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La Quinzaine f dP du 16 novembe

APPENDICE

Il est à peine croyable à quel point nos écrivains, si riches d'épithètes lorsqu'il s'agit d'exalter la beauté de la femme, connaissent mal son intelligence et se soucient peu d'en décrire le mécanisme, d'en observer le fonctionnement.

Ayant eu dessein, jadis, d'étudier la philosophie de l'amour moderne, selon nos maîtres : Paul Bourget, Pierre Loti et diverses célébrités secondaires, je dus y renoncer. Lectures achevées, notes prises, nécessité m'avait été de constater que seuls le tour des dialogues, Félégance des décors différenciaient ces écrivains. Leurs conceptions de l'épouse, de l'amante restaient, à d'insignifiantes nuances près, identiques. A la suite de cette déception, je m'avisai d'interroger quelques-uns de ces capitaines littéraires. Que pensaient-ils des études de Lombroso sur la femme de génie et la femme criminelle ? Etudes,

soit dit en passant, qui me paraissent avec celles de Max Nordau, parmi les plus instructives écrites depuis un siècle. La vérité m'oblige à témoigner qu'ils me regardèrent avec stupéfaction. Aucun de ces académiciens d'aujourd'hui ou de demain n'avait eu l'idée que la connaissance des in-octavos du criminaliste torinois fût une préparation indispensable aux sempiternelles histoires d'^adultère qu'ils contaient pour la meilleure délectation de nos contemporains.

Ils avaient tort ; les philosophes sont les rois de la pensée. Leurs volumes, difficiles à s'assimiler, contiennent le secret de bien des phénomènes. Mais voilà, comme l'a vu un sociologue, le joug sentimental pèse sur la littérature française plus que sur aucune autre. En outre, à ne vouloir décrire dans l'amie que l'amoureuse, nos Imaginatifs se placent dans la position d'un peintre qui prétendrait ne travailler qu'en plein soleil. L'ébranlement de leur sensibilité leur interdira, ça se devine, d'opérer avec impartialité. Aussi, pour peu que l'on rapproche leurs exaltations d'artistes des déductions des penseurs, les antithèses de ces avis s'accuserontelles jusqu'à creuser des solutions de continuité. Tandis que, d'après les premiers, la compagne apporte dans l'existence, la fantaisie, l'origina-

lité, l'esprit qui trouve toujours et sans cesse du nouveau, du charmant, — paroles, gestes, sourires, — les seconds répondent : mirage, vous prenez l'effet pour la cause. Par sa présence, chaque fille d'Eve reste, en effet, capable d'exercer, sur une certaine catégorie de fils d'Adam, une influence plus ou moins bienfaisante. Avec gratitude, vous accordez donc à ces inspiratrices, la plupart du temps inconscientes, des mérites qu'elles possèdent peu ou prou. « Au contraire, affirme Lombroso : la femme manque d'originalité dans les grandes créations et même dans ces petites, dont la moyenne des hommes est capable ^. »

Cela paraît fort curieux. Sans doute, le spécialiste exagère ; c'est le moindre défaut des théoriciens ; ces paradoxes acquièrent cependant une certaine vraisemblance si l'on avise d'étudier, sans arrière-pensée sentimentale, des carrières et des œuvres féminines. Voilà plusieurs mois que je réserve mon attention à la littérature de ces dames. Son principal défaut demeure incontestablement le manque d'originalité : (( Il est rare, — écrit dans ce sens Spencer, — que les femmes critiquent ou mettent en

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