X XVII. — OBSERVATIONS SUR LES ROSES DE LA SECTION DES RUBIGINOSAE
Les Roses de la section des Rubiginosae constituent un groupe dont l'étude présente de très-grandes difficultés. Je ne suis point encore parvenu à élucider toutes celles-ci,
malgré des recherches et des observations extrèmement nombreuses. Quoi qu’il en soit, je ferai connaitre mes idées actuelles sur la place et la valeur relative des formes en ne cachant ni les doutes, ni les hésitations que me font éprouver un certain nombre d'entre elles. Mes efforts, joints à ceux qui ont été déjà faits ou qui seront faits par d'autres, finiront, je l’espère du moins, par dissiper l'obscurité qui règne encore sur certaines Roses de ce groupe.
Y a-t-il dans la section des Rubiginosae telle que je l'entends plusieurs espèces de premier ordre, ou bien celte section n'est-elle composée que d’un seul type cardinal, ayant produit plusieurs races ou espèces secondaires, ainsi que nous le voyons, par exemple, dans le R. canina ? Avant de répondre à cette délicate question, qu'il me soit permis de soumettre les formes de cette section à un examen attentif.
Des Rubiginosae, j'exclus : 1° des variétés à folioles glanduleuses en dessous du R. canina, 2 des variétés du R. Jundzilliana, 5° des variétés glanduleuses du R. tomentosa et 4° des hybrides du R. gallica, qu’on a, par erreur, introduites dans cette section à cause de leur état glanduleux. Ce mélange insolite a rendu la section des Rubiginosae de certains auteurs tout à fait artificielle.
Dès 1869 (Conf. Prim. Monogr. Rosar., fase. T), j'avais réparti les Rubiginosae en trois groupes : Suavifoliae, Micranthae et Sepiaceae. Ces divisions ont été admises en tout ou en partie par plusieurs monographes. Aujourd'hui, je reconnais la nécessité de subdiviser les Sepaceae et de créer un quatrième groupe sous le nom de Graveolentes, dans lequel je comprends tous les variations du R. graveolens Gren.
Pendant longtemps, les R. rubiginosa L. et R. micrantha Sm. ont été très-mal appréciés par la grande majorité des auteurs, qui n'avaient pas reconnu les véritables caractères de ces deux espèces. De nos jours encore, nous voyons de savants botanistes énumérer ou décrire pêlemêle les variétés dérivées de ces deux Roses. En 1862 (Conf. Notes sur quelques plantes rares ou critiques de la flore de Belgique, pp. 57-49), j'ai longuement décrit celles-ci et j'ai fait ressortir leurs véritables caractères distinetifs. C'est, je pense, à partir de cette époque que ces deux espèces ont été mieux distinguées par la plupart des monographes modernes. En rédigeant mes observations, si j’avais eu l’occasion de consulter le travail de Woods sur les Roses anglaises publié en 1818, j'aurais eu soin de rappeler que ce phytographe avait déjà, dès 1816, fait remarquer, par des observations trèsjudicieuses, combien le À. rubiginosa est différent du R. micrantha. Woods désigne le R. rubiginosa sous le nom de R. Eglanteria L. Sa synonymie n'a point été adoptée et on a persisté à donner au Sweet Briar des Anglais le nom de R. rubiginosa. 11 y a tout lieu de croire que, sous ce nom, Linné a bien eu en vue l'espèce que je désigne sous le nom de R. rubiginosa, espèce qui est assez répandue dans la Scandinavie, où elle n’est pas, comme en Angleterre, en Belgique, en France, en Allemagne, ete., associée au À, micrantha, espèce qui fait absolument défaut en Suède. Du reste, dans l'herbier de l'illustre botaniste suédois, le seul échantillon étiqueté rubiginosa par lui appartient incontestablement au Sweet Briar.
Grourz 1. — SUAVIFOLIAE.
Rosa comosa Rip. — Cette forme qui parait être la plus commune du groupe, a été décrite et publiée vers la fin de 1852 ou au commencement de 1855. Une description abrégée en a été donnée dans les Archives de la flore de France et d'Allemagne de Schultz, p. 254. D'après cette description, on reconnait que Ripart avait voulu distinguer le À. rubiginosa du R. micrantha qu'il considérait, à cette époque, comme le vrai R. rubiginosa.
Pour apprécier exactement les créations spécifiques faites aux dépens d’anciens types, il est absolument indispensable d'examiner non-seulement des échantillons authentiques distribués par les créateurs, mais encore il est souvent nécessaire d'avoir recours à la première distribution de spécimens, car il peut arriver que l'auteur identifie à sa première création des formes affines qui ne répondent pas exactement à la description originale. C’est ainsi que les espèces dites secondaires, après avoir été établies sur une forme locale ou mème sur un unique buisson, finissent par s'arrondir et par représenter non pas une forme bien délimitée, mais un petit groupe de formes plus ou moins aflines dont le sort inévitable est d’être ultérieurement démembré par des botanistes poussant l’analyse jusqu’à ses dernières limites.
