‹ Primitiae monographiae rosarumChapitre 110 sur 174 · CETTE · texte numérisé non relu

CETTE

biers ou qui m'ont été envoyés. M. Franchet a eu la bonté de me communiquer les riches séries de son herbier du Japon.

Ces nouvelles études m'ont confirmé dans l’idée que les R. multiflora et R. Luciae sont deux types distincts, et que l’on peut conserver au même titre que les À. moschata et R. sempervirens. Nous verrons tantôt que les caractères qui les séparent entre eux, ont au moins Ja même valeur que ceux qui servent à distinguer les deux derniers types que je viens de citer; nous verrons, en outre, que le R. multiflora est à peu près dans les mêmes rapports avec le R. Luciae que le R. moschata avec le R. sempervirens; qu'il y a de l’un et l’autre côtés une espèce de parallélisme.

Rosa multiflora.

À part quelques légères modifications qu’elles doivent subir, les diagnoses que j'ai données (loc. cit., p. 251- 259) des R. multiflora et R. Luciae s'appliquent bien à ces deux types. À propos de ces deux diagnoses, M. Franchet (Enumeratio plantarum in Japonia sponte crescentium, t. 1, p. 546) dit : « M. Crépin a donné deux bonnes diagnoses comparatives de ces deux espèces; il est pourtant assez difficile d'y faire rentrer certaines formes telles que la var. n. calva du R. multiflora, qui présente tout à fait les feuilles du R. Luciae et la var. &. trichogyna, dont les styles sont velus comme dans cette dernière espèce, quoique à un degré moindre; M. Crépin considère, sous toutes réserves, ces deux variétés comme résultant d’un croisement entre les R. mulliflora et Luciae. D'autre part, nous ne connaissons

( 279 ) 925 jusqu'ici aucun exemple d'un R. Luciae à folioles velues en dessous, ou dont les styles soient glabres. »

Ce sont ces deux variétés qui paraissent se rapprocher du R. Luciae qui font dire à M. Franchet : « Quant aux caractères qui séparent le R. Luciae du R. multiflora nous avouons que dans certains cas, ils peuvent paraitre peu tranchés. »

Si l’on écarte ces variétés, ainsi que la variété microphylla, qui sont des formes rares et sur lesquelles je reviendrai, le R. multiflora se distingue du R. Luciae par un ensemble de caractères plus où moins importants. Seulement, pour ne pas faire de confusion, il faut bien connaitre ces caractères, qui peuvent être plus ou moins voilés dans certaines variations ou n’être pas au complet dans certains échantillons d’herbier.

Le caractère des stipules profondément pectinées est constant; celui des styles glabres l’est presque toujours et parmi les nombreux échantillons que j'ai examinés je n’ai vu qu'un seul cas de villosité (spec. e Nagasaki coll. Oldham). La forme des sépales est sujette à des variations, mais, en général, ils sont plus étroits et plus appendiculés dans le R. multiflora que dans le R. Luciae. La pubescence des feuilles est presque générale dans le R. multiflora et il est rare de la voir complétement disparaitre comme dans les échantillons que le D" Piasezki a recueilli en 1875 en Chine dans la province de Schenzi. Quant à l’inflorescence, elle offre de bons caractères, mais pour bien les apprécier il faut pouvoir comparer des panicules bien développées et non pas des ramuscules florifères pauciflores. Tout d'abord, la panicule du R. multiflora est plus multiflore que celle du R. Luciae; mais où résident les véritables différences, c'est dans la disposition des pédicelles, Dans

le R. multiflora, les fleurs sont rapprochées sur les pédoncules secondaires et forment des fascicules ombelliformes, tandis que dans le R. Luciae, les pédicelles sont écartés les uns des autres et forment un corymbe simple pyramidal. Les aiguillons dans le R. multiflora sont presque toujours régulièrement géminés sous les feuilles, tandis que dans le R. Luciae ils le sont souvent irrégulièrement. Généralement les folioles du R. Luriae sont plus épaisses et plus coriaces que celles du R. multiflora.

Le R. multiflora est beaucoup moins variable que le R. Luciae, du moins si l’on s’en tient aux formes qu'on peut rapporter avec certitude à ce type.

