‹ Princesse et favoriteChapitre 5 sur 105 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

MAXIMILIEN

Et quel attrait ponvaifint avoir ces misérables plaisirs (l’une petite cour inoccupée et turbulente, pour un cœur de vingt ans épris de gloire et d'iimour?... Non, KœnigsmarkI Je trouvais que la vie pouvait être mieux employée qu’à passer en revue quelques douzaines de trabans, à chercher la pierre philosophale, à courre le cerf, à faire répéter des opéras, et à danser dans des ballets sous les traits d’Apollon, au milieu des neuf Muses vêtues comme les trois Grâces.

KOENIGSMARK

Eh I mais I on ne fait pas autre chose à la cour du grand roi !

MAXIMILIEN

Cela est bon pour les Français, dont la galanterie a depuis longtemps efféminé les mœurs ; mais cela est du fruit nouveau pour nous autres Allemands, qui n’avons pas encore dépouillé la vieille rudesse germanique; et sous cette enveloppe élégante se cache un reste de barbarie qui risque à tout moment de faire dégénérer la pastorale en quelque sanglante tragédie.

KCENIGSMARE.

Diable I...

Crois-tu, par exemple, que la maîtresse de mon frère soit une Monlespaii ou une Mamtcnon? Elle en a l'esprit de ruse et d’intrigue, d’accor J ; mais avec une violence de passions qui la ferait plutôt ressembler à une Lucrèce Borgia.

KOENIGSMARK

Oh 1 oh ! quelle est cette belle personne? Vous me donnez envie de la connaître.

MAXIMILIEN

Grand bien le fassel... c’est une demoiselle de Meisenberg, assez mal accommodée de la fortune, et devenue la femme de M. Plalcn, ancien précepteur de mon frère.

KOENIGSMARK

Ah !... pauvre monsieur Platon !...

MAXIMILIEN

Je le lo donne pour un parfait coquin... C’est à cet honnête ménage que j’ai dû céder la place, sous peine d’être égorge un beau malin, entre deux portes, par les trabans de mon gracieux frère.

KOENIGSMARK

Diantre !

Mon crime était de ceux qu’une femme ne pardonne pas. J’avais osé m’égayer avec quelques amis des œillades passionnéesque la tendre Plalea m’avait lancées en pure perle !

KOENIGS.UARK.

Comment, à vous aussi ?... vous ne lui aviez pas laissé votre manteau au moins ?

MAXIMILIEN

Non; mais, remiuvelanl celte vieille histoire, clic fut essez habile pour faire servir mes épigrammes au triomphe de sa propre vertu ; mon frère, nature violente et à demi sauvage dominée par une passion aveugle, attribua mes impertinences au dépit d’un amour rebuté, et, comme l’homme au uianleau, j'aurais payé mon audace de* ma liberté, sinon de ma vie, si je n’avais pris le parti de fuir et de me cacher.

KOEMGSMARK.

Voilà une maîtresse femme !..'. Eh bien I ce n’est pas elle que vous regrettez, sans doute; mais, j’ose le parier, quelque adorable créature ?... un auge, n’est-ce pas ?

MAXIMILIEN

Oui, Kœnigsmark, un ange; la princesse Sophie, ma cousine, fille du duc de Zeile; âme charmante, je te jure, sous des traits charmants... Dès l’enfance nous nous étions promis d’étre l’un à l’autre; forcé de fuir, j’ai à peine eu le temps de lui faire mes adieux et d’échanger mon anneau contre le sien... Tiens! Kœnigsmark, le voilà cet anneau, seul témoin de nos fiançailles, gage d’un amour éternel.

KOENIGSMARK

Oui 1... — J’en ai sept, moi qui vous parle,

MAXIMILIEN

Les liens ne sont pas d’or pur, Kœnigsmark.

C’est possible ! mais encore faut-il, pour épouser votre cousine, que vous soyez rentré en grâce; quel est votre espoir ?

MAXIMILIEN

Le duc de Zeile m’a jtromis son appui.

KOENIGSMARK

Qu’il se hâte donc I car un roi de France qui s’y connaissait a dit :

Souvent femme varie !

Bien fol est qui s'y fie !

C’est un roi qui parle, excusez-lc d’être impertinent.

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