‹ Princesses de comédie et déesses d'opéraChapitre 18 sur 65 · LA BELLEROSE · texte numérisé non relu

LA BELLEROSE

Je ne sais pas si elle passionna le public^ mais je sais que Benserade quitta pour elle la Sorbonne. Les parents du poëte le destinaient à l'état ecclésiastique. « Comment voulez-vous, dit-il résolument, que je quitte Satan, ses pompes et ses œuvres, quand Satan s'appelle madame Bellerose? » Il flt pour la comédienne sa tragédie de CUopâtre, qu'elle joua en 1655. Ce n'était pas un chef-d'œuvre, ce n'était qu'une tragédie.

LA BELONDE.

« Ni blonde ni brune, ni grande ni petite, ni belle ni laide. » C*est Grand val qui parle. Grand val était concis dans ses oraisons funèbres, mais en disant ce que n'était pas mademoiselle Belonde, il ne dit pas ce qu'elle était.

Elle tint par intérim le haut emploi de la Champmeslé , mais on peut dire que la Champmeslé succéda à la Champmeslé.

MADEMOISELLE BOCCAGE.

Ce fut une honnête fille qui ne fit guère parler d'elle. Elle doublait mesdemoiselles Quinault et Dangeville ; elle créa quelques méchants rôles ; après quoi elle se retira sans laisser un regret.

Elle fut aussi , comme madame Bellecourt et madame Favart, de la troupe du maréchal de Saxe. On lui reproche la volupté de

ses regards, car elle irélait pas belle, et la beauté seule a le privilège de jouer devant le public les rôles de Vénus Astarté. Mademoiselle Brillant n'aimait pas la critique : elle appela un jour un chansonnier dans sa loge, lui arracha sa culotte et le fouetta avec des verges, en présence de ses amies pareillement chansonnées. Le rimeur, qui était allé là comme en bonne fortune, s*en revint si confus, qu'il partit le lendemain pour les tles.

Mademoiselle Brillant n'eut pas seulement le talent de fouetter les chansonniers , elle chantait avec beaucoup d'art et jouait les confidentes avec une grande intelligence. Selon mademoiselle Clairon , « elle occupait la scène par le jeu de théâtre le plus intéressant, n

MADEMOISELLE CAMOUCHE.

C'était la beauté théâtrale par excellence. Elle débuta par les Médée, les Mérope, les Phèdre et les Athalie, mais les jalouses du théâtre la contraignirent & l'emploi des vieilles ridicules. 11 lui fallut manger de ce pain-là. Le contraste de sa beauté avec son emploi aiguillonna la curiosité du public; mais mademoiselle Camouche aima mieux mourir que de subir cette injure à sa jeunesse. Les princesses de la tragédie et les coquettes de la comédie lui firent les plus belles funérailles.

Elle tomba à l'Opéra et se releva à la Comédie française.

Elle était fille du compositeur Candeille. Elle eut deux maîtres, sans compter son maître à chanter. Le baron de Breteuil lui apprit plus de choses que Mole. Selon la Gazette, a c'était l'enr semble d'une belle femme; mais le visage n'est que joli, peutêtre même les traits en sont-ils trop mignons relativement à sa taille; clic a le front fort grand, des sourcils si fins qu'on les aperçoit à peine, les narines relevées et trop découvertes, la bouche presque ridiculement petite; mais le plus beau teint qu'il soit possible de voir, la tête parfaitement bien placée, et de très-

beaux bras, quoiqu^un peu longs. Sa voix est disUncte et sonore, mais grosse et sècbe , sans inflexion et sans éclat ; c'est le tintement monotone d*une cloche. Ses gestes, toujours en avant, comme ceux de mademoiselle Raucourt sont toujours en arrière, sont prodigués sans mesure et sans grâce; ils feraient rire, si tout Tair de sa figure n*avait pas quelque chose de très*noble et de très-imposant.

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