec la France...

Prim écrivait cette lettre sévère, lorsqu'on vint

lui remettre une nouvelle dépêche de l'amiral,

datée du 22 mars, onze heures du soir. La con-

' ience de M. Jurien de La Gravière s'était révol-

e h la pensée de commettre cet acte « sans

Kemple », comme le qualifiait Prim. S'il ne

)uvait retirer à Almonte la protection du dra-

eau français, que lui avait accordée M. de Sali-

^ gny, sa loyauté ne lui permettait pas de profiter

f plus h>ngtemps des avantages du traité de la

• dedad. Aussi venait-il de prévenir les autorités lexicaines que le i**" avril les troupes françaises

• mettraient en marche pour rétrograder an «•là du Chiquihuite.

Prendre cette résolution sans en référer aux

litres délégués, c'était, de la part des plénipo-

ntiaires français, avouer qu'ils se séparaient de

I conférence, Prim et sir Charles Wyke le com-

rirent ainsi. Pour qu'il ne subsistât aucun*;

j^^uivoque, ils convoquèrent M. Jurien de La

jHbavière et M. de Saligny ii une dernière réu-

^BoD. Fin attendant, Prim tentait un suprême ef-

^^kt auprès du général Lorcncez et de l'amiral,

^^fcur obtenir le renvoi d'Almonte à Vcra-Cruz.

Le général Lorencez se retrancha derrière ses instructions; quant à M. Juriende La Gravière, il opposa aux instances du comte de Reus un refus attristé, mais formeL 11 avait les mains liées.

Le 29 mars, Prim écrivit à son gouvernement pour le mettre au courant de la situation et lui annoncer les mesures qu'il comptait prendre : « Mon opinion, si mes craintes se réalisent, est que l'unique parti que nous puissions adopter est de nous retirer avec nos forces. Nous ne pouvons en effet donner h l'Amérique le fâcheux spectacle d'une lutte avec ceux qui se disaient nos alliés, pas plus qu'il ne convient au caractère généreux de notre nation que nous restions froidement spectateurs des événements, en nous exposant peut-être à une provocation qui ferait taire la voix de la prudence et nous entraînerait irrésistiblement à des voies de fait qu'il faut éviter h tout prix. Aussi, loin de croire aujourd'hui, comme je le croyais lorsque je vous ai écrit ma dépêche n° 20, du 27 février, qu'il convient d'augmenter la division espagnole, j'opine que, pour nos fins, c'est assez des forces que nous avons dans la République, et même c'est plus qu'il ne faut si la France n'en revient pas à se subordonner aux stipulations de la convention de Londres, auquel cas, ne m'étant pas possible d'attendre les ordres précis du gouvernement de Sa Majesté, je prendrai mes dispositions pour la retraite des troupes, et bien que je comprenne l'extrême gravité d'une pareille détermination, j<

LE .MEX1(^)LE 87

rhésite pas à en prendre toute la responsabilité (levant le gouvernement, devant la nation et dc- \;nit le monde entier. »

Le 9 avril seulement, les délégués des trois Puissances purent enfin se réunir à Orizaba. Il fut évident dès le premier instant que toute entente était désormais impossible. Une scène très vive ne tarda pas h se produire entre Prim et M. de Saligny. Celui-ci avait clairement fait en-

• ndre h diverses personnes que si le comte de Keus était opposé aux projets de monarchie mexicaine en faveur de l'archiduc, c'était que lui-même aspirait h se faire couronner empereur

lu Mexique. Sommé par Prim de s.'expliquer ca-

•goriquement et de citer ses preuves, le plénipotentiaire français allégua le bruit public, une Kltre qu'il avait vue, écrite par une personne Mes favorable à cette prétendue candidature, enfin et surtout certains articles d'un journal imprimé dans le camp espagnol, sous le contrôle du .général, El Eco de Europa, articles d'un style tellement dithyrambique h l'égard de Prim qu'ils n'avaient pu être inspirés que par lui, avec les pensées les plus ambitieuses. M. de Saligny

'jouta que le comte de Reus même lui avait dé- ' laré que la candidature d'un archiduc autri-

I chien était absurde, et ([ue s'il y avait des chantes de succès pour cjuelqu'un, peut-être serait-ce lour un soldat heureux.