La première description complète du R. comosa a été faite par M. Déséglise en 1861 (Conf. Essai monographique, ete., p. 115). Cette description répond à peu près rigoureusement aux caractères présentés par les spécimens authentiques que je possède. J’ai toutefois à faire sur cette description quelques remarques nécessaires
au point de vue des autres formes démembrées du KR. rubiginosa. Si le R. comosa a pour caractère habituel des ramuseules florifères plus ou moins sétigères, il existe parfois sur les mêmes rameaux des ramuscules non sétigères mêlés à des ramusceules sétigères. Une particularité que J'ai observée tant sur des échantillons authentiques étiquetés par Ripart que sur d’autres, c’est la glandulosité supra-foliaire de certaines folioles. Les réceptacles peuvent être lisses ou plus ou moins hispides-glanduleux sur les mêmes spécimens ; rarement, ils sont presque aussi hispides que dans le R. echinocarpa. Rien n'est plus variable que la villosité des feuilles : tantôt la pubescence est assez marquée sur les deux faces des folioles et sur le pétiole, tantôt elle est nulle ou presque nulle. En se basant sur la présence ou l'absence de villosité, on pourrait diviser le R. comosa en deux séries de formes : Glabrae ou glabriusculae et Pubescentes. Les aiguillons sétacés caulinaires s'élèvent parfois assez haut sur les tiges et peuvent mème, dans certains cas, se prolonger sur les branches. En tenant compte des variations offertes : 1° par les aiguillons sétacés caulinaires, 2° par la pubescence ou la glabréité des feuilles, 5° par la glandulosité des stipules, qui sont seulement glanduleuses en dessous dans les feuilles les plus inférieures ou bien qui sont glanduleuses à la base et à la partie moyenne des ramuscules, 4° par la nudité ou la glandulosité des réceptacles, on pourrait facilement faire subir au R. comosa un démembrement. Rosa apricorum Rip. — Cette espèce a été citée pour la première fois en 1862, dans le premier fascicule des Primitiae Monographiae Rosarum. M. Déséglise en a fait la première description dans son Catalogue sous le N° 324. Selon cet auteur, le R. apricorum se distinguerait
principalement du R. comosa par ses folioles ovalesarrondies et non ovales et par ses réceptacles fructifères arrondis, d'un rouge-sanguin et non ovoides et d’un rouge-orangé.
A en juger d'après les échantillons authentiques que j'en possède, cette Rose n'est au fond qu'une variation du R. comosa, à réceptacles fructifères arrondis ou globuleux. Quant à la différence de coloration des réceptacles murs, j'estime qu'elle n'existe réellement pas ou qu’elle n'est d'exceptionnelle. Les folioles ne sont pas plus ovalesarrondies que dans certaines formes du R. comosa. M. Déséglise attribue au R. apricorum des aiguillons dégénérant en soies sur les ramuseules florifères, or dans les spécimens que j'ai reçus de Ripart les soies font assez souvent défaut.
Le R. apricorum en tant que forme à réceptacles fructifères glohuleux ou subglobuleux représente tout un groupe de variations qu'il serait bien facile de démembrer. Celles-ci sont robustes ou délicates, à feuilles glabriuscules ou glabres, à folioles assez grandes ou petites, trèsrarement glanduleuses en dessus, à réceptacles fructifères assez gros ou petits, lisses ou plus ou moins hispidesglanduleux, à ramuscules florifères sétigères ou non sétigères. Comme dans le R. comosa, la glandulosité des stipules est variable : les stipules des feuilles tout à fait inférieures sont seules glanduleuses, ou bien les stipules inférieures et moyennes sont glanduleuses, et le cas est fort rare ou toutes les stipules et les bractées sont glanduleuses en dessous.
Dansle R. comosa, les réceptacles florifères ont la même forme que ceux du À. apricorum; en grossissant, ils conservent assez longtemps une forme arrondie et ce n’est
qu'à un état assez avancé de maturation qu'ils prennent ordinairement la forme ovoïde. Il résulte de là qu'il n’est guère possible de distinguer les À, comosa et R. apricorum Jun de l'autre qu'à la maturité.
Rosa echinocarpa Rip. — D'après M. Déséglise, qui le premier a décrit cette espèce, celle-ci se distinguerait du R. comosa par ses ramuscules florifères non sétigères, par ses folioles parsemées de quelques glandes en dessus et par ses réceptacles fructifères ovoïdes-arrondis, En s'en tenant à ces seules différences, on pourrait appeler À. echinocarpa certaines formes du À. comosa auxquelles j'ai fait ci-dessus allusion.
Tel que je le comprends, le R. echinocarpa est une variation du À. comosa (je prends le R. comosa comme la forme typique du R. rubiginosa) à système sétigère et glanduleux plus développé. Les pédicelles et les réceptacles sont chargés de fines soies glanduleuses entremèlées de soies plus rudes et presque spinescentes ; les glandes supra-foliaires sont plus fréquentes et l’on peut dire habituelles ; la glandulosité des stipules supérieures et des bractées est moins rare. Les ramuscules florifères sont aussi souvent sétigères que dans le À. comosa. Quant à la pubescence et à la glabréité des feuilles, elles présentent la même variabilité que dans cette dernière espèce.
