‹ Principaux chapitres et extraits des "assais";Chapitre 159 sur 479 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

commodités naturelles et originelles, sans en rechercher d'autres ; si je la compare, dis-je, toute, aux quatre années qu'il m'a été donné de jouir de la douce compagnie et société de ce personnage, ce n'est que fumée, ce n'est qu'une nuit obscure et ennuyeuse. Depuis le jour que je le perdis,

Quem semper acerbum, Semper honoratum (sic, Di, voluistis!) habeboS

je ne fais que traîner languissant; et les plaisirs mêmes qui s'offrent à moi, au lieu de me consoler, me redoublent le regret de sa perte. Nous étions à moitié de tout^ : il me semble que je lui dérobe sa part,

Nec fas esse ulla me voluptatc hic frui Deere vi, tantisper dum ille abest meus particeps^.

J'étais déjà si fait et accoutumé à être deuxième partout qu'il me semble n'être plus qu'à demi.

lilam meie si parlem aiiim?e tulit Maturior vis, quid iiioror altéra, Noc carus leque, nec superstes Integer? Ille dies utramque Duxit ruinam^

Il n'est action ou imagination, où je ne le trouve à dire^, comme si eut-il bien fait à moi*^ : car de même

sens étymologique de payer [pacare, anaiser, satisfaire).

1. « Jour (lue je dois pleurer et honorer à jamais, puiscjue ainsi, odieux, vous l'avez voulu. » (Virgile, Éu,,\\VX)

t. De moitié en tout.

5. « Kt j'ai résolu de ne m'oetroyer aucun plaisir, tant ipie je n'aurai plus celui avec qui je devais tout parla*;er. >> (Térence, Heaid., I, 97; texte nuidilié.)

Page 1