SCÈNE III
Les Mêmes, SOPHIE.
SOPHIE
Vous m’avez demandée, monsieur le duc, que me voulezvous?
Vous adresser une seule question!
SOPHIE
Ah ! vous daignez m’interroger vous-même? Est-ce dans l’espoir que ma réponse sera pour madame l’occasion d’un nouveau triomphe?-
ÉLISABETH
Vous vous trompez, madame 1a duchesse : je ne désire d’autre triomphe que le vôtre... (Bas en passant près do Sophie.) Niez tout!
SOPHIE, à haute voix.
Que me conseülez-vous de nier, madame? (Mouvement d’Ëlisaheth.)
GEORGES, fronçant le sourcil.
Décidément, comtesse, vous êtes trop généreuse! (a S ophie.) Ce que madame vous conseille de nier, c’est que vous ayez reçu un homme chez vous, cette nuit.
SOPHIE
Pourquoi le nierais-je, puisque cela est ?
GEORGES, avec fnrenr.
Ah! vous l’avouez!...
SOPHIE
Oui!...
GEORGES
Le nom de cet homme, madame?
SOPHIE
Mon Dieu, ne vous emportez pas! c’est M. de Kœnig;smark.
GEORGES, regardant Eliiabetb.
Kœnigsmark!...
ÉLISABETH, virement.
Eh bien! oui! je le savais; mais ce que je savais aussi, c’est que M. de Kœnigsmaik venait apporter à madame la duchesse les deriiières paroles , la dernière pensée du prince Maximilien, votre IVore!... Fallait-il le livrer à votre aveugle colère, qui ne parlait que de vengeance et de meurtre? Je vous ai épargné un crime, je m’en applaudis.
GEORGES
Mais en écartant mes soupçons de M. de Kœnigsmark, vous les laissiez planer sur ma femme.
ÉLISABETH
Cela n’est pas, puisque à l’instant même vous mu reprochiez le contraire!
SOPHIE, avec ironie.
Madame a bien voulu me défendre?
GEORGES
Et pourquoi le recevoir à celle heure de la nuit? pourquoi, quand je frappe, le faire échapper par une fenêtre?
SOPHIE
Pourquoi? parce qu’il fallait bien me cacher, même de cet adieu d'un mortl... parce que vous m’avez accoutumée à trembler devant vous, monsieur! parce que vous m’auriez reproché mes larmes comme un crime, si vous en aviez su la cause!
GEORGES
Ah! ces larmes étaient pour Maximilien!
SOPHIE
Hélas ! il faut bien que quelqu'un le pleure I
GEORGES
Dites que vous l'aimez encore!
SOPHIE
Oui, je l’aime... je l’aimais avant de vous connaître et vous le saviez !...
GEORGES
Et c’était par amour pour lui que vous aviez tant d’horreur de moi, n’est-ce pas ?
SOPHIE
Ah! monsieur le duc!.;, que le duché de Zelle excitât