‹ Princesse d'ItalieChapitre 3 sur 4 · IX CESSE · texte numérisé non relu

IX CESSE

tête d'une jeunesse et d'ane ardeur effrayante dans son intensité. La coiffure e« faite des lourdes torsades, entrelacées de perles et de gemmes verdâtres, dont Tccole de Toscane casque tous ses fronts de femme ; le cou très féminin, vipérin presque dans sa gracilité longue et que l'on sent voulue, jaillit comme une tige d'un corsage largement échancré et collant aux épaules, un damas safrané d'un très heureux accord avec le ton rouillé des yeux et de la chevelure. La chair mate, avec, dans la lumière, des transparences verdâtres.

évoque a la tois des mol- - ' v->. lesses de cire et des duretés ^--^^^ de métal, et pourtant la >

peinture est plutôt mauvaise. Le visage, qu'on sent seul ressemblant, est gâté par des détails de convention, des routines d'école, tels que le cou trop long et la chevelure rousse, car cette femme si pâle devait être brune et cette tête courte aux prunelles humides devait s'appuyer sur un cou renflé... ; mais telle que nous l'ont léguée les siècles, cette figure obsède, elle inquiète et vous poursuit à travers les autres tableaux du cata-

logue, et par l'anonymat du peintre et du modèle...

élève du Vinci? Quel était cet élève?... Marquise de Spolète, qui était cette marquise, et quelle fut sa vie?... obsédante surtout par l'énigme tangible d'une beauté que l'on sent volontairement altérée... Marquise de Spolète, il m'a plu, moi, d'identifier en elle l'héroïne de la tragique histoire que voici.

Iai iiidiqnisc de SpoUte

Sinioneiia Foscari, cpou- ^ce pour sa royale beauté et sa jeunesse triomphante, -ipportait dans cette rude petite cour des Vintimillc

-O PRIXCESSr

les clcgances raffinées, le mœurs libres et les somptuosités d'une princesse florentine.

C'était dans la petite \iV.<j de frontière, jusqu'alors plus accoutumée à la sol datesque d'une garnisor.

des ribambelles de poètejongleurs et de musiciens, toute une suite d'artisteenlumineurs de missels modeleurs de cire et même diseurs de jolis riens, ramageurs de sonnets et de ballades, comme il en pullii lait alors en Lombardie et en Toscane à la solde des riches et des puissants, tous venus à la suite de la

nouvelle duchesse, esclaves de sa fortune, les uns féaux de sa beauté et la plupart de ses largesses.

La vieille forteresse s'emplit d'un bruit de voix rieuses, de frôlements de soie et d'instruments jaseurs ; on n'y entendait jadis que bris de gobelets et des heurts de hallebardes et, le long des veillées d'armes, le choc des dés et des cornets.

Ce furent désormais, de l'aube au soir et surtout du soir à l'aube, des pizzicati de mandolines, des sanglots, comme râles, de guitares et des vers de poètes, tantôt

rythmés, tantôt balbuties en extase par des voix caresseuses qui défaillaient d'amour. Il }• eut des décamérons dans les vieilles 'allés basses, jusqu'ici réservées aux lansquenets.

Les murailles nues s'ornèrent de fresques : la jeune duchesse fit venir des peintres de Fiezole et des sculpteurs de la Romagne, et son image sous les traits, tantôt d'une nymphe, tantôt d'une sainte canonisée, embellit les couloirs et les cours du palais.

Andréa Salviati, le fils du duc et de Maria-Lacrezia

Bellcverani. l'enfiint du

pre

mier mariage, en abandonnait de dépit la cour paternelle. C'était un chétif et maigre adolescent assez disgracié de sa personne et d'un caractère taciturne, qu'il tenait de sa mère. Il en avait les beaux yeux d'un vert sombre, et c'était le seul charme de ce visage tourmenté d'avorton. C'ctaier.r ces yeux-là que rencontrait. .1 Vintimille, le jour même Je son arrivée, la hautaine et nonchalante Simonetta.

