‹ Princesses de comédie et déesses d'opéraChapitre 19 sur 65 · LA CHAMPMESLÉ · texte numérisé non relu

LA CHAMPMESLÉ

Jamais Iphigéoîe en Aulide immolée \e coAta tant de pleurs à la Grèce assemblée Que dans Theureux spectacle à nos yeux étalé En a fait sous son nom verser la €hampmeslé.

C'est Boileau qui dit cela , avec un redoublement de rimes que condamne Tart poétique. C'était Fopinion de Racine, mais ce n'était pas l'opinion de son fils, u La nature ne lui avait donné que la beauté , la voix et la mémoire ; du reste , elle avait si peu d'esprit, qu'il fallait lui faire entendre les vers et lui en donner le ton. Comme mon père avait formé Raron, il avait formé la Champmeslé , mais avec beaucoup plus de peine. » Je crois que Racine avait passé beaucoup plus de temps à former la Champmeslé à son amour, qu*& la façonner pour ses tragédies. J'aime mieux écouter madame de Sévigné : u La Champmeslé surpasse la Des Œillets de cent mille piques , et moi que l'on trouve assex bonne pour le théâtre , je ne suis pas digne d'allumer les chandelles quand elle parait, n

Et, plus loin, elle dit que sans la Champmeslé, Racine perd la moitié de son prix.

La Fontaine, qui savait juger et qui savait dire, a parlé ainsi :

La nuit des temps nous saurons la dompter, lloi par écrire , et vous par réciter.

Et en prose : « Tout sera bientôt au roi de France et à mademoiselle de Champmeslé. » La Fontaine lui-même était aux pieds

de la comédienne. Le releva-t-elle jusqu'à son cœur? Il n'y avait de place alors que pour M. de Tonnerre, qui avait déraciné le poète de Phèdre.

Elle avait plus de beauté que d'esprit, on enregistrait ses bêtises comme on a fait des bons mots de telle ou telle. J'ai son portrait, et je ne crois pas & sa bêtise. Dans cette figure noble, fière et fine, il y a peut-être un sentiment un peu vain qui domine, mais la lumière de l'âme passe sur le front.

Mademoiselle de Champmeslé fut la Rachd du dix-septième siècle; entre ce% deux grandes figures il y a mademoiselle Lecouvreur.

Elle joua Chimène, elle prit le cœur de tous les Rodrigues, mais elle ne vécut que l'espace de deux matins. Elle débuta le 16 décembre 1728 et mourut le 11 janvier 1730, si j'en croîs le Mercure de France,

Celle-là fut trois fois femme , car elle joua tour à tour avec le même talent et la même nature son rôle dans la tragédie, dans la comédie et dans la tragi-comédie de l'amour. Ce fut la grande figure tbéAtrale du règne de Louis XVI , du Directoire et des pre* nûers jours de l'Empire. Elle fui surtout une comédienne acb^ vée, quel que fût son rôle, qu'elle jouât la Célimène de Molière ou la Susanne de Beaumarchais.

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