LES INVITES
How do you do, how do you do, Qa va pas mal. et vous?
COUDER
C'est nous les richards si vantes De la cinquieme avenu'...
TOUS Avenu'...
ALICE
Notre fortune inconteste' Est de nous meme inconnu'...
TOUS Inconnu'...
ALICE
A nous seuls nous accaparons Tout ce qui s' vend, s'echange...
COUDER
C'est ce qui fait que nous avons Des rois aux noms etranges.
Ensemble
C'est nous qui sont
Le roi du charbon,
C'est nous le roi d' I'amidon,
C'est nous le roi du savon,
C'est nous le roi du fulmi-colon,
Et le roi du cochon!
COUDER Chez nous il n'est pas d' sot metier^
ALICE Meme de ceux qu'on chine !
TOUS Qu'on chine!
COUDER Et nons avons des charcutiers
ALICE Qu'enrichit la trichine!
TOUS Trichine !
COUDER
II faut avoir un coeur d'acier Quand on fait du negoce,
ALICE
Et pres de nos grands financiers Tons les autr' sont des gosses!.
Ensemble
C'est nous qui sont
Le roi du charbon,
C'est nous le roi d' Tamidon,
C'est nous le roi du savon.
C'est nous le roi du fulmi-coton,
Et le roi du cochon !
JAMES, parU
Madame la Comtesse Pzibiczewska!
(Entree d'Olga. Couder va a sa rencontre et la conduit cer^monieusement a Tavant-scene.)
COUDER, la presentant
La Comtesse Przibiczewska, Vieille maison qui s'en va !
Des domaines.
Par centaines.
A Moscou
Un peu partout!
LES DAMES, a part
Elle est bizarre,
Mais je 1' declare :
Elle a le beau seant.
How do you do, ma chere enfant?
Soyez la bienvenu' ceans.
OLGA, avec des mani^res comiquement nobles
Pour mes manieres
De premiere Null' ne m' la coupe, Et je detiens La coupe, Et meme la soucoupe
Du chien, Et du meilleur maintien, Hein?
LES HOMMES, a part
Ah! sapristoche
Eir n'est pas moche, Et le gaillard n' s'embet'ra pas!
Mais nous verrons qu'a sa caboche II surgira
Quelqu' anicroche!
COUDER
Gentlemen et mesdames,
Ici-bas chacun son tour De connaitre I'amour
Et ses ardentes flammes !
Le petit dieu qui nous blesse En meme temps nous transper^a Moi, et la belle Comtesse,
Puis apres nous fianca.
TOUS
Ah ! Quelle heureuse nouvelle, Combien nous vous gratulons,
Accordez les violons,
La soiree est belle !
Grand merci pour moi!
TOUS Quel affriolant minois!
OLGA Je suis plein' d'un doux emoi!
TOUS Yous serez heureux, ga s' voit!
DICK, a Couder
Que je te eomplimente!
TOM, a Couder
Tons mes vo^ux de bonheur!
DICK, a Olga
Vous avoir pour parente Est un exces d'honneurl
— i6i — (A James.)
Soyons ce soir tres rnsses. Tntroduisez Aupres des invites, Toute ladomesticite!
LES COSAQUES, entrant
En avant la musique, Jouons de tout avec chic, Parisienn's authentiques, Et roue' comme des flics !
Aux rives etrangeres.
II faut gagner d' I'argent ; Tant qu'y aura des milliardaires Nousvivrons a leurs depens!
TOUS
Que ces Slaves Sont suaves, Et qu'elles ont d'accent!
COUDER, a Alice
Es-tu prete? As-tu fixe ton choix?
L'heureux mortel, montre-le, qu'on le voi' !
ALICE
Le coeur me bat
Papa!
Pourquoi cela ?
COUDER Allons, all right!
ALICE, a elle-meme, avec energie
All right! Cava!
(A haute voix.)
On dit souvent qu' les milliardaires Sont gens que Tor toujoiirs altere; Mais moi, la fille de mon pere, Je vais ici prouver 1' contraire!
COUDER
A qui lui plait je la marie !
Oui, queir que soit sa fantaisie I
ALICE
Et je m'achete, a beaux dollars sonnants^ Un simpl' commis tres indigent!
FREDY, h part, faisant malgre lui un pas en avant
Que signifie Ce nouveau jeu
TOUS Voyons un peu.
COUDER Dis nous Alic' Theureux elu.
<A part.)
Mon jeu est fait, rien ne va plus!
ALICE
Et puisqu' la faiitaisie Me prend d' me marier, N'import' quelle effigie J'ai d' quoi me la payer!
