MARTHE ROCHOIS
Marthe Rochois commença la série des grandes chanteuses. Elle naquit bourgeoise h la ville, — elle eût été marquise à la cour, — elle fut reine à l'Opéra. — Sa gloire fut parfaite comme son éducation. Orpheline de bonne heure, la petite Marthe se vit abandonnée dans ce grand monde , sans savoir trop où donner
de la tête et de la voix. Mais FOpéra la reçut à cause de cette voix si belle. Lulli lui-même Tadmira. Un soir qu*elle jouait Aréthuse dans la pièce de Proserpine, on s*écria du parterre qu*eLle était la fontaine Aréthuse d*harmonie. Gomme vous le voyez, on ne se contentait pas de mettre la mythologie en opéra, on se la pa»* sait en jeu de mots. — Marthe Rochois fut appelée aussi un parfait modèle de déclamation. Elle effaça la réputation de toutes ses devancières; et plus qu'aux autres, on lui tint compte de ses talents : on savait qu'elle était Théroïne de son propre mérite.
EUe avait un esprit infini, qu'elle répandait avec autant de grâce que sa voix. Marthe n'était pas fort belle , mais elle était fort brune. Sa taille était médiocre, et l'on n'eût pas cru à la divinité de Marthe hors du théâtre. Cependant elle avait de fort grands yeux , signes de toute noblesse , surtout chez les femmes. Et en outre ces yeux-là étaient pleins de feu; il n'était pas besoin que Lulli les réchauffât des sons de sa musique. C'est quand elle les faisait exprimer toutes les passions , au théâtre , que Marthe Rochois redevenait reine et divinité ! Plus tard , à côté de Lekain ou de Talma , elle eût rivalisé avec ces deux mal* très dans l'art de placer noblement la tète. Elle avait le geste admirable, encore un signe distinctif! La pantomime demande d'être sublime comme la parole, — quand il s^agit d'œavres sublimes. Quand Marthe Rochois ne chantait pas, on s'en cou* solait au moins en h voyant marcher; lorsqu'elle marchait « on se suspendait à ses pas comme aux notes de son gosier divia. On ne voyait qu'elle sur la scène. Elle y paraissait cependant, -^ dans AmUde, — entre les deux plus opulentes beautés de PAca» demie de musique , la Moreau et la Desmâtins.
Après vingt ans de triomphe , en 1698 , elle demanda mélancoliquement à se retirer de la scène. Paris assista à regret au coucher lumineux de cet astre. — L'Opéra lui fit une pension de mille livres; le duc de Sully lui en présenta une antre de cinq cents.
Retirée de la ville en philosophe, elle se prit à tenir table artistique à h campagne. Tous ses anciens camarades du théâtre allaient la voir. Elle garda les vieux toujours pour amis, et elle
instruisit des élèves parmi les jeunes. G*est de Fécole de Marthe Rochois que sortirent Marie Antier et Françoise Journet.
L'illustre Marthe Rochois mourut le 9 octobre 1728, à une époque où TOpéra avait bien besoin dMIlustrations de tous genres. On conduisit son cercueil à Saint-Eustache , et on Fenterra aux sons d*une musique accomplie.
Marthe Rochois , qui était maréchale à TOpéra comme Turenne était maréchal de France, laissa, comme Turenne, sa monnaie après sa mort. — La mort d'une actrice, c'est sa retraite. — On nomma à la fois nuidemoiselle Desmâtins , mademoiselle de Mau« pin et mademoiselle Fanchon-Moreau.
A deux titres à la célébrité. Elle était fiUe'du fameux danseur Roland , qui avait soulevé le dernier règne , et elle-même dansait à ravir la nouvelle cour. En outre , elle joua les Golombines , sous prétexte de métaphysique amoureuse. Son début, aurore qui valait un midi , se fit dans Cohmbine avocat pour et contre. (Tétait matière, en effet, à déployer autant d'esprit que la princesse Portia dans le Jtùf de Venue, de Shakspeare.
Shakspeare était peut-être plus connu des Italiens que des Français, puisqu'on dit que Shakspeare a beaucoup copié sur les anciens canevas italiens.
Une des folies amoureuses de la Comédie italienne. Elle n'a laissé qu'un souvenir. Jetée à la Force sur la requête d'un bourgeois de Paris, Denis Tupineau, qu'elle avait un peu roué : tt Mais son carrosse était si léger ! » elle s'amusa à donner la clef des champs à dix prisonniers pour dettes , à peu près comme si elle eût ouvert la porte d'une volière. Après cela , vous ne me demanderez pas si elle avait du talent.
442 DÉESSES DOPERA.