‹ Primevères: poésiesChapitre 4 sur 42 · BEATRIX · texte numérisé non relu

BEATRIX

J^étais prêt à mourir. Je voulais mettre un frein A l'amour indompté qui sur son aile sombre M'emportait éperdu , hors d'haleine, dans l'ombre Où la Démence en pleurs dit son triste refrain.

Combien de fois, bêlas! sous son ongle d'airain Je m'étais débattu , pâle et comptant le nombre Des jours qui me restaient! Plus noire, la pénombre Élargissait son cercle et me glaçait le sein.

Alors tu m'apparus, Vision angélique , Radieuse et sereine ainsi qu'un marbre antique. D'un mot ta chaste lèvre assoupit ma douleur.

Au rêveur en délire , à ce cadavre blême Qui t'adorait, tu dis : « poète, je t'aime! » Et je sentis le sang refluer à mon cœur.

*2 mai 1860

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