VARIÉTÉS DU ROSA MOSCHATA
Les R. Brunonii Lindi., R. ruscinonensis Gren. et Déségl., R. abyssinica KR. Br., R. longicuspis Bert. et R. Leschenaultiana Wight et Arn. ne sont que des variétés plus ou moins remarquables du R. moschata. Je vais les examiner l'un après l'autre, puis je donnerai quelques détails sur d’autres variétés.
Rosa Brunonii.
Quand Lindley à décrit cette espèce, il ne connaissait le À. moschata que par la plante cultivée et par quelques rares échantillons ne provenant pas d'Asie, c’est-à-dire qu'il connaissait très-incomplétement le type de Miller. Il n'y a donc rien d’extraordinaire à ce qu'il ait cru voir dans le R. Brunonii une espèce nouvelle. Au fond, celui-ci n'est que l'état très-glanduleux de la forme typique du
R. moschata, état caractérisé par la présence de glandes nombreuses sous les folioles, par des dents composéesglanduleuses et par de fines glandes sur les ramuscules florifères. J'ai vu les échantillons authentiques sur lesquels Lindley a établi son espèce. Dans celle-ci, les folioles sont pubescentes sur les deux faces.
Du Népaul où Wallich avait recueilli les échantillons qui ont servi à la description du R. Brunonii, ce botaniste a rapporté une autre forme également glanduleuse, mais qui diffère du À. Brunonii par des folioles glabrescentes en dessus, peu pubescentes en dessous, à glandes beaucoup moins nombreuses, à dents simples, glanduleuses, mais non composées-glanduleuses, par des ramuscules florifères moins velus et non glanduleux. La différence entre ces deux formes consiste dans une pubescence et une glandulosité plus ou moins rares ou plus ou moins abondantes.
Dans l'herbier de M. von Schlagintweit, j'ai vu un échantillon récolté dans la province de Garhval, dont les folioles sont glabres en dessus, à côte et à nervures secondaires un peu velues en dessous, parsemées sur la face inférieure de quelques rares glandes peu visibles, à dents accompagnées de 1-4 glandes formant souvent denticules.
M. Kralik a distribué sous le nom de R. sempervirens, provenant des haies de Zaghouan (Tunis), des échantillons d'une forme glanduleuse à larges folioles bien différentes de celles du R. Brunonii. Dans cette forme, dont les ramuscules sont un peu velus et glanduleux, les folioles sont glabres en dessus, à côte et à nervures secondaires seules velues en dessous.
L'état glanduleux n'est donc pas, comme on le voit,
particulier à une forme ou variété précise du R. moschata et peut se produire dans plusieurs formes de ce type. Il en résulte que le À. Brunonii ne peut même pas être maintenu à titre de variété.
Rosa ruscinonensis.
Le R. ruscinonensis a été tout d’abord décrit par De Candolle (F1. Fr., t. IV, p. 447) sous le nom de R. moschata. Plus tard, Seringe (Prodr., t. I, p. 598) en a fait la variété pilosula de son R. sempervirens ; à leur tour, M. Godron et Grenier (F1. de Fr., t. Ip. 555) en ont fait la variété moschata de leur R. sémpervirens. Enfin, en 1864, Grenier et M. Déséglise (Billotia, p. 33) l'ont distingué comme une espèce véritable (1).
Le R, ruscinonensis n’est rien autre qu’une forme glabrescente du R. moschata, à pédicelles un peu velus et à réceptacles glabres.
Il est à remarquer que le type de Miller varie beaucoup dans le vestimentum de ses feuilles, de ses pédicelles et de ses réceptacles, dans la forme et les dimensions de ses
(1) M. Déséglise (Cat., N° 10) établit la distribution de cette Rose de la façon suivante : « France. Pyrén.-Orient. : Prades (Coder, 1814; Thomas, 1822, in herb. DC.), Banyult (Collin, in herb. Grenier), Perpignan (Montagne); — Var : Hyères (Henry). — Jtalie. Sicile : Palerme (Todaro). » A Perpignan, Endress l'avait récoltée en 1850 en
même temps que le R. sempervirens et en a distribué des échantillons sous © lenom de R. sempervirens. Dans l’herbier de M. Cosson, j'en ai vu un échantillon récolté à Narbonne. Il est bien possible que le R. ruscinonensis soit répandu cà et là en France sur tout le littoral méditerrannéen, où il est peut-être confondu avec le R, sempervirens.
£ folioles et de ses réceptacles, dans la grandeur de ses fleurs; qu’il peut avoir des folioles pubescentes sur les deux faces ou complétement glabres, des pédicelles et des réceptacles densément tomenteux ou parfaitement glabres; que des formes à folioles glabres peuvent avoir des pédicelles et des réceptacles velus et que des formes à feuilles pubescentes peuvent avoir des pédicelles et des réceptacles glabres.
Une forme analogue au R. ruscinonensis et que M. Déséglise identifie avec celui-ci (Cat., N° 10) existe aux environs de Palerme. M. Todaro l’a distribuée sous le nom de R. panormitana, mais en la confondant parfois avec des ramuscules multiflores du R. sempervirens. La Sicile nourrit non-seulement cette forme du R. moschata, mais encore le type de cette espèce, dont M. Todaro m'a envoyé des spécimens récoltés à Madonie et qui lui semblaient constituer une espèce inédite. Les pédicelles, les réceptacles et les sépales sont velus-tomenteux. IT est probable que c’est cette dernière forme que Gussone (FL. Sic. Prodr., t. 1, p. 577) a décrite sous le nom de R. sempervirens 6. floribunda (corymbo multifloro fructibus pedunculis glanduloso-pilosis).
J'ai reçu de M. Gandoger, sous le nom de R. Munbyana, un grand échantillon d’une forme du R. moschala qui se rapproche du R. ruscinonensis, mais dont elle diffère par ses feuilles glabres ou devenues glabres et par une villosité beaucoup plus rare sur les pédicelles. Ce Rosa a été recueilli dans la province d’Alger (ad Birmandreis in collibus, inter Lentiscos).
Qc ©1 =:
Rosa abyssinica.
Lindley n'ayant sans doute eu à sa disposition qu’un petit nombre d'échantillons de la Rose d’Abyssinie, n’a pu décrire celle-ci que d’une façon assez incomplète. Il la compare au À. sempervirens et la fait différer de celui-ci par les caractères suivants : « Its leaflets are shorter with a little stalk, broader towards the point than at the base ; the petioles are exceedingly rough with unequal glands and setæ; the peduncles and calyx are covered over with a thick down ; and the prickles are exceedingly numerous and strong. » La figure que cet auteur donne de cette Rose représente les caractères tels qu'ils sont décrits. D'après les nombreux matériaux que j'ai vus, il est incontestable que le caractère de l’atténuation des folioles a été exagéré; d’autre part, tous les sépales ont été figurés entiers, alors que les extérieurs sont souvent munis de 1-4 pinnules, il est vrai, très-étroites.
Dans son Flora of Tropical Africa, t. IE, p. 380-381, M. Oliver donne une assez bonne description du R. abyssinica. Après la description, cet auteur ajoute : « Probably not specifically distinct from some extra-african form, but would be unsafe to identify it with one small material. D: Lindley puts it near R. sempervirens; M. Baker suggests that it may be a form of R. systyla. We have besides from Ankober, collected by D' Roth, a solitary specimen, perhaps a variety of the foregoing, wich approaches R. moschata in its many flowered inflorescence. »
Dans les grands herbiers que j'ai consultés et surtout dans celui du Jardin des plantes de Paris, j'ai trouvé des matériaux suffisamment nombreux pour compléter nos connaissances sur le R. abyssinica.
Le R. abyssinica, de même que certaines variétés du R. moschata autres que les R. Leschenaultiana et R. longi: cuspis, a de traits de ressemblance avec le R.sempervirens, mais le nombre de ses folioles, la forme de ses bractées et de ses sépales ne permettent pas de le rapprocher de ce dernier type. C’est incontestablement avec le R. moschata qu'il a le plus de rapports et les rapports sont tels que je ne puis le séparer spécifiquement de ce type. Gomme les R. Leschenaultiana et R. longicuspis, il constitue une variété de premier ordre, que l'on peut même décrire comme une sous-espèce. Il s’est vraisemblablement différencié du type à la suite de son isolément et de conditions spéciales.
Comme dans le R. moschata, les feuilles moyennes des ramuscules florifères sont 7-foliolées.
Les folioles sont assez variables dans leur forme. Elles sont étroitement ovales, briévement aiguës ou cuspidées, plus ou moins largement arrondies à la base, ou un peu atténuées, à pétiolules courts ou assez longs. Comme je l'ai dit ci-dessus, le rétrécissement des folioles figuré dans la planche de Lindley est évidemment exagéré et je ne l'ai constaté dans aucun des échantillons que j'ai vus. Les folioles sont assez épaisses et coriaces, tout à fait glabres, ainsi que les pétioles, ou bien à côte abondamment velue, à nervures secondaires un peu pubescentes, rarement à villosité envahissant un peu le parenchyme. Quand les folioles sont pubescentes, les pétioles sont densément velus. Entre l’état glabre et l'état velu, il y a des états intermédiaires.
La côte des folioles peut être lisse ou chargée de fines soies glanduleuses.
Les dents foliaires, qui sont fines et superficielles, peu-
vent être simples, doubles ou eomposées-glanduleuses.
L'inflorescence est pluriflore (2-4 fleurs) ou multiflore
(jusque 15 fleurs), à pédoncules secondaires régulièrement dichotomes.
Les bractées secondaires sont petites, très-étroites et paraissent être ordinairement caduques après la floraison.
Les pédicelles peuvent ètre lisses ou glanduleux, glabres ou plus ou moins densément velus.
Les réceptacles, qui sont assez petits et ovoides, sont glabres ou plus ou moins densément velus, glanduleux ou églanduleux.
Le bouton est allongé. Les sépales sont insensiblement atténués en une longue pointe ; les extérieurs sont ordinairement munis de 1-4 pinnules très-étroites et peu apparentes.
La colonne stylaire est plus ou moins velue.
Les fruits sont assez petits, ovoïdes, parfois subglobuleux et paraissent devenir à complète maturité plus ou moins pulpeux. À ce dernier état, les sépales, qui après la floraison étaient réfléchis, sont tombés.
L'écorce, qui est ordinairement glaucescente, est trèsrarement un peu velue vers le sommet des ramuscules florifères.
Dans la figure de Lindley, les aiguillons du ramuscule florifère représenté ont probablement été exagérés quant à leur grandeur, car sur tous les échantillons que j'ai vus, ils sont plus petits. Généralement, ils sont nombreux, mais on trouve des ramuseules florifères peu aiguillonnés et même inermes.
Le R. abyssinica présente les caractères essentiels du R. moschata typique, tout en offrant des caractères différentiels secondaires qui permettront de le conserver
comme variété de premier ordre ou comme sous-espèce.
C'est ainsi que ses axes sont plus abondamment aiguillonnés, que ses ramuscules florifères sont plus courts, que son inflorescence est plus ramasséte, plus dense, que ses sépales extérieurs ont des appendices plus étroits et moins apparents.
En se basant sur la glabréité ou la pubescence des feuilles, des pédicelles, des réceptacles et des sépales, et sur le mode de dentelure des folioles, on pourrait subdiviser le ÆR. abyssinica en plusieurs sous-variétés, qui auraient une valeur égale à celle des espèces secondaires démembrées de la plupart de nos types européens.
Dans lherbier du Jardin des plantes de Paris, j'ai désigné sous le nom de variété microphylla la forme récoltée par M. Botta, dans son voyage en Arabie et dont il sera tantôt question. Cette variété a les folioles plus petites que la plupart des autres formes provenant de l’Abyssinie ; cependant parmi celles-ci on trouve des échantillons qui peuvent avoir les folioles aussi petites.
D'après ce que je lis sur une étiquette manuscrite de M. Botta, le R. abyssinica qu'il a recueilli doit être trèsrobuste, car ce voyageur dit qu'il forme des arbres d’un pied de diamètre. S'il n'y a pas erreur dans cette indication, les pieds de cette Rose devaient être remarquablement âgés.
Jusqu'à présent, on n'avait signalé le R. abyssinica que dans les montagnes de l’Abyssinie, où, depuis Salt, plusieurs voyageurs l'avaient retrouvé dans diverses régions. Jeciterai parmi ces voyageurs ceux dont j'ai vu les récoltes : Schimper, M. le D" Courbon (exploration de la mer rouge sous les ordres de M. Russel capitaine de vaisseau, 1859-1860), MM. Quartin-Dillon et Petit, J.-M.
Hildebrandt. Dans son voyage dans l'Arabie, en 1837, M. Botta a recueilli le R. abyssinica dans l'Yemen, région asiatique située sous la même latitude que l'Abyssinie. Cette forme ne peut donc plus être considérée comme exclusivement africaine; mais il est vrai de dire que son habitation en Asie fait, en quelque sorte, partie de la région botanique où on la signalait auparavant.
Rosa longicuspis.
Dans le 5° fascicule des Primitiae, p. 262-265, j'ai exposé tout ce qu'on connaissait alors du R. longicuspis, que j'étais porté à considérer comme une espèce distincte. Depuis cette époque, M. Hooker l’a décrit, à son tour, dans son Flora of British India, tout en faisant les réserves suivantes : « Crépin sums up the distinction between this and its very near ally R. sempervirens L., in the more coriaceous leaves with longer tips, the narrower stipules and bracts, the more or less pubescent pedicels and calyx, the narrower sepals, longer buds, and velvety back of the petals. Of these all but the last character are excessively variable and T expect that the latter even may disappear. »
En parlant de la variabilité des caractères que j'avais attribués aux R. longicuspis, M. Hooker a-t-il eu en vue les variations que peuvent éprouver les diverses formes du R. sempervirens ? J'ai tout lieu de le penser, car dans tous les échantillons que j'ai vus du R. longicuspis, tant dans l'herbier de Kew que dans les autres grands herbiers, les caractères de cette forme sont constants.
Que M. Hooker ait été tenté de rapprocher le R. longi-
cuspis du R. sempervirens, cela se concoit en présence
des ressemblances apparentes de ces deux Roses, qui sont cependant bien distinctes.
J'ai hésité très-longtemps avant de rapprocher le R. longicuspis du R. moschata et ce n’est qu'après avoir fait une étude approfondie de celui-ci, que je suis arrivé à la conviction que la Rose des monts Khasia et Mishmi, n’est qu'une variété remarquable du type de Miller.
En ne tenant compte que des apparences de facies, il ne viendrait même pas à la pensée de rapprocher certaines formes du R. moschata du R. longicuspis, de considérer celui-ci comme appartenant, par exemple, à la même espèce que la variéte du À. moschata que M. l'Abbé David a recueillie en Mongolie et le D" Piasezki, dans les provinces de Schensi et Kansu, ou que certaines variétés du mème type croissant en Chine, aux environs de Whampoa.
Cependant, malgré des différences étonnantes de facies, on retrouve dans ces diverses formes les caractères essentiels du R. moschata. Du reste, les formes extrèmes de ce type sont reliées entre elles par des formes transitoires qui établissent une chaine continue qu'on ne peut rompre en plusieurs tronçons qu'en employant, pour caractériser ceux-ci, des caractères de second ordre. Lorsque j'ai déerit le R. longicuspis, la pensée ne m'était pas venue de le rapprocher du R. moschala et je n'étais préoccupé que des différences qui le séparaient du R. sempervirens, dont il est, je le répète, incontestablement différent par des caractères de premier ordre. En effet, il diffère de ce dernier type par ses feuilles moyennes des ramuseules floriféres 7-foliolées (rarement 9-foliolées), par ses bractées beaucoup plus étroites, les secondaires caduques, par la forme de ses sépales et de ses boutons; je pourrai ajouter,
par la villosité de ses pédicelles et de ses réceptacles qui sont toujours glabres dans toutes les formes du R. sempervirens. Il est vrai que la villosité de ces organes n'est pas un caractère constant dans le R. moschata.
Remarquons que les caractères qui distinguent le R. longicuspis du R. sempervirens sont précisément des caractères qui appartiennent au À. moschala.
Examinons maintenant la valeur des différences qui séparent le R. longicuspis des formes ordinaires du R. moschata. Dans le premier, les folioles sont trèsépaisses, coriaces, glabres et longuement cuspidées; l'inflorescence est habituellement moins multiflore; et les pétales densément velus-soyeux sur le dos.
Les folioles dans le À. moschata sont habituellement assez minces et plus ou moins pubescentes, mais celui -ci présente des formes à folioles plus ou moins épaisses et la glabriété de ces organes n'est pas un cas très-rare. Dans la forme du R. moschata que M. Gandoger a nommée R. Munbyana, les folioles, qui sont glabres, sont presque aussi épaisses et aussi coriaces que celles du R. longicuspis. Quant à la forme du sommet des folioles, elle peut être la mème dans certaines formes du R. moschata.
Si, dans la plupart des échantillons du R. longicuspis que j'ai vus, l'inflorescence est pauciflore et forme un corymbe simple subombelliforme, cela ne prouve pas que ce caractère soit plus ou moins constant; j'ai tout lieu de penser que cette inflorescence réduite tient à la nature des ramuscules qui ont été recueillis et que le corymbe peut devenir, sur certains ramuseules, aussi multiflore que dans le R. moschata. Dans les herbiers de Paris et de Vienne, j'ai vu des ramuscules provenant de Khasia dont le corymbe était composé de 12 et 15 fleurs. Du
reste, dans le À. moschata, il n'est pas rare de trouver des corymbes pauciflores et subombelliformes. Dans la section Synstylae, la forme du corymbe et le nombre des fleurs offrent de bons caractères distinctifs, mais ces caractères ne peuvent être bien appréciés que sur de riches séries d'échantillons.
Le caractère tiré de la présence d'un abondant duvet soyeux à la face inférieure des pétales m'avait paru extrèmement remarquable, car c'était la seule Rose qui m'eut présenté cette singulière particularité. J'avais bien remarqué chez d’autres espèces qu'une légère villosité pouvait parfois se montrer sous les pétales, mais cette villosité ne tardait pas à disparaitre lors de l'épanouissement et ne persistait pas, comme dans le R. longicuspis, jusqu'à la chute des pétales. Ce caractère est devenu pour moi une simple particularité depuis que j'ai remarqué qu'il se présente également dans les formes typiques du R. moschata. C’est ainsi que j'ai vu des échantillons recueillis par Griffith dans l'Himalaya oriental et appartenant incontestablement au type du R. moschala, ayant des pétales fortement velus à la face inférieure dans le bouton et à villosité persistant pendant l’anthèse]; toutefois la villosité est moins abondante que dans le R. longicuspis. D'autres échantillons appartenant à la même forme, mais à folioles moins pubescentes, recueillis par le même collecteur, m'ont offert également des pétales velus en dessous, à villosité persistante, mais toutefois moins dense que dans les échantillons de l'Himalaya oriental. Dans d’autres échantillons provenant des montagnes de l'Himalaya, j'ai vu les pétales parfaitement glabres ou recouverts en dessous d’une villosité clairsemée et très-fugace.
Le R. longicuspis ne présente donc aueun caractère spéeifique propre qui permette de le distinguer du À. moschata, dont il doit devenir une variété. Cette variété qui sera de premier ordre et qu'on peut mème décrire comme une sous-espèce, s'est probablement produite sous l'influence de conditions climatériques spéciales, dans une région assez distante de celle qu'habitent les formes ordinaires de l'espèce. Les monts Khasia, où le R. longicuspis existe, sont isolés de la chaine de l'Himalaya, et les Mishmi Hills, où la même Rose se retrouve, sont à l'extrémité de la chaine. Quant à ces dernières montagnes, l'isolement du R. longicuspis est-il aussi complet que semblerait l'indiquer M. Hooker (loc. cit.) qui ne signale le À. moschata que dans les régions centrales et occidentales de l'Himalaya ? Les échantillons recueillis par Griffith dans l'Himalaya oriental dont j'ai parlé ci-dessus, semblent indiquer que le type de Miller se retrouve dans les régions orientales de la grande chaine, où il tend, comme nous l'avons vu, à se rapprocher du R. longicuspis par la villosité de ses pétales.
Rosa Leschenaultianàa.
Depuis 1874, époque de mes premières remarques sur le R. Leschenaultiana (Prim., fase. IE, p. 266-267), j'ai eu l'occasion d'étudier une riche série d'échantillons de cette espèce. Je puis done aujourd'hui mieux apprécier cette Rose que je n'avais pu le faire quand je n'avais à ma disposition que des matériaux fort peu nombreux.
Tenant sans doute compte de mes premières observaüons, M. Hooker (The Flora of British India) a décrit le R. Leschenaultiana comme une espèce distincte, toutefois
en faisant la réserve suivante : « Very closely allied indeed to R. longicuspis, and I believe only a variety of that plant, itself too near sempervirens. »
À première vue, le R. Leschenaultiana parait constituer une espèce très-distincte et fort différente du R. moschata, surtout par la grandeur de ses fleurs.
Si l’on rapproche un ramuseule florifère très-multiflore de la variété du R. moschata à petites fleurs recueillie par M. l'Abbé David et par le Dr Piasezky en Mongolie et en Chine, d'unramuseule florifère pauciflore du R.Lesche naultiana,tout botaniste qui n'a pas une connaissance approfondie du genre, se refusera à admettre qu’il y ait la moindre affinité entre ces deux Roses, tant les différences paraissent considérables. Cependant, à part les fleurs qui sont au moins dix fois plus grandes dans le R. Leschenaultiana, car le diamètre de la corolle étalée varie entre 65 et 85 millimètres, il n'y a pas de différence essentielle entre ces deux formes extrêmes du À. moschata. Du reste, les formes de celui-ei qu'on pourrait appeler moyennes, présentent beaucoup de variations dans la grandeur de leurs fleurs : volume du réceptacle et diamètre de la corolle. Je ne pense pas qu’on puisse pour la grandeur des fleurs séparer le R. Leschenaultiana du R. moschata. Le premier, il est vrai, d’après les échantillons que j'ai vus, a une inflorescence généralement plus réduite, souvent pauciflore (1-6 fleurs) et subombelliforme, mais cela se voit également dans le À. moschata. Il est possible et même probable que cet appauvrissement de l’inflorescence tient à la nature ou à la situation des ramuscules florifères, car j'ai vu un ramuscule du À. Leschenaulliana couronné par un corymbe composé ayant porté de 12 à 15 fleurs.
Le développement extraordinaire de la fleur dans le
( 501 ) 947 R. Leschenaultiana a entrainé avec lui toute une série de différences qui sont solidaires entre elles et qui ne peuvent, par conséquent, devenir autant de caractères distincufs : grosseur du réceptacle, sépales plus allongés et plus larges, colonne stylaire plus épaisse.
Je le répète, on ne peut séparer spécifiquement cette Rose du R. moschata, parce qu’elle ne présente pas de caractères distinctifs analogues à ceux qui séparent entre elles les autres espèces de la section Synstylae. C'est évidemment une forme extrème du type, qui s’est sans doute produite à la suite de son isolement géographique, de son éloignement de la région où végètent les formes ordinaires du R. moschata. On sait que le À. Leschenaultiana habite l'extrémité de l'Hindoustan dans les monts Nilghiri et Pulney.
Le R.Leschenaultiana doit done, selon moi, devenir une variété du R. moschata. Cette variété, qui sera de premier ordre et qu'on peut même décrire comme une sous-espèce, offre des variations ou sous-variétés parallèles à celles que présentent les autres variétés du mème type et que je caractériserai plus tard dans ma monographie. Elles seront basées sur les feuilles, qui peuvent ètre complétement glabres, ou avoir les pétioles et la côte des folioles plus ou moins velus; sur l'abondance ou la rareté des glandes recouvrant les pétioles et les stipules; sur les pédicelles et les réceptacles qui peuvent être glabres ou plus ou moins densément velus.
En terminant, je dois faire remarquer que le R.Leschenaulliana diffère principalement du R.sempervirens par ses feuilles moyennes des ramuscules florifères 7-foliolées, plus rarement 9-foliolées, et non 5-foliolées ou très-rarement 7-foliolées, par ses sépales très-allongés, atténués
insensiblement et non courts et brusquement atténués ; par ses bractées plus étroites. Ces différences sont celles qui distinguent également les autres formes du R. moschata du R. sempervirens.
Variétés mongoliennes et chinoises du Rosa moschata.
M. l'Abbé David et le D' Piazeski ont recueilli, le premier, en Mongolie, le second, dans les provinces de Schensi et Kansu, des formes extrèmement intéressantes du R. moschata à corymbe ordinairement très-multiflore et à fleurs souvent très-petites et rappelant, à s’y méprendre, celles du R. microcarpa. Ces formes, qui pourraient recevoir le nom de variété snicrantha, ont des folioles assez grandes, ovales, assez larges et assez longuement acuminées, tantôt glabres sur les deux faces, glanduleuses en dessous, à dents composées-glanduleuses (forme de la Mongolie), tantôt pubescentes en dessous, églanduleuses et à dents simples (formes des provinces de Schensi et Kansu). Les pédicelles et les réceptacles sont glabres.
Aux environs de Whampoa et de Hong-kong, il existe plusieurs formes qui paraissent tellement différentes des formes habituelles du R. moschata des montagnes de l'Himalaya, de la Mongolie et du nord de la Chine, que je les ai, il y a quelques années, rapportées, soit avec certitude, soit avec doute, au À. Luciae. Ce n’est qu'après bien des hésitations et une étude approfondie que j'en suis arrivé à les rattacher au À. moschata. L'une d'elles, dont M. Hance m'a envoyé une belle série d'échantillons en fleurs, est tellement singulière et s’éloignent tellement du R.moschata qu'on ne serait pas tenté de la rapprocher de cette espèce, si l'on ne possédait pas les autres formes des environs de
( 505 ) 349 Whampoa qui sont moins éloignées du type de Miller.
Autant que j'en puis juger sur les matériaux d’herbier que j'ai vus et qui sont assez nombreux, le R. moschata semble produire, dans cette région de la Chine, une race assez différente de celle qui habite le nord de la Chine, la Mongolie et l'Himalaya. Cette race se caractérise par des folioles plus petites, moins longuement aiguës; par des stipules assez profondément denticulées ; par une inflorescence moins multiflore et par des aiguillons assez souvent géminés sous les feuilles.
Les folioles sont pubescentes sur les deux faces, glabres en dessus et pubescentes en dessous, soit sur toute la surface, soit sur la côte et les nervures secondaires, ou seulement sur la côte, ou enfin glabres sur les deux faces. Les fleurs sont assez grandes ou très-petites. Les pédicelles peuvent être densément pubescents où seulement un peu velus, à glandes assez nombreuses, presque nulles ou nulles. Les réceptacles florifères peuvent être extrêmement petits, glanduleux ou non glanduleux, velus ou glabres. Les ramuscules florifères sont parfois velus et parfois chargés de glandes fines.
À part la glandulosité de la face inférieure des folioles qui n'a pas encore été constatée, on retrouve, dans les formes de cette race, les variations que l’on constate dans la race qui habite l'Himalaya, la Mongolie et le nord de la Chine.
D'après ce que je viens d’exposer, il semblerait qu’on püt constituer avec ces formes des environs Whampoa et de Hong-kong une espèce distincte, mais la chose n’est pas possible, à mon avis, en présence des caractères distinctifs que j'admets pour caractériser les espèces de la section Synstylae.
En comparant ces formes aux nombreuses variétés du R. Luciae, on est tenté d'y voir comme une sorte de passage à ce dernier type. En effet, le facies général de quelques-unes d’entre elles se rapproche plus ou moins de celui de certaines formes du À. Luciae. Les stipules par leurs dents, assez prononcées d’ordinaire, ressemblent assez à celles de l'espèce du Japon; mais remarquons qu'il existe dans l'Himalaya une forme du R. moschata (coll. von Schlagintweit) avec des stipules aussi fortement dentées que dans les Roses de Whampoa. Des aiguillons assez souvent régulièrement géminés augmentent les ressemblances de celles-ci avec le R. Luciae. Mais quel que soit le degré de ressemblance, je ne pense pas qu’on puisse considérer l'une ou l’autre forme de cette région comme constituant un véritable passage au À. Luciae.
Dans son Flora Hongkongensis, M. Bentham, en parlant du R. moschata de Hong-kong qu'il désigne souslenom de variété Brunonis Lindi., dit: « D' Harland’s specimen 1s a single one, without any indication of precise locality. It is a small variety approaching in some mesure the following species (R. mulliflora), but with the calyx and white flowers of R. moschata. » Cet auteur avait donc déjà été frappé de la différence que présente le R. moschata des environs de Hong-kong avec le R. moschata typique. de dois faire remarquer ici que j’ai vu dans l'herbier de Kew l'échantillon recueilli par le D° Harland dont parle M. Bentham.
M. Debeaux, dans sa Florule de Shang-haï, p. 29, signale à Wôo-sông près de Shang-haï une variété microphylla du R. moschata. Cet auteur a-t-il eu en vue une forme analogue à celles des environs du Whampoa ou bien le R. Luciae? Remarquons que cette dernière espèce
( 505 ) 591 espèce existe bien en Chine, d'où le D' Wawra l'a rapportée de Tschi-fa().
