‹ Princesses de comédie et déesses d'opéraChapitre 12 sur 65 · COMÉDIE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

COMÉDIE FRANÇAISE

Je ne parle pas ici des « merveilles de nos jours n . Peut-être ai-je vu de trop près, pour les connaître, les comédiennes, les cantatrices et les Terpsichores du dix-neuvième siècle, peut-être ai-je peur de ne pas les portraicturer avec tout le respect qui leur est dû. Qui ne sait qu*anjourd*liui le théâtre est Técole des mœurs, que ces dames et ces demoiselles filent de la laine à leur temps perdu, ou font de la tapisserie quand Ulysse court les provinces? Je laisse à d^autres le pieux travail de peindre en pied ces hautes vertus qui vont jouer les amoureuses en parapluie.

Je commence à la troupe de Molière, et je finis à celle de Beaumarchais; dans Tordre de Talphabet, mais dans le désordre des dates.

Mademoiselle Aubert, dont on ne sait ni le commencement ni la fin, débuta trois fois à la Comédie française, en 1712 par le rôle de GléopAtre, en 1717 par celui de Phèdre, en 1720 par celui de Roxane. De chute en chute « elle arriva à un triomphe; elle fut reçue au printemps de 1721 ; mais son triomphe ne dura qu*un jour. Le parterre qui n^était pas de la fête de la veille la siffla le lendemain. 11 lui fallut prendre sa retraite et se consoler avec les amoureux de la porte, de cet amant intraitable qui s^appelle le public.

Mademoiselle Clairon disait d'elle qu^elle avait Tair roide et froid : cependant ce fut elle qui remit au théâtre et qui y maintint la Médée de Longepierre, qu*eUe joua avec une belle furie, selon les contemporains. Elle était élève de mademoiselle Desmares, elle représenta toutes les reines tragiques, depuis 1727 jusqu'en 1738. Elle tenait fièrement le sceptre, mais dès que parut mademoiselle Dumesnil, elle le laissa tomber aux pieds de cette sublime rivale.

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