A mon sujet
G. Mais je ne conseille.,, nul (imi{\i L plus basj, add. de 1;i88, et (depuis des amitiés) de l59o.
7. Lun des sept sages île la Cirèce. Aristote et Cicéion attribuent cette maxime à \iiy i»
MONTAIGNE
dient les stoïcifens, et comme je ne me sais aucun gré du service que je me fais, aussi l'union de tels amis étant véritablement parfaite, elle leur fait perdre le sentiment de tels devoirs, et haïr et chasser d'entre eux ces mots de division et de différence, bienfait, obligation, reconnaissance, prière, remerciement et leurs pareils. Tout étant, par effet, commun entre eux, volontés, pensements, jugements, biens,... honneur et vie, et leur convenance n'étant* qu'une àme en deux corps, selon la très-propre définition d'Aristote, ils ne se peuvent ni prêter ni donner rien. Yoilà pourquoi les faiseurs de lois, pour honorer le mariage de quelque imaginaire ressemblance de cette divine liaison, défendent les donations entre le mari et la femme, voulant inférer par là que tout doit être à chacun d'eux, et qu'ils n'ont rien à diviser et partir- ensemble.
Si, en l'amitié de quoi je parle, l'un pouvait donner à l'autre, ce serait celui qui recevrait le bienfait qui obligerait son compagnon : car, cherchant l'un et l'autre, plus que toute autre chose, de s'entre-bienfaire^, cehii qui en prête la matière et l'occasion est celui-là qui fait le libéral, donnant ce contentement à son ami d'effectuer en son endroit ce qu'il désire de plus.... L'ancien Menander disait celui-là heureux qui avait pu rencontrer seulement l'ombre d'un ami : il avait certes raison de le dire, même^ s'il en avait tàté. Car, à la vérité, si je compare tout le reste de ma vie, quoiqu'avec la grâce de Dieu, je l'ai passée douce, aisée, et sauf la perte d'un tel ami, exempte d'affliction pesante^, pleine de tranquillité^ d'esprit, ayant pris en paiement^ mes