PAULA
A Ch» Laforesterie.
L'orchestre ranimait le bal près de finir.
L'un à l'autre enlacés^ sur le parquet qUi tremble, Le galop emportait nos deux âmes ensemble :
De ce rêve, Paula, n'as- tu plus souvenir?
Sous leurs cils noirs, tes yeux, célestes escarboucles, M'inondaient tout entier de leurs rayons vainqueurs* Nous sentions à la fois palpiter nos deux cœurs, Et ma lèvre effleura, sans le vouloir, tes boucles.
Une fine rosée emperlait ton col blanc.
Qui pliait comme un lis au vent de mon haleine, Et de ton sein, captif sous l'étroite baleine, Je pus voir à ton front refluer tout le sang.
Mais, tandis qu'en riant la danse vagabonde Faisait autour de nous vaciller les cristaux, Que les marbres*, soudain quittant les piédestaux, Tournaient, comme entraînés par la magique ronde ;
Tandis que les soupirs harmonieux des cors.
Tour à tour dénouant et renouant les couples. Pliaient au rhythme d'or les pieds, les tailles souples, Dans mes bras, 6 Paula^ tu renversas ton corps!
oh! ce fut un moment de volupté suprême; L^univers disparut à nos yeux, et le temps S'arrêta, pour ouvrir le ciel à deux battants , Car ta bouche venait de me dire : « Je t'aime ! »
Perfide! sî, depuis, un trop heureux rivai A, riant des transports de mon âme jalouse, Détaché de ton front le voile de l'épouse, Qu'importe!... j'eus la fleur de ton cœur virginal.
Juillet iB6i.