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REMARQUES SUR QUELQUES ROSES PEU CONNUES OU DOUTEUSES

Ainsi que je l'ai déjà dit, je n’ai pas eu la prétention de présenter ce travail comme une véritable monographie; ce n’est qu'un essai destiné à préparer la publication d'un travail descriptif complet. Pour que celui-ci devienne possible, il faut que de nouvelles recherches et observations soient faite sur les espèces qui ont déjà été décrites et que les formes douteuses ou critiques fassent l'objet d'une étude approfondie.

Je vais passer ci-après en revue quelques formes douteuses ou critiques sur lesquelles j'attirerai l'attention des botanistes américains.

1. Rosa serrulata Raf. — Dans l'herbier de Delessert, j'ai vu un échantillon indéterminé provenant de l'Arkansas et recueilli par Rafinesque, que J'ai rapporté au R. serrulata. Cette forme, qui constitue peut-être une espèce distincte de celles que j'ai décrites, appartient à la section des Carolinae. Elle rappelle beaucoup certaines formes ou variétés de R. parviflora à dents foliaires composées-glanduleuses, mais, chez elle, les sépales sont entiers et les stipules supérieures sont dilatées, à oreillettes dressées et même convergentes. Toutefois on peut se demander si ces caractères sont constants ou s'ils ne sont qu'accidentels. Afin qu’on puisse retrouver cette forme, je vais en donner une courte description.

Tiges ou branches délicates, à aiguillons géminés grêles et droits, mélangés d’aiguillons épars sétacés. Ramuscules florifères à aiguillons géminés très-grêles ct droits, mélangés dans la partie inférieure d’aiguillons sétacés épars qui se transforment parfois en glandes stipitées. Feuilles 5-7-foliolées. Pétioles un peu velus, aiguillonnés et abondamment glanduleux. Stipules à bords finement ciliés-glanduleux ; les inférieures à orcillettes dressées ; les supérieures assez largement dilatées, à oreillettes dressées-convergentes. Folioles ovales ou largement obovales, un peu atténuées à la base, obtuses ou brièvement aiguës au sommet, glabres en dessus, un peu velues en dessous, à dents composées-glanduleuses, Fleurs solitaires ou en corymbe pauciflore. Pédicelles courts, hispides-glanduleux. Réceptacle florifère ovoïde, hispide-glanduleux. Sépales entiers, ou l’un des extérieurs avec une petite pinnule, abondamment glanduleux, terminés par une longue pointe dilatée au sommet. Péiales d’un rose vif.

2. Rosa Femdleri Crép. Mss. olim. — J'avais établi cette espèce sur un échantillon conservé dans l'herbier royal de Berlin accompagné de l'étiquette suivante : « Plantae Novae-Mexicanae, n° 210. Fendler. Coll. 1847.» Voici

la description que j'avais faite d'après ce spécimen :

Parait constituer un petit arbuste très-ramcux, à végétation lente et peu vigoureuse. Tige à écorce d’un brun rougeâtre, devenant grisâtre par le soulèvement de l’épiderme, à aiguillons épars, peu nombreux, petits, gréles, droits, presque sétacés. Rameaux à écorce d’un brun

Ê rougeâtre, à épiderme se soulevant par places sous forme de plaques grisätres, à aiguillons épars, peu nombreux, petits, grêles, sétacés. , Ramuscules florifères courts, grèles, un peu flexueux, à écorce d’un vert clair, ord. inermes. Feuilles 5-7-folio'ées. Folioles assez petites (5-12 mill. de larg. sur 8-22 mill. de long.), se recouvrant un peu par les bords, d’un vert clair, glaucescentes et glabres en dessus, plus päles en dessous, glaucescentes, très-finement glanduleuses, à glandes jauvoâtres, à côte et à nervures secondaires un peu velues et avec quelques poils interposés entre les nervures, à dents composéesglanduleuses, dégénérant à la partie inférieure en denticules glanduleux jusque près du pétiolule, qui est court (1/2 mill.), ovales-elliptiques, les latérales arrondics-atténuées à la base, les terminales un peu atténuées ; celles des feuilles inférieures subobtuses au sommet ; celles des feuilles supérieures brièvement aiguës. Pétioles assez grêles, à fine et courte pubeseence, abondamment et finement glanduleux, chargés de très-fins aiguillons sétacés se poursuivant avec les glandes entre les ailes stipulaires, de même que sur la côte de la foliole terminale et souvent sur la côte des deux folioles latérales supérieures. Stipules courtes, toutes glanduleuses en dessous, à ailes ‘étroites (1-2 mill.\, les supérieures un peu élargies, à bords entiers, finement glanduleux ; oreillettes petites, toutes divergentes, brièvement aiguës, les supérieures ovales-triangulaires, plus ou moins écartées de la première paire de folioles. Fleurs solitaires. Pédicelle assez court, (7-10 mill }, grêle, un peu flesueux, glaucescent, glabre, lisse, portant à sa base une petite bractée ovale-lancéolée, environ une fois plus courte, glanduleuse à la face inférieure. Réceptaele florifère petit, arrondi-ovoïde, un peu atténué à la base et au sommet, glaucesecent et lisse. Sépales petits, entiers, glabres sur le dos, présentant quelques fines glandes à leur partie supérieure, modérément tomenteu x à la face interne et sur les bords, à pointe tres-étroite, à bords finement ciliés-glanduleux. Corolle petite (de 50 mill. environ de diamètre), paraissant avoir été blanchätre ou d’un rose pale, à pétales assez étroits, tronqués ou très-superficicllement échancrés au sommet, plus longs que les sépales. Capitule stigmatique petit et velu. Réceptacle fruetifère (probablement petit et arrondi).

