‹ Princesses de comédie et déesses d'opéraChapitre 51 sur 65 · FLAMINIA · texte numérisé non relu

FLAMINIA

Aux beaux temps de sa renaissance, la Comédie italienne appelait sa première amoureuse une Flamiuia. La première Flamlnia fut Hélène Balelti.

Flamtnia Baletti eut tous les bonheurs et toutes les illustrations. Elle était si belle, si intelligente et si instruite, que Louis Riccoboni demanda à l'épouser. Alors Riccoboni s'appelait Lélio. Il dirigeait la nouvelle Comédie italienne. Lélio-Riccoboni et Flaminia Balelti s'entendirent à merveille pour jouer les amoureux.

Flaminia joua les amoureux pendant trente-six ans. Xi l'amant ni le théâtre n'eurent à s'en plaindre. Heureux Riccoboni! heureuse Comédie italienne !

426 DÉESSES DOPERA.

Aux anciennes pièces impromptu on avait mêlé des pièces françaises avec des divertissements. Flaminia s*avança sur la scène, et récita au public ce sonnet en italien : u Paris, ville célèbre, où Apollon et les Muses font entendre des chants qui méritent l'attention de tout T univers, mère des beaux esprits, notre Thalie attend de toi que tu ceignes sa tête d*un nouveau et fertile laurier. Si tu daignes te déclarer en sa faveur, tes jugements, aussi renommés que Tétaient ceux du Portique et du Lycée, lui rendront son premier lustre, n

Cette jolie prière se faisait en 1716. On ceignit le front de Flaminia comme elle le désirait, et la Comédie italienne recoavra son lustre premier, d* après les jugements de messieurs » du Lycée et du Portique » .

Les nouveaux comédiens devinrent bientôt des célébrités. Riecoboni était le plus beau Lélio du monde, et Hélène Baletlî la plus fringante Flaminia. Joseph Baletti, frère d'Hélène, roucoulait en Mario ; Silvia soupirait en seconde amoureuse , et liioletta coquetait en soubrette.

Voilà la Comédie italienne en 1716.

« L'histoire de la Comédie italienne, dit Desboulmiers , peut être divisée en quatre Ages, comme celle du monde. En effet, les canevas et les pièces de Riccoboni le père , les comédies d'un sieur Deliie et de M. de Marivaux en feront l'âge d'or; les parodies de Dominique et de Romagnesi, les pièces épisodiques de Boissy, les feux d'artifice et les ballets pantomimes , sont le siècle d'argent, car on faisait beaucoup d'argent à la Comédie italienne. Le règne de Favart sera appelé le siècle de cuivre, mais par ordre de date seulement , car dans les heureuses mains de Favart le enivre devenait or... ou plutôt entre les mains de sa femme. — Le siècle de fer, c*est l'Opéra-Comique , u avec son style dur et froid r>,

Hélène Baletti traversa plusieurs de ces siècles, et elle resta toujours belle et chaleureuse. L'esprit le plus rare soutenait sa rare beauté. Flaminia était une femme savante qui appartenait à quatre académies : celles de Rome, Ferrare, Bologne et Venise. Elle a écrit deux comédies : le Naufrage, en cinq actes, tirée

du MtrcaUsr et da Rmimi de Plante; — et AbàiU, rot de Grtnmdi.

A mesore qu'eDe croissait en amoarease an tbéâtrev ^Ue croissait en science anx académies. A quatre-Tingt-<|natre ans, elle semblait encore vne charmante lauréate.

Rîccoboni était lai-méme un très-spirituel auteur; leur amour et kur esprit ont fait les délices de leur vie et les délices du puUic. Heureux Ricooboni! heureuse Flaminia! heureuse Comédie italienne !

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