SCÈNE II
MAXIMILIEN, KOENIGSMABK.
KOENIGSMARK
Eh bien I Mansfeld, vous ne prenez pas quelques heures de repos avant le jour ?
MAXIMILIEN
Bah! le repos et moi, nous ne nous connaissons plus, mon pauvre Kœnigsmark.
KOENIGSMABK.
Levait est que vous ne dormez guère I... boire, manger, dormir, voilù trois choses qui vous sent également inconnue ... Il faut que l’amour vous ail porté une rude atteinte... Mais, pardon ! je réveille un souvenir peut-être importun et je deviendrais indiscret en forçant votre confidence.
MAXIMILIEN
Indiscret, dites-vous ? non, Kœnigsmaik !... mon cœur a besoin de s’épancher, au contraire, et voilà trop longtemps que je garde pour moi mon inquiétude et mon chagrin. Êxcusez-moi si ma confidence n’a pas tout d’abord été vers vous I... Je ne vous connaissais pas comme je vous connais aujourd’hui... Je ne savais pas tout ce que votre cœur renferme de dévoûmenl et de loyauté... A présent que j’ai pu vous apprécier, Kœ.nigsmaik’, celte première froideur de nos relations doit disparaitre et je vais vous parler en ami.
KCENIGSMABK.
Il est heureux pour moi que celle première froideur ne vous ait pas empêché de me sauver si bravement la vie.
MAXIMILIEN, goariant.
On peut sauver la vie des gens, sans être tenu pour cela de leur raconter la sienne.
KOENIGSMARK
Croyez-vous ?
MAXIMILIEN
En tout cas cette réserve n’est plus de saison. Et d’abord, apprends que Mansfeld n’est pas mon nom.
KOENIGSMARK
Bah !... El comment donc te nommes- tu, cher ami ?
* MAXIMILIEN
Ce que je dis là n’esi que pour toi au moins... Je suis le prince Maximilien, IVère du duc de Brunswick.
K(£NIGSMARK.
Ah I diable ! voilà notre intimité bien malade.
Pourquoi donc ?
KOENIGSMARK
Les princes, si braves gens qu’ils soient, sont toujours princes, monseigneur, et l’intimiié ne s’établit pas de bas en haut; le devoûmeiit, à la bonne heure, et je suis tout dévoué à Votre Altesse.
MAXIMILIEN
Altesse tant que lu voudras, mais avant tout ton ami. (ii lui
tend la main qne Kœnigsmark serre dans la sienne.) Je n’oublierai
pas, Kœnigsmark, que nous avons partage la même tente, les mêmes périls et le même morceau de pain.
KCENIGSMAHK.
Comme il vous plaira, monseigneur; et maintenant, parlez ! je vous écoute comme uii confident de tragédie.
MAXIMILIEN
Connais-tu la cour du duc de Brunswick?
KOENIGSMARK
Non, monseigneur.
MAXIMILIEN
Figure-loi un étrange assemblage d’alchiinisiés, de chiens, de faucons, de joueurs, de buveurs, de danseurs et de femmes galantes... Ce milieu n’était pas fait pour me plaire.
KŒNIGSMARK.
Vous êtes difficile.