Il existe entre le R. echinocarpa le plus typique et le R. comosa des formes intermédiaires qui relient intimement ces deux prétendues espèces.
Resa umbellaia Leers. — Je ne connais pas quelle variété précise Leers a décrite sous ce nom; il est vraisemblable que cet auteur a appliqué ce nom à des formes du R. comosa dont les corymbes étaient plus ou moins multiflores. Ce que je puis assurer, c’est que les monographes
modernes ont décrit et distribué sous le nom de K. umbellata des formes très-diverses du ÆR. rubiginosa. J'ai vu des R. comosa dont les ramuscules florifères robustes portaient des inflorescences variant en 5 et 15 fleurs et la mème chose ma été présentée par le R. echinocarpa. M. Déséglise attribue, il est vrai, à son R. umbellata des styles velus, tandis qu’ils seraient, selon lui, seulement hérissés dans les R. comosa, R. apricorum et R. echinocarpa, mais il est difficile de dire où finit l’état très-hérissé et où commence l'état velu. Au surplus, on ne peut pas attacher d'importance au degré de villosité des styles, parce que c'est une chose très-variable dans les diverses formes du R. rubiginosa. Dans celui-ci néanmoins les styles sont généralement plus ou moins densément pubescents et il est très-rare de les trouver peu hérissés ou presque glabres.
Rosa cemosella Déségl. et Ozan. — A ne consulter que sa description (Conf. Bulletin de la Société dauphinoise, 8° fasc., p. 527), on peut s’imaginer que le R. comosella diffère assez bien du R. comosa, surtout par la forme de ses aiguillons qui seraient grèles, longs, droits ou presque droits. D'après les nombreux spécimens que que je dois à la générosité de M. Ozanon, les aiguillons sont, en effet, plus grèles et moins erochus que dans les formes ordinaires du R. comosa, mais ils ne sont ni droits ni presque droits ; ils sont généralement à pointe arquée, du moins sur les branches et sur les ramuscules florifères. Sur la portion inférieure des tiges, la pointe des aiguillons est droite ou presque droite, ainsi que le cas se présente assez communément dans le vrai R. comosa. Il est du reste à remarquer que la forme et la force des aiguillons, dans les diverses variétés et variations du groupe des Suavifo-
liae, dépendent de la délicatesse ou de la vigueur des axes, c’est-à-dire de simples conditions individuelles. J'ajouterai, à ce propos, que la présence ou l’absence de soies sur les ramuscules florifères à laquelle on attache beaucoup d'importance, dépend également de simples conditions individuelles. On doit néanmoins remarquer que l’état sétigère est assez habituel dans le groupe des Suavifoliae, tandis qu'il est assez rare dans les Micranthae et nul dans les Graveolentes et les Sepiaceae.
La description attribue, en second lieu, au R. comosella des folioles ovales, ovales-obtuses ou ovales-elliptiques. Ce caractère se confirme dans un certain nombre d'échantillons; mais d'autres spécimens présentent des folioles aussi ovales-arrondies que dans le R. comosa typique. Généralement, dans le R. comosella, les folioles sont petites, ce qui tient à la délicatesse des axes, mais sur certains ramuscules robustes les folioles reprennent les dimensions habituelles du R. comosa.
En somme, la nouvelle espèce décrite par MM. Déséglise et Ozanon n’est qu’une forme délicate du R. comosa et je ne doute aucunement que cultivée dans un sol fertile elle ne tarde pas à reprendre le facics et les caractères de celui-ci. Ses réceptacles fructifères sont plus petits que dans le R. comosa ; ils sont souvent d’une forme ovoïde assez allongée, mais dans des échantillons provenant de Bourgneuf, ils sont ovoïdes et plus ou moins arrondis.
Rosa dolorosa Déségl. et Ozan. — Cette Rose est encore très-voisine du R. comosa. Si je compare les nombreux échantillons que j’en possède avec sa description, je trouve que celle-ci laisse un peu à désirer sous le rapport de l'exactitude. C'est ainsi que parmi les échantillons distribués par la Société dauphinoise sous le N° 527%
et qui tous proviennent du même buisson, il y a des spécimens à pédicelles allongés comme l'indique la description et d’autres à pédicelles sensiblement plus courts et ne différant pas de ceux du R. comosa. Les ramuscules ne sont pas constamment inermes, car ceux qui sont robustes sont aiguillonnés et présentent même parfois des soies sur l'entrenœud supérieur. Les folioles sont très-maigrement pubescentes en dessus dans leur Jeune âge, mais elles deviennent bientôt complétement glabres. Il est vraisemblable que le R. dolorosa est une simple forme individuelle; elle se distingue à peine de certaines variations du À. comosa, qui, à leur tour, peuvent présenter des ramuscules inermes.
