LA DUPARC
Dans l'Impromptu de Versailles, mademoiselle Duparc dit à Molière : u Je ne sais pourquoi vous m'avez donné ce rôle de façonnière , car il n'y a personne au monde qui soit moins façonnière que moi. n Et Molière lui répond : a C'est vrai, et c'est en quoi vous faites mieux voir que vous ôtes une excellente comédienne, de bien représenter un personnage qui est si contraire à votre humeur, n
Là Duparc était la femme légitime de Gros-René. Us ont plus d'une fois rompu la paille. Quel rôle joua Molière quand il engagea le mari, parce qu'il était amoureux de la femme? Celle qui ne voulait pas jouer la façonnière fit alors des façons. Dans
son dépit amoureux, Molière s'en alla vers mademoiselle De Brie, mais ne retourna-t-il pas plus d'une fois la tête? Je crois bien que Racine , qui était pompeux , l'emporta sur Molière.
Ce fut la Duparc qui créa le rôle d'Andromaque. Quand elle avait créé Ariane dans Alexandre, Racine, ravi de son talent et de sa figure, enleva mademoiselle Duparc à la troupe de Molière, pour r hôtel de Bourgogne. Etait-ce un enlèvement de comédienne, ou un enlèvement de maîtresse? Elle était bien jolie, elle n'avait qu'un talent douteux, et Racine n^nleva pas Gros- René.
Mademoiselle Durancy alla de l'Opéra à la Comédie, de la Comédie à l'Opéra, sans trop émouvoir Sophie Arnould ni mademoiselle Clairon. A la Comédie, après avoir débuté dans les soubrettes, elle joua les reines de tragédie; à l'Opéra elle chanta les Cléopàtre et les Clorinde. Elle était plutôt née pour chanter que pour parler; l'Opéra était sa vraie patrie, aussi elle mourut dans les jardins d'Armide, après deux voyages plus ou moins stériles à la Comédie française.
MADEMOISELLE DLRIEU.
Toute son histoire est en deux lignes : elle créa la Gydalise dans l'Homme à bonnes fortunes, et la Baronne dans le Chevalitr â la mode. Après cela, vous dirai-je qu'elle naquit à Ponloise et qu'elle mourut à Falaise?...
LA D'ENNEBAUT.
C'était encore une fille de Montfleury. Il la maria au sieur d'Ennebaut, plus ou moins gentilhomme, parce qu'il y fut forcé. Peut-être savait-il que la comédienne reviendrait ao théâtre. En effet , elle reparut bientôt sur la scène , où elle créa Cléophile dans Alexandre, Junie dans BrUannicus, Ariane dans
Laodice, et Aricie dans Phèdre. Voici commeiit la peint madame Des Houlières :
Une grosse Aricîe au teiot rouge, aux crins blonds, X*est là que pour montrer deux énormes telons Que malgré sa froideur Hippolyte idolâtre.
Et Hippolyte avait bien raison , car cette Aricie si malmenée par le bas bleu, était bien la blonde la plus fraîche, la plus grasse et la plus jolie qui se puisse voir. Madame Des Houlières était osseuse, mais ce n'était pas une raison pour qu'elle s' offensât des seins bien nourris de la comédienne.
Madame d'Ennebaut créa , pour ainsi dire , l'emploi des travestis, a Ce fut pour elle que Montfleury composa la Fille capi" laine et la Femme juge et partie, n deux rôles où elle se fit adorer du parterre.
MADEMOISELLE DËSGARCINS.
Celle-ci fut élève de Mole, mais la nature, plus savante encore que Mole , lui avait donné la voix , la poésie et la grâce. Elle débuta par les rôles de Zaïre, de Chimène, d'Andromaqoe et d'Inès. Les spectateurs s'imaginèrent que mademoiselle Gaussin leur était revenue. Mademoiselle Desgarcins créa le rôle de Jeanne Seymour dans le Hewii VIII de Chénier ; Mélanie dans le drame de La Harpe; Desdémone dans Othello.
M. de Fontenay, plus tard grand maître de l'université, chantait ainsi mademoiselle Desgarcins un jour qu'il se croyait poète ou amoureux :
Oui , l'Amour veut que je te chante ; Le premier j'ai senti le charme de tes pleurs , De ta jeunesse en deuil et de ta voix touchante ,
Et de tes naïves douleurs ; J*ai prédît tes talents qu'on ignorait encore; Si je vis autrefois leurs prémices éclore , Je dois à ta couronne attacher quelques fleurs. Le public te reçoit sous sa garde fidèle ;