‹ Princesses dollar: operette en trois actesChapitre 46 sur 62 · LES INVITES · texte numérisé non relu

LES INVITES

How do you do, how do you do, Qa va pas mal. et vous?

COUDER

C'est nous les richards si vantes De la cinquieme avenu'...

TOUS Avenu'...

ALICE

Notre fortune inconteste' Est de nous meme inconnu'...

TOUS Inconnu'...

ALICE

A nous seuls nous accaparons Tout ce qui s' vend, s'echange...

COUDER

C'est ce qui fait que nous avons Des rois aux noms etranges.

Ensemble

C'est nous qui sont

Le roi du charbon,

C'est nous le roi d' I'amidon,

C'est nous le roi du savon,

C'est nous le roi du fulmi-colon,

Et le roi du cochon!

COUDER Chez nous il n'est pas d' sot metier^

ALICE Meme de ceux qu'on chine !

TOUS Qu'on chine!

COUDER Et nons avons des charcutiers

ALICE Qu'enrichit la trichine!

TOUS Trichine !

COUDER

II faut avoir un coeur d'acier Quand on fait du negoce,

ALICE

Et pres de nos grands financiers Tons les autr' sont des gosses!.

Ensemble

C'est nous qui sont

Le roi du charbon,

C'est nous le roi d' Tamidon,

C'est nous le roi du savon.

C'est nous le roi du fulmi-coton,

Et le roi du cochon !

JAMES, parU

Madame la Comtesse Pzibiczewska!

(Entree d'Olga. Couder va a sa rencontre et la conduit cer^monieusement a Tavant-scene.)

COUDER, la presentant

La Comtesse Przibiczewska, Vieille maison qui s'en va !

Des domaines.

Par centaines.

A Moscou

Un peu partout!

LES DAMES, a part

Elle est bizarre,

Mais je 1' declare :

Elle a le beau seant.

How do you do, ma chere enfant?

Soyez la bienvenu' ceans.

OLGA, avec des mani^res comiquement nobles

Pour mes manieres

De premiere Null' ne m' la coupe, Et je detiens La coupe, Et meme la soucoupe

Du chien, Et du meilleur maintien, Hein?

LES HOMMES, a part

Ah! sapristoche

Eir n'est pas moche, Et le gaillard n' s'embet'ra pas!

Mais nous verrons qu'a sa caboche II surgira

Quelqu' anicroche!

COUDER

Gentlemen et mesdames,

Ici-bas chacun son tour De connaitre I'amour

Et ses ardentes flammes !

Le petit dieu qui nous blesse En meme temps nous transper^a Moi, et la belle Comtesse,

Puis apres nous fianca.

TOUS

Ah ! Quelle heureuse nouvelle, Combien nous vous gratulons,

Accordez les violons,

La soiree est belle !

Grand merci pour moi!

TOUS Quel affriolant minois!

OLGA Je suis plein' d'un doux emoi!

TOUS Yous serez heureux, ga s' voit!

DICK, a Couder

Que je te eomplimente!

TOM, a Couder

Tons mes vo^ux de bonheur!

DICK, a Olga

Vous avoir pour parente Est un exces d'honneurl

— i6i — (A James.)

Soyons ce soir tres rnsses. Tntroduisez Aupres des invites, Toute ladomesticite!

LES COSAQUES, entrant

En avant la musique, Jouons de tout avec chic, Parisienn's authentiques, Et roue' comme des flics !

Aux rives etrangeres.

II faut gagner d' I'argent ; Tant qu'y aura des milliardaires Nousvivrons a leurs depens!

TOUS

Que ces Slaves Sont suaves, Et qu'elles ont d'accent!

COUDER, a Alice

Es-tu prete? As-tu fixe ton choix?

L'heureux mortel, montre-le, qu'on le voi' !

ALICE

Le coeur me bat

Papa!

Pourquoi cela ?

COUDER Allons, all right!

ALICE, a elle-meme, avec energie

All right! Cava!

(A haute voix.)

On dit souvent qu' les milliardaires Sont gens que Tor toujoiirs altere; Mais moi, la fille de mon pere, Je vais ici prouver 1' contraire!

COUDER

A qui lui plait je la marie !

Oui, queir que soit sa fantaisie I

ALICE

Et je m'achete, a beaux dollars sonnants^ Un simpl' commis tres indigent!

FREDY, h part, faisant malgre lui un pas en avant

Que signifie Ce nouveau jeu

TOUS Voyons un peu.

COUDER Dis nous Alic' Theureux elu.

<A part.)

Mon jeu est fait, rien ne va plus!

ALICE

Et puisqu' la faiitaisie Me prend d' me marier, N'import' quelle effigie J'ai d' quoi me la payer!

