L'OURS ET L'AUTOGRAPHE
L'ours était tout pensif. Il n'avait pas mangé
Depuis deux jours. Sa dent broyait un os rongé
Cent fois, luisant, poli. Regrettant la montagne,
Notre sire bâillait, puis léchait la compagne
Au poil blanc, étendue à ses pieds et faisant
Les yeux doux, mais en vain. L'époux rêvait faisan ,
Miel , gâteaux, dindon, ou quelque fraîche nourrice
Avec un gros marmot. Il navrait! Soudain glisse, —
En la fosse pavée où chante incessamment ,
Au creux d'un vieux bassin, le refrain endormant
Des gouttelettes d'eau que crache une urne aride, — Un carré de papier crasseux. L'ours se déride , S'approche et flaire : « A coup sûr, dit-il , c'est du lard ! » Et sa griffe aussitôt travaillant, non sans art, L'ouvre sans déchirer : « Un nom ! des vers ! » Morose, Le velu s'écria : « J'eusse aimé mieux la chose 1 » Cet ours avait raison. Les amis d'aujourd'hui , Certes, se garderaient de penser comme lui.
L'on se voit peu — ou point. Il semble qu'on s'évite. Et de reste, l'on a les cartes de visite !