I Prim s'éleva avec boaiKoup de loi* «• loiitic ■PS dires de M. de Salii^nv. En faisant allusion ii

ua soldat heureux, ce n'était pas de lui, mais d'un soldat mexicain qu'il avait entendu parler. Porter une semblable accusation, publiquement, sans meilleures preuves que les articles de VEco w de Eiiropa, était vraiment de la part d'un diplomate un acte d'une inconcevable légèreté. Ajoutons que rien ne confirme l'hypothèse des visées ambitieuses prêtées h Prim par M. de Saligny, et, h sa suite, par le gouvernement impérial. Le simple fait que, maître de disposer sans en rendre compte d'une somme de cent mille duros, le général n'en dépensa qu'un peu plus de quatre mille, est une preuve suffisante qu'il ne chercha guère à s'acquérir des partisans.

Après cette scène pénible, la discussion ne pouvait aboutir à aucun résultat positif. Le refus de M. de Saligny et de l'amiral Jurien de La Gravière de prendre part aux conférences qui devaient s'ouvrir à Orizaba le i5 avril fut considéré par les délégués de l'Espagne et de l'Angleterre comme une violation de la convention de Londres et des préliminaires de la Soledad. Ce fut sur ce point que se fit officiellement la rupture.

Prim commença aussitôt ses préparatifs de retraite. Quand le gouvernement mexicain en eut été informé, Doblado s'empressa de demander une entrevue au général espagnol, ne voulant pas, disait-il, qu'il quittât le sol de la République sans emporter un traité qui serait la preuve des sympathies que sa conduite, « noble, droite et vraiment diplomatique », lui avait con-

<juises au Mexique. Le comte de Reus s'imaginait que peu d'heures suffîraient pour arriver ;i une entente. Il la crut faite après la conversation ([u'il eut le 17 avril avec le ministre de Juarez, mais sur ce point il s'était laissé jouer, et le projet de traité arrêté entre eux ne fut jamais agréé par aucun des deux gouvernements ; l'un et l'autre se dérobèrent, le Mexique par mauvaise foi, l'Espagne par crainte de froisser l'Empereur.

Le 20 avril, Prim quittait Orizaba avec ses dernières troupes. A une petite distance de la ville, il rencontra le général Lorencez et l'amiral Jurien de La Gravière, qui venaient d'interrompre leur mouvement de retraite et de reprendre ToiTensive. Quelques mots h peine furent échangés. Deux jours après les bataillons espagnols commençaient à s'embarquer sur des transports prêtés par le commodore Dunlop pour les ramener à (luba. A la Havane, Prim fut reçu froidement. 11 sentit que sa conduite n'était pas approuvée par l'opinioFi publique. Comme il voulait, avant de rentrer en P2urope, visiter les États-Unis, il crut bon de faire partir immédiatement ses deux aides de camp pour expliquer ses actes à la reine Isabelle. La précaution ne fut pas inutile.

KLe gouvernement français avait en effet désapprouvé non seulement la proclamation aux Mexicains, mais l'entrée en rapport avec Juarez

et ensuite les préliminaires de la Soledad. Le cabinet espagnol avait cru devoir, dans une certaine mesure, s'associer au mécontentement exprimé par le ministre de l'Empereur, mais il l'avait fait non sans une certaine gêne, avec des réticences. Calderon Collantes avait bien critiqué quelques articles de la convention de la Soledad, mais sans aller jusqu'à la désavouer. S'il blâma le général Prim, ce fut avec une extrême bienveillance, une réserve qui enveloppait et adoucissait chaque reproche, et, tout en lui prescrivant par sa dépêche du 22 mars d'agir avec énergie, le cas échéant, il ne l'avait en somme invité à passera l'action que si le résultat des conférences n'était pas satisfaisant. Il ne repoussait donc pas le traité de la Soledad et ne s'opposait pas davantage aux conférences projetées à Orizaba.