J'ai vu des échantillons de ce n° 210 de Fendler dans l'herbier du British Museum et dans celui de Kew. L'échantillon conservé dans l’herbier du British Museum présente des aiguillons géminés.

Ce R. Fendleri constitue-t-il une espèce autonome ou bien n’est-il qu'une forme d’une espèce déjà connue ? Si les aiguillons étaient normalement épars, nous aurions affaire à une forme de la section des Alpinae et nous aurions à la comparer aux À. acicularis var. Bourgeauiana et R. blanda, mais je suis porté à croire, d'après l’échantillon de l'herbier du British Museum, que les aiguillons ne sont épars que par suite de l’état chétif des axes et de la brièveté des entrenœuds de la tige et des branches et que sur des pieds plus vigoureux les aiguillons sont géminés. Si cette supposition est fondée, il faudra ranger cette forme, qu'on avait rapportée au À. blanda, dans la section du Cinnamomeae et la comparer aux À. nutkana et R. californica.

En somme, il n’est guère possible sur le peu de matériaux que J'ai examinés et qui sont seulement en fleurs de se prononcer sur la valeur de ce À. Fendleri.

3. Sur deux Roses du Colorado. — M. Engelmann m'a envoyé des fruits de Roses recueillis « Higher parts of Clear Creek Valley in Colorado, 8500-10,000, alt. » À l’un de ces fruits, qui sont couronnés par les sépales entiers et persistants, reste attaché un fragment de ramuscule avee deux aiguillons géminés. Ayant scmé des akènes de plusieurs de ces fruits, je saurai dans deux ou trois ans à quelle espèce ceux-ei appartiennent. M. Engelmann me les a envoyés avec le nom de RÀ. blanda ? forma scopulina. Si les aiguillons sont géminés, nous aurons affaire, non pas au À. blanda, mais à une espèce de la section Cinnamomeae.

A la page 51, j'ai parlé d'une forme recueillie dans cette mème région du Colorado et qui semble se rapprocher beaucoup de la var. Bourgeauiana du R. acicularis. Le seul échantillon que j'en ai vu est haut de 10 centimètres environ et semble être constitué par une tige entière, présentant des axes de plusieurs générations dont les plus anciens sont sétigères et sans aucune apparence d’aiguillons géminés ; les ramuscules florifères sont courts et ne présentent que des glandes stipitées ; les folioles sont finement glanduleuses en dessous, à dents simples, mais à bords glanduleux ; les fleurs sont solitaires, à pédicelles lisses, à réceptacle globuleux et lisse, à sépales entiers, à corolle mesurant de 40 à 45 millimètres de diamètre ct à styles velus. C'est encore là une forme que des recherches ultérieures sont appelées à nous faire mieux connaitre.

4. Sur une Rose du Nebraska. — M. Engelmann m'a envoyé deux échantillons en fruits recueillis par M. le Dr Hayden en 1853-1854 dans les mauvaises terres du Missouri. Si ces spécimens ne présentaient pas des aiguillons régulièrement géminés sur les ramuscules et sur la tige et sans aucune trace d’aiguillons sétacés épars, je les rapporterais sans hésitation à la variété glabra du R. blanda. M. Engelmann m'a eu outre envoyé un beau spécimen en fleurs recueilli par M. Hayden dans le bassin supérieur du Missouri (Nebraska) et qui me paraît appartenir au mème lype spécifique que les échantillons fructifères dont il vient d’être question. M. Engelmann a rapporié cet échantillon au R. lucida var. glaberrima. Les aiguiilons sont géminés sur les branches et les ramus- eules florifères. L'extrème ressemblance de cette forme avec le Æ. blanda fait naître des doutes sur l’absence

constante d’aiguillons géminés dans celui-ci. Je ne puis rien certifier d’une facon absolue à cet égard, mais J'ai cependant tout lieu de croire, en me basant sur l'examen que j'ai fait de nombreux matériaux du R. blanda, que celui-ci n'offre que des aiguillons épars. S'il en est bien ainsi, il faudra voir dans la Rose recueillie par M. Hayden, soit une espèce nouvelle et distincte de la section du Cinnamomeae qui viendrait enrichir la région orientale d'un type nouveau, soit peut-être une variété du R. nutkana, iype qui, de la région occidentale, viendrait envahir la région orientale. Pour élueider la question spécifique, il faut nécessairement faire de nouvelles observations sur des matériaux plus complets.

