LIED
FREDY
La-bas dans mon pays natal.
J'aurais fort bien trouve Pouliche, au caractere egal,
Facile a captiver.
Mais j'aime mieux. dans la prairie,
Poursuivre en son galop Cavale allant toujours presto,
Qiii rue et me defie ;
Sans craindre la culbute
Avec elle je lutte,
Et bientot, je lui jette
Le lasso qui la fouette.
Son bel elan s'arrete,
Elle a courbe la tete, Ma main pese de tout son poids ; Elle est a moi !
A la bete intrepide
Qui ruait hier encor,
J'ai su passer la bride,
Je fais sentir le mors.
Alors...
Par elle je puis etre aime
De I'amour dont j'avais reve ;
Souple. docile et fidele.
Ne eherchant qu'a me plaire, qu'elle est belle!
Son coeur sauvage, enfin dompte,
N'est qu'indulgence et que bonte,
Et lui assure, sans retour,
Un immuable amour!
II eut aime, mon cher papa, Me faire decrocher
Quelqu'union tres raplapla, Mais je n'ai pas marche !
La jeune fille de mon choix
C'est ici qu'elle croit :
L'Americaine et ses defauts
Voila ce qu'il me faut I
Orgueilleuse et fantasque,
Caractere en bourrasque,
Impossible a soumettre
Pour qui n'est pas un maitre !
Tel est. sans artifice,
L'objet de mon caprice, Ce que je vais reduire ici A ma merci !
Megere apprivoisee
Par un amant tres fort
Devient tendre epousee
Et plus jamais ne mord I Alors...
Par elle, je puis...
etc...
JEAN C'est egal ! tu m'en bouches un coin ! Miss Alice !...
FREDY, le coupant
Je I'ai entrevue. Elle me plait, ga suffit.
Et allez done! C'est a payer sa place. (Serrant avec effusion les mains de Fredy.) Merci d'etre veuu, merci ; je crois que grace a toi, on va enfin pouvoir s'amuser un peu dans cette boite.
FREDY
Mon plan est bien simple... Mais d'abord, prometsmoi le secret le plus absolu.
jEAN C'est promis.
FREDY
Excepte pour toi et pour miss Daisy qui sera discrete, et pour cause, je ne suis et ne veux etre ici que Fredy Wehrburg, jeune decave europeen. En realite, je me suis fait compter, avant de quitter I'Autriche, les deux millions de I'heritage maternel. Mais je pretends ne pas m'en servir, et arriver au but par ma seule capacite.
JEAN
Veinard ! Tu en as done une?
FREDY
Qiiand nous nous sommes connus a Paris, je m'amusais ferme, et travaillais de meme a TEcole des Mines. Deux ans de Klondyke ont fait de moi un ingenieur pratique capable d'en remontrer a plus d'un.
JEAN, avec un soupir
Je t'envie, moi le propre a rien.
Quel homme au juste, le futur beau-pere?
JEAN
Une sorte de trappeur mal degrossi, ayant garde Taccent de son terroir ; quelque chose comme un ours, matine de renard. Ours dans la vie,renard dans las affaires. Avec un fond de jobardise qui, d'ailleurs, est commun a tons ces yankees bombardes milliardaires. Le vieux monde et tout ce qui en vient, a le don de les epater encore, heureusement pour nous!
FREDY Parfait ! J'epouserai, te dis-je.
JEAN Et Olga ?
FREDY
Semee avant mon depart pour le Klondyke. On s'est separes bons amis.
JEAN
Bravo ! Tout est bien qui finit bien. (Bruit de voix, au fond.) Mais j'entends Tobjet de ta chaste flamme. L'aimable Alice va paraitre, sans doute en compagnie de son elegant papa. Tu peux aiguiser ton esprit et preparer ta chambriere.
FREDY Ainsi soit-il.
JEAN^ qui a gagne la porte de gauche
Amuse-toi bien. Je vais prier pour toi.
(II disparait au moment oii Alice entre par le fond, les mains remplies de paperasses.)