Car transformer un homme Quel qu'il soit, en mari, Cast tres facile en somme ; Suffit d'y mettr' le prix !

Wigl, wagl wigl wak, my monkey Saute, saute, petit homme manque; Un simple pantin Dans ma main Ouh!

C'est cela mon gout !

FREDY

Ah ! Quel stupide et malfaisant

Orgueil est le sien ;

Ou done est le coquin Capable d'accepter sa main?

TOUS

C'est palpitant!

A qui la pomme?

ALICE

Eh ! bien, cet homme :

Le voici!

(Elle design e Fredy.) FREDY, reculant

Moi?

ALICE VousI Oui, vousi

FREDY

Le jeu me blesse!

ALICE Mais il me plait!

TOUS Comment? Qui est-ce?

Et d'oii sort-il?

ALICE, presentant Fredy

Monsieur Wehrburg. commis Et secretaire prive.

COUDER

xAccepte.

(Tendant la main a Fredy.)

Topez, Topez la, mon bon!

FREDY Pardon, Monsieur, mais je dis : non!

COUDER

Qu'entends-je? Quoi?

J'en reste coi. . .

Ne comprenez-vous pas rAmericain?

TOUS, entre eux

II n'en veux pas? EUe est bien bonn'; Recommencez, y a maldonnM

COUDER On n'a jamais vu t;a dans ce pat'lin!

FREDY

Par elle, si j'etais aime De I'amourdont j'avais reve, Je serais I'epoux fidele De ma tres chere epouse modele,

Ange gardien de mon foyer, Rien qu'indulgence et que bonte; La seule digne, sans retour, D'un immuable amour!

ALICE, refugiee dans les bras de son pere, a part

Quelle honte si j'echoue !

COUDER, a Alice

Laisse, que je le secoue.

(A Fredy.)

Je donne en dot cinq millions!

FREDY, haussant les epaules

Que m'importe! Je dis non.

COUDER Dix. cela vous suffit-il ?

FREDY, de haut

Vos efforts sont inutil'.

COUDER, se montant

Non? Vingt! Trente! Cinquante?

Ouf! II me met bien dedans!

(II s'essuie le front.)

— i67 — FREDY, avec fierte

Ni cinquant', ni meme cent!

Grand merci, gardez I'argent !

ALICE, a part

Qu'il se taise, je me tais !

FREDY, a part

Qu'eir se taise, je me tais!

ALICE et FREDY

Car tout d'abord, je veux

Entendre son aveu,

Puis, apres,

Je dirai mon secret.

) Ensemble,

CHCEURS

Je pense qu'il est fou ; Ecarter cet atout !

(Alice et Fredy vont pour se rapprocher, ^changent un regard, et attendent, vainement, un mot Tun de Tautre. Mais, vaiucus par Torgueil, s'ecartent de nouveau.)

COUDER

Cet homm' nous monte un bateau!

FREDY

Tel est le lot Des p'tit' milliardaires!

ALICE, a part '

Tel est le lot des p'tit' milliardaires!

FREDY, a Alice

Connaissez-vous les belles enfants, Fiir du nouveau continent, Qui puisent Tor a plains coffres, croyant

Q.u'il est le roi tout-puissant?

Connaissez-vous ces fiUes, au coeur sec, Froides comme un carnet d'chequ', Traitant I'amour de salamalec,

Et le tenant en echec ?

Qu'un autr' homra' soit leur esclave, Moi, je m'fiche de leur or.

Et sa force je la brave, J'ai Tamour pourseultresor !

Je consacrerai ma vie A qui m'aimera vraiment, Car je veux, de mon amie, Le coeur seul et non I'argent !

CHCEURS Sa monnai' n'a plus cours !

FREDY En vous, helas, Tor tua I'amour !

ALICE

En moi, Tor tua I'amour !

Plaignons les p'tit milliardaires, Les jeunes beautes cousu' d'or,

Qui, pour acheter la terre, Possed' d'assez grands tresors !

FREDY

Elles ne savent que faire De leur execrable argent ; Plaignons les p'tit milliardaires, Les riches aucoeur indigent !

(Un instant, Alice lutte contre elle-meme, veut visiblement se precipiter du cote de Fredy, frappe da pied et se dit; Non ! Puis, soudain, elle crie : « James, viens danser ». EUe danse avec James quelques mesures, puis le quittant brusquement, tombe en pleurant dans les bras de son p^re.)

FREDY, d'une voix triomphante

Elles ne savent que faire De leur execrable argent !

— I70 — ALICE, douloureusement

Les pauv' petit' milliardaires..

FREDY Ces riches au coeur indigent !

Page 1