‹ Primevères: poésiesChapitre 2 sur 42 · SONNET-PRÉFACE · texte numérisé non relu

SONNET-PRÉFACE

Shakespeare est TOcéan profond, rempli d'écume, Où la vague en courroux se brise aux noirs rochers ; L'éclair, dragon difforme, y rampe dans la brume , Et cent monstres hideux font pâh'r les nochers.

Hugo, sombre torrent, tantôt sur les rocs fume, Et tantôt réfléchit les branchages penchés Sur son riant miroir, que le couchant allume : Ses flots parmi les fleurs, alors, vont épanchés.

Lamartine, doux lac où tremblent les étoiles , Berce en ses plis d'argent bien d'amoureuses voiles D'où montent des sanglots. Mais moi je ne suis rien,

Rien qu'au bord d'une feuille une humble gouttelette.

On la dirait, à voir le feu qui s'y reflète....

— Escarboucle ? — Non pas ! — Larme ? — Peut-être bien .

Aviil l^63.

Trahit sua quemque voluptas.

ViRGILB.

Lorsqu'Avril^ aux jardins versant de sa corbeille Les fleurs et les nectars, les parfums et les chants , Convie à son banquet la fauvette et Tabeille , Qu'un bourdonnement sourd emplit au loin les champs ;

Et lorsqu'aux soirs d'hiver, pour prolonger la veille , Le gaz sous le cristal met ses reflets tremblants , Où la phalène accourt, tournoie et s'émerveille De n'atteindre jamais à ces fantômes blancs ;

Aux champs et dans la ville , à l'ombre des grands arbres Et devant les bassins où se mirent les marbres, Toujours mon esprit songe à cette douce loi :

Qu'ici-bas vers un but gravitent toutes choses , La phalène aux rayons, Tabeille aux fleurs écloses, Les mondes au soleil, et mon âme vers toi !

Mais i8f>f.

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Nous ensevelissons dans le sein de la terre des semences précieuses, espérant qu'elles se lèveront du cercueil pour une meilleure vie.

SCHILLEU.

La terre est le creuset profond , mystérieux , Où le grand Alchimiste élabore les choses.

Là, chaque objet , avant d*arriver sous les cieux, Epuise au sein des nuits mille métamorphoses.

Descends I Le noir caveau va montrer à tes yeux La spirale sans fin de ses métempsychoses :

La goutte s'y congèle en rubis précieux ; Les ossements pourris y deviennent des roses.

Vois ! Le grain sort épi du tombeau des sillons ; En or pur les soleils condensent leurs rayons, Et le charbon grossier en diamant se change.

Mais le cadavre froid , lorsque dans le cercueil On l'a cloué, de Dieu voit s'entr'ouvrir le seuil, Et l'esprit, libre enfin, se sent l'aile d'un ange.

Mars 1861.

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