Car transformer un homme Quel qu'il soit, en mari, Cast tres facile en somme ; Suffit d'y mettr' le prix !
Wigl, wagl wigl wak, my monkey Saute, saute, petit homme manque; Un simple pantin Dans ma main Ouh!
C'est cela mon gout !
FREDY
Ah ! Quel stupide et malfaisant
Orgueil est le sien ;
Ou done est le coquin Capable d'accepter sa main?
TOUS
C'est palpitant!
A qui la pomme?
ALICE
Eh ! bien, cet homme :
Le voici!
(Elle design e Fredy.) FREDY, reculant
Moi?
ALICE VousI Oui, vousi
FREDY
Le jeu me blesse!
ALICE Mais il me plait!
TOUS Comment? Qui est-ce?
Et d'oii sort-il?
ALICE, presentant Fredy
Monsieur Wehrburg. commis Et secretaire prive.
COUDER
xAccepte.
(Tendant la main a Fredy.)
Topez, Topez la, mon bon!
FREDY Pardon, Monsieur, mais je dis : non!
COUDER
Qu'entends-je? Quoi?
J'en reste coi. . .
Ne comprenez-vous pas rAmericain?
TOUS, entre eux
II n'en veux pas? EUe est bien bonn'; Recommencez, y a maldonnM
COUDER On n'a jamais vu t;a dans ce pat'lin!
FREDY
Par elle, si j'etais aime De I'amourdont j'avais reve, Je serais I'epoux fidele De ma tres chere epouse modele,
Ange gardien de mon foyer, Rien qu'indulgence et que bonte; La seule digne, sans retour, D'un immuable amour!
ALICE, refugiee dans les bras de son pere, a part
Quelle honte si j'echoue !
COUDER, a Alice
Laisse, que je le secoue.
(A Fredy.)
Je donne en dot cinq millions!
FREDY, haussant les epaules
Que m'importe! Je dis non.
COUDER Dix. cela vous suffit-il ?
FREDY, de haut
Vos efforts sont inutil'.
COUDER, se montant
Non? Vingt! Trente! Cinquante?
Ouf! II me met bien dedans!
(II s'essuie le front.)
— i67 — FREDY, avec fierte
Ni cinquant', ni meme cent!
Grand merci, gardez I'argent !
ALICE, a part
Qu'il se taise, je me tais !
FREDY, a part
Qu'eir se taise, je me tais!
ALICE et FREDY
Car tout d'abord, je veux
Entendre son aveu,
Puis, apres,
Je dirai mon secret.
) Ensemble,
CHCEURS
Je pense qu'il est fou ; Ecarter cet atout !
(Alice et Fredy vont pour se rapprocher, ^changent un regard, et attendent, vainement, un mot Tun de Tautre. Mais, vaiucus par Torgueil, s'ecartent de nouveau.)
COUDER
Cet homm' nous monte un bateau!
FREDY
Tel est le lot Des p'tit' milliardaires!
ALICE, a part '
Tel est le lot des p'tit' milliardaires!
FREDY, a Alice
Connaissez-vous les belles enfants, Fiir du nouveau continent, Qui puisent Tor a plains coffres, croyant
Q.u'il est le roi tout-puissant?
Connaissez-vous ces fiUes, au coeur sec, Froides comme un carnet d'chequ', Traitant I'amour de salamalec,
Et le tenant en echec ?
Qu'un autr' homra' soit leur esclave, Moi, je m'fiche de leur or.
Et sa force je la brave, J'ai Tamour pourseultresor !
Je consacrerai ma vie A qui m'aimera vraiment, Car je veux, de mon amie, Le coeur seul et non I'argent !
CHCEURS Sa monnai' n'a plus cours !
FREDY En vous, helas, Tor tua I'amour !
ALICE
En moi, Tor tua I'amour !
Plaignons les p'tit milliardaires, Les jeunes beautes cousu' d'or,
Qui, pour acheter la terre, Possed' d'assez grands tresors !
FREDY
Elles ne savent que faire De leur execrable argent ; Plaignons les p'tit milliardaires, Les riches aucoeur indigent !
(Un instant, Alice lutte contre elle-meme, veut visiblement se precipiter du cote de Fredy, frappe da pied et se dit; Non ! Puis, soudain, elle crie : « James, viens danser ». EUe danse avec James quelques mesures, puis le quittant brusquement, tombe en pleurant dans les bras de son p^re.)
FREDY, d'une voix triomphante
Elles ne savent que faire De leur execrable argent !
— I70 — ALICE, douloureusement
Les pauv' petit' milliardaires..
FREDY Ces riches au coeur indigent !