‹ Princesses de comédie et déesses d'opéraChapitre 52 sur 65 · MADAME GARDEL · texte numérisé non relu

MADAME GARDEL

Elle dansait si bieh en Psyché, qu*on Teût prise pour TAmour. C*est après la première représentation du ballet de Psyché à rOpéra que le galant peintre Cœoré fit son portrait, les pieds au vent et Tftme dans le talon. Une dansevse a tout son génie là où le fameux Achille avait toutes ses faiblesses. Madame Gardel appartenait aussi bien qu'Achille à la mythologie ; sa danse était belle comme une fable : c'est k peine si on la voyait passer et tournoyer. Psyché glissait et n'appuyait pas.

EUe avait été cependant i une école un peu lourde. Son père était un pauvre diable de musicien; l'affection da père était exemplaire, mais la réputation du virtuose ne dépassait pas Auxonne, son pays natal. Il s'appelait Houbert; mais sa fille ne porta jamais ce nom» Quand Houbert mourut, la veuve prit le parti de se consoler; elle n'alla pas se brûler au Malabar, mais elle se fiança au Brésil à je ne sais quel violoniste du nom de Miller, dont le coup d'archet l'avait touchée. La fille Houbert s'appela mademoiselle Miller.

Les Miller, revenus à Paris, passaient naturellement leurs soirées dans les théâtres. Assistant un jour à l'Opéra, un ballet frappa la jeune fille ; elle délaissa vite les leçons de musique que lui avait données son premier père pour se jeter dans l'escadron des danseuses. Elle devint bientôt habile à débuter au théâtre des jeunes élèves. Dansant tous les jours , tous les jours elle dan* sait mieux. EUe fut remarquée par un des premiers sujets de la

troupe académique ; les premiers sujets de FOpéra sont spirituek comme des académiciens quMls sont : celui-ci enseigna tout son art à la jeune artiste de bonne volonté. Mademoiselle Miller passa ensuite sous le professorat du tant célèbre Gardel , qui était alors maître de ballets à TOpéra. Il venait de succéder au non moins célèbre No verre.

Mademoiselle Miller débuta au théâtre de Nicolet. Au bout de deux ans , elle était asseï favorisée de la cour pour figurer à Fontainebleau dans Topera de Dardantu. On lui trouva tant de grâce et une élégance et une perfection telles, que la fille des rois pensionna la fille de la Muse d*au moins six cents livres sur la cassette privée.

L'Académie de musique s* ouvrit à mademoiselle Miller, en 1787, comme le ciel s'ouvre de droit aux anges. Cet ange d'Opéra semblait en effet porter des ailes. Déjà la Guimard était descendue de la nue, et mademoiselle Miller venait la remplacer dans Fécbarpe aérienne.

Paris vit s'envoler mademoiselle Miller. Elle avait à choisir tous les trônes en Europe; elle alla à Londres. Tous les brouillards sont dans la nature.

Un brouillard se mit sans doute dans la couronne de mademoiselle Miller, car elle revint dans ce Paris si cher qui gardait si chèrement sa mémoire. Elle y retrouva l'Opéra, doublé d'un nuiri ; ce mari , c'était Gardel , sdn ancien maître , l'auteur de sa fortune. La belle Terpsichore fut reconnaissante au noble Apollon , et lô dieu et la déesse se marièrent sur un Hélicon peint par le meilleur décorateur du théâtre, c'est-à-dire l'Amour.

A celle-là aussi le peintre Cœuré donna un beau portrait gravé par Prudhon.

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