Rosa dimorphacantha Martinis. — Cette espèce a été décrite par Martinis dans le tome VII du Bulletin de la Société royale de botanique de Belgique, pp. 248-250 (1868). Le R. dimorphacantha, pour lequel j'ai été consultélors de sa création, me laisse des doutes sur la place qu'il doit occuper ; cependant, malgré ses folioles un peu moins largement ovales que celles du R. comosa et ses styles presque glabres, je suis porté à croire qu'il fait partie du groupe des Suavifoliae. Pour expliquer la forme de ses folioles et l'absence presque complète de villosite sur les styles, on pourrait peut-être invoquer un croisement entre les À. comosa et R. micrantha, mais on peut douter que ce croisement eùt produit le R.dimorphacantha. Celui-ci constitue un buisson peu élevé, à végétation peu vigoureuse, à feuilles plutôt petites que grandes. Ses tiges et ses branches sont souvent couvertes de nombreux petits aiguillons mêlés aux aiguillons erochus; ses ramuscules florifères sont souvent sétigères au sommet; ses réceptacles, ovoides ou ovoïdes-arrondis, sont fréquem-
ment chargés de soies glanduleuses plus ou moins abondantes et presque aussi spinescentes que dans le R. echinocarpa; plus rarement, ils sont lisses ou presque lisses. Les sépales paraissent devenir caducs d’assez bonne heure et n'être pas relevés après l’anthèse. Ce dernier caractère, que je n’ai toutefois pu vérifier que sur des échantillons d'herbier, n’est probablement que le résultat d’une vigueur moindre des réceptacles qui sont relativement petits comme dans le R. rotundifolia Rchb. et les formes voisines.
Ce qui semble confirmer l'opinion que le R. dimorphacantha des rochers calcaires de Richelle (province de Liége. — Belgique) dépend du groupe des Suavifoliae, c’est la découverte que j'ai faite aux environs de Han-sur- Lesse (Belgique) de plusieurs buissons d’une forme trèsvoisine à styles glabriuseules, à axes assez fortement sétisgères, à réceptacles fructifères peu ou mal développés, plus ou moins hispides, à sépales promptement cadues, et qui par leur facies paraissent faire partie des Suavifoliae.
Pour dissiper les doutes qui peuvent exister sur Îa nature de ces formes, il est nécessaire de les étudier attentivement à nouveau et sur le vif.
Rosa rotundifolia Rchb. — Rau a décrit deux variétés microphylles du R. rubiginosa : l'une sous le nom de 7. parvifolia, à aiguillons ramusculaires robustes et erochus ; l’autre, sous celui de d. rotundifolia, à aiguillons ramusculaires grèles et presque droits. C'est cette deuxième variété que Reichenbach a élevée au rang d'espèce.
Avec le R. rotundifolia, nous entrons dans la catégorie des formes microphylles qui représentent, en quelque sorte, l'état réduit de plusieurs des formes précédentes.
( 145 ) 80:) Il est à remarquer que chez ces formes réduites les ramuscules florifères sont rarement sétigères, ce qui est vraisemblablement une conséquence de l’état particulier de ces Roses.
Dans le À. rotundifolia tel que je le comprends, les aiguillons sont généralement très-grêles, à pointe droite ou peu arquée tant sur la tige que sur les ramuseules florifères, et les folioles sont ordinairement très-petites. Sur certains arbustes, ces caractères peuvent être constants ; mais quelquefois il se produit des ramuscules florifères plus robustes que les autres où l'on voit réapparaitre les aiguillons crochus et les folioles du ÆR. comosa. Cela prouve, à l'évidence, que nous avons bien affaire, dans le R. rotundifolia, à une forme atteinte de nanisme. Du reste une particularité en sens contraire se présente assez souvent dans le À. comosa, c'est-à-dire que les ramuscules délicats de cette forme se montrent avec des folioles aussi petites que celles du À. rotundifolia et avec des aiguillons grêles.
Le R. rotundifolia passe à la var. y. parvifolia Rau quand les axes deviennent moins délicats. Alors, tout en conservant des folioles petites, les tiges et surtout les ramuscules florifères produisent des aiguillons plus robustes, arqués ou crochus.
Avant de passer aux formes suivantes, je dois faire remarquer que le À. rotundifolia publié par M. Déséglise sous le N° 75 de son Herbarium Rosarum appartient au R. subsessiliflora Boullu.
Rosa spino-urccolata Crép. in herb. — J'ai autrefois désigné sous ce nom une forme microphylle découverte aux environs de Rochefort (Belgique), qui se distingue du À. rotundifolia par ses petits réceptacles
densément hispides-glanduleux, à soies spinescentes comme dans le R. echinocarpa, par ses ramuscules florifères plus ou moins sétigères, par ses tiges densément aiguillonnées, à aiguillons souvent robustes et cerochus entremélés d’aiguillons sétacés et de soies. Par son facies et ses styles glabrescents, cette forme se rapproche du R. dimorphacanta. À côté d’elle, croissait une forme trèsvoisine dont les styles sont assez fortement hérissés.
