‹ Primevères: poésiesChapitre 34 sur 42 · LA VENGEANCE DE L'ONDINE · texte numérisé non relu

LA VENGEANCE DE L'ONDINE

A mon frire Jules.

Le silence était grand sous les saules, ce soir. La lune, par instants, prolonge, masque terne, Mille frissons aux plis du liquide miroir Qu'on voit luire et trembler en la sombre caverne.

« Où vas-tu, bel enfant, cette urne dans la mam? « Partout la nuit s'emplit de fantômes sans nombre. « Ta mère n'est donc plus, que tu suis ce chemin a Dont les degrés usés plongent dans le flot sombre ^

<( Arrière! De ces lieux crains le charme. fatal. (( Des fleurs du nénufar parant son front de reine, « Une fée a posé sa grotte de cristal « Au fond du clair bassin où la perle s'égrène,

<( Femme, elle aima jadis : l'amour trompa son cœur, « Si bien qu'un soir, aux eaux de la source voisine, « Un corps roula, couvert d'une affreuse pâleur : « De tant de pleurs versés il naquit une ondine.

« Un fils lui survivait, comme toi, sur son front , «c Laissant couler à flots sa chevelure blonde, « Et, comme toi, laissant dans son regard profond « Lire une âme sereine et bleue, ainsi que Tonde. )>

La voix parlait encore^ et déjà, dans les flots. L'enfant d'un geste brusque avait plongé son urne ; Sous la voûte longtemps roulèrent les échos Or l'ondine, quittant sa couche taciturne,

L'entraîne. On vit sur l'eau des cercles se mouvoir. Enfant, le lendemain, quand pleurera ton père, Saura-t-il que tu vis heureux, près de ta mère?... — Le silence était grand sous les saules, ce soir !

Juin i86{.

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