Les différences qui séparent le Rosa moschata du Rosa sempervirens.
Si l’on avait à comparer les types des R. moschata et R. sempervirens, le premier avec des feuilles 7-foliolées, à folioles pubescentes, une inflorescence très-muluüflore à petites fleurs, à pédicelles et réceptacles velus, le second avec des feuilles 5-foliolées, à folioles glabres et une inflorescence pauciflore, on trouverait, pour les distinguer, de nombreux caractères et il ne serait pas possible de les confondre ; mais lorsque l'on compare entre elles les nombreuses formes des deux espèces, les caractères propres à celles-ci se réduisent à un très-petit nombre et il n'est pas rare de les voir plus ou moins voilés, surtout sur les échantillons d'herbier. Dans ce dernier cas, la confusion entre les deux types est parfois possible pour un botaniste
(1) Seringe, dans le Prodromus, t. IT, p. 598, a décrit sous le nom de R. moschata b. rosea une Rose qui croissait dans une haie près d'Angers. Cette Rose a été appelée par Dupont R. nivea et M. Déséglise (Cat., N° 7) lui a donné le nom de R. Dupontii. Cette forme que je ne crois pas autonome, ne peut, à mon avis, être considérée comme une variété du R. moschata. Ses styles sont bien saillants, il est vrai, mais ils sont libres et forment une colonne assez courte ressemblant à celle qu’on observe dans certaines formes hybrides provenant du croisement du R. gallica avec une Synstylée. Les folioles sont beaucoup plus larges que dans aucune forme du R.moschata et relativement plus courtes, largement arrondies et même un peu cordées à la base, à dents plus larges, plus ouvertes (elles sont ordinairement munies d’un dentieule glanduleux); les feuilles moyennes des ramuscules florifères sont 5-foliolées; les aiguillons sont moins crochu que dans le R. moschata.
qui ne connait pas à fond les deux types et qui n’a pour s'éclairer que des matériaux peu abondants.
Voici deux diagnoses qui mettront, je l'espère du moins, l'observateur à même de distinguer entre eux les R. moschata et R. sempervirens.
R. moscarTa. — Feuilles moyennes des ramuscules florifères ord.7foliolées, rarement 9-foliolées; folioles souvent pubescentes ; inflorescence souvent mulliflore ; braclées primaires lancéolées linéaires, les secondaires linéaires, lrès-élroiles, caduques et se détachant ord. pendant la floraison; pédicelles souvent velus ; boutons luncéolés ; sépales lancéolès, allongés, se terminant insensiblement en une longue pointe, les extérieurs souvent munis de 2-4 pinnules ord. très-apparentes; pétales ord. étroitement obovales, se recouvrant peu par leurs bords.
R. SEMPERVIRENS.— Feuilles moyen-
nes des ramuscules florifères ord.
D-foliolées, rarement 7-foliolées ; folioles presque toujours glabres; inflorescence souvent pauciflore ; bractées primaires lancéolées, les secondaires élroilement lancéolées, persistant ord. pendant la floraison; pédicelles toujours glabres; boutons ovoides, brusquement allénuës; sépales ovales-lancéolés, se terminant brusquement en un mucron ou une pointe courle, les extérieurs entiers ou munis de 2 très-petites pinnules peu apparentes ; pétales largement obovales, se recouvrant par leurs bords.
Dans le R. moschata, les stipules sont plus étroites que dans le À. sempervirens, à oreillettes plus étroites et plus divergentes.
Comme on peut le voir, il n'y a rien d'absolu dans les caractères assignés à ces deux espèces, qui sont néanmoins parfaitement distinctes ; mais, malgré le défaut de constance absolue, on parviendra toujours, par une comparaison soigneuse, à retrouver dans toutes les formes des deux types un ou plusieurs caractères essentiels qui sont propres à ceux-e1.
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Aire de dispersion du Rosa moschata.
En 1872 (Prim., fase. I, p. 133-155), j'ai exposé ce que l’on connaissait à cette époque sur la distribution géographique du R. moschata.
En 1876, M. Déséglise (Cat., N° 2, 9 et 10) signale cette espèce en Sicile dans les bois montagneux de Madonie, à l'ile de Candie, dans les Indes orientales et en Afrique à Zaghouan. Il faut ajouter les localités que cet auteur attribue au À. ruscinonensis, c’est-à-dire Palerme, Hyères et le département des Pyrénées-Orientales, ainsi que celles qu'il attribue aux À. abyssinica, R. Leschenaultiana et R. longicuspis.
Pour le À. moschata seul, sans y comprendre les R. longicuspis et R. Leschenaultiana, M. Hooker (The Flora of British India) indique : « Temperate Central and Western Himalaya, from Murree to Nipal, alt. 2-11,000 ft. — Distrib. Affghanistan. »
D'après tous les matériaux que j'ai vus, le R. moschata est une espèce largement et abondamment répandue en Asie et surtout dans l'Himalaya (1). Elles se retrouve en
(1) Dans les montagnes de l'Himalaya, voici la liste des localités où M. H. von Schlagintweit l’a recueilli. Province de Kulu. Sultampur on the Bias river. 5945 engl. f. Province de Kamaon : Bageser to Munshari via Kathi and Namik. 5000 to 7800 f. Province de Simla : Environs of Simla. 6000 to 7500 f. Kalka via Kassauli to Sabathu. 2000 to 4600 f. Nagkanda down to the left side of the Satley. 8400 to 4500 f. Simla via Kangra and Jamu to Kashmir. 5000 to 9000 f. Province de Garhval : Joshimath to Gobeser (Alaknanda Valley). 6089 to 4791 f. Gobeser to Okimath (from the Alaknanda (o the Mandagni Valley). 5000 to 6800 f.
D)4 ( 508 ) Afrique dans les montagnes de l’Abyssinie, où elle est certainement indigène.
Vers l’ouest, dépasse-t-elle réellement, à l’état indigène, cette dernière région et parvient-elle jusque dans le département des Pyrénées-Orientales? Les échantillons que j'ai vus des environs de Tunis et de la province d'Alger sont à fleurs simples, mais ne proviennent-ils pas de pieds subspontanés? IT n'y a rien d’impossible cependant à ce que l'espèce soit indigène dans le royaume de Tunis et en Algérie; mais l'interruption considérable qui semble exister dans son aire de distribution du royaume de Tunis à la Perse, d'un côté, et à l'Abyssinie, de l’autre, fait naître des doutes dans mon esprit sur l'indigénat de cette plante dans le nord de l'Afrique. Au nord de la méditerranée, il existe également une vaste lacune dans l'aire de distribution, puisque entre la Sicile et la Perse on n'a point constaté l'existence spontanée du R. moschata. A Candie, on n'a observé celui-ei qu'à fleurs pleines. L'existence de ces deux lieunes de l’un et l’autre côtés de la méditerranée doit, jusqu'à de nouvelles observations, faire suspecter l’indigénat du R. moschata dans les régions occidentales du bassin méditerranéen.
Ayant manifesté mes doutes à M. Debeaux au sujet de l'indigénat du R. ruscinonensis dans le Roussillon, voici ce que ce botaniste me répondait en 1876 : « J'ai hâte aussi de vous donner des renseignements que vous désirez
Kharsali via Rana down the Jamna Valley to Kutnor. 8900 to 6000 f Province de Kashmir : Drained lake basin of Kashmir; environs of Sriwagger, within a circle of 8 miles radius, 5146 f. at Srinagger. Baltal to Nunner. 9500 to 5200 f. Province de Marri: Baramula along both sides of the Thilum Valley down to Mera. 5500 to 4000 f. Mera to Marri. 5000 to 7000 f.
Qt
avoir sur le R. ruscinonensis, espèce très-abondante dans les haies de Perpignan, et que j'ai trouvée (cette mème année) à l'état spontané au bord des vignes et des chemins, sur les petites collines au sud de Perpignan, et loin de toute habitation. Il n’y a d'autre différence entre la plante des haies et des chemins, c'est que dans la première station elle grimpe sur les arbustes qui sont à sa portée, tandis qu'au bord des chemins, les rameaux s’allongent sur le sol. Mais dans les deux stations, les organes de végétation et de floraison sont absolument identiques ! Le R. ruscinonensis est donc réellement spontané dans les Pyrénées-Orientales et se trouve, soit dans les haies où il a été planté, soit dans les lieux secs et arides et alors réellement indigène, au même titre que le R. sempervirens et les formes qui avoisinent celui-ci (R. scandens, R. prostrata, R. Broteri, R. microphylla), toutes également assez abondantes dans les Pyrénées-Orientales. Le R. moschata n'est pas cultivé dans le département. On a pris pour tel le R. ruscinonensis dont la fleur est très-odorante, soit dans les haies, soit à l’état indigène. Cependant il est une forme qui est cultivée également pour servir de clôture aux jardins de Perpignan. C’est le R. Broteri Tratt. (R. sempervirens var. latifolia), espèce qui fleurit de mai à septembre, à fleurs demi-pleines et également très-odorantes. On l'appelle à Perpignan et trs-improprement « Rosier du Bengale ». IT existe partout autour de la ville, mêlé souvent au R. ruscinonensis. »
Malgré les raisons que me donne M. Debeaux, l'indigénat du À. ruscinonensis dans le midi de la France reste pour moi une chose douteuse. A ce propos, on peut invoquer l'exemple du À. lutea, autre espèce orientale qui
s'est propagée çà et là en Europe et y a pris les allures d'une plante indigène.
J'ai vu dans l’herbier de Vienne un échantillon du R. moschala recueilli par Schott en 1818 dans les haies de Gibraltar. C'est une forme à pédicelles et à réceptacles pubescents. Les fleurs étant plus ou moins doubles, comme dans les échantillons récoltés à Madère par Mandon et Staunton, il n’y a pas de doute que ce ne soit une plante cultivée. En Espagne, M. Colmeiro (Rosaceas de Espana y Portugal) n'indique le R. moschata qu'à l'état cultivé.
En somme, je suis porté à croire que la culture du R. moschata dans le bassin méditéranéen remonte à une haute antiquité et que, des jardins, la plante s’est échappée à fleurs doubles ou simples, pour habiter le voisinage des villages ou des villes, et même à de grandes distances des habitations.
$ 4. — Observations sur le Rosa sempervirens L.
Au siècle dernier, Miller a désigné sous le nom de R. scandens une forme du R. sempervirens. En 1808, Viviani (FL. Ital., fragm. I, p. 4), à cru voir dans le R. sempervirens d'Italie une espèce différente du type linnéen et lui a donné le nom de R. atrovirens. De Candolle (Cat. pl. hort. bot. Monsp., p. 158, 1815) a donné le nom de À. prostrata à une forme à styles glabres croissant aux environs de Toulouse et de Gènes. Dans sa Flore Française, cet auteur maintient cette dernière forme comme espèce.
M. Déséglise (Cat., N° 12, 15 et 14) admet comme
spécifiquement distincts les R. sempervirens L., R. scandens Mill. et R. prostrata DC.
Le démembrement du type linnéen ne devait pas s’arrêter là du moment qu’on voulait rechercher avec soin les moindres variations de ses divers organes, et considérer ces variations du même œil qu’on l'avait fait pour les innombrables variations du R. canina. C'est ainsi que M. Gandoger, aidé de M. Debeaux, tout en acceptant comme espèces les formes secondaires déjà admises antérieurement, en est arrivé à distinguer spécifiquement un grand nombre de nouvelles formes. Celles-ci sont analysées dans une table dichotomique reproduite par M. Debeaux dans un opuscule intitulé : Description d'une espèce nouvelle de Rose de la section des Synstylées (1875)
Dans les observations qui vont suivre, je n'entreprendrai pas de discuter la valeur de chacune des nouvelles espèces établies par M. Gandoger, parce que je ne possède qu'un très-petit nombre de celles-ci en échantillons authentiques et que, d'autre part, je ne puis, d’après les phrases de la table analytique à laquelle j'ai fait allusion ci-dessus, distinguer rigoureusement des formes du R. sempervirens de certaines formes qui appartiennent peutêtre au À. moschata. Ce que je puis tout d'abord dire sur les nouvelles espèces créées par M. Gandoger, c’est que certaines d’entre elles dont j'ai vu des échantillons authentiques sont tellement affines que leurs descriptions mêmes ne permettent pas de distinguer avec certitude les uns des autres des échantillons appartenant à plusieurs espèces.
Variétés du Rosa sempervirens.
Je dois tout d’abord faire remarquer que j'ai étudié le R. sempervirens sur une masse très-considérable de matériaux provenant de tous les pays compris dans son aire de distribution.
Voici, d'après M. Déséglise, tes caractères qui distinguent les R. sempervirens, R. scandens et R. prostrata.
R. semPERVIRENS. — Folioles ovales-acuminées; fleur inodore ; réceptacle florifère ovoïde ; sépales intérieurs non glanduleux ; styles hérissés; fruit ovoïde,
R. scanpexs. — Folioles oblongues ou ovales-obtuses; fleur à odeur suave; réceptacle florifère ovoïde ou subglobuleux ; sépales tous glanduleux; styles hérissés; fruit petit, sphérique.
R. pRosTRATA.-— Folioles assez petites, ovales-aiguës ; réceptacle florifère oblong; sépales tous glanduleux; styles glabres; fruit (oblong sec. Gandoger).
En ce qui concerne les R. sempervirens et R. scandens, il n'y a aucune solidarité ou concordance entre les caractères qui sont attribués à l’un et à l’autre prétendus types. On trouve des R. srandens à folioles ovales-acuminées et des R. sempervirens à folioles oblongues ou ovales-obtuses. Le réceptacle florifère passe par toutes les transitions possibles de la forme assez longuement ovoïde à la forme plus ou moins arrondie, sans que les modifications de forme concordent avec un autre caractère. Il est bien rare de trouver des échantillons dont les sépales intérieurs soient privés de glandes. Entre les sépales à glandes peu nombreuses et ceux à glandes très-abondantes, il y a des transitions insensibles. Quant à l'odeur de la fleur, c'est là un caractère difficile à apprécier, mais j'ai tout lieu de
( 515 ) 399 croire qu'il n'a aucune valeur, car d’après des notes que m'a fournies M. Clavaud l'odeur peut exister ou faire défaut dans les R. sempervirens et R. scandens. Il est incontestable, pour moi, que ces deux noms ne répondent même pas à deux véritables variétés et ne peuvent rigoureusement s'appliquer qu'à des formes individuelles soigneusement triées parmi de nombreuses variations intermédiaires.
Le R. prostrata n'a pas plus que les deux formes précédentes une existence autonome. C'est simplement un R. sempervirens où un À. scandens dont les styles sont glabres. Les folioles peuvent être petites ou grandes, longuement ou brièvement aiguës et mème subobtuses ; les glandes sur les réceptacles et les pédicelles peuvent être abondantes ou rares ; la forme du réceptacle est variable.
M. Clavaud m’a envoyé de la Gironde des échantillons d’une forme bien remarquable (à styles très-glabres et luisants) par ses sépales extérieurs fortement appendiculés, à 1-4 pinnules, les plus grandes même dentées à la base. Les réceptacles sont ovoides-allongés et églanduleux; les folioles sont grandes et acuminées. Cette forme, qui n'est probablement qu’individuelle, mériterait bien plus le nom d’espèce que ce qu'on a entendu par R. sempervirens, R. scandens et R. prostrala.
Ces dernières dénominations, je le répète, ne se rapportent à aucune forme bien précise et devront disparaitre mème comme noms de variétés.
Pour caractériser les nouvelles espèces qu'il a établies, M. Gandoger emploie, entre autres caractères, ceux de sépales tous entiers et de sépales deux entiers et trois découpés. Je ferai remarquer que les sépales sont, dans le R, sempervirens tel que je l’entends, souvent entiers ou
les extérieurs munis de très-petites pinnules sétacées trèspeu apparentes ; mais dans certaines variations et sans que cela corresponde à d’autres caractères, ces petites pinnules peuvent devenir plus larges et plus apparentes.
Un autre caractère qu'utilise M. Gandoger pour distinguer. plusieurs de ses nouvelles espèces démembrées du R. sempervirens, c’est la pubescence qui peut se produire sur la côte seule des folioles ou sur la côte et les nervures secondaires. Ce caractère qui est fort rare — les feuilles du R. sempervirens étant presque toujours glabres — n’a pas, pour moi, une grande valeur au point de vue spécifique, attendu que presque toutes les espèces véritables de la section Synstylae peuvent présenter des feuilles pubescentes ou des feuilles glabres.
Des formes à folioles plus ou moins pubescentes, Je ne parlerai que de celles dont j'ai vu des échantillons, parce que je ne suis pas certain que M. Gandoger n'ait pas fait de confusions avec certaines formes du À. moschata.
De son voyage dans les Asturies en 1864, Bourgeau a rapporté des échantillons dont les uns sont à styles glabres ou presque glabres, à folioles glabres et qui peuvent être déterminés sous le nom de R. prostrata, et dont les autres sont à styles hérissés et à folioles avec la côte un peu velue. A part cette légère villosité, ces derniers échantillons re diffèrent en rien de certaines formes du À. sempervirens à folioles assez petites, brièvement aiguës ou obtuses, à glandes peu nombreuses sur les pédicelles, les réceptacles et les sépales.
Parmi des échantillons du R. prostrata du bois de La Ramette, près de Toulouse, à folioles glabres, j'en possède un dont les folioles ont la côte un peu velue.
Je possède de Villeneuve (Lot-et-Garonne) un échan-
tillon recueilli par M. Guillon qui constitue une forme intermédiaire entre les R. sempervirens et R. scandens, et dont la côte présente quelques rares pois.
Je n'ai pas observé jusqu'à présent de formes à nervures toutes pubescentes comme la forme que M. Gandoger nomme À. phyllomegas.
Avant d'aborder l’étude du R. bibracteata, je dois parler d'une forme assez singulière qui n'a pas encore, que je sache, fait l'objet d’observations critiques. Il s'agit du R. pervirens Gren. (1) dont MM. Loret et Martin m'ont envoyé d'assez nombreux échantillons provenant d'Alzou (dép* du Gard). D'après ce que me mande M. Loret, il n'existe que deux pieds dans la contrée (alt. 600 mètres) et ces deux pieds sont distants de 200 à 500 mètres de tout À. sempervirens. C'est le D° Diomède qui, le premier, a découvert cette forme, que M. Martin m'a envoyée sous le nom de À. Diomedi.
Le R. pervirens m'embarasse, parce qu'il semble établir une sorte de passage du À. sempervirens au R. arvensis. Voici quels sont ses caractères. Feuilles moyennes des ramuseules florifères souvent 7-foliolées; folioles coriaces, aiguës ou plus ou moins longuement acuminées, à côte plus ou moins velue et munie de quelques rares soies glanduleuses, à villosité s'étendant parfois surles nervures secondaires, mais toute la pubescence de la face inférieure disparaissant plus ou moins avec l’âge; dents foliaires parfois ciliolées de poils et parfois munies d'une glande ; pétioles assez densément pubescents et glanduleux; pédicelles chargés de
(1) M. Déséglise (Cas, N° 14), d’après la localité qu’il rapporte, semble avoir rapporté cette forme à son R. prostrala.
fines glandes; réceptacles florifères ovoïdes, églanduleux ; sépales peu glanduleux, les extérieurs munis de 1-5 pinnules très-petites et sétacées ; styles en colonne glabre, rarement munie de quelques poils; fruits ovoïdes,
Cette forme serait-elle un produit du croisement des R. sempervirens et R. arvensis? Ou bien n'est-elle qu'une forme aberrante du R. sempervirens?
Pour répondre à ces questions, il faudrait étudier avec soin cette Rose sur le vif et examiner attentivement dans quelles conditions elle se trouve relativement au R. arvensis. Si cette dernière espèce n'existe pas dans la région, alors le problème devient plus facile à résoudre.
En examinant les échantillons que m'ont envoyés MM. Loret et Martin, il me semble qu'il doit y avoir quelques légères différences dans les caractères des deux buissons du À. pervirens. Quelle que soit l’origine de celui-ci, on peut dire sans crainte de se tromper qu’il ne constitue pas un type spécifique autonome.
Aire de dispersion du Rosa sempervirens.
Voici comment MM. Burnat et Gremli, dans leur récent ouvrage sur les Roses(Les Roses des Alpes maritimes, 1879), établissent l'aire de dispersion du R. sempervirens « Régions méditerranéennes de l'Europe et de l'Afrique. Manque en Russie (Led. FI. Ross.) et en Asie (Boiss. Or.). Régions voisines de l'Océan, dans le Portugal, le nord de l'Espagne et la France occid., où elle atteint le dép. de la Loire-Inf. (Lloyd F1. Ouest) et de la Maine-et-Loire (Bor.). Signalée dans la Haute-Garonne et remonte dans la vallée du Rhône jusque dans l'Ardèche (Ann. Soc. bot. Lyon, 4° année, p. 209).
se.
Cette espèce s'éloigne peu des bords de l'Océan et de la Méditerranée. Vers le nord, elle dépasse peu ou point la Loire dont elle remonte la vallée jusqu'à Angers. On la retrouve dans le département de la Vienne entre Civray et Pressac (selon Boreau), d'où elle descend dans le département de Lot-et-Garonne à Villeneuve et à Agen, pour gagner le département de Tarn-et-Garonne à Moissac et celui de la Haute-Garonne aux environs de Toulouse. Comme on le voit, cette espèce remonte, dans ces divers départements, les vallées des fleuves et de leurs affluents qui descendent dans Océan.
En Espagne et en Portugal, elle ne s'éloigne pas beaucoup des bords de l'Océan et de la Méditerranée. M. Gandoger la signale aux iles Canaries, mais je n’en ai pas vu d'échantillons provenant de cette région.
M. Hooker l’a récoltée au Maroc dans le grand Atlas ; elle existe à Tanger, où plusieurs voyageurs l'ont observée.
En Algérie, on l’a observée dans un assez grand nombre de localités : Némours, Tlemsen, Mostaganem, Alger, Philippeville, Bône, La Calle et Batna.
Il est probable qu'elle existe dans le royaume de Tunis ; mais elle parait devenir rare en allant plus à l’est, car je n'en ai pas vu d'échantillons provenant des bords de la Méditerranée compris entre La Calle et l'extrémité orientale de l’Afrique vers l'est.
On ne l’observe pas le long du littoral de la Syrie et de l'Asie-Mineure.
M. Déséglise la signale à Constantinople d'après un échantillon de l’herbier de M. Boissier, mais celui-ci n'indique pas cette localité dans sa Flore d'Orient.
Elle existe en Thrace vers le littoral; descend en Grèce
de
et jusqu'à l’île de Candie, et remonte le littoral de l'Adriatique jusqu'à Trieste.
Elle n’est pas rare en Italie et en Sicile.
Dans le midi de la France, elle existe sur tout le littoral de la Méditerranée.
Elle se retrouve enfin dans les diverses iles de la Méditerranée : Corse, Sardaigne, Hyères, Baléares.
$ 5. — Observations sur le Rosa phoenicia Boiss.
Avant sa description par M. Boissier, cette curieuse espèce avait été plusieurs fois confondue avee d’autres types. C’est ainsi qu'Aucher-Eloy avait déterminé sous le nom de À. damascena var. damascum (Herb. Cosson) des échantillons qu'il avait recueillis aux environs de Damas; Ehrenberg avait désigné sous le nom de R. alba (Herb. Berol.) des échantillons qu’il avait récoltés aux environs de Beyrout. Ce dernier botaniste avait cependant donné le nom de R. baccata (Herb. Berol.) à des spécimens qu'il avait rapportés des environs de Bischerre. C’est done lui, qui, le premier, à vu dans le R. phoenicia une espèce nouvelle.
Le R. phoenicia constitue un type spécifique éminemment distinct et M. Regel en le rapportant au R. moschata, en à complétement méconnu les vrais caractères.
Dans son Diagnoses plantarum orientalium, fase. X, p. 4, M. Boissier dit de cette espèce : « Pulchra et distincta species more R. sempervirentis sepes excelsas panieulis innumeris multiflorisque adornant, florum dispositione et tomento foliorum Rubum tomentosum quodammodo referens. Affinis R. sempervirenti et R. moschatae ab
ütraque distineta aculeis validioribus magis aduncis, foliolis non acuminatis profundius et acutius dentatis supra obseuris, subtus pubescentibus, bracteis magnis persistentibus. »
Dans son Flora Orientalis, t. IT, p. 689, ce mème auteur dit : « Species elegans panieulis crebris multifloris valde bracteatis, cuspides laciniarum calycis saepius dilatatae, habitus quodammodo Rubi tomentosi. »
C'est avec le R. moschata que le R. phoenicia offre le plus de traits de ressemblance, et si l’on considérait isolément certains spécimens de ce dernier, on pourrait être tenté de les rapporter au type de Miller ; mais, malgré cette ressemblance, il y a entre les deux types des différences essentielles qui ne permettent en aucune façon de les identifier spécifiquement.
Les feuilles moyennes des ramuscules florifères sont toujours 5-foliolées dans le R. phoenicia, et non 7-foliolées et les folioles sont toujours à dents plus larges, plus profondes et plus ouvertes. Dans le R. moschata, les folioles sont souvent longuement acuminées, tandis que dans le R. phoenicia elles sont ordinairement brièvement acuminées. Dans ce dernier, les folioles sont ordinairement plus minces que dans le À. moschata.
Le mode d'inflorescence se ressemble beaucoup dans les deux types; cependant le corymbe très-multiflore du R. phoenicia est généralement plus plan au sommet que le corymbe très-multiflore du R. moschata. Dans ce dernier type, le corymbe tend vaguement à se rapprocher de celui des R. multiflora et R. Luciae qui est pyramidal. Les corymbes du À. phoenicia peuvent être extrèmement multiflores ; j'en ai vu qui comptaient jusqu'à 40 fleurs.
Dans le À. phoenicia, les bractées sont plus développées
que dans le À. moschata, et toutes persistent pendant la floraison; tandis que dans ce dernier type, les bractées secondaires sont très-caduques. Les pédicelles et les réceptacles, dans le À. phoenicia, ressemblent beaucoup à ceux du À. moschata; seulement ils sont glabres ou très-peu velus. Les sépales se rapprochent de ceux du À. moschata ; ils sont cependant moins insensiblement atténués. Mais ce qui les distinguent d’une façon remarquable, c’est leur pointe longue et élargie et leurs nombreuses pinnules plus ou moins dilatées. Le seul aspect des sépales permet de distinguer immédiatement le À. phoenicia, à cause des pinnules latérales qui sont souvent pétiolulées et même divisées ou denticulées à la base.
La colonne stylaire est très-grèle, comme dans le R. moschata, mais elle parait être toujours glabre ; tandis que dans ce dernier type, elle est presque toujours velue.
Les pétales sont biancs et leur forme ressemble beaucoup à celle du À. moschata.
Quant aux aiguillons, M. Boissier les décrit comme étant plus robustes et plus crochus que ceux du À. moschata. Cela est vrai pour certains échantillons dans lesquels les aiguillons sont très-crochus, chose qui n'existe pas dans le R. moschata; mais le caractère n'est pas constant. Il est possible qu'en général il y ait une légère différence dans les aiguillons des deux espèces, mais on ne peut guère utilement s’en servir pour distinguer les deux types.
En somme, je le répète, il y a entre les deux espèces des points de ressemblance, des rapports d’aflinité; mais elles n’en restent pas moins très-distinctes par des caractères que je considère comme fort importants, tels que le nom-
ne
bre des folioles et leur forme, la forme des dents foliaires, la persistance des bractées et la forme des sépales. Ces caractères sont constants dans les riches matériaux de ce type que j'ai pu étudier.
Du R. sempervirens, le R. phoenicia se rapproche par les feuilles moyennes des ramuseules florifères 5-foliolées et par la persistance des bractées; mais il s'en éloigne par de nombreuses différences. Ses folioles ont une autre forme, une autre consistance, une autre dentelure et sont toujours pubescentes; ses inflorescences sont bien plus multiflores; ses réceptables florifères sont beaucoup plus petits; ses boutons sont allongés et non ovoïdes-arrondis ; ses sépales ne sont pas brusquement atténués; ils sont
plus étroits et les extérieurs sont bien plus appendiculés ;
la colonne stylaire est plus grêle, glabre et non presque toujours velue; enfin les pétales sont plus étroits et se recouvrent peu par leurs bords.
Si l’on voulait tenir compte de la forme des folioles, de leur pubescence qui peut recouvrir les deux faces ou seulement la face inférieure et ètre plus ou moins dense ou clair-semée, de la villosité ou de la glabréité, de la rareté ou de l'abondance des glandes des pédicelles, de l'absence ou de la présence de glandes sur les réceptacles, de l'abondance plus ou moins grande des pinnules des sépales, on parviendrait à subdiviser le À. phoenicia, comme on l'a fait pour le R. sempervirens, le R. arvensis et le R. stylosa. À part une variété dont il va être question, je ne crois pas utile de caractériser les nombreuses variations de ce type. Ces distinctions subtiles n'ont souvent pour objet que des formes purement individuelles.