Rosa densa Timb.-Lagr. — Cette forme microphylle, qui appartient bien aux Suavifoliae, se rapproche de la var. 7. parvifolia Rau, dont elle diffère principalement par ses réceptacles florifères ovoïdes-allongés. Lors d’un voyage qu'il a fait dans les Pyrénées, M. Cogniaux a bien voulu, à ma demande, rechercher le R. densa entre Venasque et Sarlé. Il m'a recueilli, dans cette localité, non-seulement la forme décrite par M. Timbal-Lagrave, dont je possède des échantillons authentiques, mais encore plusieurs autres Suavifoliae microphylles que l’on pourrait aussi bien distinguer que le R. densa.
Rosa minuseula Ozan. et Gillot. — Il y a plus de dix ans que M. Ozanon m'avait envoyé de nombreux spécimens d’une Suavifoliae plus ou moins microphylle, qu'il rapportait avec doute au R. apricorum et qu’il désignait en herbier sous le nom de R. microcarpa. Comme ce dernier nom est déjà admis pour une espèce chinoise, je lui proposai de donner à sa Rose le nom de minuscula. C'est donc sous ce dernier nom que cette forme a été décrite et publiée en 1880. D'après les échantillons anciens et d’après les nouveaux spécimens que M. Ozanon m'a envoyés cette année, je trouve que cette forme varie sensiblement sous le rapport de la grandeur des folioles. Tantôt celles-ci sont très-petites surtout sur les axes déli-
cats, tantôt elles offrent à peu près les dimensions de celles du R. comosa. A leur tour, les réceptacles fructifères sont ou très-petits ou de grosseur moyenne : souvent arrondis, ils sont parfois ovoïdes. Le R. minuscula n'est au fond, comme les formes précédentes, qu’une variation du R. rubiginosa atteinte de nanisme et dont les caractères dérivent de cet état.
M. Christ (Conf. Die Rosen der Schweiz, pp. 108 et 109) décrit, sous le nom de pimpinelloides, une forme extrêmement réduite de son R. rubiginosa. Cette forme m'est inconnue.
Toutes les Suavifoliae dont il a été question jusqu'ici produisent des fleurs d’un rose plus ou moins intense. Je vais maintenant m'occuper de quelques formes à fleurs blanches ou presque blanches.
M. Christ (loc. cit.) décrit, sous le nom de Gremlü, une variété de son R. rubiginosa qui est commune aux environs de Schaffhouse. D’après la description, cette forme serait dépourvue d'acicules sur les tiges, les pédicelles seraient assez longs, les sépales resteraient réfléchis après l’anthèse, les styles seraient faiblement hérissés et la corolle serait petite et d’un blanc de lait. Les échantillons que je possède de cette forme ne me permettent pas d'en faire une étude qui me satisfasse complétement. M. Christ, à qui j'ai demandé des renseignements, m'’assure que cette forme est incontestablement une Suavifoliae.
MM. Burnat et Gremli, dans leur Supplément à la monographie des Roses des Alpes maritimes, juin 1882 (1),
(1) J'ai reçu ce travail quand l’impression de ce sixième fascicule des Primitiae était déjà arrivée à la page 78.
rattachent au R. Gremlii (Christ) Gremli Exc. Fi. d. Schw., éd. 2, p. 176, deux formes des Alpes maritimes. L'une d'elles n'a été observée qu'en fruits et par conséquent il peut rester des doutes sur son identité ; l'autre a les corolles absolument blanches. Cette dernière, disent les auteurs, diffère assez notablement de la première et de la forme de Schaffhouse par ses aiguillons plus nombreux, ses folioles moins arrondies, quoique non atténuées vers la base, par ses pédicelles un peu moins allongés et parfois moins aciculés et par ses styles formant un capitule velu-laineux. Ne possédant pas d'échantillons de ces deux formes des Alpes maritimes, je ne puis exprimer d'opinion sur leur compte.
J'arrive maintenant à une autre Suavifoliae à fleurs blanches, sur laquelle je puis donner plus de détails. Elle a été recueillie en quantité par M. Moutin au Bois Noir, près de la Motte d’Aveillans (Isère), à l'altitude de 1400 mètres et sur un rayon de 200 à 500 mètres. Arbrisseau atteignant la taille de 170 à 2 mètres ; tiges chargées dans leur partie inférieure de nombreux petits aiguillons mélés à des aiguillons erochus et robustes; branches élancées, grèles, à aiguillons fortement crochus ; ramuscules florifères grèles, parfois remarquablement longs, rarement séligères au sommet ; folioles assez petites, plus rarement aussi grandes que celles du R. comosa, glabres en dessus, à côte un peu pubescente en dessous; pétioles glabres; pédicelles hispides-glanduleux, assez courts ou modérément allongés ; réceptacles florifères petits, ovoides, lisses ou hispides-glanduleux, les fructifères d’un rouge orangé, assez petits, ovoides-arrondis, rarement ellipsoïdes, couronnés par les sépales redressés ; corolle petite, d'un beau blanc de lait, très-obscurément carnée lors de
l'épanouissement; styles densément velus. Cette forme, qui a peut être quelques rapports avec le R. Gremlii signalé par MM. Burnat et Gremli dans la vallée de l'Inferno, près de Garessio, est vraiment remarquable. Je lui ai donné en herbier le nom de R. rubiginosa var. Moutinii, en l'honneur de l’habile collecteur des Roses des montagnes de l'Isère. Comme elle sera distribuée par la Société Dauphinoise, on pourra la publier sous le nom de R. Moutinii. Cette variété Moutinit fait partie d’un petit groupe de formes très-affines croissant aux environs de la Motte d’Aveillans, qui toutes pourraient s'identifier avec elle, si elles étaient à fleurs blanches. Seulement, leur corolle varie du rose päle au rose vif. M. Déséglise en a rapporté plusieurs au R. minuscula, mais, selon moi, elles sont différentes de la Rose décrite par MM. Ozanon et Gillot.