Cependant le gouvernement espagnol fut très contrarié lorsqu'il apprit la rupture entre les délégués et la résolution de Prim de rembarquer ses troupes. Il se trouvait par là exposé au ressentiment de l'Empereur et aux attaques de l'opposition. Une solution se présentait pour O'Donnell : désarmera la fois ses adversaires et Napoléon III en sacrifiant un rival. S'il faut en croire une anecdote, le président du Conseil i céda d'abord à la tentation. Il partit pour Aranjuez avec un projet de décret désavouant le comte de Reus. Mais déjà Isabelle avait reçu les émissaires de Prim ; elle louait hautement sa déci-

sion, qui évitait à l'Espagne les sacrifices d'une guerre h laquelle les projets de l'Empereur en laveur de Maximilien enlevaient tout intérêt à ses yeux. O'Donnell garda le décret dans sa poche et, le 22 mai, le cabinet couvrit de sou approbation les actes du comte de Reus. Cela lui valut quelques jours après un premier assaut de l'opposition dans les Chambres. Collantes se retrancha derrière les clauses de non-intervention du traité de Londres. Jamais il n'avait songé à contribuer par les armes à l'établissement d'une monarchie au Mexique, ni surtout, ajouta-t-il, à créer un trône sur lequel ne devait pas s'asseoir un prince espagnol. Tout le secret de l'affaire tenait dans ce demi-aveu.

Pour calmer le ressentiment de Napoléon lll, le ministre des affaires étrangères lui fit l'offre de faire revivre la convention de Londres, en la précisant, de renvoyer au Mexique un contingent espagnol. L'Empereur répondit qu'il voulait, iivant tout nouveau pourparler, faire occuper Mexico par ses troupes seules. Le gouvernement risabelle ne regretta pas sans doute de se voir opposer cette fin de non-recevoir. Les prédictions le Prim se réalisaient au Mexique. L'échec de Lorencez devant Puebla, au mois de mai, avait iTuellement démontré qu'une marche sur la capitale n'était pas une simple promenade militaire. L'entreprise n'était pas de celles auxquelles il fst enviable d'être admis à s'associer.

Quoi(jue déjà justifié par les faits, Prim n'en

fut pas moins attaqué avec une extrême violence par une grande partie de la presse espagnole. En France, M. Billault avait sévèrement critiqué sa conduite devant le Corps législatif au mois de m juin. Prim répondit à ses détracteurs dans un long discours qu'il fit au Sénat le 9 décembre 1862. Pendant trois séances il garda la parole. Il se défendit d'avoir cédé à ses instincts de libéralisme en agissant comme il l'avait fait à l'égard de Juarez. Il montra les deux partis mexicains également hostiles à toute ingérence de l'Espagne dans les affaires intérieures du pays. Quant aux monarchistes, ils ne formaient qu'un groupe infime. Sans doute les Français arriveraient à imposer Maximilien, mais, dit-il, « ils ne seront jamais maîtres au Mexique que du sol qu'ils fouleront ; leur autorité ne s'étendra même pas jusque-là où parviendra le son de leurs clairons ; ils occuperont la capitale du Mexique, d'autres villes encore, un, deux, trois ans, le temps qu'ils voudront; mais pour longtemps que dure l'occupation, j'affirme qu'ils ne parviendront pas à faire accepter par les ^lexicains le prince Maximilien comme roi du Mexique, et le résultat en sera que les Français, forcés un jour ou l'autre d'abandonner ce pays, le laisseront plus perdu qu'ils ne l'ont trouvé le jour où ils y sont arrivés avec la promesse de vouloir le sauver. » Il justifia la conclusion des préliminaires de la Soledad par la nécessité de sauver son armée, dont cent à cent cinquante hommes

• ntraient chaque jour à l'hôpital. 11 repoussa les insinuations de M. Billault sur son changement (l'attitude entre le 20 et le 23 mars en lisant sa rorrespondance avec Jurien de La Gravière. Enfin il expliqua les considérations qui l'avaient décidé à retirer ses troupes, revendiquant pour !iii la responsabilité de cet acte, ayant fait d'a-

ance le sacrifice de sa personne si le bien de la [)atrie exigeait qu'au retour il fût désavoué.