Il varie dans la pubescence de ses folioles. Celles-ei peuvent être abondamment pubescentes sur les deux faces, ou seulement sur la face inférieure, soit sur toute la surface, soit sur la côte et les nervures, soit enfin seulement sur la côte. Elles peuvent être complétement glabres. Ce sont là des variations qu'on voit se produire dans le R. moschata. Jusqu'ici, je n'ai pas encore vu de folioles glanduleuses en dessous et à dents composées-glanduleuses, ainsi qu’on le constate dans le R. moschata. Les pédicelles et les réceptacles peuvent être glabres ou velus, glanduleux ou églanduleux, ainsi qu'on le voit dans le R. moschata. Les sépales et les stipules peuvent être églanduleux ou abondamment glanduleux.

Avee ces variations, on pourrait établir, dans le R. multiflora, une série assez nombreuse d'espèces secondaires plus ou moins parallèles à celles qu’on a démembrées du R. canina et d’autres types.

Je ne chercherai pas à caractériser les variétés du R. multiflora, me réservant de le faire dans ma monographie. Je ferai remarquer iei que les variétés genuina

et adenophora appartiennent à la série de formes dont je viens de décrire les variations de pubescence et de glandulosité.

Nous avons maintenant à examiner les variétés #icrophylla, trichogyna et calva décrites par M. Franchet.

La variété microphylla m'inspire des doutes sur son assimilation et en réexaminant attentivement les échantillons de l'herbier de M. Franchet, le soupçon d'hybridité que j’ai déjà exprimé sur cette forme, s’impose de nouveau à mon esprit. Les stipules ne sont plus aussi profondément pectinées que dans le vrai R. multiflora; les folioles n'ont plus la forme caractéristique de celui-ci et, de plus, les aiguillons sont irrégulièrement géminés sous les feuilles. J'ajouterai qu'un échantillon de cette variété a les styles un peu velus. Jusqu'à preuve du contraire, je considère cette forme comme un produit de croisement des R. multiflora et R. Luciae.

Le nom de microphylla pourrait ètre réservé aux formes du vrai À. muitiflora dont les folioles sont petites.

A la forme microphylle, appartiendraient des échantillons recueillis par le D' Wawra à Shang-Haï et distribués sous le N° 791 et la variété adenophora forma 4 décrite par M. Franchet.

La variété calva décrite par M. Franchet m'inspire les mêmes doutes que la variété microphyila et je l'éloigne du À. multiflora comme une forme suspecte.

Quant à la variété trichogyna qui n'a été observée qu'une seule fois aux environs d'Yedo, elle est fort singulière. Si ce n'était ses stipules superficiellement pectinées, je serais presque tenté d'y voir une forme du R. moschata se rapprochant de certaines formes de ce type habitant les environs de Whampoa. A part les denticules étroits et assez

longs de ses ailes stipulaires, dentieules qui sont plus courts dans le R. moschata de Whampoa, je retrouve dans cette forme des caractères du R. moschata. Les aiguillons sont épars ou irrégulièrement géminés, les boutons sont allongés et les sépales atténués insensiblement et enfin les styles sont velus. L'inflorescence étant réduite à 2 ou 5 fleurs, on ne peu pas dire si, bien développée, elle offre un corymbe ombelliforme comme dans le R. moschata, ou un corymbe pyramidal comme dans les R. multiflora et R. Luciue. Cette forme mérite d'être étudiée sur le vif avec le plus grand soin. Peut-être découvrira-t-on qu'elle appartient bien au R. moschala, qui, jusqu'à présent, n’a pas encore été constaté d’une façon certaine au Japon à l’état indigène.

Avant de m'occuper de la dispersion du R. multiflora, il est indispensable d'attirer l'attention sur une forme étrange que M. Regel a décrite sous le nom de À. Maximowicziana et que cet auteur range bien loin du R. multiflora, entre le À. cabulica et R. damascena, malgré les rapports nombreux qu’elle présente avec le type de Thunberg.