La variété à laquelle je viens de faire allusion et à
laquelle je donnerai le nom de rotundifoliane m'est connue que par des échantillons provenant du Jardin botanique de Vienne et que, dans l’herbier du Musée de Vienne, Fenzl a étiquetés R. chlorocarpa Fenzl. Cette forme qui provient d’un semis de graines recueillies par Kotschy, est vraiment très-curieuse par ses folioles qui, pour le plus grand nombre, sont suborbiculaires et obtuses. A part cette seule différence, la variété ne diffère en rien des formes ordinaires. Du reste, celles-ci se relient à la variété rotundifolia par des formes transitoires qui ont été recueillies dans diverses localités.
Je dois faire remarquer ici que j'ai vu dans l'herbier de Vienne des échantillons de la variété rotundifolia étiquetés : Rosa stylosa var. glandulosa.
L'aire jusqu'iei connue de cette espèce est fort restreinte. Elle s'étend du versant oriental du Taurus jusqu’à Aintab vers l'est, puis descend vers le midi jusqu'à Saïda et Damas. Dans cette région, l'espèce parait ne pas s'éloigner des montagnes. Peut-être la trouvera-t-on à l'ile de Chypre.
Au point de vue de la distribution géographique, le R. phoenicia forme en quelque sorte le trait d'union entre le R. sempervirens qui ne dépasse pas la Grèce à l’est et le R. moschata qui commence à apparaitre véritablement indigène, d’un côté, en Perse et, de l’autre, en Abyssinie et à l'extrémité méridionale de l’Arabie. La série des Synstylae se poursuit sans discontinuité jusque dans l’extrème Orient, où elle est représentée par les R. Luciae, R. multiflora, R. microcarpa et R. Davidi.
(325 ) 569 $ 6. — Observations sur le Rosa arvensis Huds.
Le R arvensis n'a pas plus que les autres types européens échappé au morcellement. Jusqu'à ces derniers temps, il n'avait cependant fourni qu’un assez petit nombre d'espèces secondaires ; mais M. Gandoger a commencé à le subdiviser d’une façon extraordinaire. Dans ses Decades plantarum novarum, fase. [, p. 24 à 26 (1875), il en décrit trois formes sous les noms de R. phalacropoda, R. commiserata et R. Brippii; dans ses Rosae novae, fasc. I et II (1877-1878), il en publia six autres formes sous les noms de R. siluulicola, R. ovato-cordata, R. sclerothamnos, R. evolvens, R. tamnoïdes et R. strata. Outre ces formes, cet auteur m'en a envoyées plusieurs autres qui ne sont pas encore décrites.
En étudiant iei les variations du R. arvensis, je ne crois pas devoir discuter une à une la valeur des diverses espèces établies par M. Gandoger, parce que cette discussion serait tout à fait stérile, attendu que ces espèces ne sont certainement, à mon avis, que des formes individuelles qu'on peut multiplier, peut-on dire, à l'infini à mesure qu'on observe de nouveaux buissons du type. Celui-ci, en effet, ne présente pas deux pieds identiques et pour peu qu'on attache de l’importance aux variations secondaires des divers organes, on peut trouver des caractères assez nombreux sur chaque pied pour échaffauder une description spécifique.
Laissant donc de côté ces nouvelles créations, je ne m'arrèlerai qu'aux espèces secondaires qu'on à désignées sous les noms de R. arvensis Déségl., R. erronea Rip., R. ovata Lej., R. gallicoides Déségl., R. paradoxa Burnat et Gremli, R. conspicua Bor. et R. bibracteata Bas.
570 ( 524 ) VARIÉTÉS DU ROSA ARVENSIS, Rosa arvensis, Rosa crronea et Rosa ovata.
M. Déséglise, dans son Cataloque, distingue les trois espèces citées ci-dessus de la facon suivante :
Pédoncules glabres; pétioles non glanduleux . . . . À. erronea. Pédonceules plus ou moins glanduleux ; pétioles portant des glandes. 2 Fruit arrondi ou pyriforme. . . . . . . . . R. arvensis. PL] œ Fruit ovoide-aliongé . :. 4 4 he 00e, LONPNNRENNNRS
Dans ces trois formes, les tiges sont couchées ou décombantes.
Le R. erronea est rare, mais, à part l'absence de glandes sur les pédicelles et les pétioles, il ne diffère en rien de certaines formes du R. arvensis à pédicelles et à pétioles glanduleux. Du reste, entre ces deux formes en ce qui regarde l'absence ou la présence de glandes sur les pédicelles et les pétioles, il y a des transitions insensibles.
Quant au R arvensis et R. ovata, ils sont également réunis par de nombreuses formes intermédiaires qui ne laissent aucun doute sur leur identité spécifique.
Ces trois prétendues espèces sont des créations purement artificielles, comprenant chacune des formes qui auraient pu être groupées d’une toute autre façon en s’appuyant sur des caractères fournis, par exemple, par la forme des folioles, par leur glabréité ou leur pubescence. Il est vrai que les folioles sont tellement variables, qu'il serait bien difficile de tracer des limites et, d’un autre côté, 1l est impossible de trouver des caractères constants tirés d’autres organes pour appuyer ceux qui seraient fondés sur les folioles. Celles-ci varient de la forme elliptique-allongée à la forme largement ovale; elles sont ordinai-
rement minces, mais elles peuvent être assez épaisses ; elles peuvent être glabres, devenir glabres, être un peu pubescentes en dessous, ou un peu pubescentes sur les deux faces, ou enfin un peu pubescentes en dessus et abondamment pubeseentes en dessous (1). Ge dernier cas parait être assez rare. Du reste, entre [a complète glabréité et une pubescence très-prononcée, il y a tous les états transitoires. La glabréité ou la pubescence ne concorde pas avec des différences tirées de la forme des folioles.
Rosa gailicoides.
Le R. gallicoides a été fondé par M. Déséglise sur une forme très-glanduleuse du R. arvensis, à sommet des tiges et des ramuscules florifères couvert de glandes ou de soies glanduleuses mélangées aux aiguillons, à pédicelles très-glanduleux, à sépales assez abondamment glanduleux, à folioles à côte un peu glanduleuse et à dents souvent accompagnées d’un ou deux denticules accessoires. Ce R. gallicoides avait tout d’abord été décrit sous ce nom par M. Baker (Monograph of British Roses) comme une variété du À. stylosa.
Je n'ai pas vu d'échantillons provenant d'Angleterre, mais j'en possède une belle série de spécimens que n'a envoyés M. Lloyd de Vertou (et non Torton comme l'écrit M. Déséglise), la seule localité française renseignée jusqu'ici par M. Déséglise. M. Lloyd rapporte cette forme au
(1) J'ai surtout vu le cas de pubescence très-prononcée sur des échantillons provenant d’Interlaken (Suisse) et sur un échantillon recueilli au mont Malevo en Laconie par M. Orphanides. Dans celui-ci, les feuilles, largement ovales, sont remarquablement grandes. M. Christ (Die Rosen der Schweiz, p. 197) décrit une forme transalpina dont la pubescence sous-foliaire est très-prononcée.
R. bibracteata (Conf. Flore de l'Ouest de la France, 3° éd., p. 112). Cette forme, je le répète, n'est qu'une variété très-glanduleuse du R. arvensis, dans laquelle l’excès des glandes produit une série de différences qui, au fond, se réduisent à un seul et unique caractère qui n'altère en rien l'essence même de l'espèce.
En Belgique, j'ai observé une série de formes du R. arvensis affectées à des degrés variables de cet excès glanduleux, chez lesquelles les fruits sont parfaitement globuleux, pyriformes ou ovoïdes, les folioles variées dans leur forme, à dents plus ou moins composées-glanduleuses. Dans mon herbier, j'avais rangé ces formes sous le nom de R. glandulifera et c’est à elles que je fais allusion à la page 58 du premier fascicule de mes Prémilice.
Il est probable que le R. paradoxa décrit par MM. Burnat et Gremli appartient également à ce groupe de formes glanduleuses. Pour expliquer la production des glandes qui distinguent ces formes, il n’est pas besoin de faire intervenir le croisement d’une Rubigineuse, car ce fait, purement accidentel, se produit chez d’autres types, sans qu'on puisse invoquer l'hybridité. Du reste, dans le R.gallicoides, il ne parait y avoir aucune trace d’hybridité.
Le R. gallicoides, au point de vue des dents foliaires, se relie au R. arvensis à dents simples par une forme à dents doubles que j'avais désignée, dans mon herbier, sous le nom de R. reptans.
Rosa conspicua.
Après la description qu’il donne de son R. conspicua, Boreau ajoute : « Ce magnifique Rosier se distingue faeilement du R. arvensis (Auct.) par ses tiges droites, ses
grandes proportions et ses folioles plus larges ; on ne pourrait le confondre qu’avec le R. bibracteata Bast., mais celui-ci se reconnait de suite à ses rameaux d'un vert clair et à son feuillage d'un vert tendre et luisant, et d’une consistance moins ferme. Le R. conspicua croit aux environs d'Angers, notamment aux bords de la route de St-Barthélemy, où il forme des buissons d’une remarquable élégance, lorsqu'ils sont chargés dans toute leur étendue de leurs innombrables fleurs blanches. » (Conf. Mémoires de la Société académique de Maine-et-Loire, t. XII, 1862).
En comparant le R. conspicua, dont je possède de beaux échantillons que m'a envoyés Boreau, avec les formes ordinaires du R. arvensis, il y a certainement des différences assez remarquables entre le premier et les secondes. Dans le R. conspicua, les folioles sont épaisses, assez largement ovales et plus ou moins largement arrondies à la base; les ramuscules florifères sont robustes et l'inflorescence est assez multiflore (5-15 fleurs). Mais ces différences, selon moi, ne sont, en grande partie, que le résultat de la vigueur plus grande des buissons qui produisent cette forme. En Belgique, j'ai observé des pieds très-robustes du R. arvensis croissant au milieu de broussailles, dont les tiges étaient dressées et ne se recourbaient un peu qu’au sommet. Ces pieds produisaient des ramuscules florifères très-robustes, dont un certain nombre étaient terminés par des inflorescences comptant jusqu'à 15 fleurs. Les folioles étaient aussi épaisses que dans le À. conspicua, mais moins larges et moins largement arrondies à la base.
D'après un échantillon que M. Déséglise a vu dans l'herbier De Candolle, Bastard avait déjà observé dès 1811
le R. conspicua, auquel il avait donné le nom de R. corymbosa.
J'en ai vu des échantillons recueillis par Desportes en 1824 le long de la route de St-Barthélemy, près d'Angers, que Manceau, du Mans, avait rapportés au R. bibracteata.
En somme, je crois que le R. conspicua n’est qu’une variété assez remarquable du R. arvensis, qui se relie au type par des formes transitoires.
Rosa bibractenatfa.
Le R. bibracteata à été décrit pour la première fois en 1815 par De Candolle dans sa Flore Francaise. Voici comment cet auteur s'exprime sur cette Rose.
Cette belle espèce ressemble par son aspect au R. sempervirens et au R. moschata; mais elle en diffère bien évidemment parce que ses styles sont réunis en une colonne glabre et non hérissée : ce caractère la rapproche des R. arvensis et prostrata; mais elle s’en distingue par sa grandeur et par sa tige droite; les rameaux inférieurs sont un peu couchés, garnis de feuilles plus petites et plus pâles; les rameaux centraux sont dressés ; les aiguillons sont épars, un peu erochus, très-élargis à leur base ; les pétioles sout garnis de quelques aiguillons très-courts; les folioies glabres, ovales, pointues, simplement dentées en scie ; les fleurs d’un blanc rosé, grandes, disposées en corymbe ; les pédicelles ont de très-petits poils glanduleux à peine visibles, et ceux des rameaux centraux portent vers leur base 2 bractées oblongues, aiguës et opposées : ces bractées manquent dans les branches inférieures. Ce Rosier a été découvert par M. Bastard, dans les environs d'Angers.
Cette description ne permet pas de reconnaitre avec certitude si l'on a affaire à une forme du R. sempervirens à styles glabres ou à une forme du R. arvensis. Ce qu’on peut en conclure, c'est que la forme décrite a les styles et les feuilles glabres. Quant aux autres caractères, ils sont communs aux À. sempervirens et R. arvensis.
Boreau (F1. du Centr. de la Fr.), se basant sur la vil-
losité ou la glabréité des styles, fait contraster le R. sempervirens avec le R. scandens, et le R. bibracteata avec le R. arvensis. Dans le tableau dichotomique, voici comment cet auteur distingue ces deux dernières espèces.
Folioles luisantes, ovales-elliptiques, assez grandes . . À. bibracteata. Folioles petites, obovales, d’un vert sombre et mat. . À. arvensis.
A la suite de la description du R. bibracteata, ce botaniste ajoute l'observation suivante : « Cette espèce que les auteurs rapportent au À. arvensis a bien plus de rapports avec le R. sempervirens, et j'en ai mème observé des individus dont les styles portaient quelques poils : cependant on la distingue facilement de l’une et de l’autre. »
M. Déséglise (Essai monogr.) range le R. bibracteata avec le R. arvensis dans le groupe des Synstylae à feuilles déciduës, A la suite de la description qu’il donne du R. bibracteata, il ajoute : « Cette espèce par son port ressemble au R. sempervirens, mais elle en diffère par ses feuilles non persistantes et ses styles réunis en une colonne glabre non hérissée ; ce dernier caractère le rapproche du R. prostrala, mais elle s'en distingue par sa tige droite, ses pétioles pubescents et un peu glanduleux, ses folioles déciduës pales en dessous. »
Boreau ne dit rien au sujet de la durée des feuilles du R. bibracteata, quoiqu'il attribue au R. sempervirens des feuilles persistantes et au À. arvensis des folioles non persistantes. Sont-elles bien déciduës, comme le dit M. Déséglise? C'est ce que je ne puis reconnaitre : ce caractère n'étant pas appréciable sur des échantillons d’herbier.
D'après ce que j'ai vu dans les herbiers, on a compris, sous le nom de À. bibracteata, tantôt des formes du R. arvensis et tantôt des formes du À. sempervirens, et
même on à réuni sous ce nom des variétés de ces deux derniers types.
Dans l'herbier de Desvaux, se trouvent deux échantillons du R. bibracteata qui sont probablement authentiques. À l’un, est attaché une étiquette de la main de Desvaux portant : « Rosa bibracteata Bast. ipso teste; » à l'autre, se rapporte une étiquette également de Desvaux portant : « Rosa arvensis Loisel. » Il y a en outre une troisième étiquette écrite au crayon et qui doit être de la main de Bastard portant : « R. bibracteata N. Angers. » Les deux échantillons appartiennent à la même forme. Je ne les ai plus sous les yeux, mais voici les remarques que j'ai faites sur eux en 1875 : « L'un est terminé par quatre fleurs, l’autre par deux. Folioles minces paraissant avoir été luisantes; côte peu ou pas pubescente, avec quelques glandes; pétioles pubescents, un peu glanduleux; pédicelles allongés, un peu glanduleux ; corolle grande ; réceptacle ellipsoïde, lisse. Ces échantillons ne ressemblent pas au À. bibracteata publié par Billot sous les N° 1870 et ont un aspect de À. arvensis. » Ces remarques sont malheureusement trop incomplètes, mais ce qu’on peut cependant en conclure, c'est que les échantillons dont il est question se rapprochent plus du À. arvensis que du KR. sempervirens.
Dans le premier fascicule de mes Primitiae, p.57, j'ai déjà fait quelques remarques sur des échantillons du R. bibracteata publiés par Billot, sous le N° 1870, provenant des environs de Fontenay (Vendée) et sur des spécimens des environs d'Angers recueillis par Boreau. Depuis lors, j'ai eu l'occasion de voir de nouveaux échantillons du N° 1870 de Billot. Parmi les échantillons de ce N°, il y en a dont les folioles sont coriaces, glabres
et à dents fines et qu’on ne peut distinguer des formes du R. sempervirens à styles glabres. Les feuilles moyennes des ramuseules florifères peuvent être 7-foliolées; les sépales extérieurs sont à pinnules très-petites ou assez dilatées.
Il y a d’autres échantillons à folioles plus ou moins minces, à côte glabre ou un peu velue, à dents plus profondes et plus larges que dans le À. sempervirens; les feuilles moyennes des ramuseules florifères sont 5-foliolées ou 7-foliolées. Quant aux caractères de l’inflorescence et de la fleur, il n'y a pas de différence avec les échantillons à folioles coriaces et à dents fines. A part le moins d'épaisseur des folioles et les dents larges, ces derniers échantillons paraissent encore pouvoir se rapporter au R. sempervirens.
Les quelques échantillons des environs d'Angers que m'a envoyés Boreau sont très-peu instinctifs et je n'ose me prononcer sur leur compte. [ls proviennent d’un buisson croissant sous bois ; ils sont à fleurs solitaires ; les feuilles moyennes des ramuscules florifères sont 5-foliolées ; les folioles sont minces, glabres, luisantes et à dents larges et profondes. A première vue, on serait tenté de rapporter ces échantillons au À. arvensis.
A propos de ce R. bibracteala d’Angers, je dois faire remarquer que le R. sempervirens des environs d'Angers, par ce que Je puis voir sur des échantillons que j'ai reçus de Boreau, est moins bien caractérisé que celui du midi. Les folioles présentent des dents plus larges et plus profondes. J'en dirai autant d’un échantillon provenant du Pallet près de Nantes que l'ai reçu de M. Lloyd. Il semblerait qu'à son extrème limite au nord ce type éprouve une sorte d'ébranlement dans plusieurs de ses caractères.
J'ai va dans l'herbier du Musée de Vienne des échantillons nommés À. bibracteata et recueillis aux environs de Toulouse par un botaniste dont je ne puis déchiffrer la signature. Ces échantillons ont les feuilles moyennes des ramuseules florifères 5-foliolées ; les folioles sont glabres, assez coriaces, largement ovales, brièvement acuminées, à dents assez larges, assez souvent accompagnées d’un denticule ; les réceptacles florifères sont glanduleux, ellipsoïdes, très-allongés ; les sépales extérieurs sont entiers ou presque entiers. Quant aux styles, ils sont glabres. La forme des folioles s'éloigne notablement de celle du À. sempervirens. Cette Rose se rapproche d’une autre forme également recueillie à Toulouse par le même collecteur et désignée sous le nom de À. prostrata. Dans celles-ci, les folioles sont moins grandes, à dents simples, mais assez profondes ; les pédicelles sont peu glanduleux; les réceptacles sont lisses et les sépales extérieurs pinnulés. Ces deux formes, sur lesquelles je ne puis me prononcer, méritent d'être étudiées sur le vif avec le plus grand soin.
Dans le mème herbier de Vienne, se trouvent deux ramuseules florifères récoltés à Gradignan et dénommés R. bibracteata. Hs appartiennent à une forme curieuse du R. sempervirens. Leurs pédicelles sont lisses ou à peu près; les réceptacles sont lisses; les sépales, qui sont entiers ou presque entiers, sont peu ou point glanduleux; les styles sont glabres ou à peu près.
D'après tout ce que j'ai vu, J'ai tout lieu de croire que le R. bibracteata véritable n’est pas une espèce autonome et qu'il constitue une forme ou variété du R. arvensis.
I! est à désirer que les botanistes de l’Anjou l'étudie à nouveau avec le plus grand soin, en tenant compte des caractères que J'attribue aux R. arvensis et R.sempervirens.
Les différences qui séparent le Rosa arvensis du Rosa sempervirens.
En présence des nombreuses variations que subissent les À. arvensis et R. sempervirens, il n’est pas possible d’assigner une série de caractères distinetifs d’une constance absolue à l’un et à l’autre de ces types, qui sont néanmoins parfaitement distinets.
Il y a bien un caractère biologique tiré de la persistance et de la caducité des folioles pendant l'hiver qui est de la plus haute importance, mais malheureusement ce caractère n'est pas d’une utilité pratique pour la distinction des échantillons d'herbier. Dans le Prodromus Florae Hispanicae, J'ai fait valoir un caractère tiré de la direction des bractées primaires, qui m'ont paru rester dressées dans le R. arvensis et plus ou moins réfractées dans le R. sempervirens ; mais comme dans le premier de ces types les fleurs sont souvent solitaires ou en corymbe souvent très-paueiflore, le caractère peut rarement être constaté.
Je vais tracer la diagnose des deux types, puis j'entrerai dans quelques détails sur les variations de leurs caractères.
R. anvensis, — Feuilles tombant } R. SEMPERVIRENS. — Feuilles persis-
pendant l'hiver ; feuilles moyennes des ramuscules florifères 7foliolées, rarement 5-foliolées ; folioles ord. minces, non luisantes, glabres ou plus ou moins pubescentes sur l’une ou les deux faces, simplement aiguës ou obtuses, plus rarement cuspidées, à dents larges et assez profondes ; inflorescence souvent uniflore ou
très-pauciflore, très- rarement
tant pendant l'hiver; feuilles moyennes des ramuscules florifères 5-foliolées, rarement 7-foliolées ; folioles ord. épaisses et luisantes, glabres, très-rarement un peu pubescentes en dessous, ord. cuspidées, plus rarement simplement aiguës, à dents étroites et superficielles; inflorescence ord. pauciflore, rarement uniflore ; bractées primaires réfrac-
multiflore; bractées primaires : tées; pédicelles ord. assez abondressées ; pédicelles ord. peu | damment glanduleux, ainsi que glanduleux, ainsi que les sépa- | les scpales; styles ord. velus, les; s{yles toujours glabres. | rarement glabres.
Le nombre des folioles quoique soumis à des variations dans l’un et l’autre types, est un bon caractère qui sert utilement pour la distinction des espèces de la section Synstylae en général. Quant à l’inflorescence, il y a entre le R. sempervirens et le R. arvensis à peu près la même différence que celle qui existe entre le R. moschata et le R. sempervirens, de facon que linflorescence uniflore ou très-pauciflore du R. arvensis se relie à l’inflorescence multiflore du R. moschata par l'inflorescence intermédiaire du R. sempervirens.
A part quelques formes peu répandues et assez rares, comme les R. bibracteala et R. conspicua, on est rarement embarrassé pour rapporter les nombreuses formes du R. arvensis à leur type.
Aire de dispersion du Rosa arvensis.
Au nord, le À. arvensis s'élève en Angleterre jusque dans le comté de Kincardine, mais, d’après M. Baker, l'espèce est très-rare au-delà de la Tweed. Sur le continent, il est loin d'atteindre la latitude élevée de 57°, puisque au nord de la Belgique, où il est assez répandu on ne le signale pas dans la Hollande proprement dite. I] n’existe pas en Danemark, ni en Scandinavie. Dans le nord-ouest de l'Allemagne, on le voit seulement s'élever dans le Hanovre jusque vers le 52° degré près de Hildesheim pour redescendre en Thuringe entre Weimar et léna. De ce point, la limite septentrionale s’infléchit de plus en plus vers le sud pour arriver vers le
48° degré à Matra en Hongrie. Dans ce dernier pays, outre la localité de Matra, M. A. Kerner (Die Vegetations- Verhaltnisse des” miltleren und ôüstlichen Ungarns und angrenzenden Siebenburgens in Oest. Bot. Zeitschr., XIX Jahrg., p. 252), signale le R. arvensis de la facon suivante : « und ausserhalb der Grenzen unseres Gebietes auf dem Somhegy in der Bakonygruppe. In Bereiche des Bihariagebirges in der Plesiugruppe bei Monésa und Nadalbesci und nächst dem Bischofbad bei Grosswardein.»
Du sud de la Grèce, le R. arvensis remonte dans le Monténégro, en Bosnie, etc., puis passe en Italie et jusqu’en Sicile. Il parait manquer dans l'ile de Sardaigne et dans celle de Corse. Il existe en France sur tout le littoral méditerranéen; il passe en Catalogne, aux iles Baléares d'après M. Colmeiro et selon le même auteur il existe dans la province de Valence, en Andalousie, et remonterait en Portugal, où il est très-rare. Enfin, on le revoit dans les Asturies et dans la Biscaye.
Cette espèce est plus ou moins abondante dans le midi de l’Angleterre, en Belgique, dans toute la France à l'exception des parties les plus méridionales, en Suisse, dans le midi de l'Allemagne et en Autriche. En dehors de ces régions, elle devient rare et disséminée.
Ledebour a indiqué le R. arvensis dans les monts Ourals aux environs d’Iekaterinburg. Cette indication ne peut être que le résultat d'une erreur. Ayant eu l'occasion d'écrire à M. Clerc, secrétaire de la Société Ouralienne d'amateurs des sciences naturelles, à lekaterinburg, je lui ai demandé des renseignements sur l'existence du R. arvensis dans les environs de cette viile. Sa réponse est venue confirmer mon opinion. Le R. arvensis n’existe pas dans les régions moyennes de l'Oural, où l’on n’observe que
les R. acicularis et R. cinnamomea. Ledebourg avait puisé son indication dans une Description médico-topographique du district d’Iekaterinburg du Dr. Uspensky (1858), ouvrage très-défectueux au point de vue botanique.
Les aires de distribution des R. arvensis et R. sempervirens sont parallèles et atteignent à peu près les mêmes limites à l’est et à l’ouest ; elles se pénètrent réciproquement, mais en ne s’envahissant pas à une grande distance de leurs lirñites de contact. Le R. arvensis est un type de l'Europe tempérée; le À. sempervirens, un type de la région méditerranéenne.
$ 7. — Observations sur les Roses de la section Stylosae.
La section Stylosae a été établie par moi en 1869 (Conf. Prim., fase. I, p. 15). Le groupement des formes de cette section a été conservé par M. Déséglise comme une division de la section Synstylae sous le nom de Stylosae (Cat, N°525-29,1876)et par M.Gandoger comme une division de sa section Ripartia sous le même nom de Sylosae (Essai sur une nouvelle classification des Roses, p. 12, 1876). Méconnaissant les vrais caractères distinctifs des formés de celte section, qui me parait devoir ètre conservée, un certain nombre de botanistes modernes les confondent dans la section des Caninue.
En 1869, je rapportais cinq formes ou espèces secondaires à cette section; en 1876, M. Déséglise y rangeait sept espèces et M. Gandoger. vingt dont trois douteuses.
Dans cette section, je ne puis admettre qu'un seul type spécifique probablement véritable offrant un certain nombre de variétés parallèles à celles du À. canina. Ces variétés peuvent se ranger en plusieurs séries, que je vais caractériser.
Ser. Nupar. Folioles glabres, à dents simples; pédicelles q 7 3 lisses.
(Cette série correspond à celle que j’ai désignée sous le nom de Lutetianae dans le À. canina.)
Le R. virginea Rip. (Conf. Déségl. Cat., N° 28) est une variété qui appartient à cette série. Les folioles ne sont pas toutes complétement glabres ; parfois la côte est très-légèrement velue, mais les poils finissent par disparaitre. La corolle est d’un blanc pur et les styles sont glabres.
J'ai vu dans l'herbier de M. Cosson d'assez nombreux échantillons en fleurs et en fruits de diverses formes provenant de St-Désir, St-Ouen et Lisieux. Presque toutes ces formes avaient des pédicelles lisses. Deux d'entre elles avaient des pédicelles à glandes très-rares. Les styles sont glabres et la corolle doit être blanche.
En tenant compte de la forme des folioles, de celle du fruit et d'autres petits caractères, on pourrait élever plusieurs de ces formes au rang d'espèce secondaire et qui aurait certainement la valeur de ces espèces secondaires établies aux dépens du R. canina.
Ser. Hispipar. Folioles glabres, à dents simples ; pédicelles hispides-glanduleux.
(Cette série correspond à celle que j’ai désignée sous le même nom dans le À. canina.)
Le R. rusticana Déségl. tel que je le connais par les échantillons publiés par son créateur dans l'Herbarium Rosarum, N° 1, appartient à cette série. J'ai peine à comprendre pourquoi M. Déséglise (Cat., N° 17) l'a rangé dans la tribu Arvenses, car ses styles ne forment pas une colonne comme dans le R. arvensis et, du reste, les
autres caractères sont ceux des formes de la section Stylosae. La corolle, dit l’auteur, est d’un blane carné et les styles sont glabres.
J'ai vu un échantillon de cette même forme étiquetée par Thory sous le nom de R. brevistyla leucochroa.
J’ai recu de M. l'Abbé Puget, sous le nom de R. hirtella Ripart, des échantillons en fleurs provenant de Pommaret, près d'Agen, qui appartiennent encore à cette série. Les folioles sont beaucoup plus étroites que dans le R. rusticana, ovales-elliptiques, longuement cuspidées ; les réceptacles florifères sont ellipsoides; les styles sont glabres.
M. Clavaud m'a envoyé du département de la Gironde des échantillons en fleurs d’une forme appartenant encore à cette série. La corolle est complétement blanche et les styles sont glabres. Cette forme est voisine du R. rusticana sans être identique.
