‹ PrimChapitre 3 sur 41 · LES DEBUTS · texte numérisé non relu

LES DEBUTS

lions de sous-inspecteur de la gendarmerie d'Andalousie. Ce <]«^)iit était encourageant.

En donnant à Prini le commandement des Carabineros d'Andalousie, Espartero lui avait confié une tache de police politique. Déjà les « modérés », partisans de Christine, conspiraient contre le régent. Des soulèvements militaires étaient tentés. A Madrid deux généraux cristinos essayaient d'enlever la jeune reine. Xarvaez débarquait à Gibraltar avec Tintention de pénétrer par là en Espagne. La surveillance de Prim l'arrêta.

Ce ne fut pourtant pas de ce coté qu'Espartero trouva les adversaires les plus redoutables : ce fut dans son propre parti. Représentant une reine mineure, il devait agir en souverain constitutionnel. 11 ne sut pas se renfermer dans ce role et voulut gouverner. Médiocre politique, il éveilla des jalousies, froissa des orgueils et se vit refuser le concours de certains ambitieux lelsqu'Olôzaga. Aux Certes sa majorité s'émietta. Des groupes dissidents se formèrent et, dans leur acharnement à combattre le régent, s'allièrent avec une extraordinaire imprévoyance au Iarti niodcrn cjui ne songeait qu'à ramener hristine.

Prim suivit cette poiiticjue imprudente. Aux

les plus décidés d'Espartero. Peu à peu 11 s'en était éloigné : député de la Catalogne, il ne pouvait rester indifférent au revirement d'opinion qui se produisait dans sa province h l'égard du régent. Hardiment progressiste et même quelque peu républicaine, Barcelone s'était vu imposer l'état de siège pour avoir voulu démo- J lir la citadelle qui la commandait. Une émeute , avait éclaté. Espartero l'avait fait châtier par un bombardement (3 décembre 18/^2). De ce jour . la Catalogne entière lui était devenue hostile.

Aux Cortes, Prim prit fait et cause pour ses concitoyens. A la dernière session de i8f\2, il incrimina très vivement les violences illégales du gouvernement et lia partie avec la fraction progressiste qui combattait Espartero. Il se laissa même entraîner h une démarche suspecte, qui lui fut plus tard amèrement reprochée. Les Cortes dissoutes, le 22 novembre, sans permission des autorités militaires et sous un faux nom, il partait pour Paris. Il y était attiré par les membres d'une association secrète, la Ordeif militai' espaNola, récemment instituée, soi-disant en vue de s'assister mutuellement entre officiers, pour s'assurer un juste avancement. A Paris, Prim eut une entrevue avec le général Narvaez, chef des Cristinos. Il lui fut aisé de pénétrer le véritable objet de l'association, évidemment destinée à procurera ses affiliés un avancement plus rapide que juste, par les moyens de la politique militante, dans le sens des doctrines « modérées »

LES DKIU TS C),

OU même semi-absolutistes. Ce que Prim visait, c'était la déclaration anticipée de la majorité d'Isabelle, et, le régent une fois déchu de ses droits, l'établissement solide du régime constitutionnel. Sur le premier point rien de plus facile que de s'entendre avec Xarvaez et les membres de la Orden milita r. Sur le second, il y avait entre Prim et les modérés des divergencesprofondes. Aussi est-il douteux qu'un compromis formel soit intervenu entre lui et Narvaez. Vraisemblablement ils s'en tinrent à un pacte Uicite : ils travailleraient par une action parallèlc^ 1 la chute d'Kspartero; après quoi l'un et l'autre demeureraient libres de leurs actes, chacun avec le secret espoir d'être le plus fort et d'imposer sa politique à son complice.

Les Cortes reprirent leurs séances le 3 avril iS'i3. La majorité des progressistes ne tarda pas à se déchaîner contre Espartero. Le 20 mai il y eut une séance tumultueuse; une harangue « nflammée d'Olozaga sonna comme une déclaration de guerre à l'adresse du régent. Prim jugea le moment venu de passer ii l'action.

Lf A^ mai Malaga, puis (irenade et Almeria, se prononcent contre Espartero. Prim arrive ià Keus avec son collègue Milans del Bosch. Le So, 1 leur appel, la population se soulève. Avec quinze « onls miliciens Prim s'avance h portée de Tarragone qu'il essaye en vain d'entraîner. Mais il lui laul revenir sur ses pas, pour défendre Reus que menace Zurbano. Attaqué dans Reus le 11 juin.

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il y supporte une canonnade de plusieurs heures et sort de la place avec les honneurs de la guerre.