Cette Rose a été recueillie en juillet et septembre 1860 par M. Maximowiez à Possjet (région sudo-orientale de la Mongolie). J'ai pu l’étudier sur de nombreux échantillons en fleurs et en fruits, qui m'ont été communiqués par le Jardin botanique de St-Pétersbourg. J'avais cru y reconnaitre une forme du R. Luciae, à laquelle j'avais donné le nom de var. aculeatissima. Pour faire cette assimilation, je m'étais basé principalement sur la forme des stipules qui sont assez fortement denticulées, mais sans être pectinées comme dans le R. multiflora, et sur la grosseur des fruits. Ayant réétudié cette forme étrange, je dois avouer

que je m'étais trompé etque c'est avec le R. multiflora qu'elle a les rapports les plus nombreux.

. C’est ainsi que ses folioles, plus ou moins pubescentes, sont bien celles du À. mulliflora, dont elle a également les aiguillons géminés et la colonne stylique glabre. L’inflorescence, quoique peu développée, me parait appartenir au type du R. multiflora et non à celui du R. Luciae.

La grosseur du fruit n’a qu'une valeur très-secondaire, et je n'y attache pas grande importance, La présence sur les tiges et certains ramuscules florifères de nombreux aiguillons sétacés plus ou moins crochus est certes fort étrange, mais ce n’est pas cette seule particularité qui pourrait me faire séparer le R. Maximowicziana du R. multiflora. Ce qui m'embarrasse le plus, ce sont les stipules qui ne sont pas profondément pectinées. Ajoutons que M. Regel attribue à sa nouvelle espèce des rameaux non grimpants (ramis non scantibus), chose qui l’éloignerait du R. multiflora, mais c’est là un caractère qu'il n'est pas facile de bien constater, attendu que les Roses grimpantes ne sont réellement grimpantes que dans certaines circonstances, quand elles ont pris un développement assez considérable et sont soutenues par des supports. Sans rien vouloir affirmer, je pense que dans le R. Maximowicziana nous n'avons pas affaire à une espèce autonome; quelle n'est probablement qu’une forme aberrante du R. multiflora due à des circonstances particulières. Il est vivement à désirer qu'on puisse la cultiver, afin de s'assurer qu'elle peut être la persistance des caractères qui la distingue. Pour expliquer la présence d’aiguillons sétacés, il n’est pas nécessaire d'invoquer l'hybridation avec une espèce sétigère, puisque nous voyons plusieurs types, habituelle-

ment privés d’aiguillons sétacés, revêtir, dans certaines circonstances, cette sorte d’aiguillons qui viennent s’associer aux aiguillons normaux.

Dans l'herbier de l’Académie de St-Pétersbourg, j'ai vu un échantillon en fleurs de la mème forme accompagné de l'étiquette suivante : Possjet Bai. Jul. ad fluv. Amur. F. Schmidt, 1859.

Dans mon 5° fascicule des Primitiae, je disais n’avoir pas vu le R. multiflora indigène provenant de la Chine. Aujourd’hui, j'ai vu d'assez nombreux spécimens chinois des environs Hong-Kong, des provinces de Kansu et Schenzi, des environs de Shang-Haï, etc. D’après des échantillons que j'ai vus dans l'herbier du Jardin des plantes de Paris, l'espèce s'avancerait jusque dans le Tibet oriental, où le P. David l’a recueillie en 1870.

Avant de passer au R. Luciae, je dois dire quelques mots du R. polyantha Sieb. et Zucc. sur lequel il règne une assez grande obscurité. Miquel, dans les Annales Musei botanici Lugduno-Batavi, t. UT, p. 59, rapportait le R. polyantha au R. indica. Il n'avait sans doute pas vu d'échantillons authentiques. M. Franchet (loc. cit.) crois que cette réunion est complétement erronée; mais comme il n’a pas vu dans l’herbier de Leyde l'échantillon authentique qui parait malheureusement perdu, il n'a pu rien aflirmer d’une façon absolue sur l'espèce à laquelle appartient le R. polyantha. I pense que celui-ci pourrait bien être une des nombreuses formes du R. Luciae. Les indications qui vont suivre nous permettront peut-être de reconnaitre ce que Siebold et Zuccarini ont eu en vue sous le nom de R. polyantha. Dans l'herbier du Jardin botanique de St-Pétersbourg, j'ai vu un échantillon du vrai R. multiflora accompagné de cette étiquette : Herbarium