Ser. BiserraTar. Folioles glabres, à dents doubles; pédicelles lisses.
(Cette série correspond à celle que j’ai désignée sous le même nom dans le R. canina.)
J'ai vu dans l’herbier de Leyde un magnifique échantillon florifère d’une forme qui croit eà et là dans la région des Châtaigniers dans l'ile de Madère. Get échantillon a été récolté par MM. Kubhl et Van Hass. La fleur est dite blanche. L’inflorescence est très-multiflore ; le disque est conique (2 mill. ou moins); les styles sont glabres; les dents sont presque toutes accompagnées d'un denticule. J'avais désigné en herbier cette forme sous le nom de R. Kuhlerii.
J'ai vu dans l'herbier de M. Cosson la Rose que
( 559 ) 289 Mandon a distribuée de l'ile de Madère sous le N° 98 avec le nom de Rosa canina L.; Lowe Man., 252. C'est une forme très-voisine de la précédente. M. Déséglise l’a décrite sous le nom de À. Mandoni et il la range dans la section Caninae trib. B. Biserratae.
La variété nevadensis du R. stylosa que j'ai décrite dans le Prodromus Florae Hispanicae appartient à cette série. Ses styles sont velus.
M. Bouteiller m'a envoyé sous le nom de R. leucochroa un échantillon en fleurs recueilli à Jouy-St-Morin qui appartient encore à cette série. Les folioles sont ovaleselliptiques, celles des feuilles supérieures longuement aiguës ; dents accompagnées de 1-2 denticules; côte un. peu velue et devenant probablement glabre à la fin. Les styles forment ordinairement une petite colonne glabre.
Ser. Pugescextes. Folioles plus ow moins pubescentes, à dents simples ; pédicelles lisses.
(Cette série correspond à celle que j'ai désignée sous le même nom dans le R. canina.)
Le R. parvula Sauzé et Maillard in Déségl. Cat., N° 27, parait devoir se rapporter à cette série; mais je n’en ai pas vu d'échantillons authentiques. J'ai bien recu de M. l'Abbé Puget des échantillons étiquetés R. modesta Ripart provenant des environs de Lyon et auxquels j'ai faitallusion dans le 1*% fascicule des Primitiae, p. 59, mais ces échantillons ayant des pédicelles plus ou moins hispides-glanduleux doivent se ranger dans la série suivante.
J'ai recu de M. Clavaud des échantillons de la Gironde à pédicelles lisses qui peuvent se classer dans cette série. Ces échantillons se rapportent à trois formes. La corolle, un peu rosée dans le bouton, devient blanche.
Les styles sont glabres ou presque glabres.Si les pédicelles élaient hispides-glanduleux, on rapporterait ces formes au À. leurochroa Desy.
J'ai recu de M. l'Abbé Puget sous le nom de R. leucantha des échantillons, provenant du département de Lot-et-Garonne, à pédicelles lisses qui me paraissent appartenir aux Stylosae et faire partie de la série des Pubescentes. Les folioles sont pubescentes en dessus et les styles sont glabres.
M. Clavaud m'a envoyé des échantillons provenant de Pauliac d’une forme qui est voisine de la précédente. La corolle est blanche, légèrement rosée à la base ; les styles sont glabres et les folioles sont un peu pubescentes en dessus.
Si, comme j'ai lieu de le penser, ces deux dernières formes appartiennent bien aux S/ylosae, elles ne diffèrent du R. stylosa que par leurs pédicelles lisses et non hispides-glanduleux.
Enfin M. Loret m'a envoyé sous le nom de R. systyla, provenant de la route de Gignac, des échantillons à pédicelles lisses, à styles glabres et à folioles glabres en dessus. Ils ne diffèrent du R.systyla que par leurs pédicelles lisses.
Dans cette série des Pubescentes, on pourra, en faisant de nouvelles recherches, trouver matière à créer un certain nombre d'espèces secondaires.
Ser. CoLLiNaE. Folioles plus ou moins pubescentes, à dents simples ; pédicelles hispides-glunduleux.
(Cette série correspond à celle que j'ai désignée sous le même nom dans le À. caninu.)
Dans cette série, viennent se ranger les R. stylosa Desv., R. Clotildea Timb.-Lagr., R. systyla Bast. et R. leucochroa Des.
Selon M. Déségilise, les R. Clotildea et R. systyla ont la corolle rose; les R. stylosa et R. leucochroa ont blanche ; le À. stylosa à les folioles un peu velues en dessus ; les autres espèces les ont glabres en dessus.
Les caractères sur lesquels ces prétendues espèces ont été établies sont tellement sujets à varier et les formes tran-sitoires sont tellement nombreuses, qu’il est souvent très-diflicile de classer les échantillons d'herbier. Je suis convaincu que ces créations spécifiques sont tout à fait artificielles et ne représentent que des formes individuelles qu'on peut grouper de diverses facons. Les groupements qui ont été faits et ceux qu'on fera encore pourront aisément se démembrer et donner lieu à la création d’un nombre plus ou moins considérable d'espèces secondaires, qu’on sera en droit de maintenir avec autant de raison que les espèces qui ont déjà été démembrées dans la section. On pourra se servir de la forme des folioles et de leur pubescence qui varient beaucoup, ainsi que de la forme des réceptacles florifères et fructifères. Les styles, à leur tour, sont très-sujets à varier dans leur degré d’exsertion.
Ser. TomEnTELLAE. Folioles plus ou moins pubescentes, à dents doubles ou composées ; pédicelles lisses ou hispidesglanduleux.
(Cette série correspond à celle que j’ai désignée sous le même nom dans le R. canina.) A cette série, appartient la var.f. cantabrica du R.stylosa que J'ai décrite dans le Prodromus Florae Hispanicae. Dans l'herbier de Desvaux, il y a des échantillons d'un « Rosa leucochroa G.angusta Desv. Habitat in Pictavia superiori » à pédicelles lisses,à côte seule velue,à dents foliaires munies de 1-5 denticules glanduleux. C’est là une forme
curieuse qui doit également entrer dans la série des Tomentellae.
J’ai cru devoir passer sous silence quelques-unes des formes de cette section décrites par les auteurs, parce que je n’en possédais pas d’échantillons ou parce qu’elles ne méritaient pas de nous arrêter ici.
Selon moi, je le répète, la section n'est composée que d’un seul type spécifique dont les folioles peuvent être glabres, peu ou abondamment pubescentes, à dents simples, doubles ou composées, dont les pédicelles peuvent être lisses ou hispides-glanduleux.
Ce type, qui doit recevoir le nom de R. stylosa Desv. (1810), présente une aire de dispersion sudo-occidental et appartient au type de distribution que J'ai désigné sous le nom d’occidental (Conf. Guide du botaniste, p. 564 et Patria Belgica, t. X, p. 466). Vers le sud-ouest, il apparait tout d’abord à l'ile de Madère, d’où il gagne le nordest de l'Espagne et le midi de la France; il remonte au nord, vers l’ouest, dans les comtés méridionaux de l'Angleterre (Baker), passe à l'ile de Wight (Baker), arrive vers Lisieux, se trouve dans le département de la Seine-et- Marne. Il ne parait pas exister dans le nord de la France. En Lorraine, il a été signalé par confusion avec des formes du R.canina. Vers l’est, il s'étend jusqu'en Savoie, aux bords du lac de Genève et remonte jusqu'à Bâle.
Il a été indiqué en Styrie et dans l'Istrie, mais ces indications me paraissent extrêmement suspectes. Il ne parait pas exister en Italie et dans le centre de l'Allemagne. II fait défaut dans le nord de l’Europe et n'existe ni en Belgique, où il a été indiqué par erreur, ni dans le Luxembourg et la Province rhénane. Il est probable qu’il croit çà et là dans le midi de l'Espagne et en Portugal. D'après
ce que j'ai vu, j'ai lieu de supposer qu'il se trouve en Algérie.
Quoiqu'il soit bien distinct du R. canina, on peut le confondre facilement avec certaines formes de ce dernier type, surtout sur des spécimens d’herbier. Cette confusion a même parfois été faite par Desvaux et Bastard, qui, les premiers, se sont occupés des Stylosae et ont décrit les premières formes de ce groupe. C’est ce que J'ai pu constater dans les herbiers de Desvaux, Desportes et Goupil(!).
$ 8.— Observations sur le Rosa gallica L.etses hybrides.
Le R. gallica L. s'est vu successivement démembré jusqu'au commencement de ce siècle sous les noms de
R. austriaca Crantz, R. incarnata Mill., R. pumila L.f.,
R. provincialis Aït., ete. De nos jours, le démembrement s’est poursuivi d’une facon bien remarquable, puisque dans le Catatoque de M. Déséglise (1876), on compte treize formes admises comme espèces, et que dans l'Essai sur une nouvelle classification des Roses de M. Gandoger, on en trouve plus de trente formes décorées de noms spécifiques.
Les formes admises comme espèces par M. Déséglise sont les suivantes : R. austriaca Crantz, R. incarnata Mill., R. virescens Déségl., R. velutinaeflora Déségl. et Ozanon, R. decipiens Bor., R. opacifolia Chabert, R. gallica L., R. provincialis Ait., R. assimilis Déségl., R. pyqmaea MB., R. Czackiana Bess., R. Wolfgangiana Bess. et R. pumila L.f.
(1) Je dois la communication des Roses de Desvaux à M. Alph. Lavallée, qui possède l’herbier de cet auteur, et celles de Desportes et Goupil, à M. Franchet.
M. Déséglise comprend dans sa section Gallicanae nonseulement des formes légitimes du R. gallica, mais encore des hybrides de ce type croisé avec les R. arvensis et R. canina, hybrides qu'il décrit comme des espèces légitimes.
Dans cette même section, il range les formes en trois groupes. Le premier de ceux-ci comprend les formes à styles rapprochés en colonne velue, hérissée ou glabre; le second, les formes à styles libres, hérissés ou glabres ; le troisième, les formes à styles libres, laineux. Nous allons voir, en étudiant les formes que cet auteur a décrites, que ces trois divisions,qui sont données comme fondamentales, doivent être modifiées pour répondre à la réalité des faits, c’est-à-dire pour classer naturellement les formes légitimes du R.gallica et les formes hybrides produites par le croisement de ce type avec les À. arvensis et R. canina.
Je vais examiner successivement, dans cet article, les variétés du R. gallica, le R. centifolia L., les hybrides du R. gallica croisé avec les R. arvensis et R. canina, le R. alba L. et le R. damascena Mill.
Rosa gallica.
Le R. gallica est un type bien distinet qu'il est toujours facile de distinguer par d'excellents caractères, mais dont la connaissance est souvent obscurcie par des hybrides qu'il forme naturellement avec les R. arvensis, R. canina et autres types et que certains auteurs n’ont pas toujours eu le soin de bien distinguer des formes légitimes du type.
Il forme un arbrisseau dont la taille ne dépasse guère un mètre, même dans les jardins, et qui peut se réduire, dans les terrains stériles, à deux ou trois décimèêtres. Ses axes sont presque toujours chargés de nombreux aiguillons
sétacés se transformant souvent en soies glanduleuses ; rarement ces aiguillons et ces soies glanduleuses font défauts. Les aiguillons crochus sont beaucoup plus grèles et plus délicats que dans le R. canina. Les feuilles moyennes des ramuscules florifères sont presque toujours »-foliolées et ce n'est qu’accidentellement qu'elles se présentent 7-foliolées. Les stipules sont toutes semblables, plus ou moins étroites, les supérieures ne devenant pas plus larges comme cela s'observe dans le R. canina. Les bractées sont étroites. Les sépales sont ordinairement grands et abondamment pinnulés.
Comme on le voit, le R. gallica présente une série de caractères de premier ordre qui permettent de le distinguer toujours avec certitude.
J'ajouterai que ses folioles ont une forme et un aspect qui leur sont propres : que son inflorescence est souvent réduite à une seule fleur ou présente rarement plus de 9 fleurs et que sa corolle, ordinairement d'un rose vif, est généralement grande.
Les caractères qui ont servi à M. Déséglise et à d’autres monographes pour distinguer spécifiquement les diverses formes du R. gallica, sont de valeur très-secondaire et permettent de distinguer, parmi les nombreuses formes du R. gallica, un bien plus grand nombre d’espèces secondaires que celles que cet auteur a admises. C'est, du reste, en employant cette sorte de caractères que M. Gandoger est parvenu à distinguer une trentaine d’espèces dans le R. gallica. Ce dernier nombre pourrait, sans aucun doute, être doublé si l'on voulait poursuivre l'étude de toutes les variétés du À. gallica.
Je ne m'attacherai pas ici à faire l'analyse détaillée des espèces admises par les auteurs, parce que cela m'entrai-
nerait trop loin. D'après l'étude attentive que j'ai faite d'une foule de formes provenant de presque toutes les régions de l'aire de ce type, je puis avancer que les dislinctions qu'on a tenté de faire sont artificielles, ne s'appliquent qu'à des formes individuelles, dont beaucoup échappent aux diagnoses et constituent des séries de formes intermédiaires.
Rosa centifolia.
La plupart des auteurs admettent le KR. centifolia L. comme une espèce autonome ; il constitue avec le R. damascena Mill. une section particulière désignée sous le nom de Centifoliae. M. Regel, au contraire, ne voit dans le À. centifolia qu'une variété du R. gallica.
Après avoir longuement étudié cette Rose, je ne puis, comme M. Regel, la considérer que comme une forme du R. gallica obtenue par la culture et ne présentant aucun caractère essentiel qui puisse la faire distinguer de ce dernier type. Elle présente, comme celui-ci, des axes sétisères-glanduleux, des feuilles moyennes des ramuscules florifères 5-foliolées, des stipules supérieures et des bractées étroites. Ses pédicelles sont plus longs que dans la plupart des autres formes du À. gallica et ses fleurs sont penchées ; mais il est à remarquer que certaines formes du R. gallica cultivées présentent également de longs pédicelles et des fleurs plus ou moins étalées.
On a attribué pour patrie à cette prétendue espèce lAsie- Mineure, le Caucase et la Syrie ; mais dans ces régions la plante n’a été recueillie qu’à fleurs doubles ou pleines et provenant, sans aucun doute, des jardins ou de lieux où elle avait autrefois été cultivée.
Le R. muscosa Ait. n'est qu’une déformation du R. centifolia. |
( 347 ) 595 Rosa gailica L. X Rosa arvensis Huds.
Quoiqu'aucune expérience connue n'ait été faite pour s'assurer si les formes dont il va être question sont réellement des produits hybrides provenant de croisements entre le À. gallica et le R. arvensis, il n’est guère possible de nier leur nature hybride en présence de leurs caractères ambigus qui les rapprochent plus ou moins de l’un ou l’autre des types précédents.
Comme le À. gallica est un type assez variable et que, d'autre part, le À. arvensis est sujet à varier dans des limites assez larges, on doit s'atiendre à ce que leurs produits hybrides soient, à leur tour, assez variables. D'un autre côté, dans l'étude de ces hybrides, il faut tenir compte des formes en retour vers l’un ou l'autre type, car malgré la stérilité assez fréquente chez les hybrides, il en est qui produisent des fruits fertiles, dont les akènes ont pu et ont même du reproduire des formes en retour.
Ces deux circonstances expliquent parfaitement pourquoi les descriptions appliquées à ces hybrides sont loin de concorder entre elles, et que, sous le même nom, les spécialistes ont distribué des formes qui ne sont pas identiques.
Je vais examiner successivement les formes que lon peut considérer comme des hybrides des R. gallica et R. arvensis.
Rosa Pozuixiaxa Sprengel sec. Déséglise. — M. Déséglise rapporte à son À. Polliniana le R. conica Chabert in Cariot Études des fleurs, t. I, p. 171. Dans les nombreux échantillons authentiques du R. conica que j'ai reçus de Lyon, les folioles sont petites et seulement par deux paires dans les feuilles moyennes des ramuscules flori-
EN: | à ul
fères ; les styles, glabres, sont très-peu saillants au-dessus d'un disque conique assez prononcé ; les axes ont très-peu d’aiguillons sétacés ou glanduleux. M. Déséglise attribue à son À. Polliniana des styles formant une colonne stylaire égalant Îles étamines, ce qui n'est pas exact comme on peut le voir dans les échantillons provenant des environs de Lyon. Le même auteur rapporte également à son R. Polliniana une forme du canton de Schaffouse dont M. Christ m'a envoyé des échantillons sous le nom de R. gallico-arvensis; or cette forme n'est pas la même que le R. conica. En effet, ses styles, glabres, sont assez saillants, mais libres; ses feuilles moyennes des ramuscules florifères sont 5- ou 7-foliolées et les aiguillons sétacés ou glanduleux sont moins rares sur les axes,
Comme on le voit, il n'y a pas homogénéité parmi les formes que M. Déséglise décrit sous le nom de R. Polliliana.
Le R. conica des environs de Lyon rappelle beaucoup par son aspect général le R. arvensis. IL forme, selon M. Cariot, un sous-arbrisseau de 2 à 6 décimètres et à souche traçante.
Rosa nyBrina Schleicher. — Cette forme se rapproche également plus ou moins du R. arvensis par son aspect général et, comme le R. conica, il produit un sousarbrisseau. Les feuilles moyennes de ses ramuscules florifères sont 5-foliolées, très-rarement 7-foliolées ; ses styles sont velus et forment une colonne assez épaisse, tantôt assez longue et égalant les étamines, tantôt assez courte ; ses axes sont chargés d'aiguillons sétacés ou glanduleux assez nombreux.
Rosa arvina Krocker. — Cette forme parait être trèsvoisine du R. Polliniana. D'après les auteurs qui l'ont
ee
( 549 ) 39 décrite, elle produit un sous-arbrisseau qui atteint à peine un pied, d’après Krocker, et qui dépasse rarement cette taille, d'après Rau. Le créateur de l'espèce ne parle pas de la forme que prennent les styles au-dessus du disque et Rau, à son tour, ne mentionne pas ces organes. MM. Déséglise et Cariot lui attribuent des styles hérissés formant une colonne stylaire plus courte que les étamines. Les aiguillons sétacés ou glanduleux paraissent moins abondants que dans le R. hybrida; les feuilles moyennes des ramuscules florifères sont 5-foliolées.
Rosa arexivaGa Déségl. — Cette forme, selon M. Déséglise, produirait un arbrisseau et non un sous-arbrisseau comme les trois précédentes. Ses styles sont plus ou moins saillants, mème dans le bouton où ils égalent les étamines. [ls ne sont pas glabres, comme le dit M. Déséglise, mais hérissés. Les feuilles moyennes des ramuseules florifères sont 5-foliolées; les aiguillons sétacés ou glanduleux sont peu abondants sur les axes.
Rosa Gemxara Schleicher. — Le R. geminata forme un arbrisseau à rameaux rougeàtres, longs et retombants. Il tiendrait ce caractère du À. arvensis. Les feuilles moyennes des ramuscules florifères sont 5-foliolées, rarement 7-foliolées ; les aiguillons sétacés ou glanduleux sont assez abondants. M. Déséglise lui attribue des styles libres, hérissés, presque aussi longs que les étamines, or dans les échantillons que je possède et qui sont d'origme authentique, les stylés sont sujets à varier beaucoup. Ils peuvent être assez longuement saillants ou peu saillants, libres ou formant une colonne stylaire. Cette variation dans le rapprochement des styles en colonne ou dans leur liberté ne permet pas de diviser les hybrides des À.gallica et R. arvensis en deux groupes, comme l'ont fait MM. Dé-
Qc
séglise et Cariot. L’étude approfondie qu’on fera de ces hybrides permettra peut-être de séparer celles-ci en deux groupes, l'un voisin du À. gallica, l’autre plus voisin du R. arvensis, mais la division devra, sans aucun doute, si elle est possible, reposer non pas uniquement sur les styles, mais sur un ensemble de caractères : forme du buisson, rareté ou abondance des aiguillons sétacés, forme des folioles et des sépales, et coloration de la corolle.
M. Déséglise réunit à son R. geminata le R. incomparabilis Chabert, que M. Cariot considère comme distinct du R. geminata et tenant le milieu entre ce dernier et le R. hybrida. Dans les R. incomparabilis que j'ai recus de Lyon, les styles, velus, forment une colonne épaisse un peu plus courte que les étamines.
Il reste maintenant à voir si le R. geminata du botaniste français est bien le même que celui de Rau. Cet auteur dit que le R. geminata est un abrisseau peu élevé et dressé (frutex humilis, 1 1/2-2 1/2 pedalis), ce qui ne cadre pas exactement avec les descriptions de MM. Déséglise et Cariot. Quant aux styles, ils sont dits velus et libres (styli basi villosi, distincti). Pour discuter avec succès la question d’identité, il faudrait voir des échantillons authentiques de Rau.
Resa Fourrart Déségl. — Dans cette forme que Chabert (Conf. Cariot loc. cit, IE, 677) avait désignée sous le nom de R. mixta et que M. Gandoger à distribuée sous le nom de R. dendroidea, les styles, glabres, sont très-peu saillants au-dessus d’un disque conique assez élevé et rappellent ceux du R. stylosa. Les aiguillons sétacés sont rares sur les axes florifères; les feuilles moyennes des ramuscules florifères sont 5-foliolées. D’après M. Déséglise, le R. Fourraei forme un sous-arbrisseau et, selon
(551) 597 Chabert, ses rameaux sont longs et couchés sur la terre.
Rosa Boraraxa Béraud. — M. Déséglise range cette forme dans son groupe des Gallicanae à styles libres; or dans un bel échantillon authentique que je tiens de Boreau et provenant d’un pied cultivé au Jardin botanique d’Angers, les styles forment une grosse colonne velue un peu plus courte que les étamines. Ce même auteur rapporte à son À. Boraeana une Rose de Couëron que M. Lloyd, dans la 2° édition de sa Flore de l'Ouest de la France, avait décrite sous le nom de R. arvina Krocker et que, plus tard, dans la 5° édition de sa Flore, il a rapportée au R. Boraeana. Cette rose de Couëron ne peut être identifiée à ce dernier et se rapproche plutôt du R. arvina.
Rosa Dupont Déségl. — Cette forme a été classée par M. Déséglise dans la section Synstylae, entre le R. phoenicea et le R. abyssinica. Si j'en juge d'après un bel échantillon que m'a envoyé Boreau sous le nom de R.nivea Dupont, c’est une forme qui doit se ranger parmi les hybrides du R. gallica croisé avec le R. arvensis ou peutêtre avec le R. sempervirens. Les styles sont fortement saillants, velus, rapprochés en une fausse colonne égalant à peu près les étamines.
Rosa syzvarica Tausch. — Chez cette forme qui constituerait un sous-arbrisseau, les styles sont plus ou moins saillants et forment une fausse colonne velue courte ou égalant presque le niveau des étamines. Les aiguillons sétacés ou glanduleux sont assez rares ou peu abondants.
Dans toutes les formes précédentes que je considère comme des hybrides, les styles sont plus ou moins saillants, tantôt plus courts que les étamines, tantôt égalant celles-ci, libres et s’écartant les uns des autres, ou bien plus ou moins rapprochés les uns des autres et consti-
tuant une colonne stylaire. L’exsertion des styles existe déjà dans le bouton et il faut se garder de la confondre avec celle qui peut se produire dans le À. gallica pendant la dessiceation des échantillons fructifères. Cette dernière exsertion provient de ce que les réceptacles fructifères, en se desséchant, se contractent en laissant à découvert les sommets des styles qui simulent alors une courte colonne.
IL est possible que parmi les espèces décrites par MM. Déséglise et Cariot, il en existe une ou plusieurs qui appartiennent encore aux hybrides des À. gallica et R. canina, mais je ne possède pas de matériaux suflisants pour en parler.
Rosa gallica L. X Rosa canina EL.
On a décrit sous divers noms plusieurs Roses qui ont tout à fait l'apparence d’être des produits hybrides provenant de croisements entre les À. gallica et R. canina. Plusieurs d’entre elles sontconsidérées comme des hybrides; d’autres ont été admises comme des espèces autonomes. |
ILest à remarquer que ces formes à l'état spontané ne s’observent que dans les localités où croit le R. gallica.
Les formes dont je vais parler dans cet article et qu'il y à lieu de considérer comme des hybrides des R. gallica et R. canina, se distinguent principalement des hybrides précédentes par leurs stipules supérieures et leurs bractées dilatées, par leurs styles non saillants; par leurs axes plus robustes; par leurs feuilles moyennes des ramuscules florifères assez souvent 7-foliolées et non presque toujours 5-foliolées .
Onles distingue du R. gallica par leurs axes présentant peu d’aiguillons sétacés ou glanduleux; par leurs folioles
ordinairement moins amples et à nervures secondaires moins saillantes ; par leurs stipules supérieures et leurs bractées dilatées; enfin par leur corolle moins grande et d’une coloration moins vive. Elles se distinguent du R. canina par des aiguillons erochus plus petits et plus grèles ; par la présence d’aiguillons sétacés ou glanduleux principalement sur les ramuseules florifères; par des folioles plus larges et plus arrondies; par les feuilles moyennes des ramuscules florifères assez souvent 5-foliolées et non pas toujours 7-foliolées; par leurs pédicelles et réceptacles assez abondamment hispides-glanduleux; par leur corolle plus grande.
Je vais successivement passer en revue les diverses formes que je considère comme appartenant à ce deuxième groupe d'hybrides.
Rosa Timeroyi Chabert et Rosa CnaBerti Déségl. — Ces deux prétendues espèces forment un buisson qui s'élève de 1 à 2 mètres. Les folioles sont largement ovales, parfois suborbiculaires, glabres ou à peu près glabres en dessous, à dents composées-glanduleuses ; les feuilles moyennes des ramuseules florifères sont 5-foliolées, rarement 7-foliolées ; la partie supérieure des ramuseules florifères présente de rares aiguillons sétacés.
Les caractères dont se servent MM. Cariot et Déséglise pour séparer les R. Timeroyi et R. Chaberti sont tellement faibles qu'on peut réunir ces deux formes et ne les considérer que comme de simples variations d’une même hybride. M. Déséglise avait autrefois distingué une troisième forme sous le nom de R. Acharii, mais il a plus tard, dans son Catalogue, supprimé cette troisième forme en rapportant comme synonyme le R. Timeroyi à son R. Acharii. Il est à remarquer que ce dernier nom ne
peut s'appliquer à la Rose des environs de Lyon, parce que le R. Acharii de Bilberg, d’après la figure de la plante suédoise et d’après des échantillons que m'a envoyés M. Scheutz, est une toute autre forme et constitue une variété du R. canina.
Rosa PROTEA Ripart. — La forme décrite sous ce nom par M. Déséglise me parait assez voisine des R. Timeroyi et R. Chaberti et pourrait bien avoir la même origine ; seulement, elle paraît se rapprocher plus du R. canina par ses folioles qui sont plus allongées et par ses feuilles moyennes des ramuscules florifères plus souvent 7-foliolées. Elle forme un buisson élevé. Ses ramuscules florifères présentent de rares aiguillons sétacés.
A cause de la présence de glandes rares sur les nervures secondaires, M. Déséglise a rangé le R. protea avec la forme suivante dans sa section des Rubiginosae, tribu des Glandulosae, tandis qu'il classe les À. Timeroyi et R. Chaberti dans sa section des Caninae, tribu Hispidae.
Rosa pryaDEea Ripart. — Le R. dryadea tel que je lai reçu de Ripart lui-même est voisin du R. Timeroyi ; seulement les feuilles moyennes des ramuscules florifères sont plus souvent 7-foliolées. M. Déséglise le décrit avec des glandes sur les nervures secondaires, mais je n’en ai pas vu sur les spécimens que m'a envoyés l’auteur de l'espèce.
Rosa mmaBizis Déségl. — M. Déséglise range cette forme dans sa section Gallicanae, mais sa place est plutôt parmi les hybrides des R. gallica et R. canina, du moins si j'en juge par des échantillons provenant du bois de Marmagne et recueillis par M. Déséglise lui-même. Ses feuilles moyennes des ramuscules florifères sont 5- ou 7-foliolées. Elle forme un arbrisseau.
Rosa Gazzico-caxixa Reuter. — Les formes que j'ai reeues sous ce nom de Reuter et d'autres botanistes génevois ne sont pas identiques, mais elles appartiennent les unes et les autres au groupe du R. Timeroyi. M. Déséglise a rapporté le R. gallico-canina Reut. au R. psilophylla Rau.
Dans toutes les formes précédentes, les folioles sont glabres ou à peu près, tandis que dans une forme dont M. Haussknecht m'a envoyé une belle série d'échantillons provenant de Weimar, les folioles sont pubescentes en dessous. Cette forme qui croit en compagnie du R. pumila, est voisine du R. Timeroyi et n'en diffère guère que par sa pubescence. Ses feuilles moyennes des ramuscules florifères sont 5- ou 7-foliolées et ses axes floraux présentent souvent des aiguillons sétacés.
