RITA
Ta vie et tes pensées Autoui d'un souvenir, chaste et deinlei ttésor, Se traînent dispersées.
A M. D. Pomlh,
Sur ce marbre funèbre où s'enferme mon cœur, Passant, viens avec moi déposer une fleur.
Elle était d'Haïti, cette terre où les femmes Trahissent dans leurs yeux tout le feu de leurs âmes.
La rose épanouie aux rayons de l'été Moins qu'elle a de fraîcheur et de naïveté.
Sur un front délicat sa brune chevelure Mollement descendait comme une grappe mûre Et du pêcher sa joue , empruntant la couleur, Au seul nom de l'Amour rougissait de pudeur.
Un soir... Dans le ciel bleu tout l'écrin des étoiles Étincelait. La mer berçait de blanches toiles Dans ses plis argentés d'une vague lueur; L'aile des goélands rasait le flot rêveur; La brise, en modulant ses arpèges nocturnes, Épanchait le parfum que recèlent vos urnes , pâles nymphéas, timides fleurs des eaux; Un rossignol jetait sa chanson aux échos...
La maison de Rita disparaissait dans l'ombre, Et j'étais là debout, l'œil en feu, le cœur sombre. Tout à coup, à travers les longs rideaux de lin , Une forme parut, dont le galbe divin Semblait enveloppé d'une vive auréole.
C'était elle! Rita, la rêveuse créole!
J'avançai... haletant. Sous ses doigts, sans efforts,
Le clavier soupira de célestes accords ,
Pendant que sa voix pure et douce, voix d'un ange.
Vibrait et du cristal avait le charme étrange.
Pauvre enfant ! Ton regard sembla chercher les deux ;
Une perle glissa lentement de tes yeux ,
Et la vague chanson (je crois l'entendre encore)
S'arrêta brusquement sur l'ivoire sonore.
Au soleil 5 à l'amour adieu triste et touchant !
Du cygne immaculé c'était le dernier chant !
Le cloître vit depuis, à la clarté des cierges ,
Une vierge de plus prier avec ses vierges....
Sur ce marbre funèbre où s'enferme mon cœur, Passant, viens avec moi déposer une fleur!
Mars 186^.