J'ai autrefois recu de M. Songeon des échantillons d’une Rose recueillie par lui sur une colline entre Bellecombette et les Charmettes près de Chambéry. L’étiquette porte : « R. echinocarpa Rip. Fleurs petites, blanches. » C’est une variation différente des variétés Gremlii et Moutini. Ramuscules florifères courts ou assez courts, assez souvent un peu sétigères au sommet; folivles comme dans le R. comosa, très-maigrement pubescentes en dessus, parfois avec quelques glandes; pétioles densément pubescents ; réceptacles fructifères modérément hispides-glanduleux, à soies plus ou moins spinescentes, ovoïdes ou ovoïdesarrondis; styles densément hérissés. Il est à remarquer que M. Déséglise, dans son Catalogue N° 551, assigne au R. echinocarpa l'habitation de la forme que je viens de décrire.
On peut dire que les Suavifoliae ne présentent que trèsrarement des pédicelles lisses. Pour ma part, je ne connais que de très-rares exemples de cette nudité des péaicelles, qui est accompagnée ordinairement de celle des récéptacles et du dos des sépales. Des exemples m'ont été fourni : 1° par un buisson aux environs de Rochefort (Belgique); 2° par des spécimens que M. Kerner m'avait envoyés sous le nom de &. australis, et auxquels j'ai fait précédemment allusion ; 5° par des échantillons provenant de Hedemünden (Hanovre) envoyés par M. Zabel; 4° par des spécimens recueillis par M. Cogniaux dans les Pyrénées entre Venasque et Sarlé. Ces formes, qui pourraient constituer une division de Nudae, diffèrent les unes des autres par divers caractères. Elles peuvent donner aisément matière à la création de plusieurs espèces. Il existe des variations de transition, c'est-à-dire des formes chez lesquelles des pédicelles nus coexistent avec des pédicelles très-faiblement glanduleux qui relient ainsi les Suavifoliae nudae aux Suavifoliae hispidae.
Je ferai remarquer ici que les formes à pédicelles nus dont je viens de parler, sont incontestablement des Suavi- {oliae et non des Graveolentes comme on serait peut-être porté à le supposer.
Mon herbier renferme encore d'autres Suavifoliae que celles qui ont été énumérées ci-dessus, mais je réserve pour plus tard les considérations qu’elles pourraient faire naitre. Je crois toutefois devoir faire une exception pour une forme des environs de Toulouse qui mérite d'attirer la sérieuse attention des observateurs : je veux parler du R. ladanifera Timb.-Lagr.
Si c'est bien une Suavifoliae, le R. ladanifera est assü-
rément, du moins en apparence, assez distinet de toutes les formes dont il a été question jusqu’à présent. Ses aiguillons tout en étant crochus ou à pointe fortement arquée, sont généralement plus longs et plus grèles que ceux du R. rubiginosa; ses folioles sont généralement plus ou moins largement elliptiques et non ovales ou ovales-arrondies, plus ou moins atténuées à la base. J'ai dit généralemeut, parce que, de mème que dans le R. rubiginosa, la forme des folioles varie un peu selon la place qu’elles occupent dans les feuilles ou selon la place que ses dernières occupent sur les axes. On peut trouver dans le R. ladanifera des folioles en tout semblables à celles du R. comosa. A en juger d’après les nombreux spécimens que j'ai sous les yeux, il semble que les tiges et les branches présentent quelque chose de particulier qu’on n'observe point dans les formes du R. rubiginosa et qui, étant associé avec les autres caractères, parait dénoter, si non une espèce différente, du moins une variété remarquable. En triant avec soin les nombreux spécimens que je possède du R. ladanifera, on pourrait facilement les démembrer, car ils varient assez sensiblement. Tout d’abord, il en est dont les folioles sont toutes abondamment glanduleuses en dessus et d’autres à folioles non glanduleuses à la face supérieure ou bien très-peu glanduleuses. Les ramuseules sont assez rarement inermes, mais souvent aiguillonnés et il n’est pas rare de les voir sétigères à leur sommet. Les réceptacles fructifères sont ovoïdes ou arrondis. lisses ou assez densément hispides-glanduleux ; ils sont couronnés jusqu’à la maturité par les sépales redressés. Les styles sont fortement hérissés et la corolle est d'un rose assez vif. Les folioles sont assez pubescentes sur les deux faces et les pétioles sont assez densément velus.
