‹ Princesses dollar: operette en trois actesChapitre 34 sur 62 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

ALICE, COUDER, puis DAISY, TOM et DICK

Au bout d'un instant, Couder entre par le fond, la mine rejouie, un gros cigare aux levres, plus elegant qu'a I'acte premier, mais d'une Elegance toujours roturiere et de mauvais gout.

COUDER, a Alice

Et bien, fiUette. as-tu prevenu Tom et Dick?

ALICE Daisy s'en est chargee.

(Entrent par la droite Daisy, Tom et Dick.) DAISY, allant a Couder

Noas void, petit oncle. Oh I coinme tu es beau, comme tu sens bon !

TOM, a Dick Cet ours emoustiile ne me dil rien qui vaille.

Je vous a\ fait venir, mes petits chats, pour tenir ensemble un conseil de famille. II s'agit de prendre une resolution grave.

— ii6 — DAISY, viveiiient

Pour nous ?

COUDER Non, pour moi. (11 tousse pour s'eclaircir la voix.) Voici...

(il tousse encore.) H me semble... J'ai pense.,. Je crois que rinstant est venu...

ALICE, continuant

De te remarier, papa.

COUDER, estomaque

Je...

ALICE

Ne fais pas de phrases. Tu meurs d'envie d'epouser la Comtesse Przibiczewska.

DICK, eclatant

Ah ! non, par exemple, ce n'est pas un coup a faire !

TOM Dick, ferine ga I

DICK Oui, papa !

COUDER Q.ue signifie cette exclamation? Vous meme Tavez dit, la Comtesse est distinguee, de la/ plus vieille noblesse, son mari a souffert pour la Patrie ; il fut vingt ans en Perse...

DICK Oui, mais elle...

TOM, froidement

Elle aussi.

COUDER A son actif il eut de nombreuses campagnes...

DICK Oui, mais elle...

TOM, meme ton

Elle aussi !

DICK

Pourtant...

TOM Dick ferme 9a...

DICK Oui, papa.

TOM, a voix basse

J'ai mon plan.

ALICE, allant a son pere

Si c'est tout ce que tu avais a nous dire, papa, la seance peut etre levee. J'ai plutot a me rejouir de ta decision, bien que la Comtesse et moi ne sympathisions guere.

ii8

COUDER

Ma chere Alice, il y aurait un moyen de tout arranger. Tu devrais te marier avant moi.

DAISY, battant des mains

C'est ga, que tout le monde se marie I

COUDER, a Daisy

Vous n'avez pas la parole, moutarde ! . . , (a Alice) Je connais tes idees sur le manage ; cette petite formalite n'est pas pour t'impressionner.

ALICE, a part

Me marier ?

(Pendant qu'elle reste revease, Daisy fait des signes pour attirer Tattention de son oncle.)

COUDER, a Daisy

Quoi? qu'est-ce qu'il y a? Que veut dire cette telegraphie sans fil?

DAISY, hontease

Mais... je...

COUDER, impatiente

Restez done un peu tranquille. Que diable, nous traitons serieusement d'affaires serieuses. II faut refiechir en ce moment, at non gesticuler... (a Alice) Tu sais que tu n'as que I'embarras du choix. Tout ce que je te

demande, cest de te decider avant la' fete de ce soir, pour que je puisse annoncer a nos invites tes fian- 9ailles en meme temps que les miennes. Voyons. reflechissons. II y a la maison Pearson, la raison sociale Longfield and C".... car vous etes tres demandee, chere vieille petite chose. Un coup de telephone, et I'affaire est dans le sac.

ALICE

Oui, mais le sac ne tient pas a faire une affaire. Je ne veux epouser ni une maison. niune raison sociale. Non, decidement. Suis-je maitresse de mon choix, papa ?

COUDER

Absolument. Fais a ta discretion, je ne te demande que de la celente. Choisis vite, et bien.

ALICE, apres un petit temps

Alors. je crois que j'ai envie d'epouser M. Wehrburg.

COUDER, cherchant

Wehrburg! Q.ui ^a, Wehrburg? Ah! j'y suis, le petit employe, le secretaire prive, Wehrburg, tout court ! (II rit lourdement ) A ton gre. Vous serez fiances ce soir.

(Daisy s'agite de plus en plus.) COUDER, a Daisy

Quel moustique vous etes aujourd'hui I Tu as des fourmis dans tes bottines ? Expliquez-vous, by God I

DAISY, intimidee

Moi. . . mais rien. . . petit oncle. . . Je voulais demander a Alice si M. Wehrburg connait sa decision ?

ALICE, haiissant les epaules

A quoi bon? II me plait, et mes moyens me permettent de me I'attacher. II suffit.

COUDER

C'est egal, en y reflechissant. . . Mais c'est fatigant pour reflechir! D'ailleurs, je dois aller m'entendre avec la Comtesse. A tout a Theure.

(11 s'en va vers le fond. Daisy court apres lui et le rattrape par un pan de son veteinent.)

DAISY

Oncle, petit oncle, je voudrais. . . moi aussi. . .

COUDER

Enfin, tu te decides a parler. Ce n'est pas malheureux. Dis vite, je suis presse.

DAISY Eh bien, voila. (Tres vite et ires bas.) Moi aussi, j'ai envie de me marier.

COUDER Non, mais... vous voulez rire ! Ousqu'est mon biberon !

DAISY

Oh! tu es mechant! J'ai beaucoup reflechi, moi aussi, depuis cinq minutes, et j'ai trouve un mari a mon gout.

COUDER, I'imitant

J'ai trouve un mari a mon gout ! Voyez-vous 9a ? II n'y a plus d'enfants, ma parole.

(II va pour sortir.) DAISY, essayant encore de le retenir

Alors tu ne veux pas m'entendre ?

COUDER Lache-moi I

DAISY

Une fois. deux fois, trois fois !

COUDER Veux-tu me laisser, morveuse !

DAISY, le lachant

C'est bien I Je sais ce qui me reste a faire.

COUDER Cast 9a. AUez faire teter votre poupee.

(II sort par le fond, a gauche, en riant lourdement.) (Tom et Dick, qui pendant tout ce temps n'ont cess6 de causer a voix basse, avec animation, s'elancent a sa suite. Un moment apres, on voit Meg, dissimulee derri^re un palmier, sortir vivement Ju meme cote.)

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