Barcelone l'attendait. Elle s'était prononcée tardivement, sans violences. Lorsque Prim y fit son entrée, le i5 juin, la foule l'accueillit avec un enthousiasme passionné. La junte suprême le nomma commandant des milices. Pendant quelques jours la popularité du héros de Reus fut sans bornes. Un incident la ruina h demi. Deux officiers exilés, le colonel de Côrdova et le capitaine de Zaldivar accoururent de Paris à Barcelone; ils venaient aider la révolution, mais ils appartenaient au groupe des conspirateurs cristinos^ et le colonel était un chef de la Orden militari espanola. En les accueillant Prim se rendit suspect. Il eut beau déclarer qu'il voulait l'union de tous les Espagnols, « quelles qu'eussent été leurs opinions antérieures et leurs attaches politiques », l'effet produit fut déplorable et seule l'arrivée de Serrano et de Gonzalez Bravo réussit à calmer les défiances.

Ce fut du reste le caractère singulier de cette révolution de se faire sans accord préalable de ses auteurs, sans autre but clairement désigné et accepté de tous que le renversement d'Espartero. C'est ainsi que, tandis que Serrano organisait à Barcelone, avec les progressistes, un gouvernement provisoire dont il concentrait tous les pouvoirs en ses mains, Narvaez, Coucha et autres cristinos avérés débarquaient à Valence et marchaient sur Madrid. Narvaez et les soldats

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lie la réaction entrèrent les premiers dans la capitale ^23 juillet i8/j3}. Prini n'y arriva que le lendemain, avec la division catalane. Un ministère fut constitué par le progressiste Lôpez. Vaincu presque sans avoir combattu, Espartero s'embarquait à Câdiz.

Pour avoir un des premiers lancé le (c cri » contre le régent, Prim fut créé comte de Reus et vicomte del Bruch ; la junte de Barcelone 1 avait promu brigadier; Serrano, ministre de la guerre, le confirma dans ce nouveau grade. Enfin, tandis que Narvaez était nommé capitaine général de Madrid, Prim devenait gouverneur de la place, et tous deux défilaient en tète des troupes sous les yeux d'Isabelle. L'opinion publique s'étonna, puis s'inquiéta de voir associés hins le même triomphe des hommes qui, en politique, combattaient pour les idées les plus opposées. Il y eut des progressistes qui prirent de l'ombrage des condescendances, plus ou moins forcées, du cabinet Lôpez à l'égard d'un homme <-ommc Xarvaez, champion des modérés. Les Barcelonais s'émurent. Ils n'avaient pas entendu <[u'un ministère s'arrogeant des pouvoirs dictatoriaux se formât, de son autorité propre, à Madrid. Une junte centrale, sorte de Constituante, avait seule le droit de réorganiser le gouvernement. Barcelone réclama impérieusement la réunion de cette Junte centrale. Dès le i3 août, il y eut une première émeute où furent proférés des cris de mort contre les modérés et

contre Prini, Précisément le ministère Lopez venait de nommer celui-ci gouverneur militaire cle Barcelone, clans l'espoir que le nouveau comte de Reus, si populaire en Catalogne quelques semaines auparavant, réussirait mieux qu'uîi autre à calmer les esprits.

Les temps étaient changés. En arrivant à Barcelone Prim fut salué par des démonstrations hostiles. Il lança une proclamation invitant les citoyens à ne pas résister au vœu de la nation entière. Sa voix ne fut pas écoutée. En vain il essaya de négocier, de traîner les choses en longueur dans Tespoir d'un apaisement. Le 2f> août l'émeute s'annonça imminente. Prim tenta de gagner un hataillon de volontaires : ils tirèrent sur lui. Le lendemain, 2 septembre, Barcelone était aux mains des insurgés ; impuissant à enrayer le mouvement, Prim se retirait hors la ville. D(' lacapitale l'insurrection s'étendit à plusieurs villes de la Catalogne. Il fallut trois mois de lutte pou» TétoufTer. Bombardée par le général Sanz, Barcelone capitula le 19 novembre. Pendant ce temps Prim poursuivait à Gérone, puis à Figueras, le brigadier Ametller qui tenait dans cette place jusqu'au 10 janvier (i844)-

De cette campagne Prim rapporta l'écharpe de général. Il la payait assez cher. Après avoir été l'idole des Catalans, il venait de s'aliéner leurs sympathies. II l'avait bien compris le jour où la junte révolutionnaire l'avait déclaré traître ii la patrie, et dans le cri d'indignation qu'on lui

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