5. Sur une Rose de Utah. — M. Engelmann m'a envoyé un fragment de tige avec ramusecules stériles

d’une Rose qu'il a recueillie, pendant l'expédition &u Capitaine Simpson en 1858-1859, à Simpsons Creek, le 27 mai. Ce fragment de tige porte de longs et grèles aiguillons géminés un peu arqués, sans mélange d’aiguillons épars ; les ramuscules sont inermes ; les folioles, qui sont jeunes, sont petites, étroites, pubescentes en dessous et à dents simples. Cette forme parait appartenir à la section des Cinnamomeae, mais je ne puis faire aueune supposition sur son identité spécifique.

Par ce que j'ai exposé sous les n°% 5, 4 et 5, on peut reconnaitre que la flore rhodologique des contrées placées entre les régions occidentale et orientale est imparfaitement connue et qu'elle doit faire l'objet de nombreuses recherches.

6. Rosa pendulina Willd. — Cette forme est signalée en Amérique par Pursh et Rafinesque. Le R. pendulina de Willdenow, d’après un échantillon authentique que

jai vu dans l'herbier de cet auteur, n'est qu'une forme du R. alpina et n'appartient certainement pas à l'Amérique (Conf. Prim. Monogr. Ros. , fasc. IE, p. 152). Le R. pendulina de l'herbier de Linné que j'ai examiné estégalement une forme du R. alpina, ce qu'avait déjà constaté Lindey. Du reste Linné (Sp. pl., ed. 2, [, 705) a décrit sous le nom de À. pendulina une forme européenne qui d'après la planche de Dillenius qu'il cite (Elt., 5925, 1. 245, f. 517) est bien une variété du R. alpina.

7. Rosa stricta Mühl. — Lindiey signale cette forme en Amérique d'après Dillenius et Mühlenberg. Il est à remarquer, en premier lieu, que cet auteur s'est trompé en identifiant la figure de Dillenius dont j'ai parlé ci-dessus à son R. stricta, car cette figure se rapporte exactement à une variété du À. alpina. I ne lui reste done plus que l'autorité de Mühlenberg pour attribuer le R. siricta à l'Amérique. Lindley a décrit son R. stricta sur une plante cultivée qui, d'après des échantillons authentiques que j'ai vus, est une forme du À. pimpinellifolia. Dans tout les cas, je n'ai vu aucune forme américaine qui se rapprochät de ce R. stricta et je suis à peu près certain que celui-ci n'est pas américain. W.-J. Hooker (F1. Bor.-Amer., 1, p. 200) signale une variété du À. stricta le long du Saskatchewan d'après une plante recueillie par Drummond, mais il est probable que cette prétendue variété du ÆX. stricta est le R. blanda var. seligera. Torrey, sur la foi des renseignements de Hooker, signale également cette variété du R. stricta sur les bords du Saskatchewan.

8. Rosa gemella Willd. — Dans le 2° fascicule des Primitiae Monographiae Rosarum, pp. 189-191, j'ai assez longuement traité cette forme, qui parait ètre une variété

du À. blanda Aït. Pursh, Rafinesque et Sprengel la signalent en Amérique.

9. Rosa cinnamomea L. — J'ai déjà fait remarquer précédemment que cette espèce n'existe pas en Amérique, où l'ont signalée Hooker et Torrey.

10. HRosa majalis Retz. — Cette forme qui appartient spécifiquement au R. cinnamomea L., n’est pas américaine. Ce que Hooker a indiqué (loc. cit., p. 200) sous ce nom comme croissant des bords du Saskatchewan

au Makenzie, doit probablement ètre le R. acicularis var. Bourgeauiana.

11. Rosa fraxinifolia Borkh. non Gmel. — La forme décrite sous ce nom par Borkhausen est une variété du R. alpina et n'existe pas en Amérique. La plante que Hooker et Torrey ont signalée dans la région occidentale de l'Amérique est le R. nutkana Presl.

12. Rosa americana Waitz. — D'après un échantillon authentique que j'ai vu dans l’herbier royal de Berlin, cette forme est une variété cultivée du R. pimpinellifolia à folioles pubescentes en dessous et à dents simples.

15. Rosa Lyomii Pursh. — Pursh a décrit cette forme sur des échantillons desséchés (herb. Lyon). N'en ayant pas vu de spécimens, je ne puis que faire des suppositions sur son identité spécifique. Lindley (Ros. Monogr., p. 155) pense que cette Rose est une variété du À. carolina L. Dans les jardins botaniques, on cultive des formes du À. blanda Aït. sous le nom de À. Lyonii.

14. Rosa suaveolens Pursh. — Lindley rapporte cette forme à son R. rubiginosa. N'ayant pas vu d’échan-

MATÉRIAUX

POUR SERVIR A

L'HISTOIRE DES ROSES

PAR

FRANÇOIS CRÉPIN

Directeur du Jardin botanique de PÉtt, à Broxelles, membre de l’Académie rayale de B-Igique Secrétaire de la Société royale de botauique de Belgique

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