‹ Princesses de comédie et déesses d'opéraChapitre 27 sur 65 · LA DUMESNIL · texte numérisé non relu

LA DUMESNIL

Voltaire voyant jouer Mérope par mademoiselle Dumesnii s'écria : « Ce n'est pas moi qui ai fait la pièce, c'est mademoiselle Dumesnii ! » C'était la fureur tragique elle-même , c'était la passion déchaînée, c'était le coup de théâtre. Marmontel, qui allait de chute en chute, l'accusa à son tour d'être de moitié dans ses Héraclides, « Mademoiselle Dumesnii aimait le vin, » et sans plus de façon Marmontel dit qu'après avoir été sublime au premier acte, elle se montra ivre au second. Un meilleur juge, c'est Dorât :

Une actrice parut : Melpomènc elle-même Ceignit son front altier d'un sanglant diadème. Dumesnii est son nom. L*amour et ta fureur.

Toutes les passions fermentent dans son cœur. Les tyrans à sa voix vont rentrer dans la poudre : Son geste est un éclair; ses yeux lancent la foudre.

Mademoiselle Damesnil n^était pas belle, s'en consolait-elte en lisant ces vers :

Aux rAles furieux vous êtes-vous livrée?

Qu un œil étincelant peigne une ftme égarée.

Ayez l'accent, le geste et le port effrayant : Que tout un peuple ému frémisse en vous voyant. Qu*on reconnaisse en vous l'implacable Athalie , Et les sombres fureurs dont son âme est remplie. Que j*imagîne entendre et voir Sémiramis, Bourreau de son époux, amante de son fils, Qui dans un même cœur, vaste et profond abîme , Rassemble la vertu , le remords et le crime.

Le public, occupé de ces grands intérêts, Veut de Tillusion, et non pas des attraits.

Elle créa Sémiramis, Clytemnestre , Mérope. Je ne parle pas des rôles qui ont fait vivre vingt tragédies mort-nées, et qui u^ont pas snrvécu au talent de mademoiselle Dumesnil.

Mademoiselle Dumesnil survécut à son talent; à quatre-vingtonze ans elle allait mourir dans la misère, quand le premier Consul, qui voulait réparer les torts du passé tout en créant Favenir, secourut cette pauvre femme qui avait été longtemps la fortune du Théâtre-Français.

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