I.e fils de la Napolitaine et la Florentine croisèrent leurs regards comme deux -pées, mais du choc rétinccUe ne jaillit pas. Poli-

tique comme toutes celle- Je 5a race, la jeune ducliesse s'efforça de gagner à sa cause le fils de l'étrans^re; elle se fit maternelle, câline, prometteuse même, mais ne put fléchir Tliosti- Htc grandissante d'Andréa.

Alors, déjà lassée d'avance d'une lutte inutile, elle dédaigna cette fuyante conquête et retourna à ses plaisirs. Ce fut au milieu d'une cour de musiciens, de peintres et de poètes, le régne absolu, voluptueuse ment despotique et fantasque d'une reine d'amour; le duc épris laissait faire.

Sourd .1 toutes les observa-

lions, passionnément aveugle, il répondait à toutes les malveillances par un seul mot : « C'est une Fo«cari <•. et le fait est que tous ces beaux jeunes hommes, tous Florentins comme elle, étaient plus, pour Simonetta. des animaux familiers, des jouets et des bouffons, que des êtres de sa race.

Son orgueil la gardait contre la chaleur de son sang, et puis ses caprices se succédaient sans trêve : le favori de la veille était aujourd'hui en disgrâce.

Quand l'un d'eux avait cessé de plaire . elle le

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chassait ou le mariait .:

une de ses suivantes. Guillaume de Borre, un troubadour provençal égaré à Vintimille et comblé pen dant deux mois d'honneurs, avait dû fuir nuitamment et gagner à marche forcée la frontière pour ne pas épouser une vieille piémontaise employée aux cuisines, qu'une lubie de la duchesse tout à coup lui imposait : la soudaineté de sefantaisies déroutait tout soupçon.

Andréa Salviati dépilé avait quitté Vintimille pour écumer la mer et tenir en échec les vaisseaux pirates

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i dévastaient alors les côtes de Messine à Aigues- Mones; il était entré par forfanterie et rancune filiale au service du roi de Sicile, ennemi et parent de son père.

Le vieux duc, de plus en plus subjugué par sa jeune femme, vivait maintenant confiné dans l'ancienne partie du château en compagnie d'astrologues et d'alchimistes, créatures de la ^.chesse, dévouées corps et

.e à sa cause et qui : -tait la rumeur popu-

re) égaraient à plaisir, Jans les périlleuses recherches des sciences maudites.

yO PRIXCEÎSK

la raison du vieux seigneur ... Il fallait bien maintenant occuper l'attention de Bartholoméo, aveugler le vieil aigle amoureux, lui dérober enfin les dcportements de la Lttrell,-.

comme on appelait dans Vintimille la fine et souple fille des Foscari, au milieu de sa meute de dogues florentins et de lévriers toscans, chiens couchants, chiens couvreurs.

Usfiiivris lie la Lcircilc

C.ir ie scandale ctait aujourd'hui public; pis, il T. ait franchi la frontière et faisait la joie de l'Italie ut de la Provence; la du-

chesse s'ttait débauchée.

C'était une courtisane qui régnait maintenant à la cour des Salviati et, parmi tant de favoris, menu fretir.

qu'expédiait à la semaine le lacet des étrangleurs ou le poison des alchimistes attachés au palais : trois cependant, trois Italiens alliés dans le même intérêt de leur salut et de leur crédit.

se partageaient les faveurs ducales : Beppo Nardi, un poète élevé à la cour d'Avi gnon et sonneur de sonnets de l'école de Pétrarque, svelte et fin cavalier au profil de camée, au glabre

encapuchonné de velours -carlate et dont la muse.

uissi souple que son échine, cclébrait chaque matin l.i glorieuse jeunesse de Simoetta; Angelino Barda, muicien gratteur de mando- ;ne, compositeur, à ses eures, de langoureuses j.inzones qu'il accompagnait d'une voix assez : aiche, d'une origine na- . olitaine celui-là, brun : imme une olive avec de rges yeu.\ d'un blanc '.euâtre, d'ardentes lèvres -tches, des lèvres de fièvre et de volupté du noir violacé des mûres (Angelino de Naples, qu'on disait

