‹ Primevères: poésiesChapitre 1 sur 42 · SONNETS · texte numérisé non relu

SONNETS

Une pensée dans un sonnet , c'est une goutte d'essence dans une larme de cristal!

Sainte-Beuve.

Sonnet, c'est un sonnet..,

MOLI&RB.

A une époque et dans un pays où les intérêts matériels priment tous les autres (cela s'est dit et répété à satiété), on se demandera Tutilité et la portée pratique des vers qu'on va lire, — si tant est qu'on les lise.

Cette objection , sans réplique pour des esprits étroitement positifs, n'en sera pas une pour ceux qui, à côté et peut-être au-dessus d'un développement dans les choses, voudraient un développement dans les idées.

Reste donc une simple question d'art, et elle se formule ainsi :

L'auteur a-t-il bien fait de chercher des inspirations, non pas tant dans la nature et dans l'his-

toire que dans le monde un peu vaporeux des &ntaisies intimes et des aspirations personnelles? Sa muse, au lieu d'être presque constamment subjective , n'aurait-elle pas gagné à être plus fortement objective? Peut-être bien.

Mais ces vers, en dépit du « moi » qui s'étale à chaque page, n'ont vraiment rien ou presque rien d'individuel.

Tous, plus ou moins, nous sommes poëtes. Tous, nous portons au dedans de nous une lyre mystérieuse. Brusquement, passe le souffle inspirateur, et les cordes froissées vibrent, chantant dans leurs modulations capricieuses toutes les joies, toutes les douleurs. Ravi, on écoute résonner en soi ces ac- '

cords divins. Vienne alors un curieux, un artiste. Il va, à l'aide du rhythme, tâcher de fixer ces vagues mélodies qu'un coup de vent apporte et qu'un autre bientôt doit emporter. Notation imparfaite, quoi qu'on fasse, mais qui , pour certains cœurs, peut réveiller bien des émotions fugitives et des rêves envolés r

Donc, Tauteur a pour collaborateur, et il en est fier, quiconque a aimé, quiconque a souffert, quiconque a prié. Ses sanglots, ses ravissements sont les sanglots, les ravissements ^de tout le monde, et s'il a un mérite, c'est d'avoir noté ce que tant d'autres ont senti avant lui et mieux que lui.

Un jour viendra (nous y touchons déjà) oti notre jeunesse écoutera, plus qu'elle ne l'a fait, la lyre intérieure (i). Des bardes surgiront qui chanteront les exploits de nos pères et nos rêves d'avenir. Au sein d'une riche nature, sous les rayons d'un soleil éblouissant, en présence des mornes chevelus, des flots bleus, des sources vives qui trépignent sur les cailloux d'argent à l'ombre des frais manguiers, comment un vrai poëte ne naîtrait-il pas?

(i) Un de mes amis, M. Abel Elie, prépare en ce moment un travail remarquable, intitulé : Premiers Accords,

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