‹ Primevères: poésiesChapitre 3 sur 42 · LE ROMAN D'UNE GOUTTE D'EAU · texte numérisé non relu

LE ROMAN D'UNE GOUTTE D'EAU

D'abord au ciel planant, vaporeuse fumée, Du prisme j'empruntai les riantes couleurs , Puis, tombée, on me vit, parmi les prés en fleurs. Goutte d'eau , scintiller dans une urne embaumée.

Plus tard , au souvenir d^une infidèle aimée, Du cœur au bord des cils je montai , — tièdes pleurs Et soudain, dans le fond de ton âme calmée, Plus doucement coula la source des douleurs.

Mais je n'habite plus i'azur ni les calices.

La volage Fanny ne fait plus ses délices A voir ton œil humide étoile de mes feux :

Car un Sylphe en collier a transformé tes larmes , Et perle maintenant , je te rends de ses charmes Sinon le seul, — du moins le possesseur heureux.

Avril i86*.

Souvent un sens profond se cache en un jeu enfantin. Schiller.

A Louise Adour.

toi qui , dès Paurore , au sein des hautes herbes , T'en vas , le cœur joyeux et les cheveux au vent, Arracher maintes fleurs que les frelons acerbes , Avec leurs cris, leurs dards, te font lâcher souvent ,

Dis-moi , lorsque ton front se courbe sous les gerbes Et que, tout essoufflée, à mes pieds, jeune enfant. Tu jettes les muguets mêlés aux lis superbes , Où la rosée en pleurs tremble , pur diamant ,

N'as-tu pas , quand ton doigt saisit la libellule Ou que ton souffle pur arrondit une bulle ^ Songé que notre vie est semblable à tes jeux r

L'Idéal est forçat. Le Mal partout se pose , Larme dans la pervenche , aiguillon sous la rose , L'amour un instant brille et retombe des cieux !

Mars i8é>

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