LIVRE I
jus verbi décore placentis, vocentur ad id quod non proposuerant scribeveK Je tords bien plus volontiers une belle sentence pour la coudre sur moi, que je ne détords mon fil pour l'aller quérir. Au rebours, c'est aux paroles à servir et à suivre; et que le gascon y arrive, si le français n'y peut aller 2. Je veux que les choses surmontent, et qu'elles remplissent de t'açon l'imagination de celui qui écoute qu'il u'ait aucune souvenance des mots. Le parler que j'aime, c'est un parler simple et naiT, tel sur le papier qu'à la bouche ; un parler succulent et nerveux, court et serré; non tant^ déhcatet peigné comme véhément et brusque ;
Hcec demiim sapiet dictio, quse feriet*,
plutôt difficile qu'ennuyeux^, éloigné d'affectation, déréglé, décousu et hardi; chaque lopin y. fasse son corps ^; non pédantesque, non fratesque, non plaideresque^ mais plutôt soldatesque, comme Suétone appelle celui de Julius César. Et si ne sens pas bien pourquoi il l'en appelle^.
1. Qui ne choisissent pas les mots pour les choses, mais qui vont chercher, en dehors du sujet, des choses auxquelles les mots peuvent convenir. » iQuinlilien, V!I1,3.) — « Uui, pour placer un mot qui leui' a plu, s'engagent en un sujet qu'ils ne s'étaient pas proposé d<î traiter. » (St'nètiue, Ep. LIX). Ces deux citations, ainsi cjue h'ur commentaire (juscju'à quérir) aj. i51>o.
2. La (juestion des j^asconismes dans Montaigne, longtemjjs controversée, vient d'elle lianchée par le curieux et savant ouvrage
de M. Lanusse. Cf. p. G, n. 9.