‹ Princesses dollar: operette en trois actesChapitre 47 sur 62 · N** 14 DANSE DE DAISY · texte numérisé non relu

N** 14 DANSE DE DAISY

(Pendant cette danse, Daisy met tout en ceuvre pour attirer Tattention de Jean qui affecie de lire assidument chaque fois que Daisy le regarde, mais au contraire lasuitavidement des yeux chaque fois qu'elle ne peut pas le voir )

(Au cours de la danse, Meg donne k voix haute quelques indications techniques.)

(Lorsque la danse est achevee, Meg se leve en applaudissant.)

MEG

Bravo, Madame la baronnet ! Je n'ai plus rien a vous apprendre. You are very pretty, (allant auxhommes) N'est-ce pas, Messieurs.

— 172 — ^ JEAN, se levant

Oh ! moi, vous savez, je n'ai prete qu'une vague attention...

DAISY, rageant

Impertinent !

(EUe remonte en causant avec Meg, tandis que Jean regarde par dessus I'^paule de Fredy.)

JEAN, a Fredy

Ah ! 9a, tu n'as pas bientot fini tes petites additions ? Que represente cette armee de chiffres ?

FREDY, tres calme

Le bilan de ma faillite.

JEAN

Quelle blague !... J'ai visite ton exploitation aurifere ; rien que la recolte de cette semaine represente au moins un million.

FREDY, avec calme

Le double !

JEAN Alors ?

FREDY Alors, ce bilan est agreablement falsifie, j'ose le

dire, afin que Ces calculs-ci (il montre les papiers) ne trompent pas ces calculs-la. (II montre son front)

JEAN

Ce n'est pas Fredy qui parle, c'est le sphinx de la Californie.

FREDY

Le mot de Tenigme, le voici. Apres ma rupture avec Alice, je me jurai d'arriver quand meme a mon but. J'achetai sous un nom d'emprunt, John Smith, ces galeries abandonnees dont une minutieuse inspection m'avait revele les richesses insoup9onnees. Mes previsions etaient justes. Aujourd'hui le simple millionnaire Wehrburg est a son tour multimillionnaire. Par contre, le pretendu John Smith, soi-disant ruine par des speculations, est oblige d'offrir son exploitation au roi de Tor, John Couder, mon beau-pere en herbe.

Dans quel but ?

JEAN

Le vieux vautour a toujours I'ame ouverte a de semblables propositions. Vois plutot cette depeche, arrivee hier au soir.

(II tend une depeche a Jean.) JEAN, lisant

« Je viendrai visiter demain apres-midi, Couder ». (a Fredy). Je continue a ne pas voir clair.

DAISY, qui depuis quelqae teaips, apres avoir quitte Meg, rentr^e dans le chalet, rodait autour des deux hommes

^a ne m'etonne pas !

FREDY, a Jean

Tu n'ignores pas que Couderne traite aucune affaire sans sa fille ? S'll vient ici, Alice raccompagne.

JEAN Et puis apres ?

FREDY Je vais done la revoir, comprends-tu ?

JEAN Je comprends, sans comprendre.

DAISY

Qa ne vous change pas beaucoup. Et votre habitude est plutot de ne jamais rien comprendre... Comprenez-vous, Monsieur?

JEAN Vous me comblez, Baronne I

Vous ne comprenez meme pascombien il est incorrect d'enfumer, comme vous faites, une dame en visite.

FREDY La dame en visite me laisse reveur.

JEAN, jetant sa cigarette

Excusez-moi, je vous croyais sortie avec Meg,

DAISY

De mieux en mieux. Les gestes d'une etrangere comptent seuls pour vous, et les miens sont condamnes a]passer inapergus. Heureusement que ma delivrance est proche. C^est aujourd'hui Tanniversaire de notre manage. Demain jepartirai pour New-York avec men oncle qui arrive juste a point. Apres-demain le divorce sera prononce, et je redeviendrai la naive jeune fille d'autrefois.. .

JEAN, souriant

Libre a vous de le croire.

DAISY Que cache cette phrase ambigue ?

JEAN Quelque chose d'eminemment comique.

DAISY Vous avez tant d'esprit !

JEAN

Du moins j'ai eu celui de suivre nos petites conventions ultra-matrimoniales. Et vous me rendrez cette

justice que j'ai ponctuellement rempli, douze mois d'affilee, le devoir que vous m'avez impose, de ne pas remplir les miens...

DAISY

Et avec une facilite qui prouve surabondamment I'estime ou vous tenez mon humble personne, Monsieur le Baron. Aussi, mon notaire est-il pret a vous compter la somme stipulee au contrat.

JEAN Je suis pret egalement a la recevoir.

(Meg rentre avec le whisky.)

FREDY

Ah I mes enfants, )e vous en prie, ayez pitie d'un celibataire sur le bord du mariage. Moi qui comptais sur I'isolement force pour vous rapprocher definitivement...

DAISY

Me rapprocher d'un homme qui n'a pas de sang dans les veines !

JEAN

Me rapprocher d'une femme qui a une glaciere dans le coeur !

DAISY

Moi ? Moi? Souvenez-vous done, Monsieur, c'etait a Venise, le soir, dans une gondole. Je vous ai ten-

dreiaent presse la main... Avez-vous seulement prete attehtion a ce geste ? Vous n'etes qu'un requin insensibly !

JEAN, de meme

Et moi un soir, c'etait en Egypte, non loin des Pyramides ; lorsque, excite a leur vue, je vins faire toe toe, a votre porte, vous avez sonne pour appeler votre femme de chamhre.

DAISY, meme jeu

C'est vous qui I'appeliez dans tous les hotels, la femme de chambre I Oui, Monsieur, tous les soirs, j'en sais quelque chose. Vous n'etes qu'un adultere abominable ! (pieurnicham) Aussi. je vais faire mes malles pour ne pas retarder d'une seconde le plaisir de vous quitter. Me comprenez-vous cette fois?

(Elle va pour rentrer dans le chalet. Sur le seuil, subitement tres digne.)

Crustace !

DAISY, a Jean

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