Cette fière défense ne désarma pas l'opposition réactionnaire. La discussion, poursuivie pendant plusieurs séances au Sénat, fut reprise avec une nouvelle passion à la Chambre des députés, du 7 au i3 janvier i863. O'Donnell et ('ollantes soutinrent la lutte, mais comme à < ontrc-cœur. Par crainte de froisser le cabinet les Tuileries, par amour-propre aussi, ils n'obèrent pas se féliciter ouvertement d'avoir été tirés par Prim d'une situation ambiguë. Le gou-

• ernement d'Isabelle ne pouvait avouer qu'engagé précipitamment dans cette voie de l'inter-

ention commune, avec le secret désir de conduire lin Bourbon au Mexique, il avait été déçu le jour 011 l'Empereur avait prononcé le nom de Maxiniilien ; il n'avait pas eu la hardiesse de se retirer dès ce moment ; cette hardiesse c'était Prim

jui l'avait eue pour lui : en donnant l'ordre de rembarquement, le comte de Reus avait évité I l'Espagne les lourds et inutiles sacrifices 'l'hommes et d'argent que cette expédition funeste devait coûter, coûtait déjà ii la France.

LA POLITIQUE DU « RETRAIMIENTO )) . LES PRONUN- CIAMIENTOS DE PRIM. I 863-1 868.

Prini n'avait pas lieu d'être satisfait de la conduite d'O'Donnell à son égard. 11 avait su que, sans l'intervention de la reine, le président du Conseil l'aurait sacrifié. Mollement défendu ensuite, pris h partie par certains journaux ministériels, il n'avait pas caché son mécontentement : « Serais-je donc, dit-il dans son discours sur le Mexique, serais-je un embarras pour l'Union libérale ? Est-ce que, par mon origine progressiste, je porte ombrage à quelqu'un de ses capitaines? Voudrait-on par hasard que je m'en aille? Et que gagnerait l'Union libérale l\ mon départ ? Car enfin, je ne m'en irais pas seul, puisqu'étant un de ses capitaines, et je m'estim*? tel en efFet, j'emmènerais au moins ma compagnie avec moi. »

Un des membres les plus actifs du parti progressiste pur, Muîiiz, mita profit les dispositions d'esprit où il sentait le général. Il lui montra le parti en train de se reconstituer, fort et nom-

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breux, mais sans un ofïîcier et sans un homme «l'action à sa tète, Espartero s'étant en fait re-

iré de la politique militante et Olôzaga se contentant de prononcer de temps à autre quelque

liscours retentissant. Bref, il lui offrit de devenir l'épée » du parti. Prim accepta.

Du reste, rUnion libérale s'effritait. O'Donnell

herchait en vain h consolider par des remanie-

iients partiels son ministère, très ébranlé par i affaire du Mexique. A la fin de février i863, il -e retira.

La crise fut d'une solution difficile. En trois ours, six présidents du Conseil furent successi-

ement désignés, puis mis de côté. Fut-ce avec les intentions sérieuses, fut-ce par une manœuvre

• ndant à déconsidérer Prim, on lui fit demander Fidirecteraent s'il accepterait la présidence d'un ;d)inet modéré. C'eut été folie de sa part de

• réter l'oreille à des offres semblables. Il les '^'poussa. La reine cependant semblait s'efforcer io s'éclairer avant de faire un xîhoix. Elle conidla divers progressistes. Enfin, le 2 mars, elle

-arrêta à une combinaison modérée libérale, avec le vieux marquis de Miraflores comme chef, et inns laquelle consentit à entrer un progressiste (•mpéré, Moreno Lôpez. Ce ministère annonça lintention de gouverner dans un esprit de libédisme sincère et, quand il eut décidé, le 12

• ont, de renouveler les Cortcs, on ne douta pas qu'il ne laissât faire les élections avec une réelle liberté.

Cette attitude convenait parfaitement aux progressistes. Les intransigeants du parti avaient, après quelques difficultés, consenti à oublier ce qu'ils appelaient les défaillances de m Prim, et dans deux banquets, en mars i863, Zorrilla et Olôzaga avaient reconnu la position prépondérante faite au comte de Reus parmi eux. Devenu le porte-parole du progressisme, secrètement appuyé par la reine douairière Marie- Christine, Prim s'était trouvé autorisé à entretenir Isabelle des espoirs et de l'importance politique de son parti, et celle-ci, en apparence du moins, s'était montrée disposée à ne pas lui interdire systématiquement l'accès du pouvoir.

