‹ Primevères: poésiesChapitre 21 sur 42 · LE BOIS · texte numérisé non relu

LE BOIS

Oh! plus loin, dans le fond de quelque vert réduit, Où la fraîcheur se mêle à l'ombre,

Fuyons de la cité le réveil et le bruit; Cherchons bien loin un antre sombre !

J'aime en Avril, alors qu'un plus tiède soleil Rend Koîseau gazouilleur et l'arbuste vermeil, A m'enfoncer rêveur en la profondeur sombre Du bois où les rayons , dans un océan d'ombre , Plongent leurs filets d'or que l'on voit tour à tour Balancés par le vent aux feuillages à jour, Et du gazon brodé d'une dentelle noire Faisant soudain jaillir de longs reflets de moire.

Là, je m'assieds dans l'herbe ou bien sur un vieux tronc,

Et , la tète penchée et les mains sur le front ,

Je savoure à longs traits mes douces rêveries.

Les haillons du réel tombent. Des pierreries ,

Prismes où Parc-en-ciel fait trembler ses couleurs ,

Illuminent pour moi les vieux arbres en pleurs ,

Et la voûte s'emplit de telles harmonies,

Que l'on pense écouter quelque hymne des génies,

Chaque fois que le vent sous les vastes arceaux

S'engouffre et , se mêlant à la voix des oiseaux,

Organiste inspiré, frappe avec véhémence

Sur la forêt, qui vibre ainsi qu'un orgue immense.

Avril !86o.

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