M. Timbal-Lagrave m'a envoyé à l’état frais des échantillons du À. ladanifera qu'il cultive dans son jardin sous le nom de R. Timbalii Crép. Si dans le semis il n'y a pas eu de confusion, Je puis avancer que la plante cultivée a éprouvé des modifications qui la rapprochent extrêmement du À. comosa, et qui me donnent lieu de penser que dans le R. ladanifera nous ne devons guère voir qu'une simple variété à ranger parmi celles du À. rubiginosa. J’engage toutefois les botanistes de Toulouse à étudier le R. ladanifera dans toutes ses modiltications et à rechercher si, dans la nature, il ne passe pas insensiblement aux formes ordinaires du R. rubiginosa. Dans le bois de Larramette, il existe des formes voisines du R. ladanifera à folioles largement-ovales ou ovales-arrondies.
L'histoire du R. ladanifera s'était embrouillée tellement que j'ai éprouvé beaucoup de difficultés pour reconnaitre la Rose décrite sous ce nom par M. Timbal- Lagrave. La confusion était provenue de ce que le savant botaniste de Toulouse avait distribué, sous le nom de R. ladanifera, des échantillons d’une forme étrange dont il sera question ci-dessous sous le nom de R. heterophylla. I y a quelques années, M. Timbal-Lagrave m'avait envoyé une très-riche collection de ces deux Roses. Le vrai R. ladanifera, tel qu'il est décrit dans le Précis des herborisations faites par la Société d'histoire naturelle de Toulouse pendant l’année 1870, p. 175, était accompagné de plusieurs étiquettes numérotées, mais sans nom d'espèce, portant : « avec le ladanifera Nob., probablement l’un des parents » tandis que les échantillons de la forme appelée plus tard R. heterophylla étaient étiquetés R. ladanifera. Après avoir étudié ces deux Roses, je reconnus que la forme innommée était différente de la
forme déterminée pour le vrai R. ladanifera et je lui appliquai le nom de R. Timbalii. Ce nom fut adopté pour cette forme par M. Timbal-Lagrave et attaché à une plante de son jardin, dont il distribua des spécimens à plusieurs botanistes avec ma dénomination. C'est sous le nom de R. Timbalii qu'il m'a envoyé les spécimens frais dont je parle ci-dessus. J'étais donc convaincu que le vrai R. ladanifera était bien cette forme que l’auteur m’avail adressée sous ce nom, qu'il avait envoyée avec cette même détermination à M. Déséglise et que j'avais vue pour la première fois dans l’herbier de Thielens. C’est seulement dans ces derniers temps, à la suite d'une correspondance échangée avec M. Déséglise, qu'un doute m'est venu sur l'identité du R. ladanifera. Je renvoyai à M. Timbal-Lagrave un échantillon de son R. ladanifera, en lui demandant si c'était bien la forme qu'il avait décrite sous ce nom. Il me répondit que cet échantillon n'était pas son R. ladanifera, mais l'hybride du R. Timbalii ct du R. ladanifera qu'il avait trouvée mélée aux deux premiers (2 individus seulement). Il m'envoyait en mème temps que sa réponse deux exemplaires d’une Micranthae délicate qui, selon lui, représente son vrai R.ladanifera. C'est à la suite de cette communication que je comparai de nouveau, avec la plus grande attention, les formes du R. Timbalii avec la description du R. ladanifera et que j'en arrivai à la conviction que c'était bien cette espèce que M. Timbal-Lagrave avait eue en vue et non pas la forme prise par moi, sur la foi des étiquettes, pour le véritable R. ladanifera. Quant à la Micranthae dont il vient d’ètre question, il ne faut pas un seul instant penser, malgré l'assimilation qui en est faite, à la prendre pour le vrai R. ladanifera. Ses
caractères ne concordent aucunement avec la description. Il résulte de ce qui précède que le créateur du R. ladanifera avait fini par perdre de vue les caractères distincetifs de sa création et par prendre le R. Timbalii pour une forme différente.
Le R. heterophylla Timb.-Lagr., dont j'ai vu des échantillons authentiques dans l’herbier de M. Déséglise, est identiquement la même forme que celle que son auteur avait envoyée à M. Déséglise et à moi sous le nom de R. ladanifera. C’est la Rose hybride à laquelle :l est fait allusion dans une remarque placée à la suite de la description du R. ladanifera. Ce nom de heterophylla a été inspiré à M. Timbal-Lagrave par une observation curieuse que j'avais faite sur des échantillons envoyés à Thielens, toujours sous le nom fautif de R. ladanifera. Remarquons du reste, à la justification de M. Timbal- Lagrave, qu'il est assez facile de confondre le R. heterophylla avec certaines formes du R. ladanifera (R. Timbalii Crép.). Dans le R. heterophylla, les folioles sont, en général, plus petites, plus étroites, ordinairement étrottement obovales, fortement et longuement rétrécies à la base ; la corolle est plus petite et blanchätre. Ce sont là les deux principaux caractères distinctifs. Ses styles sont aussi fortement hérissés que dans le R. ladanifera; la pubescence des feuilles est la même; les aiguillons sont également à peu près semblables. Les ramuscules florifères sont inermes ou aiguillonnés; ils sont parfois sétigères au sommet. D’après sa description (Conf. Déséglise Cataloque, in Bull. Soc. roy. bot. Belg., t. XV, p. 527), les réceptacles fructifères seraient globuleux, d'un rouge foncé puis d’un rouge noir. Dans le R. ladanifera, les réceptacles fructifères sont, d’après la description, ovoides
et d’un rouge orangé. A l’état florifère, les réceptacles du R. heterophylla sont plus arrondis que ceux du R. ladanifera.
