ROSA MONT ANA
Quelle est réellement la forme que Villars a décrite sous le nom de R. montana Chaix? Celui-ci constitue-t-il une forme bien homogène dans ses représentants, ou bien comprend-il une association de variétés plus ou moins différentes possédant en commun certains caractères? Il est fort difficile de répondre catégoriquement à cette question.
En s'en tenant exclusivement à la description de son auteur, le R. montana produit un petit buisson haut de 2 à 5 pieds, à aiguillons grèles et assez rares, à folioles arrondies, rarement aiguës, à pédicelles et à réceptacles hispides-glanduleux, à réceptacles fructifères petits, à sépales redressés après la floraison. A part la petitesse des réceptacles fructifères, la description originale de cette Rose s'applique parfaitement aux échantillons du R. mon-
tana que J'ai recus des environs de Gap, la localité classique, du Mont Salève, etc.
Malgré ses caractères en apparence très-distincts, il n’est pas toujours facile de dégager le R. montana des formes qui l'enserrent, en quelque sorte, et qui se rapportent, d'une part, aux Coronatae glabrae biserrataecomposilae hispidae eglandulosae et glandulosae et, de l'autre, au À. salevensis, qui doit être véritablement une hybride des R. canina et R. alpina.
D'après les spécimens que je possède du Mont Salève, du Dauphiné et des montagnes du nord de Flltalie, le R. montana présente des réceptacles fructifères ordinairement assez gros et non petits comme le dit Villars. Ils sont assez souvent ovoides et fortement contractés en un col très-apparent à leur sommet; ils peuvent cependant être arrondis et sans col apparent. Remarquons que ce rétrécissement du sommet du réceptacle peut également se produire au même degré dans les variétés des Coronatae glabrae du R. canina.
Ce qui distingue assez bien le type de Chaix, c’est la forme plus ou moins arrondie de ses folioles ; toutefois, cette forme arrondie est plus ou moins fidèlement reproduite dans certaines variétés des Coronatae glabrae.
Le R. montana type parait avoir son centre de dispersion dans la partie occidentale des Alpes, principalement dans le Dauphiné, en Savoie, et dans les montagnes du nordouest de l'Italie. Dans le Jura, il n'apparait que très-rarement et sous une forme qui n'est plus typique. En Italie, l’une de ses formes a donné lieu à la création du R. marsica Godet, qui diffère du type par ses réceptacles lisses. Je ferai remarquer que le À. marsica God., dont j'ai vu des échantillons authentiques dans l'herbier de M. Levier,
(75 ) 755 de Florence, n’est point la même chose que le R. Reuteri var. marsica Christ que j'ai également vu dans le même herbier associé au type de Godet. S'il n’y a pas eu confusion d’échantillons dans l'herbier de M. Cosson, le vrai type de Chaix a été recueilli en Algérie par M. Letourneux (Hammam inter montem Askadjem et Tith). Les spécimens algériens que j'ai examinés ne diffèrent en rien de ceux de la Savoie et du Dauphiné,
Presque toujours le R. montana a les nervures secondaires lisses et rarement elles sont glanduleuses. M. Schmidely m'a envoyé des spécimens recueillis au pied du Mont Salève dont toutes les feuilles ont les nervures secondaires glanduleuses, et d’autres échantillons provenant des Pitons du Mont Salève dont les feuilles inférieures sont seules glanduleuses en dessous. D'autre part, M. le D' Rostan a observé dans la vallée du Pellice (Piémont) des pieds à feuilles toutes à nervures secondaires glanduleuses. La forme que j'ai décrite, dans le Prodromus Florae Hispanicae, sous le nom de À. montana var. gracilens et que je crois toujours appartenir au À. montana, présente également des glandes sur les nervures secondaires soit de toutes ses feuilles, soit seulement des feuilles inférieures des ramuscules florifères. Cette variété se distingue surtout du type pour ses folioles petites et par ses réceptacles lisses.
Dans le R. montana, il n’est pas très-rare de voir l'entrenœud supérieur des ramuseules florifères chargé de soies glanduleuses plus ou moins abondantes.
Peut-on voir dans le À. montana un type spécifique de premier ordre, une race ou bien une variété? Avant de répondre à cette question, je me permettrai d'en poser une autre. La Rose de Chaix est-elle une forme légitime
exempte d'hybridité? Malgré la présence de 4 paires de folioles(!) dans certaines feuilles de spécimens que je pos: sède des localités suivantes : Colmars, La Grave et vallée de Queyras, je ne pense pas que cette Rose soit le produit d'un croisement hybride comme le R. salevensis dont les feuilles sont souvent 9-foliolées. D'autre part, je ne crois pas non plus qu'elle constitue un type de premier ordre. Elle me parait devoir être incorporée dans les Coronatae, où elle pourrait jouer le rôle d’une variété de premier ordre ou d'une espèce secondaire. Comme nous allons le voir, elle se relie aux Coronatae par les diverses formes du R. alpestris Rap.
M. Christ considère le R. Chavini Rap. comme une varièlé du X. montana. Je ne puis partager cette manière de voir, attendu que, d'après les échantillons authentiques que je possède, le R. Chavini a les sépales franchement réfléchis sur les réceptacles fructifères. Gette Rose doit être classée dans les Eucaninae glabrae hispidae biserralae et biserralae-compositae.
Jusqu’à présent, on n’a pas signalé de formes pubescentes pouvant être mises en parallèle avec le R. montana, c'està-dire des formes à folioles pubescentes ovales-arrondies, obtuses ou subobtuses et à réceptacles abondamment hispides-glanduleux. Il existe bien dans les Coronatae pubescentes uniserratae hispidae le R. cerasifera à réceptacles assez abondamment hispides-glanduleux, et une autre forme que j'ai reçue de M. Rapin sous le nom de R. alpestris var. pubescens recueillie à Chésières; il y a
(1) J'ai observé des feuilles 9-foliolées dans des échantillons d’une variété du À. coriifolia Fries recueillis à Chésières dans les Alpes vaudoises par M. Rapin.
encore dans le même groupe des formes à dents composéesglanduleuses, telles que les R. rigidula Lag. et Pug. et R. capnoides Kern., ete., dont les réceptacles sont glandurleux, mais ces formes n'ont point le facies du R. montana.
Si les apparences ne me trompent pas, l’Asie Mineure semble produire une forme pubescente qu'on pourrait peut-être mettre en parallèle avee le type de Chaix.
Elle a été recueillie par MM. Brotherus en 1877 et décrite par M. Scheutz (Fürhandlingar de l'Académie des sciences de Suède) sous le nom de R. elymaitica var. Brotheri. Dans les échantillons provenant d'Arménie (in reg. subalpina pr. lacum Tabiszehurt), les folioles sont ovalesarrondies, maigrement pubescentes en dessous ; les pétioles sont également maigrement pubescents; les pédicelles et les réceptacles sont abondamment hispides-glanduleux. Il est à remarquer que la pubescence diminue à mesure qu’on s'élève sur les ramuscules florifères. Sur le bel exemplaire que je possède de cette forme, 3 feuilles sont 9-foliolées. Dans d'autres échantillons d'une autre localité (Imeretia sine loco speciali), la pubescence est plus clairsemée que dans ceux d'Arménie. Je tiens à prévenir le lecteur que je fais ce rapprochement sous les plus grandes réserves, car il peut fort bien arriver que cette variété Brotheri soit très-éloignée du R. montana. Pour bien en juger, il faudrait pouvoir l'examiner sur des matériaux très-complets et accompagnés de notes prises sur le vif.