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singulièrement inventif en mode de plaisir), et Petniccio d'Arlani, enfin, peintresculpteur à la manière de Michel-Ange, une brute superbe, musclé comme un athlète, aux noirs cheveux drus et crespelès sur une petite tète d'Antinous, Petruccio d'Arlani, un ancien pâtre, disait-on, descendu des Abruzzes dans les ateliers de Rome où il avait posé comme modèle, légendaire étalon des grandes dames romaines qu'une ironie du Vatican, une idée d'après boire du Pape à la fin d'un . . { souper, aurait adressé à la

,'" cour de Vintimillc entre

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deux légats et un nonce comme spécimen de l'art romain..., le raga^ip étant très beau, la duchesse l'avait gardé.

Son talent de sculpteur ne dépassait pas, d'ailleurs, les figurines de cire. Il avait déjà commis, d'après la Foscari, trois bustes de PaUas Vicirix que la duchesse avait, chaque fois, impitoyablement saccagés et démolis, mais comme le bélitre avait un cou de taureau et des reins puis sants, Simonetta le gardait toujours auprès d'elle dans l'espoir qu'un chef-d'œuvre éclornit quelque leur sous

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ses doigts de brute apprivoisée.

Et la Florentine continuait d'apprivoiser le pâtre des Abruzzes en compagnie de Nardi le poète et de Barda le Napolitain...

Airs de guitares, sirventeet eonr.ets, bustes de cire peinte, c'était là l'atmosphère de volupté savante et de langueur heureuse de la cour de la belle duchesse au bord de la mer bleue, miroitante et pâmée entre les lauriers roses e: iepalmiers des grèves, devai.:

le grandiose et vaporeux décor de la vallée de la Rova.

Et Bartholoméo Salviati laissait faire, les mires et les physiciens accaparaient le duc, et de cette belle intelligence^ de cette volonté sûre et prompte, de : lut ce caractère de déciion et d'audace, du vieux capitaine enfin, si terrible autrefois aux ennemis de la patrie italienne, il ne restait plus qu'un vieillard en proie au plus dangereux entourage, un homme retourné à l'enfance ou presque.

Ainsi l'avait voulu la jeune duchesse; dix ans avaient suffi à Simonetta pour capturer le vieil aigle

et en faire un vieux hibou de laboratoire. Il ne quittait plus maintenant les fourneaux et les cornues au milieu desquels la belle Foscari l'avait confiné, et quand, par hasard, il sortait hors de la partie haute du palais qu'il avait adoptée, c'était pour assister, sur la prière de sa jeune femme, à quelque fête, comédie ou ballet par elle organise et consacrer ainsi d'une présence auguste le luxe et les licences installés dans

Et, sûrs de l'impuni:.

les favoris s'enhardirent, l

Taudace de la duchesse osa même plus encore. Grisée par la flatterie et les encens. ' la Lnrette eut la folie du scandale, elle voulut affirmer, afficher dans un éclat son adultère et ses amants...

femme folle de son ccrps est Hen'ôt iléinie'e de sens; et, perdant toute prudence, conseillée par on ne sait quel mauvais génie, cette aventureuse Simonetta ne résolut rien moins que de paraître elle-même sur la scène, devant toute la cour, à côté de ses trois amants, qui tiendraient un rôle auprès d'elle, et cela dans une comédie ou ballet de

circonstance, où s'affirme rait le talent de chacun d'eux.

SaJonic

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C'était bravade de femme enivrée de puissance, défi d'orgueil et cri pâmé d'amour, et, pourtant, le projet fut arrêté et 1* œuvre élaborée

de longue date. La duchesse de Vintimille commanda la pièce à Xardi, la musique à Barda, mais en imposa le sujet; Petruccio d'Arlani, peintre scalpteur à ses ordres, se chargea des costumes et des décors, toutefois dirigé par elle. La Florentine ne s'en remettait à personne; elle inspirait, fidèle en cela aux traditions des princesses de son pays, et les plus sublimes artistes n'eussent été entre ses mains que d'obscurs collaborateurs.

Ce n'était ni le cas de Beppo Xardi, poète assez médiocre, ni celui d'Ange-

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