Voici maintenant le fait qui a inspiré le nom de heterophylla. Sur des échantillons fructifères du R. hetcrophylla envoyés à Thielens, en 1868, sous le nom de R. ladanifera, je fus fort étonné de remarquer, sur de très-petites pousses ou ramuscules développés à l’aisselle de la feuille supérieure des ramuscules fructifères, des, feuilles à folioles d’une forme tout à fait différente de celle des autres feuilles. Ces folioles, au lieu d’ètre étroitement obovales, étroitement et longuement atténuées à la base, sont largement ovales, arrondies à la base, obtuses au sommet ou brusquement aiguës. Elles ressemblent ou mème elles sont pour la forme identiques à celles du R. comosa. Je fis remarquer ce fait singulier à M. Timbal-Lagrave, en lui mandant que son R. ladanifera me produisait l’effet d'une Rose hybride. C'est sans doute à la suite de cette remarque (1868) que M. Timbal-Lagrave, dans sa description du R. ladanifera (1871) fit allusion à une forme hvbride. Dans sa description du R. heterophylla, cet auteur s'exprime d'une facon très-incomplète sur la présence des deux sortes de feuilles, car il dit seulement « feuilles (pour folioles) tantôt ovales, tantôt elliptiques souvent sous le même rameau. » Dans les échantillons florifères du R. heterophylla que j'ai recus en nombre sous le nom de R. ladanifera et que j'ai vus sous le mème nom dans les herbiers de Thielens et de M. Déséglise, le caractère d'hétérophyllie ne peut même pas être soupçonné, car ils ne présentent aucune trace de ramuscules axillaires à folioles ovales dont il vient d’être question. Cette production de bourgeons axillaires, qui n'est peut-être
qu'accidentelle, est fort singulière et semble dénoter une sorte de disjonction. Serait-elle un indice d’hybridité ? Quoiqu'il en soit, le R. heterophylla est une forme trèscurieuse, à cause de ses folioles du type le plus accentué des Sepiaceae associées avec des caractères étrangers à cette section. Faut-il y voir un produit du croisement du R. ladanifera (R. Timbalii Crép.) avec une forme du R. sepium ou une variété du R. graveolens Gren., ou bien ne faut-il y voir qu’une forme très-aberrante, un lusus extraordinaire ? Je laisse le soin d’élucider cette délicate question aux botanistes qui sont à mème de faire des études sur le vif.
J'ai dit ci-dessus que je pensais avoir débrouillé l’histoire du R. ladanifera, mais je me suis peut-être trop avancé, car il peut rester des doutes dans l'esprit des lecteurs en présence des faits que j'ai dû longement exposer sur cette espèce. M. Timbal-Lagrave aura sans doute l’occasion de fournir des explications sur les points qui sembleraient encore douteux.
Groure II. — MICRANTHAE.
Après avoir étudié les Micranthae sous toutes les faces, du moins les formes qui me paraissent dérivées du R. micrantha Sm., j'ai cru devoir, pour faciliter leur examen, les classer d’après la pubescense ou la glabréité, la forme et les dimensions des folioles. Chez les variétés pubescentes, la villosité est assez dense sur le pétiole ; elle s'étend sur toute la face inférieure des folioles ou reste bornée à la côte et aux nervures secondaires, et assez souvent on la retrouve sur la face supérieure. Chez les variétés glabrescentes ou glabres, la villosité est nulle, ou
bien, étant très-maigre sur le pétiole où elle disparait bientôt par les progrès de l’âge, elle s'étend à la face inférieure sur la côte seulement où elle s’atténue beaucoup par les progrès de l'âge. Il est à remarquer que dans les formes pubescentes, comme dans les formes glabrescentes, la villosité diminue ordinairement sur les ramuscules florifères de bas en haut. C’est ainsi que dans les glabrescentes les pétioles des feuilles supérieures peuvent être glabres alors que ceux des feuilles moyennes ou inférieures sont un peu pubescents. Cette diminution progressive de la pubescence est un fait général qui s’observe dans toutes les espèces du genre.
Entre les formes pubescentes et les formes glabrescentes ou glabres, il y a des états intermédiaires, comme il y a des transitions entre les formes appelées macrophylles et microphylles, comme il y en a enfin entre les formes à folioles arrondies à la base et celles qui sont plus ou moins fortement alténuées. Ces transitions embarassent souvent l'observateur, mais il faut bien les écarter si l’on veut établir une classification quelconque destinée à faciliter l'étude des nombreuses variations d’une espèce. J'appellerai donc macrophylles les variétés à folioles grandes ou moyennes et microphylles les formes à folioles assez petites ou très-petites.
A. Pubescentes.