La situation politique se présentait donc sous un jour satisfaisant. Il semblait que le ministère et l'opposition fussent d'accord pour désirer la constitution de deux forts partis, analogues aux tories et aux whigs anglais, et devant comme eux alterner aux affaires. Une maladresse du cabinet et une décision inconsidérée des progressistes vinrent tout gâter, irrémédiablement.

Le parti progressiste, quelles que fussent ses tendances libérales, n'était pas le plus avancé des partis espagnols. Il était dépassé dans ses doctrines par le parti démocratique, peu nombreux encore, mais ayant à sa tête des hommes comme Orense, Rivero, Figueras et Castelar, qui se déclaraient prêts, pour faire triompher leurs idées, à écarter de leur route tous les obstacles, voire même les obstacles traditionnels^

LE « RETRVIMIE^iTO » 97

c'est-à-dire la royauté. Aussi, envers les démocrates le gouvernement n'entendait-il pas garder les mêmes ménagements qu'à l'égard des progressistes. Le 20 août i863, le-cabinet Miraflores lança une circulaire restreignant aux seuls électeurs, aux citoyens payant au moins quatre cents féaux de cens (loo francs), le droit d'assis- •r aux réunions électorales préparatoires. Dans I pensée, cette mesure était dirigée contre les îcmocrates qui comptaient surtout leurs parti- I sans dans les classes populaires, trop pauvres pour avoir le droit de vote.

Les progressistes prirent très mal cette circu-

lire. C'était Tété et leurs chefs, Prim, Madoz,

j Ulozaga, Sagasta, étaient absents. Sans prendre

If» temps de les consulter, le journal La Iberia

rit l'initiative, en dénonçant l'atteinte portée à

I liberté par cette circulaire, de lancer Tidée du 'trainiienlOy de l'abstention générale du parti

tiix prochaines élections législatives. C^ette idée trouva une telle faveur auprès du public que, "•►rsque les directeurs du parti furent appelés à

II délibérer, ils n'osèrent se prononcer contre et te politique d'abstention, pour dangereuse (u'ellc parût à la plupart d'entre eux, et le 8 sep- ••mbre ils annoncèrent à la nation qu'ils renon-

' .'lient à la lutte électorale.

Prim avait vainement tenté d'éviter à son parti

»au gouvernement les consé(juences de cotte termination. 11 était allé trouver la reine à la Hfija, et Pavait supplice de demander à ses L^:o?JARDo:«. 7

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ministres le retrait de la circulaire ou leur démission. Il n'obtint que des paroles de bonne volonté, mais sans effet. Le mot d'ordre du retraimiento fut donc maintenu et il fut assez généralement observé pour qu'un seul député progressiste vînt occuper un siège aux Cortes.

On a été injuste en qualifiant de révolutionnaire la politique du retraimiento. Dans son principe, elle ne l'était aucunement ; les électeurs avaient parfaitement le droit de protester! par l'abstention contre les atteintes à leur liberté! et contre les tentatives de corruption du gouver-l nement. L'opinion publique ne pouvait manquer d'être fortement impressionnée en sentant qu'une portion notable de la nation n'était plus représentée, et le ministère même en éprouvait une certaine gêne. Où la politique du retraimiento, respectueuse à l'origine de la légalité et des droits dynastiques, risquait de devenir, en effet, révolutionnaire, c'était si, faute de recevoir satisfaction, le parti qui l'avait adoptée se trouvait forcé de s'y renfermer indéfiniment. Au bout d'un certain temps, il se lasserait de ne pas trouver une issue à ses aspirations par les voies légales, et ferait brèche par la force, quitte à détruire ce que d'abord il avait souhaité respecter. C'était là le danger. La reine se rendait compte dans une certaine mesure de la gravité de la situation, et beaucoup de progressistes, et des plus importants, ne demandaient qu'un prétexte pour sortir sans violence de l'impasse où ils s'étaient

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