Lo mot e-^t encore de Pascal {Pensées, VI
MONTAIGNE
l'obscurcissent souvent : il est aussi difficile d'y retrouver Te dessin primitif des chapitres, ordinairement simple -et clair, que de démêler l'ordonnance d'un édifice qu'on aurait agrandi d'un tiers, non point en façade, mais en le surchargeant d'étages, en l'encombrant de hangars et d'appentis; ici, sans doute, c'est l'architecte même qui a de parti-pris défiguré son œuvre; mais de ce que le plan est aujourd'hui à peine visible, n'en concluons pas qu'il n'a jamais existé.
Quanta la langue de Montaigne, elle est moins originale et moins riche qu'on serait tenté de le croire* : en .pratique comme en théorie, il est plutôt ennemi du néologisme et se contente d'un vocabulaire assez restreint^. Bien qu'il fût capable d'écrire l'italien fort convenablement^, il n'abuse pas, comme tant d'autres alors, des italianismes*; malgré sa culture toute latine il fait aux latinismes une part assez restreinte^. Pas plus que Ronsard, il ne dédaigne ni certains mots qui commençaient à vieillir^, ni les termes dialectaux "^ ; comme lui il conseille et pratique le « provignement », et hasarde, sur le patron de mots existants, des formations réfléchies et ordinairement heureuses^. Du mélange de tous ces éléments s'est formée une langue très "savoureuse, pittoresque sans étrangeté,