Rosa coLLixa Jacq. — On doit bien se garder de confondre le vrai À. collina de Jacquin avec les variétés du R. canina à folioles assez petites, pubescentes, simplement demtées, et à pédicelles un peu hispides-glanduleux. L'une de ces variétés a reçu le nom de R. Deseglisei Bor. Le R. collina a les folioles amples, les pédicelles abondamment hispides-glanduleux, la corolle grande, et parfois il existe des aiguillons sétacés sur les ramuscules florifères. Il ne diffère du R. alba que par ses folioles moins arrondies, souvent au nombre de 5 paires dans les feuilles moyennes des ramuscules florifères et par sa corolle rose. Ses aiguillons crochus ne sont pas aussi robustes que dans le R. canina, mais sont assez délicats, comme dans le R. alba. Quant aux aiguillons sétacés, ils sont plus rares que dans ce dernier et souvent ils font défaut.
Le R. collina se relie au R. alba par des formes intermédiaires. C'est ainsi que J'ai reçu de M. Bouvier sous le
nom de R. gallico-canina des échantillons provenant de Petit-Lancy, près de Genève, qui sont intermédiaires entre ces deux prétendues espèces. Une forme que l’on peut également considérer comme étant intermédiaire est le R. Boreykiana Besser. Il présente des aiguillons sétacés et les feuilles moyennes de ses ramuscules florifères sont d-foliolées ; seulement, ses folioles, au lieu d’être suborbiculaires, sont largement ovales, assez longuement aiguës et sa corolle est rose. D'après les échantillons authentiques que j'ai vus du À. Boreykiana, on ne peut identifier cette forme avec celle que M. Christ a décrite sous le nom de R. gallico-dumetorum-obtusifolia, qui manque d’aiguillons sétacés et dont les feuilles moyennes des ramuscules florifères sont 7-foliolées. Une forme voisine du R. Boreykiana a été observée par M. Timbal-Lagrave dans le bois de Fondsorbes près de Toulouse.
Dans le R. collina, le R. alba et les formes qui me paraissent relier ces deux prétendus types, les dents foliaires ne sont pas composées-glanduleuses comme dans les formes précédentes, mais simples, ce qui semble dénoter que le croisement du R. gallica s’est fait avec des variétés du R. canina à dents simples.
Rosa azBa L. — Jusqu'à présent, le R. alba a été généralement admis comme un type autonome. Nous allons rechercher s’il mérite bien ce rang, ou s’il n’est qu'une forme hybride ainsi que je l'ai avancé ci-dessus.
Lindley a classé le R. alba dans sa division Villosae, entre le À. tomentosa et le R. hibernica; Trattinnick le range dans sa série Rauiana, entre le R. surculosa Woods (R. canina) et le R. bibracteata; Thory en a formé son groupe À/bae; M. Déséglise l'a placé dans sa section Caninae tribu Collinae, à la suite du À. Boreykiana;
M. Gandoger l'a classé dans sa section Crepiniana (Caninae), à la suite du R. collina Jacq. Enfin M. Regel l'a rangé entre le ÆR. repens Scop. (R. arvensis) et le R. ferox MB.
Le R. alba présente de telles ressemblances avec certaines formes citées ci-dessus et ses caractères sont tellement ambigus, qu'on est forcément amené à invoquer l'hybridité pour expliquer ses ressemblances et ses caractères. Ceux-ci sont, en effet, une combinaison de ceux des R. gallica et R.canina. Les traces du À. gallica se retrouvent dans les aiguillons sétacés qui se présentent çà et là sur certaines portions des axes, dans la gracilité des aiguillons crochus, dans le nombre des folioles des feuilles moyennes des ramuscules florifères qui sont presque toujours 5-foliolées, dans l'ampleur et la forme des folioles, dans la glandulosité des pédicelles et la grandeur de la corolle. Les traces du R. canina se retrouvent, à leur tour, dans la vigueur de l'arbrisseau, dans la forme des dents foliaires, dans la dilatation des stipules supérieures et des bractées. |
Je ne suis pas le premier qui ait suspecté la légitimité du À. alba. Déjà en 1875, M. Christ (Die Rosen der Schweiz, p. 207) émettait l'idée d’hybridité et faisait remarquer les affinités du À. alba avec les R. gallico-dumetorum, R. gallico-obtusifolia, R. collina Jacq. et R. Boreykiana Bess.
Le R. alba sous sa forme typique, c’est-à-dire à corolle blanche, double ou pleine, ne se trouve qu'à d'état cultivé ou subspontané. Il existe parfois à fleurs simples au dire de certains auteurs, mais dans cet état est-il à corolle blanche”?
M. Rapin m'a envoyé de Genève un R. canino-gallica
var. pubescens qui ne diffère uniquement du R. alba des jardins que par sa corolle simple et rose.
Selon moi, il y a donc lieu de croire que le R. alba est un produit hybride cultivé depuis plusieurs siècles. Cela expliquerait pourquoi les recherches touchant sa patrie sont restées vaines.
Rosa pamascena Mill. — De même que le R. alba, le R. damascena a été admis jusqu'aujourd’hui pour une espèce légitime, dont la patrie restait également inconnue.
Lindley ne l'avait vu qu'à l’état cultivé et signalait avec doute la Syrie comme son lieu d'origine. D’après Nicholas Monardi, cette Rose aurait été introduite dans nos cultures européennes vers {575 (Conf. Lindley Ros. Monogr., p. 62). M. Regel dit qu'elle habite l'Orient, mais sans indiquer de localités précises ; M. Boissier ne la signale pas dans son Flora Orientalis et il fait remarquer qu'il ne l'a pas observée spontanée en Orient. Elle est cultivée dans les régions orientales à fleurs doubles ou pleines et les voyageurs en ont rapporté des échantillons qu'ils ont confondus parfois avec des spécimens du À. centifolia.
Dans sa Flore des Indes anglaises, M. Hooker fait remarques que le R. damascena est la Rose la plus fréquemment cultivée dans les jardins de l'Inde et qu'elle sert à la fabrication de l'essence de Rose.
Il n'y a rien d’étrange dans l'ignorance où nous sommes restés de la patrie de cette Rose, puisque, selon moi, elle ne peut être considérée que comme un produit hybride provenant du croisement du R. gallica avec le R. canina.
Le R. damascena ressemble beaucoup au R. alba et, dans certains cas, il est mème assez difficile de distinguer l'une de l’autre des variations cultivées de ces deux formes.
Par l’ensemble de ses caractères, le R. damascena est plus rapproché du À. gallica que le R. alba et c'est pourquoi les monographes, dans leurs classifications, ont peu éloigné cette Rose du R. gallica.
Les tiges du À. damascena sont moins élevées que celles du R. alba et ne dépassent pas beaucoup un mètre ; elles sont couvertes d’aiguillons sétacés plus nombreux. Sur les ramuscules florifères, ces aiguillons sont également plus nombreux et se transforment souvent en soies glanduleuses. Les folioles sont souvent moins arrondies et il n'est pas rare de les voir au nombre de trois paires dans les feuilles moyennes des ramuseules florifères; les stipules supérieures et les bractées sont plus étroites; les pédicelles sont plus hispides-slanduleux.
Quant à la forme du réceptacle, elle varie selon que les fleurs sont plus ou moins pleines. Remarquons que dans cette Rose la souche émet, comme le R. gallica, de longs rejets souterrains rampants.
En terminant l'énumération des formes que je considère comme des hybrides des R.gallica, R. arvensis et R.canina, je crois devoir faire quelques réserves. Comme je n'ai pu guère étudier ces formes que sur des matériaux d'herbier, il peut se faire que je me sois trompé sur la nature ou l'origine de quelques-unes de ces formes, mais ma conviction bien arrêtée est que le plus grand nombre sont des produits hybrides et qu'aucune d’elles ne constitue une espèce autonome. Chez celles d’entre elles dont j'ai pu étudier le pollen ou microscope, j'ai trouver les grains polliniques entièrement ou presque entièrement atrophiés,
ce qui, selon moi, dénote l’hybridité. Afin d’être définitivement fixé sur la valeur de ces formes, je recommande aux botanistes qui peuvent observer celles-ci à l’état vivant d'étudier attentivement le pollen et de rechercher si, dans la majeure partie des cas, la fécondation ne se fait pas au moyen du pollen des types qui croissent dans leur voisinage. Comme je l'ai déjà dit ci-dessus, il n’est pas rare de rencontrer de nombreux réceptacles stériles chez plusieurs de ces formes.
Pour résoudre plus sûrement le problème, il faudrait procéder à des croisements artificiels et c’est là une opération que je tenterai plus tard.
L'existence de ces formes hybrides et des formes en retour peut parfois embarasser beaucoup le botaniste qui n'est pas mis sur ses gardes, et rendre à ses yeux les diagnoses des types bien obscures, d'autant plus qu’à côté du R. gallica, il existe une espèce, le À. Jundzilli, qui semble établir un passage entre le R. gallica et le R. canina. Il est possible que cette espèce doive sont origine à un antique croisement de ces deux dernières espèces, mais, le cas échéant, elle me parait avoir acquis suffisamment de fixité et des caractères distinetifs assez saillants pour être admise au rang d'espèce.
Je crois devoir ajouter ici quelques remarques sur plusieurs formes qui se rattachent ou qu'on dit se rattacher au R. gallica.
Rosa GaLLico-UMBELLATA Rap. — M. Rapin a décrit sous le nom de R.gallico-umbellata une forme qu'il attribue au
croisement des R.gallica et R.umbellata (seu R.rubiginosa).
Il est peu probable que lopinion de cet auteur soit fondée, car, d’après les échantillons qu'il m'a envoyés, Je suis plutôt porté à voir dans sa plante une simple variété
du R. rubiginosa. La présence d'aiguillons sétacés ou glanduleux n'est pas très-rare dans ce dernier type et elle seule ne pourrait pas dénoter l'existence d’un produit hybride. Remarquons, en outre, que dans les échantillons que j'ai vus, les folioles n'ont pas l'ampleur qu’elles devraient avoir s'il y avait eu hybridation et qu'en outre les feuilles moyennes des remuscules florifères ne seraient sans doute pas régulièrement 7-foliolées. Grenier (F1. Jur., p. 225) a décrit cette forme sous le nom de R. consanguinea, en la rangeant non loin du R. gallica. M. Déséglise (Cat., N° 285), en admettant le nom de R. consanguinea, classe cette Rose dans sa section Rubiginosae tribu Glandulosae, a côté du R. protea.
Je pense donc que ce prétendu À. gallico-umbellata doit se ranger parmi les variétés du R. rubiginosa, à côté de la variété désignée spécifiquement sous le nom de R. dimorphacantha Mart.
Rosa TOMENTOSO-GALLICA Rap. — M. Rapin m'a envoyé, sous lenom de R. tomentoso-gallica, des échantillons d’une forme très-intéressante, mais sur laquelle je n’ose me prononcer. Son aspect général est celui du R. tomentosa ; mais ses axes sont chargés d'aiguillons sétacés et de soies glanduleuses, caractère extrèment rare chez le R. tomentosa, et les feuilles moyennes des ramuscules florifères sont à-foliolées. Ces deux dernières particularités sembleraient dénoter l’action du R. gallica. M. Christ m'a envoyé du Jura de Schaffouse, sous le nom de R. gallicotomentosa, une forme voisine de la précédente, mais dont les aiguillons sétacés sont moins nombreux sur les axes et dont les feuilles moyennes des ramuscules florifères sont 7-foliolées. M. Déséglise (Cat, N° 571) décrit le R. tomentoso-gallica Rap. sous le nom de R. genevensis et le classe
608 (562 ) dans sa section Tomentosae, entre les R. cuspidatoïdes et R. scabriuscula.
De nouvelles études me paraissent nécessaires avant de pouvoir définitivement admettre ces Roses comme une hybride des R. gallica et R. tomentosa, ou comme une variété de ce dernier type.
Rosa TuRBINATA Ait. — Le R. turbinata est une Rose dont la nature et l'origine sont encore bien obscures. Constitue-t-il un type autonome ou n'est-il qu’un produit hybride ?
Rau l’admet comme une espèce distincte, quoiqu'il ne l'ait vu qu'à fleurs doubles ou pleines. Lindley l’admet également comme un type distinct et le range en tête de sa division Villosae, à côté du R. pomifera. M. Regel y voit une variété du R. gallica. Koch, l’auteur du Synopsis Florae Germanicae et Helveticae, le considère comme une espèce distincte et le classe dans sa section Cinnamomeae, à côté du R. cinnamomea. Il doit avoir vu des échantillons à fleurs simples recueillis au Mont Kahlenberg, près de Vienne, par Dolliner.
À première vue, on serait tenté de ranger le R. turbinata dans la section Villosae, à cause de la forme et de la villosité de ses feuilles ; et, d’un autre côté, la grandeur de sa corolle fait penser au R. gallica.
Je suis convaincu que nous n'avons pas affaire à un type autonome, mais à un produit hybride, dont l’un des ascendants est le R.gallica. Mais quel est le second ascendant ? Serait-ce, comme je l’ai pensé assez longtemps, le R. mollis Sm. ou le R. pomifera Herrm. ? Je ne le crois pas et voici pourquoi. Si l’une ou l’autre de ces deux dernières espèces avait concouru à la formation de cette hybride, les dents foliaires seraient bien certainement
( 365 ) 609 composées-glanduleuses, or elles sont toujours simples et, de plus, les stipules supérieures et les bractées ne seraient pas aussi dilatées. Je crois plutôt qu'il faut voir dans le R. cinnamomea le second ascendant. Remarquons que celui-ci, dans ses formes européennes, à souvent les feuilles moyennes des ramuscules florifères 5-foliolées, que, d'autre part, ces feuilles sont 5-foliolées dans le R. gallica; or dans le R. turbinata elles sont presque toujours 5-foliolées, très-rarement 7-foliolées. En second lieu, dans le R. cinnamomea, les sépales sont entiers et dans le R. turbinata ils sont souvent entiers et rarement pinnulés, dernière particularité qui serait due à l’action du R. gallica. Le R. turbinata tiendrait ses larges stipules et bractées du R. cinnamomea, et ses grandes folioles et sa grande corolle, du R. gallica.
Il resterait à expliquer le genre d’armature des axes.Les ramuscules florifères sont presque toujours inermes et parmi les nombreux échantillons que j’ai vus, je n'ai observé qu’un seul ramuseule florifère chargé, dans sa partie supérieure, de soies glanduleuses et un autre chargés d’aiguillons erochus et de soies glanduleuses. Les branches paraissent être toujours inermes. Sur deux grands spécimens qui se trouvent dans l’herbier de Vienne sous le nom de À. gallica, j'ai vu les tiges chargées d’aiguillons, les uns grèles plus ou moins sétacés, droits ou erochus, les autres plus robustes, crochus et plus ou moins régulièrement géminés. Si ce genre d’armature de la tige se présente toujours dans le R. turbinata, elle serait une eombinaison de celles des R. gallica et R. cinnamomea. Mais il resterait à expliquer l'inermité des branches et des ramuscules florifères. Comment se ferait-il que cette inermité se présenterait dans un produit de deux ascendants dont tous les axes sont armés d’aiguillons ?
Avant de se prononcer définitivement sur l'origine du R. turbinata, il faudra faire des expériences de croisement entre les R. gallica et R. cinnamomea et mème entre Île R. gallica et le R. blanda. Le croisement avec ce dernier type expliquerait peut-être l'inermité des axes secondaires, mais non l’extrème dilatation des stipules et des bractées.
J'ai vu dans l'herbier de Vieñne des échantillons du R. turbinata recueillis au Kahlenberg par Dolliner. Les sépales extérieurs sont pinnulés; la corolle est simple ou peut avoir des pétales surnuméraires. Dans ce même herbier, j'ai vu des échantillons provenant des jardins à fleurs simples. Sous les noms de R. gallica var. Willdenowit et de R. turbinata var. simplex, il existe dans ce même herbier de beaux échantillons, provenant du Jardin botanique de Vienne, à fleurs peu doublées ou simples et à fruits bien développés, couronnés par des sépales redressés et persistants. Dans l'herbier de M. Cosson, se trouvent des échantillons à fleurs simples recueillis par M. Kerner à Mautern (Autriche). Il est probable que ces derniers échantillons, de mème que ceux du Kahlenberg, proviennent de pieds subspontanés. La plante ne se trouve probablement nulle part à l’état indigène.
$ 9. — Observations sur le Rosa Jundzilli Besser.
IL existe à travers toute l’Europe une Rose dont les caractères remarquables se conservent dans toute son aire de distribution. Celle-ci s'étend du département de la Haute-Garonne jusque dans les montagnes du Caucase. Cette Rose a été décrite pour la première fois, en 1811, par Besser sous le nom de R. glandulosa, et cet auteur lui a donné plus tard (1816) le nom de À. Jundzilli.
Le R. Jundzilli a été postéricurement décrit sous divers noms que je rappellerai dans la suite de cette étude.
Considéré dans sa forme typique, le R. Jundzilli ne peut être confondu avee aucune variété du R. canina. Il forme un buisson peu élevé, dont la taille ne dépasse pas ordinairement un mètre; ses aiguillons caulinaires ne prennent pas la forme crochue de ceux du R. canina et ils sont souvent plus ou moins droits ; les folioles sont ordinairement grandes, plus ou moins glanduleuses en dessous, mais à glandes inodores ou presque inodores, à nervures secondaires saillantes, à nervilles formant un réseau sur la plante desséchée ; ses pédicelles sont abondamment hispides-glanduleux et les soies glanduleuses s'étendent sur la base du réceptacle et parfois sur toute sa surface ; ses sépales sont grands, hispides-glanduleux, les extérieurs abondamment pinnulés; la corolleest ordinairement grande et assez vivement colorée; les styles sont veluslaineux. Les sépales sont réfléchis ou étalés après l’anthèse et sont cadues avant la maturité du fruit.
La place naturelle de cette espèce me parait être, comme je l’ai déjà dit, à côté du R. gallica.
Elle se distingue du R. gallica : 1° par sa taille plus élevée; 2° par ses aiguillons plus robustes, très-rarement et accidentellement mélangés d’aiguillons sétacés-glanduleux dans les entrenœuds supérieurs des ramuseules florifères; 5° par ses feuilles caulinaires et ses feuilles moyennes des ramuscules florifères 7-foliolées et non 5-foliolées ; 4° par ses folioles d’une autre forme et plus longuement atténuées-aiguës, à dents moins ouvertes ; 5° par ses stipules supérieures et ses bractées plus dilatées; 6° par son inflorescence qui est moins pauciflore; 7° par sa corolle d'une couleur moins foncée.
Le démembrement qu'a subi le R. Jundzilli provient de ce que les auteurs n'ont pas toujours bien connu le type de Besser et que, d'autre part, ils n'ont pas tenu compte des modifications que peut éprouver la plante dans les stations variées qu'elle habite.
L'étude attentive que j'ai faite du À. Pugeti Bor., qu'on peut considérer comme appartenant à la forme type du R. Jundzilli, étude que j'ai faite sur de très-nombreux matériaux d’herbier et sur la plante culivée, ne me permet pas d'accorder de valeur aux caractères distinetifs qu'on a invoqués pour élever au rang d’espèce de simples variations du type. C'est ainsi que le R. Pugeti, qu’on a distingué du type de Besser, est décrit comme un sous-arbrisseau ne formant pas buisson, or des graines de cette prétendue espèce ont produit dans mon jardin, à Rochefort, et au Jardin botanique de Bruxelles des buissons compacts s’élevant d'un mèêtre à un mètre et demi. Je veux bien admettre que cette forme, dans certaines stations sèches, sur des collines exposées au soleil, forme un sous-arbrisseau, mais, d’après ce que j'ai pu voir sur des échantillons d'herbier, elle prend plus de vigueur dans des stations favorables au développement des tiges. Il n’en reste pas moins vrai que le À. Pugeti, qu'il forme ou ne forme pas buisson, n’atteint pas la taille habituelle du R. canina. Ses folioles, tout en conservant leur forme caractéristique, peuvent être grandes ou petites ; leur pubescence et leur glandulosité sont sujettes à varier. Quant à l’armature des axes, elle est, à son tour, soumise à de nombreuses variations. Les rameaux et les ramuscules florifères peuvent être complétement inermes on plus ou moins abondamment aiguillonnés.
En présence de ces variations, il n'est pas possible de: séparer du ÆÀ. Jundzilli certaines formes qu'on en a démembrées, telles que les R. subolida Déségl., R. Jundzilliana Déségl., R. reticulata Kerner, etc., et les nombreuses formes que M. Gandoger à cru devoir distinguer dans le A. Jundzilli des environs de Lyon. La seule localité d'Arnas a fourni à ce dernier botaniste plus de quinze espèces. Je ne m'arrêterai pas ici à faire la critique de toutes ces formes qui, à mon sens, ne sont pour la plupart que des variations individuelles.
Dans son aire de distribution qui est extrèmement étendue, le À. Jundzilli présente quelques variations dans son feuillage qu'il importe de noter.
Tantôt les folioles présentent des dents très-composéesglanduleuses, à pointe très-aiguë ayant une tendance à se recourber en arrière. Cela donne aux feuilles un cachet particulier assez caractéristique. Avec ce caractère, les folioles présentent une villosité plus ou moins dense ou plus ou moins celaire-semée sur la côte, sur les nervures secondaires et parfois sur les nervilles ; en même temps, les pétioles sont plus ou moins velus. Ces divers caractères se représentent dans des échantillons que j'ai vus des régions suivantes : Départements de la Haute-Garonne, de Saôneet-Loire, de la Côte-d'Or et du Cher, environs de Lyon, de Genève, la Savoie (Pringy), Kremsier en Moravie et montagnes du Caucase.
Dans les échantillons authentiques que j'ai vus de Besser, les dents foliaires ont rarement la tendance à se recourber en arrière.
La forme dont il vient d’être question et que j'appellerai provisoirement recurvidentata, a des folioles qui varient un peu. C'est ainsi que les folioles des feuilles supérieures
des ramuscules florifères peuvent être longuement ou assez brièvement aiguës au sommet.
Dans le nord-est de la France, le R. Jundzilli tend à se modifier un peu quant à la direction des dents foliaires, qui sont plus dressées, ainsi qu'on peut le voir dans R. Jundzilliana publié par M. Déséglise sous le N° 55PiS et recueilli à Rambervillers (Vosges) et dans le R. Jundzilliana signalé par M. le D' Humbert dans la forêt de Vitrimont près de Nancy (Conf. Essai monographique sur les Roses du bassin de la Moselle).
Avant de parler de la forme que l'on désigne sous le nom de R. trachyphylla et qui parait être une variété du R. Jundzilli, je dois faire quelques observations sur diverses autres formes qu'on a élevées au rang d'espèce et qui ne sont, pour la plupart, que des variétés de ce dernier type.
Le R. flexuosa Déségl. du département du Cher et des environs de Lyon me parait devoir se rapporter au R. Jundzilli. I ne présente aucun caractère essentiel qui le sépare de ce dernier. Les dents foliaires sont dressées. Je ne connais pas le type de Rau par des échantillons authentiques et il est bien possible que cet auteur ait donné le nom de R. flexuosa à une toute autre forme qu'à une variété du R. Jundzilli, car il dit de son espèce : « Frutex altitudine Rosae caninae », ce qui ne peut s'appliquer au R. flexuosa des auteurs français.
Le R. nemorivaga Déségl., d’après ce que j'en puis juger par des exemplaires du département du Cher et des environs de Lyon, doit également se rapporter au R. Jundzilli. Certains entrenœuds des ramuseules florifères sont sétigères. Les dents foliaires sont dressées.
Le R. speciosa Déségl., dont j'ai vu des échantillons du
département du Cher et des environs de Lyon, doit encore, selon moi, être rapporté au R. Jundzilli. Certains entrenœuds des ramuscules florifères sont sétigères. Il n’y a pas à le distinguer de certains échantillons authentiques du R. Jundzilli que j'ai vus.
Le R. pseudo-flexuosa Ozanon qui appartient encore, selon moi, au À. Jundzilli, ne diffère guère du R. speciosa que par des aiguillons sétacés ou glanduleux plus nombreux.
Le R. approximata Déségl. ne peut être classé comme l’a fait M. Déséglise dans la section Caninae en compagnie de variétés du R. canina. Cette forme, dont je possède des échantillons publiés par M. Déséglise et des échantillons envoyés par M. Lamotte, produit un petit buisson qui ne s'élève jamais à la taille des variétés du R. canina avec lesquelles elle se trouve mêlée. C'est encore, selon moi, une variété du R. Jundzilli, à ramuscules florifères présentant de fins aiguillons parfois glanduleux à la pointe. Les folioles sont plus largement ovales et moins longuement aiguës que dans les formes ordinaires du R. Jundzilli; elles sont un peu velues à la face inférieure, à nervures secondaires glanduleuses.
Toutes les formes du R. Jundzilli dont il a été question jusqu'ici, ont au moins la côte pubescente en dessous et presque toujours la villosité s'étend aux nervures secondaires, et mème assez souvent au parenchyme interposé ; les pétioles sont plus ou moins densément pubescents.
Il est probable que si lon cherchait bien, on découvrirait des formes du R. Jundzilli à feuilles complétement glabres. M. Gandoger m'a envoyé sous le nom de À. viridifolia un échantillon florifère du R. Jundzilli recueilli à Mäcon, dont la côte des folioles n’a que de très-rares poils
qui doivent disparaitre avec l’âge. Le même botaniste m'a également envoyé sous le nom de R. titanophylla un échantillon florifère du R. Jundzilli recueilli à St-Lager (Beaujolais), dans lequel la côte est presque complétement glabre.
Comme M. Christ a traité assez longuement le R. Jundzilli (Die Rosen der Schweiz), je dois faire quelques remarques sur les formes qu'il rapporte à ce type et qui sont les suivantes : Forma Pugeti (R. Pugeti Bor.), F. typica (R. Jundzilliana Bess. in sched.), F. aspreticola (R. aspreticola Gremli in lit.) et var. heteracantha, F. tolosana (R. tolosana Timb.-Lagr.).
Nous connaissons suffisamment la forme Pugeti, et il n’est plus nécessaire d'en parler.
La forme typica, dont il m'a envoyé des échantillons provenant du Jura de Schaffouse, a des folioles relativement moins allongées que dans le À. Pugeti, ayant une autre forme et à dents dréssées. Elle appartient probablement bien au R. Jundzilli. La forme asprelicola dont je possède un échantillon de la même région, est probablement encore une variété du R. Jundzilli; mais je n’oserais rien affirmer. La var. heleracantha sur l'étiquette de laquelle M. Christ a écrit : « R. gallico-Jundzilliana? » est peut-être encore une variété du R. Jundzilli, mais, d’un autre côté, on pourrait peut-être la suspecter d'hybridité. Ses ramuscules florifères sont un peu sétigères. En somme, il me reste des doutes sur ces trois variétés, qui paraissent s'éloigner plus ou moins des formes habituelles du R. Jundzilli.
Quant à la forme tolosana, elle doit être identifiée avec le R. Pugeti, comme l’a du reste fait M. Déséglise.
J'en arrive enfin au R. trachyphylla Rau. Je n'ai pas
vu, jusqu à présent de types authentiques de l'espèce de Rau, mais j'ai tout lieu de croire que le À. trachyphylla de la vallée du Rhin représente bien la plante que cet auteur a décrite.
J'ai pu étudier sur le vif la forme rhénane sur les côtes boisées de Gaualgesheim en amont de Bingen. A première vue, on pourrait la confondre avec certaines formes du R. canina, surtout quand son buisson atteint la taille d'un mètre et demi et se trouve mêlé avec des buissons du À. canina; mais quand on l'examine attentivement, on remarque que l'on a affaire à un type spécifique distinet du À. canina. Tout d'abord, sa taille n’est pas aussi élevée que celle de ce dernier ; il forme ordinairement un buisson haut d'un mètre environ; ses aiguillons caulinaires, qui peuvent être robustes, n'ont jamais la forme erochue de ceux du R. canina; ses folioles sont ordinairement plus grandes, relativement plus allongées, à nervures secondaires plus saillantes; ses corolles sont plus grandes, ete. Mais si l’ensemble de ses caractères le distingue du À. canina, il n’est toutefois pas difficile de confondre en herbier certains échantillons de ce type avec des formes du À. canina de la série Scabratae. La confusion que l'on peut ainsi faire ne prouve cependant pas que l'espèce soit mal caractérisée et doive être réunie au R. canina, comme l'ont fait certains auteurs; cela prouve uniquement que les échantillons de Roses desséchées ne fournissent pas toujours tous les éléments pour une bonne détermination. À ce propos, ne puis-je pas faire remarquer que l'observateur est parfois très-embarassé pour identifier certains échantillons d'herbier du R, tomentosa et de À. mollis, et cependant voilà deux types spécifiques bien distincts et qui n'ont jamais pu être réunis que par
des auteurs qui ne les avaient pas suffisamment étudiés dans la nature.
