‹ Princesses de lettresChapitre 52 sur 53 · et 2. La Vie Nuancée, 1 vol · texte numérisé non relu

et 2. La Vie Nuancée, 1 vol

besoin de la presser pour qu'elle la traitât de patrie intellectuelle. Sa première plaquette, imprimée au Havre, s'intitule Promenades Florentines. Les meilleures pages de Méditerranée, les plus beaux vers de la Vie Nuancée reproduisent les confidences que lui murmurèrent des Voix d'Italie. C'est une hantise. Trop maîtresse d'ellemême pour être d'ordinaire, plus que'' gracieuse, M""® Félix-Faure-Goyau ne devient poétique que lorsqu'elle parle de l'Italie. Louer Dante, c'est bien ; aimer Florence, c'est mieux !

On s'honore soi-même en vous faisant honneur, Vous êtes la plus douce en élanî la plus belle !

Mais choisir Rome entre toutes les villes, n'est-ce pas la perfection ?

J'ai vu — je m'en souviens — du haut de la terrasse, A cùté des grands murs de Saint-Jean-de-Latran :

Qu'est-ce que la fille de notre sixième président a vu ? Ce qu'elle vit à Florence, des collines de Fiésole ; ce qu'elle dut voir à Pise, de la terrasse de la tour penchée ; à Gênes, des rochers du Castellaccio ; à Naples, du jardin des Camaldules ; à Palerme... (mais je n'en finirais plus d'énumérer les innombrables stations de ce Chemin de Beauté), elle dira : « J'ai vu un poème

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sacré auquel ont travaillé et le ciel et la terre ! » « Tout artiste, — écrivait celle qui signait des deux initiales L. F. Topuscule hors commerce dont sont extraites ces lignes, — tout artiste est un virtuose impuissant s'il ne possède son instrument, et son instrument, c'est son âme, sur les fibres de laquelle il joue. » D'autres ont mieux joué que cette Française du tambourin algérien, de la llûte égyptienne ou des pipeaux grecs, mais sur le violon italien sa maîtrise devient incomparable. Faute de pouvoir tout citer, je ne citerai rien du tout ; il y a des pages dont aucune paraphrase n'égalerait l'impression directe.

Racontons plutôt que par la reprodiictioiî (marbre, peinture ou photographie) AP* Félix- Fam^e-Goyau a lait de sa demeure un résumé des musées de là-bas. La blanche librairie, où, devant un minuscule secrétaire, elle écrit ses pages fleuries de métaphores, comme un manuscrit du Cinqiic Cenlo d'enluminures, se place sous l'inspiration directe d'une vierge de Boliicelli, celle du Magnificat. Vous n'avez pas oubhé, dans la Galerie des OIjices, la toile admirable ? La madone dessinée de trois quarts, en manteau bleu et en robe rouge ? Sa gauche protège un enfant Jésus d'une grâce mystérieuse,

cependant qu'elle trempe, avec sa main droite, une plume dans un écritoire tendu par un adolescent. Quand je songe aux pages d'une telle pureté morale que celte femme a écrites, je me demande si, par faveur nominative, il ne lui a pas été accordé de tremper, quelquefois, toiites les fois qu'il s'agit de Dante et de l'Italie, sa plume de prosatrice et de poétesse, dans l'encrier que Botticelli a placé entre les doigts d'un ange !

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