‹ Principaux chapitres et extraits des "assais";Chapitre 168 sur 479 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

On disait à Socrate que quelqu'un ne s'était aucunement amendé en son voyage : a Je crois bien, dit-il, il s'était emporté avec soi. ))

Quid terras alio calantes Sole mutamus ? Patria quis exul Se quoque fugit* ?

Si on ne se décharge premièrement, et son âme, du faix qui la presse, le remuement la fera fouler davantage, comme en un navire les charges empêchent moins quand elles sont rassises. Vous faites plus de mal que de bien au malade, de lui faire changer de place. Vous ensachez^ le mal en le remuant; comme les pals s'enfoncent plus avant et s'affermissent en les branlant et secouant. Par quoi ce n'est pas assez de s'être écarté du peuple; ce n'est pas assez de changer de place; il se faut écarter des conditions^ populaires qui sont en nous; il se faut séquestrer et ravoir de soi.

Rupi jam vinciila, dicas :

Nam liictata canis noduni arripit; attamen illi Cum fugit, a collo trahitur pars longa catenae*.

Nous emportons nos fers quand et nous. Ce n'est pas une entière liberté; nous tournons encore la vue vers ce que nous avons laissé; nous en avons la fantaisie pleine :

Nisi purgatiim est pectiis, quîe praelia nobis Atqiic poricula tune iiigratis insinuaiuiuin ? QiiantiB coiiscinduiit hoiniiiein cuppedinis acres Sollicitum cura3, quantique perinde timorés?

1. « Pourquoi cherclier des terres échauffées par un aulio soleil? Est-ce assez de fuir sa patrie pour s'échapper à soi-même? »

(Horace, Od., Il, xvi, 18.)

^. De en et sac: vous faites tomher au fond du sac.

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