J'en reviens au R. trachyphylla de la vallée du Rhin, pour faire remarquer les variations auxquelles il est sujet. Comme dans le R. Jundzilli type, ses branches et ses ramuseules florifères peuvent être inermes, peu ou assez abondamment aiguillonnés; mais, en général, les axes sont moins aiguillonnés que dans le R. ranina. Ses folioles peuvent être grandes ou petites, peu ou abondamment glanduleuses en dessous. Selon que les glandes sont rares ou abondantes, les dents sont plus ou moins composéesglanduleuses. Les pédicelles, qui peuvent être courts ou allongés, sont peu ou abondamment hispides-glanduleux ; les réceptacles, qui sont variables dans leur forme et leur volume, sont d'ordinaire seulement hispides-glanduleux à la base, mais les glandes peuvent envahir toute leur surface.
Aux alentours de Gaualgesheim, tous les pieds de R. trachyphylla que j'ai vus ont les feuilles complétement glabres, ainsi que les décrit Rau ; cependant il existe dans la vallée du Rhin, par exemple à Bacharach, des pieds dont les pétioles, la côte et les nervures secondaires sont plus ou moins pubescents.
Dans le Palatinat, les formes velues et glabres existent près de Forst(F.Schultz et F. Winter Herbariuwm normale, cent. 1, N° 45). Je dois faire remarquer que dans le N° que j'ai consulté l'échantillon en fruits appartient au R. micrantha Sm.
M. Déséglise n'indique le R. trachyphylla qu'avec doute en France. Il y existe cependant dans le nord-est. M. le D' Humbert m'en a envoyé des échantillons recueillis au mont St-Quentin près de Metz et à la carrière de Balin
près de Naney. Ces échantillons appartiennent aux mêmes formes qu'on trouve dans la vallée du Rhin entre Mayence et Coblence, à feuilles glabres et à glandes rares ou peu abondantes à la face inférieure des folioles. Le R. Pugeti que M. Humbert (loc. eit.) indique au bois de Saulxures appartient au À. trachyphylla, forme à rameaux et à ramuscules inermes ou presque complétement inermes, à feuilles glabres et très-peu glanduleuses en dessous.
Passons maintenant au R. trachyphylla que l’on observe en Suisse, M. Christ (loc. cit.) décrit huit formes dans son À. trachyphylla : Forma typica, F. latifolia, F.virgata, F. Aliothii, F. Godeti, (R. Godeti Gren.), F. marginata (R. marginata Wallr.), F. Godetae (R. alpestris God.), F. Cotteti (R. Cotteti Lagger et Puget).
Les formes typica, latifolia et Alicthii me paraissent bien appartenir au R.trachyphylla, représentant des variations à folioles glabres et très-peu glanduleuses en dessous ; la forme Godeti appartient peut-être encore au type de Rau, mais les échantillons que j'en possède et que j'ai reçus de M. Godet, ne sont pas suffisamment nombreux et complets pour me prononcer avec certitude sur leur identité spécifique.
Quant aux formes Godetae et Cotteti, elles n’apparüennent pas au À. trachyphylla. La première doit se ranger parmi les variétés de la série Montanae du R. canina et la seconde est une forme que je rapporte provisoirement au À. tomentosa.
Il est probable que le R. trachyphylla est répandu à et là en Allemagne au-delà du Rhin, mais qu’on le confond assez souvent avee des variétés du À. canina. J'en ai vu un échantillon provenant des environs de Breslau étiqueté : K. rubiginosa-gallica.
Le R. Hampeana Gris. que j'ai assez longuement décrit en 1869 (Prim., fase. 1, p. 108-111) et que depuis cette époque j'ai pu étudier sur de riches matériaux et sur le vif (plante cultivée), n'est rien autre qu'une variété presque complétement inerme du À. trachyphylla. M. Christ (loc. cit.) a le premier fait ce rapprochement heureux et qui débarasse la nomenclature d’une espèce obscure, dont le classement paraissait très-difiicile. Dans la récente édition de son Flora von Deutschland, M. Garcke conserve encore cette espèce comme un type distinet qu'il range à côté du R. alpina. M. Déséglise la classe loin du R. trachyphylla dans sa section Caninae. Le R. Hampeana ne diffère du R. trachyphylla que par ses axes presque complétement inermes, par ses folioles peu glanduleuses en dessous, par ses pédicelles et ses sépales peu hispidesglanduleux. Ces différences n'ont qu'une valeur très-secondaire, car il existe des formes du À. trachyphylla chez lesquelles les aiguillons deviennent rares et dont la glandulosité des folioles est très-réduite.
Après avoir fait une étude soigneuse de toutes les formes dont il a été question dans cet article, j'en suis arrivé à la conviction qu'il n'existe sous tous les noms que j'ai cités qu'uneseule véritable espèce, le R. Jundzilli,qui, du midi au nord, se modifie sous le rapport de la pubescence et de la glandulosité, mais tout en conservant ses caractères essentiels.
Il resterait maintenant à en caractériser les variétés, mais la tâche n'est pas facile, à cause des nombreuses formes de transition qui réunissent les variations pubescentes aux variations glabres. On peut aussi bien établir un assez grand nombre de variétés basées sur l’armature des axes, sur la forme des folioles, sur la forme du
(375) 621 fruit, etc., que de se borner à deux variétés : l'une pubescente représentant le type, l’autre glabre se rapportant plus spécialement au R. trachyphylla.
A cause de la confusion que l'on a sans doute assez souvent faite du R. Jundzilli avec certaines formes du R. canina et d'autres espèces, on ne possède pas tous Îles renseignements qu'on aurait eus sans cela pour tracer son aire de distribution. D’après les matériaux qui me sont passés sous les yeux et certaines indications que j'ai cru pouvoir utiliser, je pense qu'on peut tracer l'aire de dispersion de la facon suivante. L'espèce ne parait pas exister dans le sud-ouest de l'Europe au-delà des Pyrénées, ni dans la région méditerranéenne. Elle se montre tout d'abord dans le département de la Haute-Garonne, gagne les environs de Lyon, la Savoie et Genève à l'est, passe dans le département du Cher, arrive vers Naney et Metz, poursuit sa marche dans le Palatinat rhénan, gagne la vallée de la Nahe vers Kreutznach, la vallée du Rhin jusqu'à Coblence, atteint les environs de Gôüttingen, se dirige vers Bréslau, puis gagne l’Autriche, la Russie méridionale et les montagnes du Caucase. Elle ne semble par exister au revers méridional des Alpes. Une chose bien digne d’attention, c'est que son aire de distribution parait se rapprocher beaucoup de celle du R. gallica, espèce avec laquelle elle présente beaucoup d’affinités morphologiques.
A propos du R. gallica, on doit se garder de confondre quelques formes hybrides de ce type avec certaines variétés du R. Jundzilli.
$ 10. — Observations sur les variétés du Rosa pimpinellifolia L.
Le R. pimpinellifolia n'échappe pas plus que d’autres types à certaines variations dans la forme et l'abondance des aiguillons, dans la forme, la vestiture et la dentelure des folioles, dans la forme et le volume des réceptacles, ete.
Les variations de ces divers organes ont donné lieu à l'établissement d’un certain nombre d'espèces secondaires dont j'ai énuméré une partie dans le premier fascicule des Primitiae. Parmi les espèces secondaires du R. pimpinellifolia citées par moi, il y a le R. oxyacantha MB., qui n'est pas une variété du R. pimpinellifolia, mais probablement (Conf. Prim., fase. I, p. 505-506) une hybride de ce type et du À. acicularis.
La nomenclature que j'avais donnée des espèces secondaires démembrées du type linnéen est loin d’être complète, ainsi qu'on peut s'en assurer en consultant les ouvrages de MM. Déséglise et Gandoger. Remarquons toutefois que ces deux auteurs ont classé dans leur section Pimpinellifoliae des formes ou espèces qui appartiennent à d’autres sections et que parmi les noms qu'ils citent il y a de simples synonymes.
Je ne veux pas ici passer en revue toutes les variétés du KR. pimpinellifolia qui ont été élevées au rang d'espèce secondaire et en discuter les caractères ; je me bornerai à quelques-unes d’entre elles sur lesquelles je désire attirer l'attention des spécialistes.
Rosa elasmacantha Trautv.
M. Regel a décrit cette forme en 1877 dans son Tentamen Rosarum Monographiae, p. 27. I la classe entre les R. rugosa et R. platyacantha.
J'ai vu dans l'herbier de l'Académie de St-Pétersbourg des échantillons du R.elasmacantha étiquetés par M. Regel provenant de la province de Kansu (Chine), recueillis par le D" Piasezki en 1875.
A première vue, ces échantillons paraissent appartenir à une espèce bien distincte du À. pimpinellifolia, tant est étrange la forme des grands aiguillons caulinaires. Ceuxei représentent une sorte de lames triangulaires à base dépassant parfois 2 centimètres. Leur largeur est comprise entre à et 25 millimètres. Ils sont entremèélés de très-fins aiguillons sétacés extrèmement nombreux. Sur les branches, ils sont beaucoup moins larges et tout en restant très-minces 1ls tendent à prendre la forme des aiguillons du À. platyacantha Schrenk.
A part la forme singulière des aiguillons, cette Rose présente tous les caractères du À. pimpinellifolia dont elle n'est certainement qu'une variété, à laquelle on pourra conserver le nom d'elasmacantha. Les feuilles sont parfaitement glabres; les dents foliaires sont simples ; les pédicelles présentent quelques rares glandes.
M. Regel décrit une variété G. leptacantha, dont les grands aiguillons sont lancéolés ou linéaires-lancéolés.
Cette variété, dont l’auteur m'a envoyé un fragment, ne diffère pas de certaines formes européennes du R. pimpinellifolia et ne me parait pas devoir être associée à la variété 4. platyacantha dont il vient d’être question.
Rosa platyacautha Schrenk.
Dans le 5° fascicule des Primitiae, après avoir réservé mon opinion sur la valeur du type de Schrenk, j'ai été amené à n'y voir qu'une variété du À. pimpinellifolia,
M. Regel (loc. cit.) distingue six variétés dans le R. platyacantha : &. typica, G. densiflora, y. cuneifolia, À. kokanica, &. leucacantha, €. variabilis.
Je n'ai pas vu d'échantillons authentiques des quatre dernières variétés, de façon que je ne puis exprimer d'opinion sur elles. La variété que cet auteur désigne sous le nom de densiflora est cette forme curieuse dont j'ai parlé aux pages 569 et 570 du 5° fascicule des Primitiae. Elle peut se subdiviser en plusieurs sous-variétés. Il y a entre autres une forme extrêmement remarquable par la petitesse extrème des folioles, dont les dimensions sont de 2-5 millimètres de largeur sur 2-5 millimètres de longueur. Dans cette forme, les fleurs sont fort petites.
Depuis la publication du 5° fascicule des Primiliae, j'ai eu l’occasion de voir des échantillons du R. platyacantha recueillis par M. Potanin dans le nord de la Mongolie (Herbier du Jardin botanique de St-Pétersbourg).
Parmi les échantillons que ce collecteur a récoltés à Nan-shan-kou le 7 juin 1877, il y en a qui sont peu aiguillonnés et d’autres où les aiguillons robustes sont mélangés d’aiguillons sétacés. Ces derniers établissent plus ou moins une transition entre le À. platyacantha et le R. pimpinellifolia. De ce mème collecteur, j'ai vu deux fragments d’une Rose recueillis: « Fauee Kôshety Daban » le 25 mai 1877. Quoique ces fragments soient sans fleurs et seulement avec de jeunes feuilles, Je crois pouvoir les rapporter au type de R. platyacantha.
Dans la 5° fascicule des Primitiae, p. 370, je disais que la Rose Pimprenelle que l'on cultive à Pékin et qui est semi-pleine, appartient à la variété densiflora. D’après une indication d’une étiquette accompagnant un échantillon dans l’herbier du Jardin de St-Pétersbourg, il
paraitrait que cette Rose aurait la fleur jaune. Voici la copie de l'étiquette à laquelle je fais allusion : « Rosa pimpinellifolia. Strauch bis 10 Fuss hoch. Feine Blätter, viele Stacheln, rôthliche Zweige. Blüthen gelb, geruchloss, meist gefüllt. Blüthen April. Haüfig euluivirt. — Nach David auch wild am Ordos. Flora Pekinensis. D: Bretschneider 1877. » Cette coloration jaune de la corolle me parait étrange dans le R. pimpinellifolia, mais est-ce bien le jaune du R. lutea et n'est-ce pas plutôt un blanc jaunâtre gagné par la culture ? A part cette coloration de la corolle, tous les autres caractères sont bien ceux du R. platyacantha, ou, si l'on veut, du R.pimpinellifolia. Les tiges sont peu aiguillonnées et d’après les échantillons assez nombreux que j'ai vus, recueillis par plusieurs botanistes, les branches et les ramuseules paraissent être très-souvent complétement inermes. Une chose bien remarquable dans tous les échantillons que j'ai examinés et qui sont à fleurs doubles, les folioles ont la face inférieure couverte de poils plus ou moins aranéeux abondants qui donnent à cette face un aspect tomenteux-blanchàtre. Ces poils finissent par disparaitre avec l’âge. Cette villosité aranéeuse s'observe parfois, mais à un degré très-faible, dans certaines formes européennes du R. pimpinellifolia. J'ai vu dans l'herbier de l'Académie de St-Pétersbourg des échantillons du À. platyacantha var. densiflora recueillis dans les montagnes du nord de la Chine en 1851 par Lalinkinsky. C’est probablement de ces montagnes que les Chinois ont tiré la plante qu'ils cultivent,
$ 11. — Observations sur les Rosa glutinosa Sibth. et Sm., Rosa Heckeliana Tratt. et Rosa sicula Tratt.
Depuis plusieurs années, je cherche à découvrir de bons caractères spécifiques pour délimiter les R. glutinosa Sibth. et Sm., R. Heckeliana Trait. et R. sicula Tratt. (R. Seraphini Viv.),et jusqu'à présent mes recherches ont été vaines. Si l’on se borne à ne considérer que les formes typiques de ces trois Roses, on peut assigner à celles-ci des-caractères qui permettent de les distinguer assez rigoureusement, mais quand on envisage leurs variétés et leurs variations, les notes distinctives s’effacent plus ou moins, deviennent obscures et J’on ne reconnait plus de limites bien claires entre ces trois Roses. L’extrème difficulté que j'ai éprouvée pour délimiter celles-ci provient-elle d’une manière fausse d’envisager les choses, ou bien tient-elle à ce que ces trois formes ne constituent pas trois véritables espèces ?
Je vais successivement examiner les À. glutinosa, R. Heckeliana et R. sicula, et soumettre aux spécialistes le résultat de mes observations.
Rosa glatinosa.
Le R. glutinosa a été considéré comme une espèce distincte par la plupart des auteurs qui l'ont déerit ou signalé. Thory, imitant l'exemple de Seringe, ne la cependant admis que comme une variété du À. rubiginosa. M. Regel (Tent. Rosar. Monogr., p. 57) range le type de Sibthorp et Smith parmi les synonymes de sa variété a. typica du R. rubiginosa ; mais, d’un autre côté, 1l admet le R. glutinosa de Boissier, qui est cependant le même
que celui des deux auteurs anglais, comme un type distinet en le rapportant en synonyme au R. ferox MB.
Les principaux caractères qui semblent distinguer le R. glutinosa sont : 1° des aiguillons crochus ou arqués entremélés de nombreux aiquillons sélacés ou de soies glanduleuses ; 2° des folioles suborbiculaires glanduleuses sur les deux faces ; 5° de fleurs brièvement pédicellées ; 4° des sépales se redressant après l’anthèse, couronnant le fruit à la maturité et persistants. Cette espèce forme ordinairement un arbuste bas et tortueux.
Je vais passer en revue ces divers caractères, voir jusqu'à quel point ils sont constants, et examiner s'ils n'appartiennent pas en partie aux À. Heckeliana et R. sicula.
Aiguillons. — Smith a décrit son type sur des échanüillons de l'ile de Crète, où l'espèce présente des aiguillons assez fortement crochus, ainsi qu'on peut le voir sur les spécimens recueillis par Sieber et qu'on trouve dans la plupart des grands herbiers. Si les aiguillons du R. glutinosa appartiennent bien au type crochu, il se présente des cas où ils deviennent presque droits et même parfaitement droits, comme ceux du R. mollis; mais cela ne doit pas nous surprendre, car nous voyons la méme chose se produire dans le R. rubiginosa, chez lequel les aiguilllons normaux crochus peuvent être remplacés, sur certaines tiges délicates ou à la partie inférieure des tiges, par des aiguillons parfaitement droits. Je n’examinerai pas un à un les échantillons du R. glutinosa distribués dans les herbiers par les botanistes voyageurs, en recherchant les causes des modifications éprouvées par les aiguillons ; qu'il me suffise de dire qu'en général les aiguillons ne revèêtent leur forme normale que sur les parties des axes éloignées de la souche et qu'ils
sont d’autant plus crochus que l’arbrisseau devient plus élevé et plus vigoureux. Ce n'est donc pas sur un seul échantillon qu'on peut exactement apprécier la forme des aiguillons de cette espèce qui doit, sous ce rapport, être étudiée sur de riches séries de spécimens. C’est ainsi qu'on pourrait se tromper étrangement si, pour l'étude, on était réduit à ne pouvoir comparer que les spécimens recueillis à l’ile de Crète par Sieber, aux robustes aiguillons crochus, avec certains spécimens délicats du mont Taurus distribués par Kotschy sous le N° 186, dont les aiguillons sont grèles et droits comme ceux du À. pimpinellifolia.
Quant aux aiguillons sétacés ou aux soies glanduleuses, leur présence sur la tige ou les rameaux n’est pas toujours constante. Presque tous les échantillons conservés dans les herbiers sont pourvus de ces aiguillons ou de ces soies qui permettent de reconnaitre à première vue le R. glutinosa; mais il en est quelques-uns qui en sont dépourvus. C'est ainsi que le N° 186 de Kotschy est représenté dans l'herbier de Vienne par cinq échantillons dont deux sont complétement dépourvus d’aiguillons sétacés ou de soies glanduleuses et cependant les einq échantillons appartiennent d’une façon incontestable au même type spécifique. Parmi les spécimens de l'ile de Crète recueillis par Sieber, 1l en est dont les axes sont complétement ou presque complétement privés d’aiguillons sétacés ou de soies glanduleuses. Enfin flespèce cultivée dans les jardins parait, dans ecrtains cas, ne produire sur ses axes que des aiguillons arqués ou crochus sans aiguillons sétacés ou sans soies glanduleuses. Le caractère tiré de la présence d’aiguillons sétacés ou de soies glanduleuses n'est done pas constant et ne peut être que d'une utilité pratique
secondaire. Cette variation dans larmature des axes se produit également dans les À. sericea, R. laevigata et plus rarement dans le À. pimpinellifolia.
Folioles. — La présence de glandes à la face supérieure des folioles est constante, mais ce caractère n’a qu'une valeur secondaire, attendu que les glandes suprafoliaires ne sont que l’indice d’un excès de glandulosité qui peut se produire chez diverses espèces qui ont normalement les folioles églanduleuses à la face supérieure.
La forme des folioles est assez constante; elle varie cependant du contour orbiculaire au contour largement ovale, obovale ou simplement ovale.
Pédicelles. — Les pédicelles des fleurs sont presque toujours courts, plus courts que le réceptacle florifère ; mais encore ici il y a variation et dans certains cas les pédicelles peuvent être allongés. On peut néanmoins se servir trèsutilement de la brièveté des pédicelles pour distinguer le R. glutinosa de certaines formes du R. rubiginosa. Les pédicelles, de même que le réceptacle peuvent être pourvus de soies très-nombreuses, ce qui est le cas le plus ordinaire, ou ne présenter que des sotes rares, et, comme nous le verrons tantôt, ils paraissent même pouvoir être complétement privés de ce revêtement.
Réceptacles florifères et fructifères. — La forme et le volume des réceptacles sont sujets à de nombreuses variations. R
Sépales. — D’après ce que j'ai pu juger sur les nombreux échantillons desséchés que J'ai examinés, les sépales paraissent se relever immédiatement après l’anthèse, couronner le fruit sans devenir cadues à la complète maturité de celui-ci ; ils semblent être persistants comme dans le R. mollis. Pour ce dernier point, je n'ose cepen-
dant affirmer et j'engage les spécialistes qui peuvent observer l'espèce à l’état vivant de s'assurer s'il y a bien persistance des sépales et si cette persistance est conslante.
Avant de m'occuper de la comparaison du R. glutinosa avec les R. Heckeliana et R. sicula, je dois l'étudier dans quelques-unes de ses variétés qui ont été admises à titre d'espèces distinctes : À. pulverulenta MB., R. tuschetica Boiss. et R. pustulosa Bertol.
R. PuLvERULENTA MB. — Cette forme a été décrite par Marschall von Bieberstein en 1808 dans le tome 1° de son Flora Taurico-Caucasica, p. 399, N° 980. Comme j'ai pu examiner des échantillons authentiques dans l’'herbier de ce botaniste qui fait partie des collections de l'Académie de St-Pétersbourg, je puis parler du R. pulverulenta en connaissance de cause. Dans la description (loc. cit., p. 599), les folioles sont dites « utrinque glanduloso-villosis », or sur les deux échantillons conservés dans l'herbier et provenant de Narzana, à part une feuille supérieure dont les folioles ont quelques poils couchés à la face supérieure et non visibles à l'œil nu, toutes les folioles sont privées de villosité sur leur face supérieure; à la face inférieure, la nervure médiane est un peu pubescente et il y a sur le parenchyme de eourts poils peu visibles. Les pédicelles sont très-courts (5 mill.), munis de quelques poils et de rares et fines glandes peu visibles; les réceptacles sont également pourvus de quelques rares et fines glandes. Les aiguillons sont délicats, droits ou un peu arqués, mélangés de nombreuses soies inégales, les plus petites glanduleuses au sommet.
Marschall von Bieberstein ayant trouvé plus tard sa Rose dans une nouvelle localité (Beschtau), il la fit des-
( 585) 651 siner pour la 1"° déeade de la 2"° partie de son Plant. rar. Rossiae meridion. (tab. LXIF) qui a paru en 1832. Dans le supplément de son Flora Taurico-Caucasica (1819), p.344, N° 980, il reproduit en partie la description nouvelle qu'il avait préparée pour l'ouvrage précédent en citant la planche qui, à cette époque, était encore inédite.
De la localité de Beschtau, il existe dans l’herbier de l’auteur deux échantillons qui correspondent assez bien avec la planche LXIT précitée, dans laquelle le dessinateur n'a pas bien rendu la forme véritable des folioles et des fleurs. Dans ces échantillons, les folioles sont visiblement velues en dessus; en dessous, la côte est velue, les nervures secondaires sont pubescentes et quelques rares poils existent sur le parenchyme. Les pédicelles mesurent de 5 à 7 millimètres; ils sont modérément hispides-glanduleux sur toute leur longueur et un peu velus à la base. Les réceptacles sont modérément hispides-glanduleux. Les aiguillons sont plus ou moins crochus.
Dans le même herbier, se trouve un échantillon envoyé en 1819 par Besser, provenant d'un pied cultivé d’une Rose originaire de Casbek. Marschall von Bieberstein a inscrit sur l'étiquette : « Videtur varietas R. pulverulentae cultae orta. » Cette forme que Besser a distribuée à plusieurs Musées botaniques sous le nom de R. pulverulenta, me parait bien appartenir au type de Marschall von Bieberstein ; seulement elle a éprouvé quelques modifications par la culture et entre autres l'élongation des pédicelles.
Enfin l'on trouve dans le mème herbier deux spécimens qui sont accompagnés de l'étiquette suivante : « Rosa species. In promontorio Caucasi occidentalis versus rivul. Kitseh-Malka et Kashaut (2500-5000 f.). 1-5 July 1829.
Enum. Cauc. Casp., N° 1522. » Au dos de l'étiquette, est écrit: « Rosa pulverulenta vera (M.) ». Cette dernière annotation est, je pense, de Meyer.Ces spécimens appartiennent bien, selon moi, au R. pulrverulenta; mais ils ont ceci d'assez remarquable, c'est que les pédicelles et les réceptacles sont tout à fait privés de glandes, que les premiers sont assez densément velus et les seconds, couverts d’un fin duvet sur toute leur surface. L’absence de soies glanduleuses sur les pédicelles et les réceptacles que nous reverrons dans certains échantillons du R. tuschetica Boiss., caractérise la forme que Lindley (Rosarum Monographia, p. 95) avait décrite sous le nom de R. pulverulenta et dont il a plus tard distribué des échantillons sous le nom de R. pruinosa Lindl. (R. pulverulenta olim). On ne peut attacher aucune importance à cette absence de glandes, attendu qu'on peut constater sur les R. pulverulenta caucasiques le passage insensible de la forme glanduleuse à la forme nue. On observe les mêmes particularités dans le R. glutinosa et dans bien d’autres espèces.
Le R. pulverulenta des montagnes du Caucase parait être spécifiquement identique avec le R. glutinosa de l’Asie-Mineure et de l’Europe. Il se distingue cependant d’une façon assez constante par des folioles moins arrondies; mais chez le R. glutinosa les folioles ne sont pas toujours suborbiculaires et il n’est pas rare de les trouver largement obovales ou ovales.
R. ruscuerTica Boiss. — Cette espèce a été établie par M. Boissier dans son Ælora Orientalis, I, p. 674. D'après l'étude attentive que j'ai faite des échantillons recueillis par Ruprecht et sur lesquels M. Boissier a décrit son espèce, celle-ci n’est incontestablement con-
( 587 }) 655 stituée que par des variétés du R. pulverulenta. Les spécimens provenant de Diklo ont les folioles églanduleuses en dessus, ce qui est un cas très-rare ; les pédicelles et les réceptacles sont églanduleux, mais un peu velus. Les spécimens recueillis aux environs de Zokolte ont les folioles glanduleuses en dessus, les pédicelles et les réceptacles glabres et églanduleux. Enfin les échantillons des environs de Beshita ne diffèrent des derniers que par quelques rares glandes sur les pédicelles.
Je dois ajouter ici que Ruprecht a recueilli des variétés de R. glutinosa dans deux localités du Caucase qui ne sont pas indiquées par M. Boissier : près de Duno le long du Tflefeto, alt. 1160-1170 hex., et entre Schauri et Kiduo, alt. 800 hex.
R. Pusruosa Bertol. — Bertoloni a établi cette espèce dans son Flora ltalica, vol. V (1842), p. 195. D'après les échantillons de Sicile et d'Italie que j'ai vus, le R. pustulosa ne constitue qu’un simple synonyme du R. glutinosa. Bertoloni se basant sans doute sur la figure du Flora Graeca, qui représente le R. glutinosa de l'ile de Crète dépourvu d’aiguillons sétacés ou de soies glanduleuses, avait eru que son À. pustulosa, muni de nombreux aiguillons sétacés, était spécifiquement différent du type de Sibthorp et Smith et avait appliqué le nom de R. glutinosa à une autre Rose de la Sicile, dont il va être question. Malgré l'absence d’aiguillons sétacés ou de soies glanduleuses dans la figure du Flora Graeca et du silence que garde Smith sur ce revètement, soit dans sa première description, soit dans le texte du Flora Graeca, revètement qui a pu faire complétement défaut dans les échantillons recueillis par Sibthorp, je suis convaineu que eeux-ei sont spécifiquement identiques avec ceux que Sieber
a recueillis plus tard dans la même région. Ces derniers, comme nous l'avons vu précédemment, peuvent être sétigères ou complétement privés de soies.
Rosa GLurinosa Guss.— Gussone, dans son Florae Siculae Prodromus, décrit un R. glutinosa à fruits globuleux et à tige et rameaux dépourvus d’aiguillons sétacés, et un R. pulverulenta à fruits ovales et à tige et rameaux couverts d’aiguillons sétacés. Le premier est la forme que je vais examiner ici et le second est R. pustulosa Bertol., dont il a déjà été question ci-dessus.
La forme des réecptacles n'ayant aucune valeur et pouvant être ovoide ou globuleuse dans la même espèce, il en résulte que la principale différence entre les deux espèces de Gussone réside dans la présence ou l'absence d’aiguillons sétacés. Je dois cependant ajouter que Gussone attribue à son R. pulverulenta des folioles glanduleuses sur les deux faces, tandis que son R. glutinosa n'est pas décrit avec des folioles glanduleuses en dessus; mais Bertoloni, qui a vu la plante de Gussone, a décrit la R. glutinosa avec des folioles un peu glanduleuses en dessus « foliolis..…... supra subglandulosis ».
J'airecu de M. Todaro des échantillons provenant des monts Nébrodes qui me paraissent devoir se rapporter au R. glutinosa de Gussone. Ils appartiennent à une variété microphylle. Les folioles sont velues en dessus; les unes sont églanduleuses à la face supérieure, les autres présentant sur cette face des glandes peu apparentes et non visibles à l'œil nu. Ces échantillons sont dépourvus sur leurs axes d’aiguillons sétacés ou de soies glanduleuses; mais sur d’autres spécimens provenant du mont Madonie et qui paraissent être à peu près identiques avec les premiers, on aperçoit des aiguillons sétacés sur
certains entrenœuds. En présence des variations que j'ai constatées dans les diverses variétés du R. glutinosa Sibth. et Smith, je suis porté à supposer que le R. glutinosa de Gussone n'est qu'une variété du type des auteurs anglais.
