‹ PrimChapitre 2 sur 41 · I.ÉONAROO?!. I · texte numérisé non relu

I.ÉONAROO?!. I

'UIM

un parti se soulever au cri de Carlos V é Inqiiisicion ! du vivant même de Ferdinand YII, despote trop faible aux yeux de ces ultra-royalistes. Cette révolte apaisée, le comte de Espana avait imposé à la Catalogne un régime de rigueurs et d'exécutions sanglantes qui avait été beaucoup moins dirigé contre les partisans farouches de l'absolutisme, la veille en armes, que contre les hommes soupçonnés des plus légères tendances libérales. Dès cette époque, autant par l'exemple de son père que par tendance personnelle, les sympathies de Juan Prim étaient allées vers ces persécutés.

A la mort de Ferdinand VII, une crise grave éclata. Par sa pragmatique de i83o, le roi, faisant revivre Tancienne coutume castillane, avait déclaré habile à lui succéder sa fdle Isabelle. Le frère de Ferdinand, Don Carlos, avait aussitôt protesté et quand Isabelle II, le 29 septeml)re i833, eut été proclamée reine d'Espagne, sous la régence de sa mère Marie-Christine, il en appela aux armes. En fait, pour les Espagnols, il s'agissait beaucoup moins d'une question dynastique que d'une question politique. Don Carlos personnifiait le principe de l'absolutisme j)ur, soutenu par la partie la plus fanatique du clergé et des ordres. Isabelle II, c'était l'avenir, un avenir inconnu, mais qui laissait espérer un régime s'inspirant de principes moins intransigeants ; pour le présent, la reine-mère Marie- Christine, par quelques mesures telles que la

ES DKBITS

réouverture des Universités, avait gngnc les -vmpathies des libéraux, et, sans rien abdiquer !es prérogatives de la couronne, elle se plaisait , atténuer la théorie de l'absolutisme traditionnel par les principes plus modernes de l'absolutisme éclairé ».

L'insurrection carliste piit immédiatement ies proportions inquiétantes. Pour suppléer à ! insuffisance numérique des troupes régulières, le commandant militaire de la Catalogne dut liiire appel au loyalisme des partisans de la jeune iieine et organisa des corps francs, les Tiradores dt' Isabel II. Le premier de ces bataillons se forma à Reus. Le lîeutenant-colonel Don Pablo Prim prit le commandement d'une compagnie, i.eai février i83/|, son fils Don Juan s'engagea lans ce corps. Cette guerre devait durer sept nnées, jusqu'au fameux « embrassement de \ ergara » et h la prise de Berga. Prim n'avait pas vingt ans, lorsqu'il y vit le feu pour la première fois, le 7 août i83/| ; cinq ans plus tard, le i6 novembre 1839, sur le champ de bataille l'î Casa Llovera, il était promu colonel. Ce haut -.rade conquis avant la fin de sa vingt-sixième iinée, il le devait uniquement à sa valeur perfinnelie. Au cours de cette lutte sans répit, il

Iyait pris part à trente-cinq actions et reçu huit lessures. Tout de suite, il avait fail montre ion courage tranquille, bientôt légendaire dans lu'mée de Catalogne. Capitaine, on l'avait vu, r

4 PTOM

peau carliste. A l'assaut de Solsona, blessé au bras gauche, il s'était emparé d'une des portes de la ville, et peu après, avec les quelques cavaliers d'escorte du général Pavia, il avait exécuté une charge si hardie qu'à son retour officiers et soldats l'acclamaient. On citerait de lui dix autres faits d'armes de ce genre. Mais ce n'est pas le soldat que nous voulons étudier ici. De son début dans la carrière militaire, quelque chose cependant est à retenir. C'est dans une guerre civile que Prim a fait ses premières armes. Et quelle guerre î Guerre de haine politique et de passion religieuse, à chaque instant souillée par des massacres de prisonniers, par d'atroces représailles. Vivre six années de sa jeunesse dans un pays ravagé par de telles fureurs ne saurait être indifférent dans la formation morale d'un homme. Il s'y endurcira et ne verra plus désormais dans la guerre civile qu'une lutte quelconque, un moyeu presque légitime de faire triompher un idéal poli tique, [/histoire des> pronanciamienfos espagnols on est la preuve.

La guerre carliste était à peine terminée que Prim assista à la première de ces manifestations militaires. Pendant ces sept années de la régence de Marie-Christine, les doctrines libérales avaient fait de nombreux prosélytes en Espagne. A combattre les partisans de l'absolutisme, le goût des libertés publiques était venu à la partie îa plus éclairée de la nation. La reine-mère, décevant les espérances qu'avaient fait naître ses

LES DLBLTS i>

premiers actes, avait essayé de résister au courant. Cependant, en i835, il lui avait fallu céder au mouvement d'opinion qui, de Barcelone, s'était étendu à toute la Péninsule. Le président du ('onseil, Mendizâbal, avait alors annoncé un [)rojet de loi électorale ; il avait parlé de liberté de la presse, de responsabilité ministérielle. Ce fut Tavènement du libéralisme. Mais, dès ce moment, il ^se produisit dans le parti une scission. Un des groupes constitutionnels prit une attitude réservée qui lui valut la dénomination de moderadoj mais en réalité sous ce nom lie modère, nous devons entendre un parti conservateur, libéral à l'origine, réactionnaire par la suite. Les membres de l'autre groupe, plus hardis dans leurs idées, furent connus d'abord sous l'épithète (ïejcaltados, mais on cjualifia beaucoup plus justement ces exaltés lorsqu'on les désigna plus tard sous le nom de inogressi.sles. Ce fut une faute de la part de la reine Marie-Christine de se solidariser avec les '« modérés ». Lorsqu'après diverses alternatives on la vit, de concert avec eux, chercher un terrain d'entente avec Don Carlos, .puis restreindre les libertés municipales, les progressistes se soulevèrent à la voix d'Lspartero. Leur, triomphe fut immédiat. Le 12 octobre i8/|0, Ma rie- Chris-

Itine abdiquait la régence et quittait l'Kspagne ; Kspartero devint le chef du gouvernement. Prim n'avait pris aucune part \\ ce mouvement

d'homme politique, mais ses opinions le rangeaient parmi les exaltés, et même il se rapprochait du groupe plus radical encore des démocrates catalans. A ce moment, la guerre carliste achevée, il se trouvait dans une situation incertaine. Sans fortune, h la fois hardi et positif, il s'était juré de faire dans l'armée une rapide carrière. Il s'était tenu parole. Il avait payé de j sa personne, mais les grades qu'il avait conquis ' sur les champs de bataille ne lui avaient pas été confirmés encore. Il commandait un corps franc, destiné h disparaître à la paix. Ne serait-il pas congédié en même temps que ses hommes?

La politique, en Espagne, n'est pas interdite à l'arm^îe, et la constitution de 1812 a laissé au soldat comme aux autres citoyens le droit de vote et d'éligibilité. Les exemples récents qu'il avait eus sous les yeux montraient h Prim quel parti un officier pouvait tirer de la politique pour se pousser. Ses hauts faits lui avaient valu, surtout en Catalogne, une juste réputation ; ses tendances libérales étaient d'accord avec les principes au nom desquels Espartero avait combattu la régente. Prim se présenta h la députation et la province de Tarragone l'envoya siéger aux Gortes en i84i. Député, il devenait un homme à ménager; aussi, le 28 mai i84i, fut-il confirmé dans ses grades de commandant et de lieutenant- colonel, et, vers la fin de la cession, Espartero l'envoya à Grenade remplir les fonc-

Page 1