SCENE II JEAN, FREDY% MEG
JEAN, se tordant
C't'assez ! N'en jetez plus ! Ah mes cnfants, vous ne pouvez pas comprendre a quel point je suis heureux !
FREDY Tu as le bonheur facile.
JEAN, s'asseyant a gauche
Je m'explique, Sachezdonc que, centre mon secret espoir, la jeune personne a laquelle je me conjoignis semblait vouloir executer de point en point lecontrat loufoque que vous connaissez. Nous etions alors a Brussel, savez-vous, et je me disposals a noter sur mon carnet de route ma quinzieme nuit de chambre a part...
MEG, apitoyee
Aoh!
JEAN
Merci, bonne Meg! La chance voulut qu'une delicieuse petite boniche, prenommee Suzette, fut de ser- Yice a notre etage. Je m'arrangeai pour etre pince par Daisy au moment ou moi-meme je pin9ais...
MEG, scandalisee
Aoh !
JEAN
Meg a compris, je n'insiste pas. Le lendemain, a la meme heure, bien certain que ma jeune et chaste epouse etait a I'affut de mes moindres gestes, j'emboitai le pas a Suzette qui circulait dans notre corridor. Et lorsqu'elle eut disparu dans Tescalier, je lan9ai, juste assez haut pour que Daisy I'entendit, cette
phrase courte, mais expressive. « Entendu, dans une heure, mon petit chat ! »
MEG, suffoqnee
Aoh!
JEAN
Meg, votre faculte de comprehension commence a m'inquieter.
Un pen gros, le sel de ton histoire.
MEG, tres interessee, a Fredy
Votre bouche, baby !
JEAN
Bravo, I'huissiere ! Je poursuis le cours de mon ex> ploit ! (Lyrique) Mollement allonge dans mes draps virginaiix, je revassais, toute lumiere eteinte, lorsque de petits coups discrets firent gemir le bois de ma porte. Je reste le bee clos... laporte s'ouvre. Un suave parfum emplit soudain ma chambre, suivi d'un glissement dans I'ombre. Puis une petite main s'empare de la mienne, et une fluette et tremblante voixmurmure tendrement : « Que voulez-vous de Suzette ? »
FREDY, haussant les epaules
Simple aventure de commis-voyageur.
— i8o — MEG, enervee
Aoh ! Fred, vous etes vraiment bouche !
JEAN
Hourrah 1 pour la jeune english woman! Elle te fait la barbe, vieux frere, car Suzette...
MEG, avec assurance
C'etait Daisy !
FREDY Bien joue !
MEG, de plus en plus interessee
Et alors ?
JEAN, se levant
Alors...
N^ 14 bis CHANSON JEAN II convient que je gaze La suite du recit.
Sachez, sans plus de phrase, Que ma chere Daisy Tint avec bonne grace, - Sans trop se fair' prier, Le role qu'a sa place L'autre eut moins bien joue.
Sans un raccord
L'on fut d'accord, La chose alia de prime abord.
Toujours a la replique, Prenant tout au souffleur, Eir sut mettre en pratique L'exempr du professeur...
Parlez-moi, pour bien faire La pige aux vieux routiers, Des debutants qui flairent D'un coup Pfond du metier.
L'innocence a d'quoi plaire ; II n'est qu'les ecoliers Pour demontrer, defa9on claire, Qu'il faut revenir toujours Aux premieres amours !
Et depuis, il y eut tous les soirs. et dans tous les hotels, une Suzette a portee...
MEG
Aoh ! Tous les soirs ?
JEAN
Yes!
MEG, lui secouant energiqueiuent la main
Felicitations !
FREDY, a Jean
Alors, depuis que tu es ici?...
JEAN
Rien. J'ai craint de mettre la zizanie dans ton menage.
FREDY
Aliens^ tu demenages I Meg est une brave fille qui a ete roulee par Olga, desn-euse d'ecarter un temoia de sa vie passee. Elle tient mon petit menage en attendant mieux, et nous avons associe nos infortunes. Tu peux disposer d'elle sans m'indisposer le moins du monde, n'est-ce pas, Meg?
MEG Yes. Disposez.
JEAN, a Meg
Le mieux serait alors de vous decocher quelque epitre enflammee. qu'on s'arrangerait pour laisser tomber aux mains de Daisy.
FREDY Excellente idee. Mets-toi la. Ecris.
JEAN, s'asseyant a droite
Par exemple?
FREDY, dictant
Divine Meg...
MEG, flattee
Aoh!
- i83 - FREDY, dictant
Je ne puis resister plus longtemps a I'ardeur qui m'emporte vers vous. Je suis decide a violer...
MEG, choquee
Aoh!
FREDY, poursuivant
...toutes les lois de Thospitalite. Je vous attendrai pour cela, dans ma chambre, aussitot que ma femme sera dans la sienne.
JEAN
Et maintenant, comment faire croquer a Daisy ce poulet chaud ?
FREDY, reflechissant
Meg n'aura qu'a le lui montrer, en prenant son air le plus candide, sous pretexte d'avoir recours a sa vieille experience de femme mariee.
JEAN Parfait ! EUe reconnaitra mon ecriture, et ce soir...
FREDY
Je t'en prie, pas de details... Prends en pitie deux ames solitaires.
MEG, levant les yeux au ciel
Aoh ! Yes !
Et pour changer un peu le cours de tes idees, viens avec moi jusqu'a la mine.
MEG Et si mister Couder il arrive?
FREDY
Tu le laisseras poireauter, et serieusement, ainsi que sa suite. Defense de te montrer. II faut que Jean et moi soyons les premiers a I'aborder.
(Frsdy et Jean sortent rapidemsnt par le fond, a droite.)