Après cette étude des prétendues espèces démembrées du R. glutinosa Sibth. et Smith, voyons s'il est possible de définir quelques variétés principales de ce type si largement répandu. Je dois avouer que la définition de variétés est extrèmement difficile en présence des variations nombreuses qu'éprouvent les divers organes. Si l’on se base sur l'armature des axes, on trouvera parmi les échantillons d'une même récolte, prenons par exemple le N° 186 de Kotschy, échantillons parfaitement identiques sous tous autres rapports, on trouvera des échantillons complétement et abondamment sétigères et d'autres qui ne présentent aucune trace de soies. Dans la forme de l’ile de Crète, la même chose se passe, ainsi que dans le &. pulverulenta du Caucase. De plus, les aiguillons sétacés allongés se modifient fréquemment pour se transformer en fines soies glanduleuses. La pubescence des folioles ou leur glabréité, ainsi que leur forme varient selon les localités; 1l en est de mème du revêtement des pédicelles, des réceptacles et des sépales, de la longueur des pédicelles et de la forme du fruit. Selon que l'arbuste est vigoureux, très-délicat ou rabougri, le facies de l’espèce varie d’une façon extraordinaire et peut même donner lieu à des méprises singulières. Les variations qu'éprouve le R. glutinosa, sans cependant perdre ses caractères principaux, sont telles qu'avec un peu de bonne volonté les partisans de lécole des subdivisions spécifiques pourraient le démembrer en un nombre considérable d'espèces. Dans l'état actuel de nos connaissances, j'estime
656 ( 590 ) qu'il est sage de ne point distinguer actuellement de variétés.
Je vais maintenant passer en revue les échantillons de celte espèce qui ont été distribués dans les herbiers, afin de pouvoir établir son aire de distribution. J’ajouterai quelques notes sur chacune des formes que ces échantillons représentent.
Perse. — Aderbeidscham. Coll. Szowits. No 275 sub. nom. R. ferocis. Forme à axes principaux sétigères ou dépourvus d’aiguillons sétacés; pédicelles peu glanduleux; réceptacles un peu glanduleux à la base ou églanduleux. Dans son Flora Orientalis, M. Boissier est porté à rapporter ce No de Szowits au R. ferox MB. (« Specimen Szowilsianum ex montibus Seidkhodji prov. Aderbidjan Persiae Szow. 275 huc spectare videtur. » loc. cit., Il, p. 687). Le même auteur signale le R. glutinosa en Perse, d’après des échantillons recueillis par M. Haussknecht dans les montagnes d’Avroman et Schabu à 6-10000 p. d’altitude. J’ai vu des échantillons de cette région que m'avait communiqués M. Haussknecht. Il est possible qu’ils appartiennent bien, comme le pense M. Boissier, au R. glu-tinosa, mais il me reste des doutes sur leur identité spécifique et je ne signale cette dernière région qu’avec doute.
Syrie. — Liban aux environs d’Ehden. Coll. Blanche (1855). Forme sétigère, à aiguillons droits ou presque droits ou même relevés; feuilles pubescentes. — In Libano ad Bscherre et circa Cedretum. In regione Cedreti frequens. alt. 5800 p. {855, Kotschy. No 515. Cette forme, dont l'étiquette de R. glutinosa a été changée à la plume en R. libanotica Boiss., quoique un peu obscure par ses caractères semble appartenir au R. glutinosa. Elle n’est pas sétigère; ses folioles sont glabres ou à peu près glabres en dessus; ses pédicelles et ses réceptacles sont couverts de trèsfines glandes. Elle ne constitue pas ce que M. Boissier avait appelé R.libanotica, qui est sétigère. — In subalpinis (il y a sur l'étiquette un nom de localité du Liban que je ne puis déchiffrer). Coll. Ebrenberg. Mème forme que la précédente. Ehrenberg l’avait étiquetée : R. glandulosa. — Ad Bscherreh. Coll. Ehrenberg. Forme non sétigère voisine des deux précédentes, à folioles un peu pubescentes en dessus. Ehrenberg lavait étiquetée : R. cucarpa. — In alpinis Akma Dagh. 6000 p. Kotschy. Ne 566. Forme peu ou point sétigère.
ièl
Aménie. — Armenia. Szowits (sub nom. R. tomentosae). Forme sétigère.
Asre-Mixeure. — Beg Dagh supra Malatiam 4000-7000 p. Coll. Haussknecht, 1865. Forme très-sétigère. — Taurus. Coll. Aucher Eloy, N° 1429. Formes sétigères et non sétigères. — Région alpine du Taurus, près de Gulek-Maden. Coll. Balansa, 1855. Formes plus ou moins sétigères. — 1n monte Tauro. Coll. Kotschy, 1856. Formes sétigères et non sétigères dont il a déja été question. — Taurus, Bulgar Dagh, ad plumbi fodinas, alt. 7000. p. N° 560 et 76°, coll. Kotschy. Parmi des échantillons de cette forme que Kotschy a distribués sous le nom de R. poteriifolia. il y en a qui ne sont pas sétigères. — Tauri Isaurici, m. Ghei Dagh, 6000 p. et Gheï Dagh, supra Alaga, 5000 p. Coll. de Heldreich. 1845. Formes délicates sétigères, à folioles glabres ou pubescentes en dessus. — Caramania in reg. super. Kara Dagh. Coll. de Heldreich. 1845. Formes sétigères ou non. — Taurus cataonicus. Beryt Dagh Coll. Haussknecht. 1865. Forme trèssétigère. — Ali Dagh, à 7 kilom. au S. E. de Césarée (Cappadoce). Coll. Balansa. 1856. Forme sétigère. — Bvythinien. Auf des südseite am mte Olymp. 6000 p. Coll. Pichler. 1874. Forme sétigère. Il ne s’agit pas ici de la forme recueillie par Clementi en 1850 au mont Olympe et que M. Boissier a décrite comme une variété de son À. glutinosa sous le nom de £. tomentella ; cette dernière forme pourrait bien être une variété du R. orientalis, ainsi que le pense M Déséglise. — Mouzoug Dagh. Coll. Montbret. Forme sétigère. — Tmolus. Anatolie. Coll. Boissier. Forme sétigère.
11e DE Crète. — In alp. Spak. Coll. Sieber. Forme à axes sétigères ou non sétisères ; folioles assez abondamment velues en dessus, petites ou grandes.
Turquie. — M. Athos. Coll. Friderichsthal. Herb. Mac. 1249. Forme trèssétigère, à assez grandes folioles, à pédicelles et réceptacles abondamment hispides-glanduleux. Le N° 1554 du même collecteur et provenant de la même localité est représenté, dans l’herbier de Vienne, par deux échantillons. L’un de ceux-ci est une forme du R. giutinosa sétigère, à folioltes petites, à pédicelles allongés églanduleux et à réceptacles lisses. L’autre spécimen ne parail pas appartenir au R. glulinosa. — Monténégro. Coll. Abel. 1840. Forme délicate très-sétigère. — Mont Athos. Coll. Aucher Eloy. Forme sétigère.
Grèce. — In regione superiori montis Parnassi prope Kedrozasteno, 6000 p. Coll. Orphanides. Forme sétigère à folioles grandes ou médiocres, pubescentes en dessus. — In mont. Parnassi reg. alpin. Coll. Guicciardi. 1855. Forme non sétigère, à folioles petites. — In m. Veluchi (Eury-
tania), 5000 p. Coll. de Heldreich. N° 754. In monte Parnasso. Coll. de Heldreich. Nos 2681 et 2678, 1852. Formes sétigères. — Taygetus. Coll. de Heldreich. 1844. Forme peu ou pas sétigère, à folioles assez pubescentes en dessus. — M. Olenos. Coll. de Heldreich. 6000 p. Forme sétigère.
Sicize. — Monto delle Rose. 1828. Com. Todaro, veros. coll. Gussone. Forme séligère. On indique l'espèce à Busambra.
Irauie. — Alpi apuane. Monte Forato Coll. Sommier. 1872. — Pania du côté de Forno, Alpes apuanes. Coll. Sommier. Forme sétigère. — MM. Huter, Porta et Rigo ont recueilli cette espèce dans la Calabre, in Mc Dirupta, à 900-1000 m. d'altitude. Forme sétigère.
D'après ces indications, on reconnait que le R. glutinosa s'étend du nord-ouest de la Perse, de la Syrie et du Caucase oriental jusqu'aux Alpes apuanes et à la Sicile, en passant par l’Arménie, l'Asie-Mineure, l'ile de Crète, la Grèce et la Turquie. Il n’a pas été, que je sache, observé dans l'ile de Sardaigne et en Corse, où il ne parait pas exister, du moins sous sa forme sétigère.
M. Boissier (in Flora Orientalis) lui assigne encore pour patrie les montagnes du midi de l’Espagne et la Corse, mais c’est qu'il comprend sans doute le R. sicula (R. Seraphini) dans son R. glutinosa.
Rosa Heckeliana.
R. Heckeliana a été décrit pour la première fois en 1825 par Trattinnick dans son Rosacearum Monographia, I, p. 85. Cette espèce a été admise comme un type distinct par Gussone, Bertoloni, Boissier, ete. Seul, parmi les auteurs que j'ai consultés, M. Regel (Tent. Ros. Monogr., p. 55) la décrit comme une variété qu'il rapporte à son R. canina.
Trattinnick a établi son type sur six échantillons conservés dans l'herbier de Vienne et qui ont été recueillis par Heckel dans les montagnes de la Sicile (Madonia). Ces
échantillons sont accompagnés de l'étiquette suivante écrite par Heckel:« N° 997. Rosa mollis Mihi. — R, germinib. subglobosis peduneulis petiolisque hispidis; foliolis subrotundis undique velutino-villosis, aculcis subulatis suberectis. »
La description de Trattinnick concorde à peu près sur tous les points avec les échantillons et il n'y a guère qu'une inexactitude un peu importante à relever et qui concerne le nombre des folioles. L'auteur dit : « folia 5-5-juga foliolis », or dans aucun des échantillons le nombre des paires de folioles ne dépasse trois.
Trattinnick comparant son type avec le R. glutinosa dit : « Aflinis praeter R. siculam praesertim R. glutinosae ; sed in hace foliola sextuplo majora, serrata supra viridia, utrinque glandulosa, caulis undique hispido-aculeatus, et calycis segmenta spathulata, pinnatifida. » Remarquons que cel auteur n'avait vu du À. glutinosa que des échantillons de l'ile de Crète recueillis par Sieber, dont un certain nombre présentent des folioles relativement grandes et beaucoup plus amples que celles des variétés à petites folioles. Quant aux sépales, ils peuvent être dans le R. glutinosa absolument semblables à ceux du R. Heckeliana.
Gussone (F1. Sicul. Prodr., 1, p. 752) décrit, à son tour, le À. Heckeliana, qu'il signale sur divers points de la Sicile; ilne Île fait pas contraster avec le R. glutinosa de Sibthorp et Smith, qu'il décrit sous le nom de R. pulverulenta, mais bien avec une forme sicilienne à laquelle il donne le nom de À. glutinosa. I le distingue de celui-ci, par l’absence d'odeur et de glandes sur les folioles. Cet auteur ajoute que les échantillons qu'il a recueillis ont les pédicelles lisses ou hispides-glanduleux, mais non tomenteux, ainsi que le dit Trattinnick. Les échantillons de
l'herbier de Vienne présentent des pédicelles (très-courts) tomenteux et même une pubescence sur les ramuseules florifères. Gussone rapporte au R. Heckeliana la figure 75 de Cupani (Panph., 2). I dit que dans la plante cultivée les feuilles deviennent glabrescentes.
M. Boissier (F1. Orient., I, p. 680) décrit le R. Heckeliana sur des échantillons de la Grèce. Sa description concorde assez fidèlement avec celles Ce Trattinnick et de Gussone; seulement il dit des folioles : « subsimpliciter serratis », tandis que Trattinnick les dit : « duplicato-dentatis » et Gussone : « glanduloso-biserratis. » M. Boissier ayant constaté que le R. glutinosa n'a pas toujours des aiguillons sétacés, ne fait pas valoir, comme Trattinnick, l'absence ou la présence de ces aiguillons pour différencier les deux espèces et fait seulement ressortir ceci en parlant du R. Heckeliana : « Aflinis À. glutinosae habitu, foliorum forma, sed differt indumento tomentoso prorsus eglanduloso. » Cet auteur ajoute que d’après l’examen qu'il a fait de l'herbier de Banks les auteurs du Flora Graeca n’ont pas spécifiquement séparé le R. Heckeliana du R. glutinosa, voulant probablement dire par là que sous le nom de R. glutinosa il y a dans cet herbier des échantillons du vrai R. glutinosa de l’ile de Crète sur lesquels la figure du Flora Graeca à été faite, ainsi que la diagnose du Florae Graecae Prodromus, et des échantillons du À. Heckeliana de la Grèce. Si confusion il y a de ces deux espèces dans l’herbier de Banks, elle n’altère en rien la diagnose de Smith et la figure du Flora Graeca qui se rapportent uniquement à la plante de l'ile de Crète.
Je vais maintenant exposer le résultat des observations que j'ai faites sur les échantillons de À. Heckeliana que j'ai pu examiner.
Stane.e Madonie. Coll. Todaro. »Les échantillons sont à peu près indentiques avec ceux décrits par Trattinnick ; seulement les réceptacles ne sont hispides-glanduleux que dans leur partie supérieure et non sur toute leur surface. — « In summis ealminibus Madoniarum : Monte S. Salvadore. 1875. Coll. Gabriel Strobl. » Folioles à dents moins glanduleuses que dans la forme typique de Trattinnick ; pédicelles un peu velus, très-peu glanduleux; réceptacles globuleux, plus ou moins abondamment glanduleux; ramuscules florifères légèrement velus à leur partie supérieure.
Irauie. « In pascuis elatis Saggio Sibylla. Calabrae. 1856. N° 512. Coll.
E. et A. Huet du Pavillon. » Diffère de la forme typique de Trattiunick par l’absence de pubescence sur les pédicelies et les ramuscules, par les soies dn réceptacle plns fortes, par des folioles moins tomenteuses, par des dents foliaires simples ou presqne simples, sans glandes, par sa vigueur plus grande et ses aiguillons plus robustes.
* Grèce. « In regione superivri montis Parnassi prope Arnovrisy (rarissima). Alt. 6000 p. 1854. No 422. Coll. Orphanides. » Les échantillons de cette localité ressemblent beaucoup à ceux de la Calabre dont il vient d’être question; seulement les ramuscules sont pubescents et les pédicelles tomenteux. » — In monte Parnasso. Reg. alpin. 1852. No 2679. Coll. de Heldreich. » Les échantillons distribués sous ce N° appartiennent à peu près à la même forme que les précédents. Les réceptacles sont fortement hérissés et les dents foliaires sont souvent simples. Dans les échantillons robustes, les folioles peuvent être une fois plus amples que dans les échantillons provenant de la Sicile dont j'ai parlé. — « In m. Paruasso reg. alpina. 1855. Coll œuieciardi. + C’est à peu près la même forme que la précédente. Les aiguillons caulinaires sont droits ou presque droits. — Dans l’herbier du British Museum, j'ai vu un échantillon recueilli par Sibthorp accompagné d’une étiquette portant : « Rosa parnassi Sibth. » D’après cet échantillon qui parait bien appartenir au R. Heckeliana, il semble done que Sibtborp n’a pas toujours identifié le R. Heckeliana avec son R. glutinosa.
Il résulte de l'examen de ces diverses formes qu'on peut rapporter R. Heckeliana, que celui-ei varie dans quelquesuns des caractères qui lui sont attribués. Ses aiguillons, qui sont normalement crochus ou arqués, peuvent, dans certains cas, devenir droits ou presque droits, particularité qui
s'observe également dans le R. glutinosa ; la pubescence de ses folioles peut ètre dense ou clair-semée et, d'après ce que dit Gussone, elle peut même disparaitre en grande partie par la culture; les dents foliaires peuvent ètre simples, doubles ou composées-glanduleuses ; les ramuscules florifères peuvent être glabres ou pubescents ; les pédicelles peuvent être glabres ou tomenteux, munis ou privés de glandes; les réceptacles peuvent être peu ou abondamment glanduleux et, selon Gus ils peuvent même être églanduleux.
Il ne reste donc plus guère pour distinguer le À. Heckeliana du R. glutinosa que l'absence de glandes sur les folioles et d’aiguillons sétacés sur les axes. Quant à la villosité des feuilles, elle peut être aussi dense dans certaines formes du R. glutinosa que dans le À. Heckeliana.
Recherchons maintenant s'il n'existe pas de formes intermédiaires entre ces deux espèces.
M. de Heldreich a distribué sous le N° 2681 certains échantillons recueillis sur le mont Parnasse qui paraissent appartenir à une forme intermédiaire, à en juger par un grand spécimen conservé dans l'herbier de Vienne. La tige ne présente que des aiguillons crochus ; les rameaux ont certains entrenœuds couverts de fins aiguillons glanduleux, qu’on retrouve sur plusieurs entrenœuds inférieurs des ramuscules florifères. Ceux-ci sont velus. Les pédicelles sont très-courts, tomenteux et très-peu glanduleux ; les réceptacles sont un peu velus et hispides-glanduleux sur toute leur surface. Quant aux folioles, elles sont densément pubescentes sur leurs deux faces, mais elles n’ont toutefois pas l'aspect plus ou moins soyeux-blanchâtre des formes ordinaires du R. Heckeliana; les dents sont trèscomposées-glanduleuses; la face inférieure estglanduleuse,
( 397 }) 645 mais à glandes moins nombreuses et moins apparentes que dans le À. glutinosa ; la face supérieure est, dans la grande majorité des folioles, complétement dépourvue de glandes et il n'y a quelques rares glandes que sur un petit nombre de folioles.
Peut-être que cette forme singulière n’est au fond qu'une variété aberrante du R. glutinosa Sibth. et Sm.
Examinons maintenant le À. glutinosa de Gussone.
L'auteur (F1. Sicul. Prodr., 1, p. 575) rapproche cette forme du R. Heckeliana, dont il la distingue : {1° par ses fleurs plus pales ; 2° par ses folioles couvertes de glandes à la face inférieure.
D'après les échantillons de Sicile que je rapporte à cette forme et que M. Todaro m'a envoyés (Pizzo dell” Antenna, Quacedan in Nebrodes), le R. glutinosa Gussone non Sibth. et Sm. ne diffère du À. Heckeliana que par ses folioles abondamment glanduleuses en dessous et souvent plus ou moins glanduleuses en dessus. Quant à la couleur de la corolle, je ne puis rien en dire d’après des échantillons desséchés. Gussone ne parle pas des glandes de la face supérieure des folioles, mais il en existe bien dans son type, dont Bertoloni a vu des spécimens authentiques. Ce dernier auteur (F1. Ital., V, p. 195) donne de la plante de Sicile une description plus complète que Gussone, et dans laquelle il dit : « Ramuli juniores ludunt pubescentes, vel glabri. Foliola utrinque magis, vel minus villosa, supra e viridi glaucentia, parce, vel nullomodo glandulosa, subtus einerea et crebre glandulosa. » Dans les échantillons que m'a envoyés M. Todaro, les pédicelles sont glanduleux ou églanduleux; les réceptacles sont hispides-glanduleux sur toute leur surface ou seulement à leur sommet.
M. Strobl, dans son voyage en Sicile, a recueilli au Pizzo di Palermo, alt. 1950 m., 15 Juli 1875, une forme du R. glutinosa Guss. que M. Christ (Flora, 1877) a décrite sous le nom de R. glutinosa Sibth. et Sm. forma sicula. Dans cette forme, les réceptacles sont églanduleux. J'ajouterai ici que le même collecteur a recueilli au Pizzo Antenna le À. Heckeliana.
D'après ce qui précède, on pourrait done supposer que le R. glutinosa de Gussone n'est, en quelque sorte, qu’une variété à folioles glanduleuses du R. Heckeliana et que cette variété glanduleuse se relie au ÆR. glutinosa de Sibthorp et Smith par la forme singulière du mont Parnasse dont il a été question ei-dessus.
Comme on peut le voir, le K#. Heckeliana a une aire de dispersion beaucoup moins étendue que le À. glutinosa et que cette aire est bornée à la Grèce, à la Sicile et à l'extrémité méridionale de l'Italie (Calabre).
Rosa sicula.
Par R. sicula, j'ai ici en vue les formes qu'on décrit ordinairement sous le nom de R. Seraphini Viv. Le nom de R. sicula a été inventé par Trattinnick (Ros. Monogr., Il, p. 86, 1825) un an avant celui de R. Seraphini par Viviani (Nov. spec. diagn. in FI. Lib. spec., p. 69, 1824).
Il reste à rechercher si le vrai À. Seraphini de Viviani est bien spécifiquement identique avec le R. sicula.
Dans l’herbier de Vienne, j'ai pu voir un échantillon authentique du À. sicularécolté par Heckel accompagné de l’étiquette suivante de ce collecteur : « Rosa ferox. Madonia Jn. (1822). » Cet échantillon qui a servi à Trattinniek pour faire sa description, va nous permettre de contrôler et de compléter celle-er.
Je dirai tout d’abord que ce spécimen appartient bien à l'une des formes que l’on comprend sous le nom de R. Seraphini. I est pourvu de deux ramusceules florifères terminés chacun par une fleur. Les pétales sont tombés. L'un des réceptacles a commencé à grossir et aurait probablement produit un fruit globuleux ; il est églanduleux, ainsi que son pédicelle qui est très-court. L'autre réceptacle est moins avancé; il est également églanduleux, mais son pédicelle, moins court, est finement et modérément glanduleux. Cette dernière particularité, qui n’est pas signalée par Trattinnick, n'est pas très-rare dans la forme du R. sicula de Sicile. Les folioles sont bien glabres sur les deux faces; elles sont abondamment glanduleuses en dessous et, chez quelques-unes, un peu glanduleuses en dessus. Cette dernière particularité n'est pas signalée par Trattinnick. Certaines folioles sont suborbiculaires ; d’autres sont ovales ou subovales. Les pétioles sont densément pubescents-glanduleux et sont finement aiguillonnés. Les aiguillons des axes sont un peu arqués ou presque droits.
Trattinnick distingue le R. sicula du R Heckeliana par des réceptacles et des pédicelles glabres et lisses et non tomenteux et hispides-glanduleux, par des feuilles glabres et non tomenteuses, par des sépales pinnatifides et à pointe élargie et non entiers, par des folioles moins arrondies, par des stipules à oreillettes moins larges et acutiuscules, par une corolle blanche et non d'un rose vif. Je ferai remarquer que les folioles des échanüllons authentiques du R. Heckeliana dont Jai parlé sont, en effet, plus arrondies que dans le À. sicula et que les oreillettes stipulaires sont plus larges et à pointe plus obtuse. Dans ces mêmes échantillons, les sépales sont plus
courts, à pointe non élargie, mais les extérieurs ne sont pas entiers, comme le dit Trattinnick, et sont pourvus d’un ou plusieurs petits appendices. Remarquons que dans les R. sicula et R. Heckeliana les sépales sont sujets à varier.
Gussone fait contraster le R. sicula (R. Seraphini) non pas avec le À. Heckeliana, mais avec son R. glutinosa, dont ii est extrêmement voisin. Il le distingue par ses pédicelles et ses réceptacles églanduleux et non glanduleux, par ses folioles glabres et non tomenteuses, à face supérieure non glanduleuse, par son odeur hireine nauséabonde et par son facies plus délicat. Quant aux pédicelles, ils ne présentent aucun caractère constant, puisque l’auteur décrit une variété « b. pedunculis fructibusque hispidis. » Je ne puis rien dire de la différence qui peut exister dans l'odeur des glandes des deux espèces.
Les formes que l’on observe en Sicile diffèrent un peu de celles de la Corse, sur lesquelles Viviani a décrit son R. Seraphini. Dans les premières, il n’est pas rare de voir des glandes, peu nombreuses, il est vrai, à la face supérieure de certaines folioles, et des pédicelles glanduleux ; de plus, leurs sépales sont presque toujours glanduleux sur le dos et les styles sont plus “elus. Il y a done chez elles un excès de glandulosité. Dans les formes de la Corse, les folioles sont églanduleuses à la face supérieure; les pédicelles sont églanduleux, ainsi que le dos des sépales, qui sont, du reste, très-peu glanduleux sur les bords. Il y a toutefois en Sicile des formes à folioles églanduleuses en dessus et à sépales peu ou point glanduleux sur le dos.
Le R. sicula parait avoir une aire de dispersion fort étendue, plus étendue même que le R. glutinosa. Jusqu’à présent, on ne l'avait signalé qu’en Grèce, en Italie, en
Sicile, dans les iles de Corse et de Sardaigne, en France dans le département des Alpes-Maritimes, en Espagne et au Maroc. Nous allons voir qu'il existe également en Orient et en Algérie.
Syrie. — Dans l’herbier de Vienne, le N° 926 (in alpinis Hermonis, alt. 5000 p.) de Kotschy est représenté par quatre échantillons qui différent tellement peu des formes européennes du R. sicula, que je n'hésite pas à les rapporter à cette espèce. La seule différence qu'ils présentent consiste dans une très-légère pubescence sur les deux faces des folioles et sur les pétioles. Les axes sont complétement dépourvus d’aiguillons sétacés ; les pédicelles, les réceptacles et le dos des sépales sont églanduleux ; les folioles sont un peu glanduleuses à la face supérieure comme dans certaines formes de Sicile. On pourrait dire que ce R. sicula d'Orient constitue une sorte de passage entre le R. sicula ordinaire ct le R. glutinosa de Gussone. Remarquons qu’il a été distribué sous le nom de R. glutinosa Sm. et qu’il a été rapporté à ce type par M. Boissier (F1. Orient., H, p. 679) et par M. Déséglise (Cat., No 557). Si l’assimilation que je viens de faire du N° 926 de Kotschy est fondée et si nous n’avons pas affaire à un lusus extraordinaire du R. glutinosa, il est assez étrange que le À. sicula n’ait pas été recueilli dans l’Asie-Mineure, où de nombreux voyageurs ont récolté le R. glutinosa. Peut-être les collecteurs ont-ils négligé cette Rose qui leur a paru peu intéressante; mais, d’un autre côté, il peut se faire qu’elle soit extrêmement rare dans ces contrées orientales, où elle est remplacée par le R. glutinosu.
Grèce. — N° 1454. Coll. Aucher Eloy. Folioles non glanduleuses en dessus: pétioles glabrescents ; réceptacles et dos des sépales non glandu- Jeux. Quelques axes secondaires présentent des soies glanduleuses ou des aiguillons sétacés. Dans cette forme, il y a donc une tendance à revêtir l’un des caractères du R. glutinosa Sibth. et Sm. On voit parfois en Sicile certaines formes du R. glutinosa de Gussone présenter sur leurs ramuscules florifères de rares aiguillons sétacés ou des glandes.
Turquie. — Rumelia. Coll. Frivaldsky. Folioles non glanduleuses en dessus; pétioles glabrescents; pédicelles et réceptacles non glanduleux ; dos des sépales extérieurs un peu glanduleux.
Sicie, — Madonie. Coll. Todaro. De cette région, M. Todaro m'a envoyé une belle série de spécimens représentant plusieurs formes. L'une
de celles-ci, qui paraît être vigoureuse, a les pédicelles finement glanduleux et un peu velus, les sépales abondamment glanduleux sur le dos. Certaines folioles ont des glandes à leur face supérieure ; les pétioles sont densément pubescents. D’autres formes de la même région ne présentent pas de glandes supra-foliaires. Une des formes se distingue par ses folioles glabres, mais un peu glanduleuses en dessus et par ses pédicelles et ses réceptacles finement glanduleux. Enfin il y a une forme dont les folioles sont un peu velues et glanduleuses en dessus, à pédicelles et réceptacles plus ou moins glanduleux. La pubeseence n’est pas dense comme dans le R. glutinosa de Gussonc. Le Musée de Florence a distribué des échantillons du R. sicula (R. Seraphini) provenant du Colona grande (Nebrodes), à folioles glabres et églanduleuses en dessus, à pédicelles un peu velus et glanduleux et à sépales glanduleux sur le dos. Les frères Huet du Pavillon ont distribué des, spécimens recueillis au Codda de Polizzi (Nebrodes), 1000-1200 m., à folioles églanduleuses et glabres en dessus, à pédicelles et réceptacles glabres et lisses, à sépales très-peu glanduleux sur le dos. Les échantillons distribués par M. Strobl provenant du monte S. Salvatore (Madonie) ont les folioles glabres et églanduleuses en dessus, les pédicelles et les réceptacles glabres et lisses, le dos des sépales peu glanduleux et les pétioles un peu velus.
