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LES PRELIMINAIRES DE LA REVOLUTION I I O

devait plus d'une fois déplorer. Il eut immédiatement à s'en repentir.

Le 7 août 1867, Prini quittait secrètement Bruxelles, gagnait Marseille, et frétait un vapeur il. le i4, l'amenait au Grao, le port de Valence, iidant quarante-huit heures, le général resta caché h son bord, attendant en vain l'exécution des engagements pris par les officiers de la garnison. Ceux-ci avaient eu connaissance de la proclamation à la nation où Prim promettait la suppression de la conscription ; à leurs yeux, c'était annoncer la suppression des armées permanentes. Aussi, le II août, tandis que le maris de Los Castillejos était en route pour se rendre h Valence, avaient-ils dégagé leur parole. Pendant deux jours, Prim s'eflforça, sans y réussir, de les faire revenir sur leur détermination, puis, comme son bateau devenait suspect auxau- * rites, il reprit la mer.

Tandis que Prim échouait devant Valence, ses

iitenants tentaient, sans beaucoup plus de suc-

f ces, de soulever le Nord de l'Espagne. Lorsque

Prim, de retour en France par Marseille, se

•scnta il la frontière des Pyrénées, du côté de

rpignan, son arrivée ne pouvait relever la for-

i\e de ses partisans. Il se hâta de gagner

" nève, pour échapper n la police française.

Ipre une fois la partie était perdue.

Ilb PRIM

d'avoir manqué de cette témérité qui force la fortune, poursuivi jusque dans l'exil par les calomnies du gouvernement espagnol, chassé dé France, invité même h quitter la Belgique et contraint de se réfugier h Londres, le général Prim ne céda pas au découragement. De sa dernière aventure, une leçon se dégageait : la nécessité de trouver des alliés capables de lui assurer les sympathies de l'armée, au lieu de les lui aliéner par le radicalisme de leurs principes, comme l'avaient fait les démocrates.

Or, il était un parti puissant, en ce moment presque aussi mal traité en Espagne que les progressistes et vers lequel d'assez grandes affinités les attiraient: l'Union libérale. Sans doute Içjî souvenir de la répression sanglante par O'Donnell )j de l'émeute du 22 juin 1866 n'était pas sans jeter encore son ombre entre les deux partis qui re-l. présentaient, avec des nuances diverses, le libéralisme espagnol. Mais, à l'heure présente, leur commune disgrâce les rapprochait. Peut-êtra| l'accord eût-il tardé h se faire si O'Donnell eût* vécu. Quoique cruellement blessé par son renvoi, le vieux chef de l'Union ne voulait plus défendre Isabelle, mais, fidèle encore à la dynastie, il demeurait disposé à soutenir le prince Alphonse, si sa mère, enfin éclairée sur les périls de sa situation, se décidait à abdiquer en sa faveur. De plus, il y avait entre Prim et lui des rivalités et même des rancunes qui les empêchaient de se tendre franchement la main. La mort trancha la

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I difficulté. Le 5 novembre 1867, ^^"^ brève mala- 'i'' emportait O'Donneri.

De son vivant déjà, des hommes influents de i rUnion libérale, le général Serrano entre autres,

lient songea remplacer sur le trône Isabelle II j.jr sa sœur doîia Maria-Luisa-Fernanda, et des ouvertures avaient été faite» à son mari, le duc de Montpensier. En même temps, le général Dulce, l'auteur du pronunciamiento du Champ des Gardes, en i85'i, était entré en négociations

• c Prim et ses amis.

Les choses en étaient là h la mortd'O'Donnell. Le ministère Narvaez eût agi habilement en profitant de la circonstance pour favoriser, par quelques concessions, la reconstitution d'un grand parti libéral, formé des survivants de l'Union, auxquels les progressistes tempérés de

nuance de M. Madoz se seraient joints assez volontiers. Narvaez n'eut pas la sagesse ou la rf»rce de le faire. Au contraire, à la fin de dé-

nbre, il annonça le dépôt de divers projets de lois, « dont l'objet était d'affirmer de nouveau et de développer graduellement la politique do franche résistance à la révolution ». Les Cortes,

'îles, indifférentes, approuvaient. Les députes, pour la plupart, n'assistaient mémo plus aux séances. C'était l'agonie de toute vie politique. Mais peu h peu la nation faisait le vide autour de la maison rovale; le gouvernement ne se soutenait plus que par l'énergie et le prestige d'un homme. Brus(juement cet homme disparut.

Le 23 avril 1868 Narvaez mourait, laissant échapper de ses lèvres cette dernière parole : « Esto se acabô... )) C'est fini!

Gonzalez Bravo lui succéda. Il n'était pas de taille à défendre la couronne d'Isabelle. Dans ce pays où l'armée jouait, depuis un demi-siècle, un rôle politique prépondérant, Gonzalez Bravo, non seulement n'appartenait pas à l'armée, mais il affectait la prétention de gouverner sans elle et au-dessus d'elle. Et comme s'il ne lui eût pas sufïî de s'aliéner une grande partie des généraux, il sembla prendre à tache de mécontenter la marine en rappelant au ministère un civil, D. Martin Belda, qui s'était précédemment rendu odieux aux officiers de la flotte.

Pendant ce temps, la coalition révolutionnaire achevait de se former. Madrid et les provinces étaient travaillés par les sociétés secrètes. C'était le Centra de los conjurados, comité progressiste} j directement inspiré de Prim et d'Olôzaga ; c'était | les Amis du Peuple^ autre club progressiste ;J c'était le comité démocrate, présidé par Figue-^l ras, d'un républicanisme trop intransigeant pour lier partie avec les progressistes, mais disposé à leur donner un coup de main le jour où il s'agi-*. rait de renverser Isabelle.

La conspiration des Unionistes se tramait dans un milieu spécial et restreint, entre généraux. Dulce en était l'agent le plus actif; Serrano, Jovellar, Côrdoba et quelques autres en formaient le comité directeur. En mars 1868, ils conclurent

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un accord formel avec les délégués de Prim et d'OIozaga. Cependant, parmi ces membres de 1 incienne Union libérale, il y avait encore des -itants. Gonzalez Bravo se chargea de faire -ser leurs tergiversations. En juin, jugeant •essaire de s'attacher deux hommes d'épée, il luma capitaines généraux les marquis de Noliches et de la Ilabana, et par cette mesure de eur exaspéra si bien le haut personnel de rmée, que, le soir même, dix-huit oflîciers géf néraux passaient au parti de la révolution. Il fit mieux : le 3 juillet, la Nueça Iberia publiait un ' nrticle où, prenant ses désirs pour la réalité, la iille progressiste proclamait hautement l'al- , liance de son propre parti avec l'Union libérale ; !<• 7, Gonzalez Bravo, pris de peur, faisait arré- ! , transporter à Câdiz et de là aux Canaries, - généraux Serrano, Dulce, Zavala, Côrdoba, rano Bedoya, Echagiie, Caballero de Rodas, ême jour, il expédiait au duc et à la du- (Sse de Montpensier l'ordre de quitter l'Espagne dans le plus bref délai, sous prétexte de <(>iiper court aux manœuvres de gens mal intennnés, qui osaient se servir dans leurs intrigues du nom du duc et de la duchesse. C'en était fait ''•" la monarchie d'Isabelle.

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