LA BARON
Ce fut la lune de ce soleil de la scène , de ce Baron qui , selon je ne sais plus quel mauvais poète, faisait pâlir toates les cbandélies du théâtre. Le soleil et la lune ne se rencontraient pas sonvent, quoiqu'ils fussent mariés selon les formes. On remarqua bien quelques éclipses, mais ce fut tout. Madame Baron avait du saog de comédienne, mais ne fut pas comédienne, parce qu'elle était toute à la recherche de son mari.
On ne sait ni son nom ni son prénom; ce n*était pas une beauté, c'était la beauté. Anne d'Autriche disait que sa co«r n'était pas là, quand la Baron n'était pas présente. C'était sa meilleure. Les dames de la cour disaient d'elle : « C'est la plus belle femme de théâtre. — - C'est la plus belle femme de la cour, • leur disait Anne d'Autriche. Elle avait époosé Michel Baron, mais elle n'avait pas attendu qu'il fût mort pour en épouser bien d'autres. Toute pervertie qu'elle fût, elle avait ses coquetteries : les hommes de la cour n'avaient pas beau jeu avec elle; elle voulait prouver qn^une femme de théâtre peut sabir un pins long siège qu'une femme de cour.
Mais il lui arriva une aventure qui rabattit tristement son
orgueil. Pendant qu'elle jouait les hautes vertus à la cour, un chevalier d'aventures lui avait pris son cœur et sa clef. Or un soir qu'elle rentrait du théâtre pour se reposer dans les menus propos de Tamour, elle s'aperçut que son Roméo avait pris son argent, ses bijoux, ses dentelles, pour parer qui? sa femme de chambre avec laquelle il avait pris la fuite. C'étaient deux outrages ; il n'en fallait pas tant : elle n'osa plus retourner à la cour, elle n'osa plus reparaître au théâtre, et se laissa tout bêtement mourir de chagrin.