On voit donc qu’en Sicile le R. sicula varie d’une facon assez sensible. C’est ainsi que les folioles peuvent être glabres ou pubescentes, glanduleuses ou églanduleuses en dessus, que les pétioles peuvent être densément pubescents ou seulement un peu velus; que les pédicelles peuvent étre glabres ou un peu velus, glanduleux ou églanduleux. — Au R. sicula (R. Seraphini), Gussone rapporte deux figures de Cupani (Panph., tab. 16 et 115). Je ne discuterai pas l'identité des deux formes figurées par Cupani, qui se rapportent peut-être réellement au R. sicula; je ferai seulement remarquer que les folioles de la planche 16 sont bien grandes pour un À. sicula et que les folioles de la planche 113 sont trop étroites, pas assez arrondies, pour se rapporter aux formes du R. sicula de Sicile que j’ai pu examiner.
Irauie. — J'ai vu de nombreux échantillons recueillis par MM. Levier, Beccari, Caruel, Sommier et Archangeli dans les Monts Apennins au nord de Pise, de Lucques et de Florence. Les formes provenant de ces localités présentent quelques différences avec celles de Sicile. Tout d’abord, les aiguillons sont plus robustes et plus crochus; les folioles ne sont jamais glanduleuses en dessus et parfois peu glanduleuses en dessous ; les pédi-
celles et les réceptacles sont glabres et églanduleux; les sépales ne sont pas glanduleux sur le dos et enfin les styles sont moins velus.
ILE DE SarpalGxe. — Steinige Abbänge des Gennargenta südl. vom Xusca. 1865. Coll. Ascherson et Rheinhard. Même forme que celle d'Italie.
Corse. — Niolo et Rustino. N° 1551. Coll. Soleirol. Niolo. 1847. Coll. Requiem. Hautes montagnes près de Bastia. 1849. Coll. Kralik. Le Pigno à Bastia. N° 228. Coll. Mabille. Bastia, rochers au sommet du M. Pigno, alt. 100 m. 186$. Coll. Debeaux. Les échantillons de ces diverses provenances appartiennent à la même forme que ceux d’Italie. Je dois faire remarquer que certains spécimens distribués par M. Debeaux ont des pédicelles fructifères remarquablement allongés pour l’espèce, puisqu'ils atteignent de 7 à 10 millimètres. On sait que Viviani a établi son R. Seraphini sur la plante de Corse.
France. — Dans l’ouvrage intitulé : « Les Roses des Alpes maritimes, » MM. Burnat et Gremli traitent longuement de deux formes qu’ils rapportent au R. Seraphini, en les désignant sous les noms de var. à. ligustica et var. 8. viridicata. Ces formes peuvent-elles être identifiées avec le R. sicula (R. Seraphini) de la Corse? Ces auteurs font remarquer que les échantillons provenant de cette île (environs de Bastia. Coll. Mabille et Debeaux) appartiennent à une forme assez différente des leurs. Les aiguillons, disent-iis, sont plus arqués, plus grands et parfois presque erochus ; les glandes sous-foliaires sont souvent moins nombreuses ; les sépales sont églanduleux sur le dos et les styles sont glabres ou glabrescents. J’ajouterai que les folioles de la variété ligustica n’ont pas la forme arrondie du R. sicula des îles de Corse et de Sardaigne, d’Italie et de Sicile. Quant à la variété viridicata, elle se rapproche plus que la première du R, sicula. Ainsi qu’on le voit, il me reste donc des doutes sur ces deux formes des Alpes maritimes, qui exigent de nouvelles études. C’est Ia place de signaler iei une forme très-curieuse que m’a envoyée M. Debeaux et que M. Moutin a recueillie en 1876 à La Motte d’Aveillan près Lamure, dans le département de l’Isère. Cette forme qui pourrait, à la rigueur, être considérée comme une variété très-réduite du R. graveolens, a des folioles ovales très-petites, des pédicelles lisses et extrêmement courts (un millimètre), des fruits petits, ovoïdes ou ovoïdes-arrondis, lisses, couronnés à parfaite maturité par les sépales connivents, glanduleux sur le dos et paraissant bien persistants. Les styles sont velus; les aiguillons eaulinaires sont légèrement arqués ou presque droits. À quelle espèce appartient cette Rose? Est-ce une forme anomale du R. graveolens
ou bien constitue-t-elle une race reliant celui-ci au R. sicula des Alpes: maritimes ? La connaissance que je possède du R. sicula ne me permet pas de répondre pour le moment à cette question. — Examinons maintenant une forme des Alpes Maritimes que MM. Burnat et Gremli (loc. cit.) ont désignée sous le nom de variété 8. Thureti d’un R. calabrica (1) distribué par MM. Huter, Porta et Rigo dans leur exsiceata sous le No 454; mais que M. Burnat considère maintenant comme une espèce particulière, à laquelle il donne le nom de R. Thureti. Celui-ci, m'écrit M. Burnat, constituerait un tvpe intermédiaire entre le R. gluti-
nosa Sibth. et Sm. et le R. Seraphini, mais plus rapproché de ce dernier, Ce R. Thureti parait être assez voisin du À, glutinosa Guss. non Sibth. et Sm., dont il différe!par sa villosité beaucoup moins abondante et par ses folioles moins arrondies ; d’un autre côté, il rappelle beaucoup le R. sicula de Sicile. En somme, il parait être une forme intermédiaire entre le R. sicula de Sieile et le R. glutinosa Guss.
ALGÉRIE. — Vallée de Médina et sommet du Djchel Chelia. Monts Aurès dans la province de Constantine. 1855. Coll. Cosson. Comme les avait déterminés M. Cosson, les échantillons de cette localité me paraissent bien appartenir au R. Seraphini et (R. sicula). La forme constitue un arbuste très-petit ; les folioles sont très-petites, suborbiculaires, glabres, un peu glanduleuses en dessus; les pédicelles sont lisses ou un peu glanduleux ; le réceptacle est lisse; les sépales sont glanduleux sur le dos ; les styles sont velus. — Im cacumine Jurjure, dicto Takerrath. 1868. Coll. A. Letourneux. Folioles modérément glanduleuses en dessus; pédicelles et réceptacles lisses. — Djcbel Tababor, petite Kabylie (prov. de Constantine). 1861. Coll. Cosson. C’est avec doute que je rapporte les échantiilons de cette localité au R. sicula. Les folioles ne sont pas arrondies comme dans les spécimens des localités précédentes; elles sont églanduleuses en dessus ; les pédicelles et les réceptacles sont lisses; les sépales ne sont pas glanduleux sur le dos. — Tizim Tirourda. 1864. Coll. A. Letourneux. Méme forme que la précédente. — Hammam inter montem
Askajaden et Tith en Tarath. 1868. Coll. A. Letourneux. La forme de cette localité paraît appartenir au R. sicula de Sicile. — Il est à remarquer
(1) M. Burnat m écrivait, à la date du 10 avril 1879, qu'il ne considérait plus le R. calabrica que comme une variété glabrescente du À. glutinosa Sibth. et Sm. Ce R. calabrica dont j'ai indiqué l'habitation à la page 392, n’est en effel, qu'une simple forme du R. glutinosa.
que les formes algériennes se rapprochent plus des formes siciliennes que des formes d’Italie, de Corse et de l'ile de Sardaigne.
Maroc. — Djebel Ouensa Sommités de l’Atlas au sud de la ville de Maroc. 1875. Coll Ibrahim (Herb. Cosson). C’est une forme presque identique à celle de la vallée de Médina des monts. Aurès, dont il a été question ci-dessus. Folioles petites, suborbiculaires, un peu glanduleuses en dessus ; pédicelies glanduleux ; réceptacles lisses ; sépales glanduleux sur le dos ; styles velus. — De la même région, Ibrahim a rapporté une autre forme qui se distingue de la précédente par des folioles non glanduleuses en dessus et par des fleurs parfois réunies au nombre de 2 à 4. Cette dernière particularité de l’inflorescence est extrêmement rare dans les R. sicula, R. Heckeliana et R. glutinosa. — Au Djebel Ouensa, le même collecteur a recueilli une troisième forme bien curieuse, dont les folioles sont sensiblement plus amples que dans les deux précédentes et plus glanduleuses en dessus et dont les fruits sont fusiformes et mesurent 15 à 19 millimètres de longueur. -— D’après ce que nous apprennent MM. Burnat et Gremili (loc. cit, p. 151), le R. Seraphini aurait été également observé par M. Ball dans la zone élevée de l’Atlas du Maroc, entre 2000 et 9500 mètres d’altitude,
Espace. — MM. Burnat et Gremli (loc. cit., p. 84) signalent le R. Seraphini en Espagne, à la Sierra Nevada d’après M. Christ et à la Sierra Tejeda d’après des exemplaires qu’ils ont vus dans l’herbier Reuter. Ils disent, en outre, que M. Hegelmaier a recueilli deux formes de la même espèce dans la province de Grenade, dont l’une a des glandes supra-foliaires assez nombreuses avec des pédicelles lisses. Je n’avais pas signalé le R. Seraphini dans ma monographie des Roses d’Espagne (Conf. Prodr. F1. Hisp.), parce que le seul échantillon que j’en eusse vu me laissait des doutes. Cet échantillon est conservé dans l’herbier royal de Berlin. Il provient de la Sierra Nevada et a été donné par M. Boissier sous le nom de R. rubiginosa var. ? Il appartient probablement au R. Seraphini. Ses pédicelles sont lisses ; ses styles sont velus; ses folioles petites et ovalesarrondies ne sont pas glanduleuses en dessus. En 1850, Bourgeau a récolté à la Sierra de Villa Verde une forme à peu près identique et qui n’en diffère que par ses pédicelles hispides-glanduleux. M. Christ a bien voulu partager avec moi un échantillon d’une forme à peu près identique à la précédente recueilli en 1878, par M. Hegelmaier entre St-Geromino et S.-de-Trevenque. Ces diverses formes ressemblent beaucoup à celles de la Sicile et de l'Afrique.
Par cette longue étude, je ne suis pas parvenu à élucider les R. glutinosa, R. Heckeliana et R. sicula, sur lesquels plane encore une grande obscurité.
Le R. glutinosa semble passer insensiblement au R. sicula, du moins au R. sicula représenté par ses formes à folioles plus ou moins glanduleuses en dessus, à pédicelles hispides-glanduleux et à styles velus. Il est des cas où il n’est même pas possible de dire si l’on a affaire à une forme du premier ou à une forme du second. Tel est le cas pour deux échantillons du N° 754 de l’Herbarium de M. de Heldreich que j'ai vus dans l'herbier de Florence et étiquetés À. glutinosa. Ces échantillons représententils une forme du R. sicula à folioles fortement glanduleuses en dessus ou bien une forme non sétigère du R. glutinosa? Remarquons que sous ce N° 754, M. de Heldreich a distribué de vrais R. glutinosa.
Le R. Heckeliana est peut-être distinct du R. glutinosa. L'absence de glandes sur ses folioles est un caractère auquel on doit accorder assez d'importance. Il est à remarquer que ses formes de la Grèce rappellent assez bien le facies de certaines formes du R. orientalis. Si elles avaient des aiguillons droits, on serait tenté de les classer dans la section des Villosae.
Quant au R. sicula tel qu'il a été compris dans les observations précédentes, est-il bien homogène? Cela parait assez douteux. Ses formes de Sicile et d’Afrique semblent pour la plupart différentes de celles des Apennins et des iles de Sardaigne et de Corse. Outre les différences que J'ai déjà fait ressortir, les premières se distinguent, me parait-il, des secondes par leurs sépales se relèvant plus promptement après l’anthèse et persistant plus longtemps sur le réceptacle fructifère.
Pour arriver à reconnaitre la véritable valeur de ces formes, il est nécessaire non-seulement de les étudier d’une facon approfondie sur le vif, mais 1l est encore indispensable de les soumettre à des expériences de culture faites avec le plus grand soin. Il me parait vraisemblable que la culture, dans un sol fertile, modifiera notablement le facies et peut-être les caractères de ces formes rabougries du midi, qui semblent être presque toujours atteintes de nanisme.
$ 12. — Observations sur le Rosa iberica MB.
Marschall von Bieberstein, loc. cit., IL. p. 545, fait remarquer que le À. iberica se rapproche beaucoup de son R. pulverulenta, mais qu'il en diffère par sa taille plus élevée, par l'absence d'aiguillons sétacés ou de soies sur les axes, par des aiguillons plus nombreux, par l'absence de pubescence sur les folioles et par la rareté des glandes sur les pédicelles et les réceptacles. Un caractère important qu'il n’a pas signalé, c'est que les sépales ne paraissent pas, d'ordinaire, se relever après l’anthèse et couronner le fruit à maturité comme dans le R. pulverulenta, qu'ils restent d'ordinaire réfléchis et sont caducs avant la maturité du fruit. Marschall von Bieberstein, pas plus que Besser, n’avait eu son attention attirée sur l’évolution des sépales après l’anthèse, ce qui l’a privé de notes distinctives excellentes pour la description de ses espèces.
Le R. iberica tel que je le comprends d'après les matériaux assez riches que j'ai pu examiner n’est pas facile à dégager du À. glutinosa, du moins sur des échantillons
654 ( 408 ) d'herbier ; l'extrême ressemblance apparente des deux espèces dans plusieurs de leurs variétés m'a même fait supposer que le À. iberica pourrait bien n'être qu'une race du À. glutinosa. Je suis cependant assez porté à croire qu'il est distinet de ce dernier; mais avant de pouvoir émettre une opinion définitive sur sa valeur, il est nécessaire qu’une étude approfondie et sur le vif soit faite de l’une et de l’autre espèces.
En attendant que cette étude soit faite, voici comment on pourrait distinguer les deux Roses en question :
Arbrisseau élevé et robuste ; tiges, branches et ramuscules florifères non sétigères,ou présentant très-rarement de rares aiguillons sétacés; feuilles moyennes des ramuseules florifères ovales, ovales-elliptiques ou obovales; pédicelles et réceptacles lisses ou modérément hispides-glanduleux, plus rarement abondamment hispides-glanduleux ; sépales restant réfléchis après l’anthèse et cadues avant la maturité du fruit. . R.‘berica MB.
Arbrisseau peu élevé, souvent réduit à l’état d’arbuste très-bas ; tiges, branches et ramuscules florifères presque toujours abondamment séligères ; feuilles moyennes des ramuscules florifères souvent ovales-arrondies ou suborbiculaires ; pédicelles et réceptacles ordinairement chargés de nombreuses soies glanduleuses ; sépales se relevant immédiatement après l’anthèse et couronnant le fruit à maturité. R.glutinosaSibth. et Sm.
Comme on a pu le voir dans les observations concernant le R. glutinosa, celui-ei est fort sujet à varier et à part le redressement des sépales qui semble être constant dans cette espèce et qui parait ne pas exister dans le R. iberica, on peut observer, dans certaines formes des deux espèces, les mêmes caractères et être très-embarrassé pour les rapporter à leurs types respectifs. Remarquons que souvent sur des échantillons desséchés, on ne peut pas toujours reconnaitre le caractère tiré de la taille des deux espèces.
Je vais maintenant passer en revue les échantillons du R. iberica que j'ai vus dans les herbiers, en faisant ressortir
les particularités qu'ils présentent. Cela nous permettra d'exposer les variations que parait éprouver cette forme dans ses divers organes.
J'ai déjà décrit l'échantillon de l'herbier MB.
« Rosa iberica. Sarial Helenendorff. Hohenacker. 1856. » (Herbar. Academ. Petrop.). Ce sont sans doute des échantillons de cette provenance que MM. Boissier et Déséglise, dans leurs ouvrages, rapportent au R. iberica. Ces échantillons paraissent provenir d'un arbrisseau élevé et vigoureux. Les axes présentent çà et là quelques rares soies; les folioles sont grandes, presque toutes parfaitement glabres en dessus, à côte un peu velue, à l'exception de celles des feuilles inférieures qui sont un peu pubescentes sur les deux faces, très-glanduleuses des deux côtés, assez atténuées à la base; les pédicelles sont assez couris (4-8 mill.), un peu velus, lisses ou un peu glanduleux; les réceptacles sont ovoïdes-arrondis, un peu velus, lisses ou un peu hispides-glanduleux; les sépales ne paraissent pas devoir se relever ; les styles sont veluslaineux. Dans ces échantillons, les glandes foliaires étaient tellement visqueuses que par la compression elles ont formé des taches luisantes sur les folioles.
« Rosa fl. albo. Supra Tirdi. 900-950 hex. Caucasus orient. Tindal, montes Bogos. Ruprecht 1861. Jul. 7. » (Herb. Acad. Petrop.). C’est à peu près la mème forme que la précédente; seulement les folioles sont plus petites et parfaitement glabres. « Balte. 426 hex. Caucasus, inter Wladekawkas et Tiflis. Ruprecht. 22 Aug. 1861. » (Herb. Acad. Petrop.).Les pétioles sont pubérulents et non glabres comme dans les formes précédentes; la côte et les nervures secondaires sont un peu velues.
« Rosa iberica. In rupestribus altiorum montium.
Tallisch prope pag. Siwios d. 14 Jun. m. 1850. Enum. Cauc. Casp., N° 1517.» (Herb. Acad. Petrop.). Les échanüllons paraissent provenir d’un petit arbrisseau. Folioles petites, un peu velues sur la côte et les nervures secondaires; pétioles pubérulents; pédicelles courts, un peu velus et très-peu glanduleux comme les réceptaeles.
« Rosa pulverulenta. In nemoribus et in dumetis prope pagum Limar. d. 5 Jun. m. 1850. Enum. Cauc. Casp., N° 1516. » (Herb. Acad. Petrop.). Pétioles pubérulents ; côte velue; pédicelles allongés (15 mill.), très-hispidesglanduleux, ainsi que les réceptacles.
N° 212. Ex herbario horti Petropolitani. Rosa leucantha MB. Armenia. Szowits. » (Herb. Cosson). Pétioles pubérulents ; côte un peu velue; pédicelles longs (20 mill.). Je crois que l'échantillon en fleurs qui accompagne cette étiquette appartient au À. iberica, mais je ne réponds que de celui-là, car avec la même étiquette on peut bien avoir distribué d’autres formes.
€ Ex herbario horti Petropolitani. Rosa leucantha MB. Armenia. Szowits. » (Hort. Mus. Vindob.). Un grand ramuseule fructifère avec de très-grandes folioles, glabres en dessus, à fruits longuement pédicellés. A côté de cet échantillon, il y a un ramuscule à folioles ordinaires.
« Aszkur. Transcauc. ad Cyrum fluv. Ruprecht 1561. 4 Octobr.» (Herb. Acad. Petrop.). Folioles un peu pubescentes sur les deux faces, peu glanduleuses en dessus ; pédicelles longs de 8 mill., très-peu glanduleux, un peu velus ; fruits arrivés à maturité ovoides-arrondis, lisses. Il me reste quelques doutes quant à l'attribution spécifique des échantillons qui accompagnent cette étiquette. Si l'attribution est fondée, le R. iberica présenterait done des variétés plus ou moins pubescentes comme le À. glutinosa,
ee qui du reste n’a rien qui doit surprendre, car on peut dire que de nombreuses espèces ont des séries de variétés glabres et de variétés pubescentes.
« XXI. Ex herbario horti Petropolitani. Rosa pimpinellifolia L.? Armenia. Szowits. »(Herb. Mus. Vindob.). Les échantillons en fruits qui accompagnent cette étiquette ont les folioles grandes, abondamment glanduleuses sur les deux faces et un peu en dessus, à côte et à nervures secondaires velues ; les pétales sont pubérulents ; les pédicelles sont assez longs (14 mill.), glabres, un peu hispidesglanduleux, ainsi que les réceptacles fructifères, qui sont assez gros, ovoides-arrondis, couronnés par plusieurs sépales réfléchis ; les styles sont hérissés.
« B. Ex herbario horti Petropolitani. Rosa canina L. var. armenia, Szowits. » (Herb. Mus. Vindob.). Les deux beaux échantillons fructifères qui accompagnent cette étiquette, rappellent les précédents par leur facies et leurs feuilles ; seulement les pédicelles sont sensiblement plus allongés (20-50 mill.); leurs styles sont velus et les sépales sont presque tous détachés.
A propos des Roses recueillies par Szowits en Arménie et distribuées par le Jardin botanique de St-Pétersbourg, je fais mes réserves quant à l’identité de tous les échantillons distribués avec les mêmes étiquettes, parce qu'il y a eu des mélanges et des confusions dans les formes distribuées.
Jai vu dans l'herbier de M. de Bunge (Herb.Cosson) un spécimen en fleurs du R. iberica accompagnant deux échantillons d’une variété du R. pimpinellifolia (« N° 287. Ex herbario horti Petropolitani. R. pimpinellifolia L. Armenia. Szowits. »). Ce spécimen appartient à la variété pubescente du type de MB. Folioles un peu pubescentes
sur les deux faces; pétioles pubérulents ; pédicelles courts (5 mill.), un peu hispides-glanduleux, un peu velus, ainsi que le réceptacle florifère, qui est un peu hispide-glanduleux; styles hérissés.
M. Scheutz, dans un récent travail intitulé : De Rosis nonnullis Caucasicis (in Kongl. Vetensk.-Akad. Fôrhandl., 1879) a décrit une forme pubescente du R. iberica recueillie près d’Orni (in Emeretia) par MM. Brother en 1877.
La Rose de l'Arabie Pétrée que j'ai autrefois désignée sous le nom de À. arabica (Conf. Prim., fase. I, p. 125) et que MM. Boissier et Regel rapportent à leur R. rubiginosa, constitue peut-être une forme du R. iberica, à glandes peu nombreuses à la face supérieure des folioles et à aiguillons fortement erochus. Les pédicelles et les réceptacles sont un peu velus.
Au point de vue de la présence ou de l’absence de villosité sur les folioles, le R. iberica pourrait se subdiviser en deux variétés : «. glabra, à folioles glabres, seulement velues sur la côte; B. pubescens, à folioles plus ou moins pubescentes sur les deux faces.
Le R. iberica peut-il être réuni spécifiquement au R. rubiginosa, comme l'ont fait MM. Boissier et Regel ? L'ensemble de ses caractères parait dénoter un autre type. Les aiguillons ne sont pas d'ordinaire aussi crochus et aussi robustes; les folioles ont généralement une autre forme. En outre, il est possible que les glandes n'aient pas la mème odeur que nos Rubiginosae du centre et de l’ouest de l'Europe.
Si, comme je le suppose, le R. arabica est une forme du R. iberica, celui-ci s’étendrait donc des montagnes du Caucase et des régions voisines, où il est répandu, jusque dans l'Arabie Pétrée. Il est bien possible qu'il existe dans
l'Asie-Mineure à l’ouest de l'Arménie, ainsi que Gans les régions qui s'étendent de l'Arménie à l'Arabie Pétrée.
$ 13. — Les Rosa rubiginosa L. et Rosa micrantha Sm. existent-ils en Asie ?
Rosa raubiginosà.
M. Boissier (loc. cit., II, p. 686) signale le À. rubiginosa type en Bithynie (coll. Wiedemann), en Phrygie (coll. Tchihatcheff), au mont Tech Dagh en Arménie (coll. Huet), en Crimée (d'après MB.) et dans les provinces caucasiennes (coll. Szowits).
Quant à la Crimée, nous avons vu que le R. rubiginosa du tome I du Flora Taurico-Caucasica est devenu, dans le supplément du tome HI, le R. floribunda Stev. Celuiei reste pour moi une forme assez obscure, mais qui ne me parait toutefois pas devoir être rapportée au À. rubiginosa tel qe nous le connaissons dans le centre et l'ouest de l'Europe.
Il est bien possible que la forme que M. Tchihatcheff a distribuée sous le nom de R. phrygia et quil a recueillie dans la Phrygie occidentale en 1854, appartienne au À. rubiginosa, mais les échanullons que jen ai vus ne sont pas suffisamment complets pour me prononcer sur leur identité. L'auteur avait attribué à son espèce des fleurs jaunes, mais sans aucun doute par suite d’une erreur. Je n'ai rien vu des autres régions signalées par M. Boissier qui püt se rapporter d'une façon certaine au vrai À. rubiginosa. Malgré cela, je suis cependant porté à croire que cette espèce prolonge son aire d'extension jusqu'en Orient sous sa forme plus ou moins typique.
Comme nous allons le voir, elle atteint même la Perse sous une forme assez singulière. En effet, la Rose que Kotschy a recueillie près du village de Passgala non loin de Téhéran (Perse) et qu'il a distribuée sous le N° 276 avec le nom de À. rubiginosa, me parait spécifiquement appartenir au R. rubiginosa. Je l'avais autrefois désignée sous le nom de R. Aucheri (Conf. Prim., fase. I, p. 125) et M. Boissier l’a admise sous ce nom comme une espèce distincte. Les beaux et nombreux échantillons que j'ai vus dans l’herbier de Vienne m'ont permis de mieux apprécier cette curieuse forme, que je considère maintenant comme une variété du R. rubiginosa. Elle possède les aiguillons robustes et crochus de celui-ci, les mêmes folioles, à l'exception de la pubescence qui est plus abondante qu’en Europe. Elle se distingue par ses fleurs un peu plus petites, plus brièvement pédicellées et par ses pédicelles, ses réceptacles et ses sépales assez abondamment velus, mais moins hispides-glanduleux. Les fleurs sont solitaires ou réunies par 2-5 ; les sépales sont courts, les extérieurs à 1 ou 2 pinnules; les styles sont velus laineux; enfin l'entre nœud supérieur des ramuscules peut présenter quelques rares aiguillons sétacés, particularité qu'on observe également dans certaines formes du À. rubiginosa. Voici comment on peut caractériser cette variété :
R. rusiGinosa L. var. Aucuent (R. Aucheri Crép. Prim., fase. I., p. 123. Boiss. F1. Orient., II, 687). Folioles un peu pubescentes sur les deux faces; pédicelles assez courts (6-8 mill.) velus, peu hispides-glanduleux, à glandes délicates ; réceptacles florifères ovoïdes-arrondis, velus, peu hispidesglanduleux, à glandes délicates ; sépales velus sur le dos, assez courts, les extérieurs à { ou 2 pinnules; fruits (probablement petits et globuleux).
(415) 661 Rosa Dicronthe
M. Boissier (loc. cit., IT, p. 688) signale le R. micrantha de la façon suivante : « Hab. ad latera collium sterilium circa Bachtschiserai Tauriae (Stev. ex Baker). Imeretia (Ruprecht !).
M. Baker (Conf. À Monograph of the British Roses, in Lin. Soc. Journal, XI, p. 222) signale le R. micrantha en Crimée, parce qu'il rapporte à ce type le R. floribundu de Steven. Le R. floribunda appartient peut-être, comme je l'ai dit, au R. micrantha et je pourrais même ajouter qu'il est très-probable, malgré les doutes qu'ont fait naïtre l'examen des échantillons de l’herbier de MB. et la description de cet auteur, que l'espèce de Steven comprend bien le R. micrantha. Seulement, ce dernier type paraitrait produire en Crimée des formes que nous ne possédons pas dans les régions occidentales de l'Europe et, entre autres, des formes à pédicelles et réceptacles lisses. J'ai vu dans l'herbier de l’Académie de St-Pétersbourg un petit échantillon en fleurs provenant de la localité citée par M. Boissier (Bachtschisarai) qui parait pouvoir se rapporter au À. micrantha. Ainsi que nous l'avons vu précédemment, il est probable que le R. ferox MB. représente sous une forme extraordinaire le R. micrantha en Crimée.
Quant à la seconde localité citée par MM. Boissier (Imeretia), j'ai pu la vérifier sur un échantillon conservé dans l'herbier de l’Académie de St-Pétersbourg et accompagné de l'étiquette suivante : « Rosa. {Inter Bagdad et Ollismereti. 80-200 hex. Montes Emeretiae inter Kutais et Achalzich. Ruprecht. 1 Juni 1861. » Cet échantillon semble bien appartenir au R. micrantha.
M. Scheutz (De Rosis nonnullis Caucasicis in Kongl.
vetensk. Akad. Fôorñandl., 1879, p. 110) signale le R. micrantha près de Mekvena (in Imeretia) d'après des échantillons recueillis en 1877 par MM. Brother.
Dans l'herbier de l'Académie de St-Pétersbourg, il y a des échantillons accompagnés des étiquettes suivantes que je rapporte encore au À. micrantha. « Rosa. Kalassuri pr. Suchum. Abchasia. Ruprecht. 1860, 21 Majo. » « Rosa. flor. albis. Caucasus orient. pr. Anzuch. 1090 hex. Dagestania super. Ruprecht. 1861, Jul. 17.»
L'après ce que nous voyons, il est probable que le type de Smith existe çà et là dans toutes les régions caucasiennes et peut-être dans les contrées voisines.
MATERIAUX
L'HISTOIRE DES ROSES
FRANÇOIS CRÉPIN
Directeur du Jardin- botanique de l'État, à Bruxelles, membre de l'Académie royale de Belgique Secrétaire de la Société royale de botanique de Belgique