‹ Princesse et favoriteChapitre 73 sur 105 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

GEORGES

A la bonne heure .du moment que la chose vous paraît plaisante... mais je vous avoue, comtesse, que Je ne me sens pas d’humeur à plaisanter.

ÉLISABETH

Votre chasse a été mauvaise?

GEORGES, la regardant iixomeiit.

Non!... VOUS savez bien que j’ai d’autres préoccupations dans l’esprit. Vous figurez-vous que cela s’eiïace du malin au soir? J’ai reçu une offense qui ne peut se laver qu’avec du sang, madame, et l’offenseur est vivant!... N’y a-t-il aucune nouvelle? n'a-t-on découvert aucune trace?... Tenez! ce qui me met hors de moi, c’est de penser qu’il est peutêtre à ma cour, à mes côtés, sous mes yeuxl que tout à l’heure il s’inclinera respectueusement sur mon passage, en riant tout bas de ma sottise!... Tonnerre!... si je le tenais!...

ÉLISABETH

Calmez-vous, Georges! vous m’elTrayez!...

GEORGES

E!le payera pour lui, toujours... Avez-vous vu de quel air elle s’est présentée devant moi, celle chaste et noble dame! N’aurait-on pas dit, à voir son arrogance, l’indignation de la vertu outragée?... Au fait, qu’a-l-elle répondu à Plalen?

ÉLISABETH

Elle n’a pas voulu répondre, monseigneur.

GEORGES

Oui; elle s’est drapée dans sa dignité, n’esl-ce pas? Le silence est commode: mais il ne la sauvera pas!...

, ÉLISABETH

Voyons, Georges, réfléchissez! vous voulez vous venger, je le comprends!... mais n’y a-t-il que la mort qui puisse vous satisfaire? J’admets qaelle soit coupable...

GEORGES

Vous admettez ?...

ÉLISABETH

Elle l’est; soit! mais franchement n'a-l-elle pas à invoquer l’excuse de bien des souffrances cachées, de bien des larmes silencieuses!... et sied-il à ceux qui ont fait couler ces larmes de se venger si cruellement?

GEORGES

Vous voila bien radoucie depuis ce malin.

PRINCESSI2 ET FAVORITE

ÉLISABETH

Ce malin, je voyais encore madame la duchesse fière, impassible, m’écrasaiil de son mépris, plongeant dédaigneuseineiil ses doigs dans ce verre que Je lui lendaisi Je IVéinissais sous une instille mal efl'acée par ce litre de comtesse, qui n'esi en somme qu’une honte de plus!... Depuis, je l’ai vue vaincue, prisonnière, pécheresse, et j’ai senti la haine s’en aller de mon cœur.

GEORGES

Vous êtes bien généreuse] je n’ai pas tant de magnanimité, moi !

ÉLISABETH

.Mais enfin! .. à quoi vous avance cette mort? Sera-ce un bon moyen de découvrir son complice, que de la tuer?... et ce complice d’ailleurs, sait-on seulement s’il existe?

GEORGES

Morbleu I voilà deux fois que vous mettez en doute une chose évidente, prouvée 1

ÉLISABETH

En quoi? .M. Plalen a vu un homme s’échapper des appartements de la princesse. Eh bien! Son Altesse n’a-t-elle pas des femmes aulour d’elle’ et n’avons-nous pas ici assez de jeunes seigneurs et de pages tu ijuête d’aventures? Enfin, c’est possible! vous n’avez seulement jias songé à cela, il faiit que ce soit moi qui vous le dise. (Georges sans répondre frappe snr nn timbre, nn page eoire en scène.)

GEORGES, au page.

.Allez dire à madame la duchesse que je l’attends ici. (Le page s’incline et sort Georges rerient à Elisabeth.) Et si elle est Coupable, que me conseillez-vous donc? un procès, qui. livrera mon nom aux risées d’une cour aulique ?

ÉLISABETH

Il n’y a pas besoin de procès pour envoyer madame la duchesse dans votre château d’AhIden... c’est une demeure seigneuriale qui convient à ses goûts de retraite et de solitude... Elle y vivra dans le silence et l’oubli, entourée de vassaux qui raimeronl, qui la béniront 1... Qu’avez-vous?

GEORGES

Je vous écoule.

ÉLISABETH

El ce que je dis vous étonne, n’èst-ce pas?... Je suis donc tombée bien bas que je ne puisse pas avoir un bon mouvement sans exciter votre surprise! Ah! voilà mon châtiment, •ieoiges ! on ne peut môme pas croire a nue bonne pensée

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