regium Monacense. Rosa polyantha $S. et Z. var. teste Zucearini. In Japonia leg. Bürger com. de Siebold. Ex herbario Lugduno-Batavo. Herb. Zuccarini. Herbar. univ. Ludov. Maximil. » D'après cela, nous pouvons toujours dire que le R. polyantha ne peut ètre rapporté au R. indica, comme l'avait fait Miquel, mais il reste la question de savoir quel peut être le type de l'espèce, puisqu'il ne s’agit ici que d'une forme considérée comme variété par Zuccarini.

Celui-ci aurait-il eu en vue le R. Luciae, comme le soupçonne M. Franchet? Si nous nous en référons à la description de l'espèce (Florae Japoniae familiae naturales, p. 128) où il est dit que les pétioles sont glanduleuxpubescents, nous pouvons en induire que c’est plutôt une forme du À. multiflora qu'une forme du R. Luciae que les auteurs ont en vue sous le nom de À. polyantha. Le caractère d’un disque conique dépassant les étamines par lequel le R. polyantha se distinguerait du R. multiflora n’est, à mon avis, que le résultat d'une erreur de rédaction ou le résultat d'une illusion. Je pense donc qu'on peut considérer le R. polyantha comme un simple synonyme du R. multiflora.

Rosa Luciac.

Il est assez étrange que le R. Luciae, qui parait assez répandu et abondant au Japon et qu'on retrouve en Chine, ait été aussi longtemps méconnu. Peut-être est-ce cette espèce que Siebold et Zuccarini (loc. eit.) ont indiquée au Japon sous le nom de R. sempervirens. Il est probable que c'est une de ses formes que Miquel (loc. cit.) signale sous le nom de R. moschata var. microphylla. M. Franchet soupconne que le R. pimpinellifolia indiqué au Japon par

Miquel est encore une forme du R. Luciae, mais son soupçon n'est pas fondé, car j'ai vu les échantillons (Herb. Lugd.-Batav.) sur lesquels est fondée l'indication de Miquel, et ces échantillons appartiennent à la forme de la section Indicae que j'ai désignée sous le nom de R. Sieboldii.

Je n’examinerai par l’une après l'autre les nombreuses variétés du R. Luciae que M. Franchet a décrites avec beaucoup de soins, parce que je me réserve de cireonserire les formes de cette espèce dans ma monographie.

Comme le dit fort justement cet auteur, le R. Luciae est un type très-polymorphe. Ses folioles varient d’une façon étonnante, puisqu'elles passent de la forme étroitement ovale à la forme parfaitement orbiculaire. En isolant les variétés les plus caractérisées, on pourrait croire qu'il existe plusieurs espèces bien distinctes; mais en présence des nombreuses formes transitoires, il n’est pas possible d'admettre plusieurs types spécifiques.

La variété yokoscensis est remarquable par l'allongement de son bouton qui, dans les autres variétés, est court et ovoide-arrondi.

Jusqu'à présent, on n'avait signalé le R. Luciae qu'au Japon. Il existe en Chine, d'où j'en ai vu de beaux échantillons de la variété poteriifolia recueillis à Tehi-fu, par le D' Wawra. M. Callery l’a récolté en Chine en 1844. On peut supposer qu'il existe dans ce vaste empire à peu près dans la même aire de distribution que le À. multiflora et qu'on le confond peut-être souvent avec ce dernier

type.

$ 3. — Observations sur le Rosa moschata Mill.

Jusqu’à présent, la connaissance du À. moschata est restée très-incomplète et le type est mal connu, tant sous le rapport de ses variations morphologiques que sous celui de sa distribution géographique.

Je vais exposer les résultats des longues études que j'ai faites avec le plus grand soin sur de très-riches matériaux provenant des diverses régions que ce type habite.

J'examinerai successivement les principales variétés, dont plusieurs ont été élevées au rang d’espèce ; je ferai ressortir les caractères qui distinguent ce type du R. sempervirens et je terminerai par l'exposé de l'aire de dispersion.

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