LA GAUSSIN
Mademoiselle Gaussin fut la plus adorable comédienne du dix-huilième siècle, elle était belle, elle était passionnée, elle avait la douceur d*une colombe , elle avait les ondoiements de.la mer. C*était le chef-d* œuvre de la nature : aussi jouait-elle ses rôles comme si elle ne les eût pas appris.
c L*art nest pas fait poor toi, tu n en as pas besoin, b
dit Voltaire, son poète ordinaire. Drouais, La Tour, Van Loo, Font-ils peinte dans toute sa morbidesse corrégienne? Le temps passa longtemps sur elle sans la toucher. On pouvait lui dire sans madrigal : u Vous n'avez pas cinquante ans , mais cinquante printemps. » Ce que Dorât a déclamé dans ses alexandrins *
Ah! Gaassin, que j'aimais ta langueur et tes grâces! Ta désarmais le Temps enchaîné sur tes traces ; Il semblait à nos yeux t' embellir chaque jour, Et respecter en loi Touvrage de TAmoar.
Vous ne connaissez pas ces vers de Voltaire :
Le plus puissant de tous les dieux , Le plus aimable , le plus sage , Gaussin , c*est 1* Amour dans vos yeux ; De tous les dieux le moins volage , Le plus tendre et le moins trompeur, Gaussin , c'est T Amour dans mon cœur.
Que vous dirai-je de madame Floridor et de madame Fonpré , des comédiennes de rencontre que le hasard a imposées au théâtre?
J'aime mieux vous parler encore de mademoiselle Gautier, qui commença au théâtre et qui finit au couvent. Je crois bien que je me suis trompé en écrivant Madeleine à la fin de cette confes-
sion qui est son œuvre et la mienne. Elle s'appelait Madeleine, mais le nom qu'elle prit aux Carmélites fut sœur Augustine de la Miséricorde.
Sa conversion fut la plus éclatante, après celle de mademoiselle de La Vallière. Pourquoi le pape lui adressa-tnl un bref qui lai permettait de paraître au parloir le visage découvert? Etait-ee pour prouver aux visiteurs qu'elle avait tourné vers Dieu ane des plus belles figures de son temps? Le pape avait-il le vigne désir de venir un jour au parloir?