MADAME LARUETTE
Savait-elle comment Fesprît vient anx filles? Elle jouait à ses débuts sans rien comprendre à ses rôles ; elle joaa bientôt avec toutes les finesses du monde. Son mari commença par lui en remontrer, mais comme elle prit sa revanche!
Dieu n'a pas mis pour rien la femme sous Tarbre de la science.
Un jour, Voltaire retourna son vers à mademoiselle Pellissier :
Lemaure par sa voix, Pellissier par son art.
Et Dorât :
La célèbre Lemaure, honnear de votre scène, Asservissait Euterpe aux lois de Melpomène.
Elle phrasait son cfaaiit sans jamais le charger, Ce qui languissait trop , elle osait Tabréger. Ce long récitatif où l'auditeur sommeille Fixait Tesprit alors, en caressant Toreille; Et le drame lyrique, aujourd'hui si traînant. Avec légèreté marchait au dénoAment.
Quand mademoiselle Levasseur, à la fin du deuxième acte é^Alceste, chanta le vers célèbre : // me déchire et m'arrache k cœur, un picciniste enragé s* écria : « Ah ! mademoiselle, vous m'arrachez les oreilles ! » mais un gluckiste enthousiaste riposta à l'interrupteur par ces beaux mots : « Ah! monsieur, quelle bonne fortune , si c'est pour vous en donner d'autres ! »
Le maréchal de Catinat avait un cuisinier, et ce cuisinier avait une fille. Ne pouvant être ni cuisinière ni maréchale , la jeune fille
se fit raccommodeusc de dentelles. Les dentelles la menèrent aux Marionnettes. Elle entra an Jeu de Bertrand. Du Jeu de Bertrand elle sauta au théâtre de Dolet. Enfin elle voulut goûter de la province. J*oublie de dire qu'elle se maria pendant tontes cesévolutions. Elle fit à Besançon la connaissance d'un jeune homme appelé Gavé , qui portait alors le petit collet. Le petit collet eut un grand amour pour Factrice. Un grand amour amène toujoursun mariage, quel qu'il soit. Le mariage de Gavé lui fit changer son nom en celui de Maillard ; de là le nom de mademoiselle- Maillard resté au théâtre. Un jour que Maillard était dans uneboutique de coiffeur de la foire Saint-Laurent, mademoiselle- Maillard passa pour aller au théâtre ; Maillard la salua. « Con^ naisses-vous donc cette jolie actrice? lui demande un quidam. (Il Y a toujours des quidams dans les boutiques de barbiers.)
— Eh, cadédis! s'écriç Maillard en contrefaisant le Gascon et un vers de comédie :
t Au gré de mes désirs j'ai goûté de la belle, t
— Touches là ! s'écrie le quidam, je puis vous en dire autant. — * Ah! D
Sur ce mot, querelle et combat. Duel à Fépée. Blessure de- Colin^ifaillard. — Souvenez-vous, reprend le quidam, de ces vers de Ija Fonteine :
c Quand on Tigoore, ce n'est rien; Quand on le sait, c'est peu de chose* t
C'éteit une bouquetière des boulevards ; « mais , dit Grimm ,. voulant se tirer de cet état qui a un peu dégénéré de la noblesse de son origine, depuis que Glycère vendait des bouquets aux portes des temples à Athènes , elle a acheté une Grammaire de Restant, et s'est mise à étudier la langue et la prononciation françaises ; après quoi elle a essayé de jouer la comédie. Ce qu'il y a de sûr, c'est que , pendant son début , elle s'est adressée à tous les auteurs , musiciens et poètes , pour leur demander con-
seil et profiler de leurs lumières avec un zèle vraiment infatigable et une docilité qui a eu pour récompense les applaudissements qu*elle a obtenus dans les différents rôles qu'elle a joués. M. de Péquigny, aujourd'hui duc de Chaulnes, protecteur de ses charmes y ou, en style vulgaire, son entreteneur, Ta fait peindre par Greuze. »
Qui donc possède aujourd'hui ce portrait» un chef-d'œuvre qui coûta un peu moins cher que l'original?
Un grand nom pour de petits rôles. Mademoiselle de Nesie se réduisait en Zerbine et en Lucette. Mais c'était la plus jolie miniature de la pièce. Elle était coquette sans cesser d^étre ingénue, dit un chroniqueur contemporain dont la rédaction semble ici moins coquette qn*ingénue. Est-ce à dire que mademoiselle de Xesle jouait les petites bourgeoises comme si elle n'eût pas été une fiUe noble?
MADEMOISELLE NESSEL.
Elle parut, et fut emportée avant la fin du spectacle par la Mort jalouse.
u Mademoiselle Nessel avait fait les délices de Paris Tannée dernière, pendant la foire de Saint-Laurent. Après la réunion de rOpéra -Comique à la Comédie italienne, elle avait quitté le théâtre pour être de la troupe de M. le prince de Conti. C'était la grâce ou plutôt les trois Grâces. »
Elle fut pendant quelque temps un modèle de célébrité. Mademoiselle Pellissier fut remarquée du grand faiseur de réputations au dix-huitième siècle , ce Voltaire qui était le Warwick des rois et des reines de théâtre. Voltaire dit un jour :
c Pellituer par son art, Lemaore par sa voix S >
LA PICCINELLL
La Pîccinelii ne fit que passer et disparaître à la Comédie italienne. Mais elle y entra triomphalement et elle en sortit de même. Elle personnifia pendant toute une saison la cantatrice italienne , dans une comédie qui portait elle-même ce nom de la Cantatrice itatienne. Romagnesi la lui avait dédiée. On porta aux nues la comédienne et Fauteur. C^était justice. La Piccinelli avait un fort beau talent, et Romagnesi avait un fort bel esprit.
Un jour, on exhumera peut-être ce Romagnesi; il prendra enfin sa place dans la grande galerie littéraire du dix-huitîème siècle. Mais on n*oubliera pas non plus dans le tableau la Piccinelli.
On l'appelait F Admirable danseuse. Elle fut admirable pendant vingt-cinq ans. Quand elle mourut, ce fut une grande étoile qui fila : elle fut remplacée par deux astres qui n'avaient jamais eu * leur pareil : c'était Salle et c'était Camargo.
Françoise Prévost fut oubliée ; car c'est à peine si au théâtre les plus grands laissent des souvenirs.
Qu'importe : c'est d'après les talents de Françoise Prévost que Salle et Camargo inaugurèrent la danse haute et brillante. Colomb découvre un nouveau monde » mais ce sont toujours les Amène Vespuce qui lui laissent leur nom.
Pauvre Françoise Prévost !