MADAME MOLIÈRE
J*ai dit son histoire dans les Après-soupers de Françoise les bas bleus. On Faccuse aujourd'hui de plus d'un tort envers Molière. Est-ce donc toujours la faute des femmes si les maris sont cocus? — Je maintiens ce mot, français d* ancienne date, et qui, je le crains bien, sera toujours français. — Croyez-vous que Molière ait été la perle des maris? Il avait trop de génie pour cela. Ce qu^il fallait à madame Molière, ce n'était pas un nuiri, c'était trois ou quatre galants enrubanés se disputant la parole pour la trouver belle. Molière ne cultivait pas précisément le madrigal , témoin cette scène de t Impromptu de Versailles : tt Vous deviez faire une comédie où vous auriez joué tout seul? » dit madame Molière à son mari. Et Molière de lui répondre : «Taises-vous, ma femme, vous êtes une béte. » Et Molière était d'autant moins galant ici, que madame Molière n^était pas la femme d*esprit de sa troupe.
Elle était fille d'un écnyer de Jacques II. Perdue à Paris après le désastre de ce roi sans royaume, elle voulut jouer les prin*
cesses de comédie, elle qui avait pu rêver de jouer les vraies princesses. Elle fut accueillie avec quelque faveur dans Iphigénie, Androfnaqae, Inès et Marianne. Elle avait débuté dans les théâtres de société ; grflcc à son origine plutôt qu^à son jeu , elle avait eu des partisans. Elle ne maintint pas sa renommée au théâtre , où elle mourut de chagrin au premier coup de sifllet do parterre (1750). Elle avait trente-cinq ans.
MADEMOISELLE DES ŒilLLETS.
Ce fut une des reines et des princesses de Corneille et de Racine. Quoique le génie de la Champmeslé dût faire ombre à son talent, elle fut la première à reconnaître dans cette actrice une grande muse tragique. Louis XIV, qui s*y entendait, ne voulut pas que la nouvelle venue détrônât tout & fait Fancienne : u Pour que le rôle d'Hermione soit parfaitement rempli, disait le grand roi, il faut que mademoiselle Des Œillets joue les premiers actes et madame Champmeslé les derniers. »
Raymond Poisson prononça ainsi son oraison funèbre :
Deux fameux médecins lui trouvant de la fièvre , Dirent qu'elle prendrait huit jours le lait de chèvre , Et que celui de vache après fallait guérir; Surtout, qu'il ne fallait lui donner que mi-tiède : Je pense que c'était un excellent remède, Mais malheureusement elle vient de mourir.
J'ai conté la vie de Cherubîno di Amore; Reaumarchais disait que c'était l'Amour même. Elle fut l'une des bonnes fortunes du Mariage de Figaro, elle y répandit toutes les poésies et toutes les grâces de la vraie jeunesse. Ce fut une jeunesse sans lendemain; elle mourut si vite qu*elle mourut sans confession. Les prêtres refusèrent de Fenterrer; ils finirent par lui accorder le convoi des pauvres.
Tons sont touchés de mes cris superflus, Chacun répond : « Hélas! elle n'est plus!
Talents, beauté, dooceur, vertu, jeunesse, Jeunesse , ô don qui les embellit tons !
Vous n'avez pu la préserver des coups , Des coups fatals de la Parque traîtresse.
Présents cruels, à quoi donc servez- vous? t
Je ne sais pas le nom du poète. Ce que je sais bien, c*est que cette vertu avait donné le jour à un eiffant que trois pères sensibles avaient le droit de se disputer.